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CHAPITRE IX

De Forgaiiisation de l'armée.

Le service militaire est un impôt personnel et direct, une contribution en nature, et, comme tel, il doit être établi selon les principes qui doivent régler tout impôt, et qui sont : la généralité et Tégalité proportionnelle. Gomme toute charge, on doit s'appliquer à le faciliter, et à l'alléger le plus possible.

Suivant ces règles, le service militaire doit élre imposé à tous indistinctement, mais dans les proportions absolument indispensables à la sûreté de l'Etat, et suivant les moyens de

chacun. Ceux qui ne présentent pas les qualités requises pour un soldat, doivent être éloignés du service , et ceux dont Tappel aux armes priverait une famille de son appui , ou occasionnerait des pertes disproportionnées à Tutilité qui résulterait de leur présence sous les drapeaux , doivent en être dispensés. Suivant ce même principe , il est juste et utile que ceux qui ont des moyens supérieurs ne soient pas confondus dans les rangs obscurs de l'armée , mais qu'ils soient employés selon ces moyens; que ceux qui peuvent être plus uliles à leur pays dans la vie privée , soient conservés dans le cercle de l'activité qui leur est propre. En réglant avec quelque habileté les conditions qui dispensent du service militaire, on pourra en faire profiter telle capacité ou telle carrière que Ton voudra. Le rachat ou le remplacement est , de toutes les mesures, la plus mal entendue; elle donne à l'armée de mauvais sujets à la place de bons, accorde trop à l'argent, qui n'est nullement la mesure

de l'utilité d'un homme , et pousse les familles à leur ruine.

La durée du service militaire est une question des plus importantes, et qui est loin d'avoir reçu sa solution définitive. Un terme court peut être avantageux aux soldats eux-mêmes , mais il est contraire à la bonté de l'armée. Eu trois ou quatre ans on ne forme que des soldats médiocres, et on n'obtient, avec ce mode, qu'une armée de recrues. La durée du service doit varier suivant les nations et les différentes armes. Il faut plus de temps pour faire un bon cavalier qu'un bon fantassin', et il en faut

' M. le maréchal Soult a soutenu à la Chambre, lors de la discussion de la loi sur le recrutemeot , qu'il fallait plut de temps pour former un fantassin qu'un cavalier, le fantassin ayant plus besoin d'être endurci aux fatigues. J'avais toujours pensé que le cheval fatiguait tout autant que la marche; le temps que le cavalier donne aux soins de son cheval est autant d'enlevé à son repos. En tout ces, Topinion de M. le président du conseil ne peut s'ap-

plus encore pour un artilleur. Un Français est plus vite formé qu'un Allemand , un Allemand plus tôt qu'un Russe, un Parisien plus tôt qu'un Bi^eton y un Russe plus tôt qu'un Finois.ll faut de Fintelligence et de l'adresse pour un soldat^ et l'expérience vaut mieux encore que le meilleur apprentissage. Un soldat qui n'a pas senti la poudre n'est pas un bon soldat ; les militaires qui n'ont pas fait la guerre ne sont pas des militaires. On ne peut pas compter sur une armée qui n'a pas fait ses preuves, ou au moins elle aura un notable désavantage contre une armée aguerrie. L'état militaire est

pliquer à Tarmée russe; le paysan russe est fait aux fatigues et aux privations : dix lieues sont la journée do marche habituelle d'un ouvrier en Russie. Je fondais d'ailleurs mon opinion sur un raisonnement bien simple : il me parsut bien plus difficile de manier un cheval ou une pièce d*artiUerie que ses propres jambes. Une recrue peut tout de suite, eu temps de guerre, prendre place dans les rangs de rinfauterie, tandis qu'on ne pourrait pas la placer dans la cavalerie.

