CHAPITRE PKEMIRR
De la dipliHoatie et des diplomates.
Il est d'usage d'entretenir, auprès des puissances étrangères, des représentants ofTiciellement accrédités.Ilsne donnent pas beaucoup de relief au souverain qu'ils représentent, et n'embellissent que médiocrement les cours où ils résident ; ils forment pourtant un mélange
assez bizarre de races, de langues et de costumeSj d'uniformes et de décorations.
La science qui préside à leurs faits et gestes se revêt du nom pompeux de diplomatie. L'étiquette est leur principal champ de bataille, et ils sont toujours à cheval sur les convenances. Leur savoir consiste à recevoir ou à envoyer une dépêche ; leur art à faire des salutations. Ils en font six à leur réception : trois en se présentant, et trois en se retirant. Ils font de grands saints aux hommes puissants, des demi-salutsàcéux qui penolitént vers la défaveur, point du tout aux hommes déchus. Us font la grimace à leurs endemis plus puissants qu'eux , et des menaces aux faibles. Les coups n'arrivent qu'après, et sont du ressort des guerriers. Leurs coups, à eux, sont des coups dEtat, et cette partie, la plus importante de leur science, s'appelle naïvement Y intrigue.
Les dames influentes sont leurs chefs d'étaN major; les dames remuantes , leui^ aides de camp. Pour se les rendre propices, ils doivènl
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))osséder l'art de plaire, et être plus ou moins de beaux hommes ou de jolis garçons. Aussi, si j'approuve la mesure du gouvernement russe, qui a remplacé ses ambassadeurs par des chaînés d'affaires, c'est parce queceu\*ci sont plus jeunes et, comme tels, plus en état de plaire.
liCs diplomates doivent avoir l'usage du monde au plus haut point possible; les talents de société leur sont d'une grande utilité. S'ils n'ont pas une belle voix , s'ils ne touchent pas avec agrément quelque instrument de musique, ils sont tenus au moins de montera cheval avec une certaine perfection. Ils doivent également posséder l'art de dissimuler ù un trèshaut point. D'abord et avant tout, il leur faut mentir sans rougir, entendre les plus plates flatteries, comme les plus fortes sottises , sans sourciller. S'ils se trouvent entre deux hommes dont l'un est leur ami et l'autre leur ennemi, ils partageront leur figure en deux , souriant à gauche et grimaçant à droite. Ils se garde-
ront bien de faire voir le fond de leur pensée; ils. parleront des heures entières con Ire leur conviction 9 et garderont la vérité et la franchise pour leur usage domestique; ils seront sur la réserve, même dans leurs foyers : leur chère moitié ne sera jamais de . moitié dans leurs secrets, à moins qu'elle ne soit pour tout dans leurs fonctions, et cela, avec Fassentiment du gouvernement.
L'utilité des ambassades ordinaires ne me parait pas être parfaitement démontrée. Leur fonction consiste à veiller sur l'intérêt de leur nation ; à surveiller celle chez laquelle ils se trouvent, et à défendre leurs compatriotes. Or ceux-ci se passent fort bien de leur protection, depuis surtout qu'elle est devenue tout à fait illusoire; le gouvernement auprès duquel les diplomates sont accrédités, échappe à leur surveillance, la neutralise ou la rend superflue, et les intérêts de leur propre nation , rarement compromis, ne peuvent être r^lés par eux
définilivement; car ils sont tenuS) eu toute chose, d*en référer à leur gouvernement. Dans la plupart des pays, il y a , pour les étrangers, une législation particulière, qui ne souffre ni exceptions ni modifications, et qu'on applique sans la recommandation des ambassadeurs, dont plusieui*s d'ailleurs ont adopté le principe de la non-intervention dans les affaires particulières et les démêlés de leurs compatriotes avec les nationaux. Il n'en est pas de même, à la vérité , dans les pays barbares, où les gouvernements n'ont ni foi ni loi, qui ne respectent ni le droit des gens ni les droits de l'humanité. I^ présence des diplomates étrangers sert de frein à leur cruauté, et leurs réclamations peuvent produire des effets salutaires.
