‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 47 sur 52 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du droit d'ioterv^tion

a Charbonnier est maître dans sa loge. » L'État devrait Tétre tout autant , et plus encore , dans son pays. Mais le droit de possession , dit-on, n'est pas illimité : il ne va pas jusqu'à concéder au propriétaire la faculté d'incendier sa maison j de crainte que j par suite, les maisons attenantes ne prennent feu. De même, lorsque le feu prend à une maison par quelque cause accidentelle , on cherche à l'éteindre, afin d'empêcher ses ravages. Ainsi, de crainte que les bouleversements d'un pays ne s'étendent à un autre , on veut se réserver le

droit (l'intervenir dans ses affaires, afin de préserver sou propre pays des mêmes , désordres. Mais ce n'est pas là un droit , c'est une atteinte au droit, au droit de la souveraineté du peuple dont on viole le territoire, et qui n'a pas d'autre autorilé au-dessus de lui que celle qu'il reconnaît lui-même. Ce n'est pas un bon moyen de défendre son pays que d*eD attaquer un autre. Qui sait si Ton se rendra maître d'une révolution, si on parviendra à rétablir l'ordre dans un pays étranger? L'intervention ne fait souvent qu'aigrir les partis et envenimer le mal : un ordre de choses établi par l'étranger n'est jamais solide et est toujours odieux. Chaque gouvernement doit régner chez lui, et peut plus aisément garantir son pays des révolutions, en les combattant chez lui que chez autrui. S'il s'agit d'un peuple qui se révolte contre ses rois, ce n'est pas aux autres peuples à se mettre au service des rois étrangers, lors même que la royauté devrait en pâtir, et son principe en souffrir;

des LITBE TROISTÈMK.

c'est aux foië à chéfchfet» à vivre eti paix avec leurs petiptëk S'il y à aiidrohie datis un pays Voisin j il il'y à paé dé vrakemblance qu'elfe ^ propage au déhoi's; L'anarchie de là Polôgtife n'd pas gàgnë les ^ays qui reâlourëot, et il ti'y à pâ^ dé cfaanic^e (|ué celle dé TEi^àgnè is'ëlebdé à là Frànt^é. Si la lutlë est èkitrè lè^ lliàrti^ , è'ekt à iéùx^métneâ à ^ débattre «t à résoudre leUri diffërehds. Aussi té tC^l Jàh imëis lé dNiit qui a donne lieu à rintervêo^ ti^n, ta^is liitiiplenient l'intérêt le plus légoistei On laisse un tt>i égôi^er son peuple : pas une vdix ne s'élève en faveur des opprimés. S'il y a dés geirmes de trouble et de discorde qud<^ que part ^ on se garde bien de lès étouffer ; on leb accroît au contraire, afin de se résel*ver la fapcillté d'intervenir^ se rappelant du provei^ qui dit qu'on pèche noieûx dans l'eau troublé. Ainsi, un article secret du traité passé entre la Russie et k Prusse le 1 1 avril 1 764 y alipn* Islit formelleflMent le maintieii de i'anarehie «il P6k%ne. S'il y a probabilité d'ail gain quel'f

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conque, on intervient; si, au contraire , il y a des chances douteuses dans la lutte, on se garde bien de l'engager. On a laissé se consommer la révolution en Angleterre, et on se serait abstenu certes d'intervenir en France , si Ton avait pu prévoir tous les maux qui en. sont résultés et tous ceux auxquels on a échappé comme par miracle. La coalition , au lieu d'étouffer les idées libérales de la France, n'a fait que les exaspérer, et se les a plus ou moins appropriées elle-même. Ce n'est pas elle, mais bien Napoléon qui a maîtrisé lanarchie en France, et, avec un peu de modération dans son ambition, il aurait pu faire repentir plus amèrement encore les puissances étrangères de s'être mêlées des affaires de la France.

Les révolutions ne se font pas par imita* tion, quand il n'y a pas sujet de les faire; et, pour celles qui sont devenues nécessaires, les exemples ne manquent point. «C'est la tyrannie qui est nouvelle au monde, et c'esl la

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liberté qui est ancienne , » dil un vieil adage. Les idées et les abus, voilà ce qui fait les révolutions : on ne peut empêcher les idées de naître, mais on peut s'abstenir de commettre des abus, et c'est là véritablement la seule voie sage à prendre pour prévenir les bouleversements. En entravant les idées, on ne fait que multiplier les abus et accroître les embarras; mais en augmentant les bienfaits, on pacifie et on gagne les opinions. Le retentissement qu'a eu la révolution de juillet , en Europe, a été bien faible en Allemagne; en Pologne et en Belgique, il était inévitable; et l'exemple a été si nul, en Russie, que c'est elle-même qui a écrasé la Pologne.

Il en est autrement lorsqu'une révolution devient agressive et propage ses principes ostensiblement. C'est alors elle-même qui intervient et qui violente la souveraineté des autres peuples; ceux-ci, en s'armant contre elle, ne font usage que du droit sacré de leur propre défense.

L'intervention n'est pas moins condamnable d'un côté que d'un autre, de la part des idées conservatrices ou rétrogrades, que de la part des idées libérales; elle n'est pas plus légitime en faveur de la liberté qu'en faveur du despotisme. I^ principe est différent , mais le fait est le même; ici, comme là, il \ a violation de la souveraineté d'un peuple, atteinte à son indépendance. Toute inter\enlion est ou injuste, ou dangereuse, ou inutile. Donner le droit de la propagande à la liberté, c'est donner le même droit à la tvrannie. La lutte entre ces deux principes est inévitable; la^ cause des peuples est partout la même, mais l'intervention, au lieu delà servir, peut la compromeltre. La tyrannie penche d'ellemême àson déclin, et précipiter sa chute n'est pas toujours un moyen de rendre sa ruine plus complète. Tombée d'elle-même, elle ne saurait se relever, tandis qu'elle pourra se refaire d'un échec qui ne lui viendi'ait que du dehors. Les révolutions intérieures sont bien autrement ef-

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ficaces que celles que provoque l'étranger. Conserver le droit d'intervention serait perpétuer les guerres. Un peuple voulant faire dominer son principe au dehors , un autre voudra la même chose pour un principe tout différent ; et cette lutte indirecte ne sera que le prélude d'une guerre directe et générale- Il n'y a pas d'équilibre possible avec le maintien du droit d'intervention. Les peuplés qui sont appelés à veiller sur le premier ^ doivent proscrire le second, ou au moins, comme ils l'ont fait dans ces derniers temps, n'intervenir qu'en commun et avec l'assentiment général, ainsi qu'on a procédé pour la Grèce et la Belgique. C'est là la destruction des germes de discorde , un acheminement vers la paix universelle, et il faut espérer que ces principes prendront de plus en plus de l'extension et de la consistance.

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