‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 44 sur 52 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Des dâits politiques.

Dans un gouvernement despotique^ le plus grand délit est de déplaire au souverain et à ses favoris , comme le plus grand mérite est de leur plaire. Il n'y a rien qui tienne contre un pareil forfait : l'agneau passera pour un loup, tant queles agneaux, devenant des loups, n'auront pas fait justice du despotisme. 11 suffit qu'un homme soit mal vu par le souverain, pour que tous le voient du même œil, lui ferment leurs portes ou le poursuivent à outrance. Son silence sera interprété comme une conspiration; son inaction passera pour

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rieur qui le choque^ âne faarlse tr^j^

ou un habit trop court! U

dérée ou déplacée, un mot à ciocdile

est plus qu'il n'en faut mille lots pour

l'homme qui Fa prononcé malbeiireta iD«lr

sa vie , et pour confondre , dans sa prrle . sa

femme et ses enfants, sa famille et ses aiMs.

I^ loi y dans les pays despotiques, n'est point

l'égide du faible , mais elle est Farme olteo%i%e

du fort ; servile comme le peuple, elle buse

au roi le choix des peines pour les délits qui

se rapportent à lui.

Et comment en serait-il autrement ? Peut-on faire un dictionnaire des mots injurieux, ou un album de l'intonation qu'il est permis de prêtera chaque parole, et des expressions de

phy3Îonoinie qu'on ppipt prendre à chaque mot, et qui font , à e)i^$ i^ules souvent, to|ite la signification du discours?

Ne pas saluer sou souverain y oi) ne pas |p saluer assez servilement, est so^veq^ un 4^lit. Ne pas prier pour li^i avpp assez de ferve^r à rëglise, en e^t un autre. P^^se ppur la p^r* sonne du souverain: tant pi$ pour celi)f qui ne le divinise pas à son gré; rnajs viennent ensuite ses bustes , ses médailles , spn effigie, reproduite en pierre ou en couleur; ^t les irrévérences commises contre ces idoles soqt autant de crin^es de lèse-majesté qi|i sont pu* nis par les peines les plus cruelles. Malheur à riiomuie qui a brisé un buste par mégaixle; si Ton a la moindre des choses à lui reprp* cher, son compte sera vite fait, et il ira expier sa maladresse sur Téchafaud ou en exil.

L'homme qui a le malheur de manier une plume ou un crayon, risqMe plus ou moina sa tète. S'il ne flatte pas assez adroitement le pouvoir, ou s il prête, dans se$> œuvres, aq

moindre rapprochemenl défavorable contre le gouvernement, s'il se permet des railleries déplaisantes ou des allusions blessantes, les portes d'un cachot s'ouvrent pour lui, ou le chariot de la déportation l'attend au milieu de la nuit.

Des hommes disparaissent sans qu'on sache où i}s vont; d'autres s'en vont, sans qu'on sache quand ils reviendront. La Ion* gueur de la peine dépend de la durée du courroux du maître; et que de gens ont été oubliés en exil, ou ont péri dans un cachot, parce qu'on avait autre chose à faire que de penser à euxl Le cordon du sultan est un procédé plus chevaleresque « plus court et plus clair, plus franc, plus loyal, et même plus humain.

Les délits politiques forment l'arme la plus terrible du despotisme ; ils servent de prétexte et d'excuse à toutes les pei*sécu lions, se prêtent à tous les raffinements de la tyrannie, couvrent toute injustice et masquent toutes

les passions. Ils détruisent la sécurité et la moralité publiques et privées.

L'inquisition y la torture , ont été condamnées au tribunal de la religion et de la moi*aleydu droit et de la politique. Grâces en soient rendues aux mœurs et aux lumières! Faisons des vœux pour que les persécutions politiques aient le même sort. Et pourtant , quoique proscrite ostensiblement, la torture n'existe pas moins, de fait, dans certains re« coins; elle n'est pas moins pratiquée, en partie et dans l'ombre, pour des délits politiques qui paraissent devoir excuser les plus grandes atrocités. Des peines plus ou moins fortes sont infligées, dans maint pays, pour amener les accusés à convenir des délits qu'on leur reproche. Que ne fait pas le despotisme! Les tourments qu'il inflige arrachent à plus d'un innocent l'aveu de crimes qu'il n'a jamais commis. La confiscation des biens , cet autre héritage des temps barbares , n'est pas moins encore la fidèle compagne des pei*sé-

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cutions politiques. Quand elle ne prive (>as les héritiers innocents de movens d'existence, elle démoralise les parents , au profit desquels elle a lieu; quand elle profite au gouvernement, elle le constitue doublement juge et partie ; et loin de détruire les délits politiques, elle les multiplie au gré de la cupidité du pouvoir.

Heureusement, les ]>ays civilisés et les pays libres ont porté la lumière dans ce gouffre affreux des délits politiques, et^ en les soumettant à des lois Fixes, ont rendu la moralité aux gouvernements et le repos aux individus. Ils ont proscrit la confiscation, les agents provocateurs qui poussent aux délits ceux même qui y songent le moins. Ils ont sagement appliqué des peines correctionnelles aux paroles indiscrètes, aux faits sans conséquence, qui, ailleurs, sont traités de crimes de lèse- majesté. Mettant leur puissance dans Taniour plus que dans la crainte, leui*s gouvernements

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se sont sentis j et faits par là même aaseK forts pour ne pas prendre ombrage d'actions sans portée 9 et ils se sont gardés de sévir contre des étourdis que des tyrans pusillanimes ont assimilés aux grands conspirateurs. L^opinion publique est allée plus loin encore : laissant là les faits ) elle a pris en considération les intentions, et reconnaissant, dans les délits po* litiques, un mobile plus ou moins louable, le désir du bien public, elle n'a pas voulu punir l'égarement à l'égal de la préméditation criminelle. Il serait à désirer qu'on fit toujours , dans ces cas , la distinction des entreprises désintéressées et des attentats qui ont pour mobile une perspective d'avantages personnels, et auxquels la politique ne sert que de voile.

Mais avant tout et surtout, il faut combattre le mal dans son origine, éloigner toute cause de mécontentement , intéresser la plus grande masse au maintien de l'ordre établi , se concilier la bienveillance des hommes éclai-

rés. Plus on laisse s'amasser de sujets de plainte ou de malaise, plus on donne de prétextes aux attentats politiques ; plus on se rend coupable des délits qu'on provoque, par sa propre inhabileté, et moins on a raison de sévir contre eux.

Aux États-Unis, on peut dire tout haut que le gouvernement démocratique ne vaut rien ; on peut se réunir en tel nombre qu'on veut ; on peut brûler le drapeau de la république , pourvu qu'on l'ait acheté; on peut conspirer ouvertement. Qu'arrive-t-il ? C'est (jue personne ne conspire.

POUTIQLE EXTÉRIEURE.

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