Soit par goût, soit par désœuvrement, les diplomates, au lieu de veiller sur leurs compatriotes, les surveillent et les dénoncent. Mais c'est lii déroger à leur dignité politique et personnelle, et les individus qui se respec-
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lent, se gardent bien de confondre ainsi la diplomatie avec la police; ils se contentent du rôle qui leur est assuré d'ancienne date, celui d*espîons de guerre en temps de paix.
Il est plus honorable de surveiller le pays et le gouvernement étrangers; mais comme les diplomates sont des agents publiquement accrédités y on se méfie d'eux, et ils sont souvent les derniers à apprendre ce que tout le monde sait déjà ; aussi leurs nouvelles n'ontelles pas toujours l'intérêt de la nouveauté. Pour y remédier, on entretient parfois des agents secrets qui renseignent les agents officiels, et ont, au besoin, l'œil sur eux. Ceci condamne sans réplique les ambassades, dont l'insufTisance et l'inutilité deviennent plus manifestes encore pour les pays où les affaires se ti*ailent publiquement.
Lors de leur établissement, les ambassades avaient l'avantage d'explorer le pays qu'elles allaient habiter; mais aujourd'hui, la géographie et la statistique n'ont rien à apprendi*e
des diplomates j et ont au contraire tout à leur enseigner ; et quant aux pays encore peu connus, les missionnaires ont , sur les diplomates, un avantage qui n'est pas douteux.
Puisque nous sommes sur l'article des connaissances nécessaires en diplomatie, nous nous permettrons de recommander aux diplomates des études plus sérieuses en matière de droit. Leur ignorance, sur ce point, s'est révélée plus d'une fois , et a été le sujet de bien des difficuhés. Habiles tout au plus à pourvoir aux faits isolés , aux nécessités du moment , l'avenir a souvent échappé h leur pénétration, et l'ambiguïté de leur rédaction a donné lieu à bien des embarras. En revanche, on pourrait leur faire grâce de la calligraphie , dans laquelle ils excellent presque généralement.
Les ambassades entretiennent les bonnes relations entre les souverains, toutes les fois ({u'elles ne les compromettent pas par l'inhabileté et la susceptibilité de leurs chefs. Les
petits et les grands présents, les correspondances directes entre les monarques, leurs entrevues personnelles, les alliances de famille y pourvoient bien mieux encore. Les missions extraordipaires achèvent de rendre les ambassades absolument superflues. Elles ont lieu pour tous les événements particuliers, et pour tous les cas exceptionnels. Les congrès et les conférences peuvent seuls concilier des différends véritables , et résoudre les questions de quelque importance générale. Les frais d'entretien des ambassades ne laissent pas d'être très-considérables, et de i^ecommander impérieusement leur suppression. Il est vrai que ces dépenses sont compensées par celles que les missions étrangères font dans le pays ; mais ce profit ne rentre pas dans les caisses publiques, et il faut espérer que Tesprit de parcimonie qui s'empare de la plupait des gouvernements, finira par abolir les ambassades, sans qu'il en résulte de bien graves embarras pour les peuples.
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Elles procurent bien aux gouverneiiieiits <les facilités pour se débarrasser des lioninies (|ui les gênent parleur turbulente inactivité ou leur ambition incommode; on les éloigne par des ambassades, (|ui deviennent ainsi des sinécures pour des invalides, des bâillons pour les hommes remuants, des gratifications pour des liaisons importantes; mais cet avantage n est pas d'une utilité bien incontestable pour les peuples. A tout prendre d'ailleurs, la carrière diplomatique n est déjà pas si belle par elle-même, pour que ceux qui s'y livrent ne puissent trouver des dédommagements à sa suppression. Bédouin des coui*s, Bohémien du monde, le diplomate est partout , comme Toiseau sur la branche, prêt à s'envoler au premier coup de sifflet de son mattre. Après avoir rompu les liens qu'il s'était faits dans son pays y il n'en forme pas de bien solides dans celui des autres ^ et, quand il rentre dans sa patrie , il s'y trouve tout désorienté. Ne convenant à aucune autre branche d'administra-
lion , il se voit réduit souvent à vivre de souvenirsy qui ne sont pas toujours très-purs et très-consolants.
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