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uu rude métier, qui demande qu'on s'y voue exclusivement. Ceux qui en font leur profession unique valent bien mieux que ceux qui ne l'embrassent qu'en passant , sans autre pensée que de l'abandonner au plus tôt. Si le soldat restait dans les rangs tant qu'il est valide^ l'armée y gagnerait considérablement, et avec elle, le pays entier, car il y aurait bien moins de bras d'arrachés aux travaux, et bien moins d'industries en souffriraient. 11 faut surtout songer à rendre l'état militaire le moins défavorable possible. Le jour où des avantages réels seront attachés à cette profession, on trouvera assez de volontaires pour maintenir une armée suffisante ' , et ces hommes formeraient les meilleurs soldats , parce qu'ils le sciaient devenus de leur propre gré. Si les volontaires sont assez généralement de mauvais

' Le nombre des engagements volontaires en France, pendant les années de i83o et i83i, s'est élevé à 42>ooo. En Suède et en Angleterre, c*estle principal mode de lu composition de rarmcc.

sujets, ils sont plus souvent encore de bons militaires, et la discipline ne manque jamais de les corriger. Pour les temps extraordinaires^ on pourra faire usage des mesures extraordinaires, telles que le recrutement ou la conscription. Quant au pressement qu'on exerce encore en Angleterre, c'est un abus, sur la barbarie duquel il ne peut y avoir de différence d'opinions.

Le gouvernement russe ne parait pas avoir été heureusement inspiré, en réduisant de vingt-deux à quinze ans le service du soldat. Il a, par là, accru les charges de l'État, privé l'armée de ses meilleurs sujets , et , loin de soulager ceux-ci, il en a fait de vrais parias, en ne pourvoyant pas suffisamment à leur subsistance ; il en a fait de plus un élément de trouble et de révolte. Au lieu de relever et d'honorer, par tous les moyens, l'état du soldat , si pénible et si peu attrayant par lui-même , il l'érigé en peine légale. Aussi l'armée russe se

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recrute en grande partie dans la lie de la nation j et la discipline n'y est maintenue que par un luxe de cruauté dont les innocents souffrent autant que les coupables.

Le recrutement est, en Russie , plus qu'ailleurs j une plaie sociale et économique , une véritable guerre avec tous ses ravages. On se ruine pour se racheter, on se mutile pour échapper à la conscription. Si l'on parcourt le pays pendant le recrutement , on croit marcher sur les traces d'un ennemi sanguinaire; on n'entend partout que lamentalions et sanglots, et on prendrait pour un cordon de galériens la troupe des recrues. lje% malheureux prennent la fuite , se cachent dans des forêts , où on va leur faire la chasse comme à des bétes fauves. On croit avoir fait un chefd'œuvre en adoptant, dans certaines provinces I le tirage au sort pour les paysans de la couronne. Il est vrai qu'on se résigne plutôt au sort qu'à l'arbitraire des employés, paralysie par cette innovation ; mais le principe n'en est

pas moins condamné partout où îl existe. Ce n'est pas faire un bien grand effort d'esprit que d'abandonner au sort ce qui doit être réglé par le droit et la sagesse. Puis la Russie est , par excellence y le pays où les nouvelles lois n'ont pour effet que d'obliger à chercher de nouveaux moyens de les éluder. Pour trouver des dispositions qui soient à l'épreuve de la cupidité et de l'immoralité des employés russes, il faut commencer par métamorphoser ceux-ci y et attaquer ainsi le mal dans sa racine.

La garde nationale est une corvéeplus qu'un honneur, une charge publique plus qu'un utile auxiliaire de l'armée ; elle est tout au plus bonne au service de garnison , ce qui rend possible la mobilisation d'une partie plus considérable del'armée active. En cas d'une guerre d'invasion y elle peut même être de quelque utilité à la dernière extrémité. EUle prévient les guerres civiles , parce qu elle rétablit plus aisément Tordre , en se rangeant du cote du

gouvernement. D'autre part, en embrassant la cause du peuple , elle peut faire respecter ses droits, comme elle peut aussi rendre la guerre plus longue et plus désastreuse. C'est une institution purement démocratique , et parfaitement superflue , là où l'armée est animée d'un véritable sentiment populaire , qui ne lui permet jamais de devenir l'armée du despotisme.

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