‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 6 sur 52 · Système des Physiocrates · texte numérisé non relu

Système des Physiocrates

La faillite de la banque de Law entraîna la ruine d'une infinité de fortunes privées. Personne ne savait en expliquer les causes, et moins encore indiquer un remède , une voie de salut commun. On commença par proscrire le crédit , et Ton finit par dquter de la puissance des métaux précieux. Les fabriques ne parurent pas devoir inspirer assez de confiance 9 leur existence n étant pas encore assurée par le temps. On eut recours aux anciens principes; on revint aux maximes de Sully , à la terre, et Ton se jeta à bras ouverts dans le sein de cette mère commune de tous les hommes. J^a terre, source inépuisable de richesses, voudra bien recueillir ses enfants égarés et prendre soin de leur repos, de leur subsistance et de leur salut. Base im« muable, constante et fidèle des richesses, on pourra désormais lui confier en toute sûreté, sa peine et son bien : « On eût dit, observe M. Blanqui (i), que chaque homme avait besoin de se reposer , à - l'ombre de sa vigne et de son figuier, des secousses et des agitations de la bourse. » Les mots de Sully : « Le pâturage et le labourage sont les deux mamelles de l'Etat, » devinrent la devise générale.

(i) Hist. de rÉconomie politique y 1837, t. Il, p. 89.

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La terre fut déclarée la seule source des richesses. On vît naître le système naturel ou phjsiociuie, qui s'appelle aussi celui clés Économistes. On considère comme son fondateur , François Quesnajr^ fils d'un petit propriétaire, médecin de I^uis XV, né en 1694 et mort en 1774- La terre étant la seule source des richesses, les Économistes repu* taient nécessairement l'agriculture seule productive » et appelaient stériles les autres industries et les autres travaux , ainsi que les classes d'hommes qui s'y vouent, k les entendre, les cultivateurs fournissaient tout ce dont on avait besoin, et eux seuls retiraient un revenu net, tandiis que les manufacturiers et les commerçants consommaient, sans réserve, leur travail durant, tout ce que ce travail leur rapportait. Quesnay composa, à l'appui de cette doctrine, son Tableau économie' que y où il exposa la manière d'après laquelle, selon lui, les revenus se distribuent entre les trois classes différentes des industriels. Cet ouvrage acquit une si grande importance, que le roi l'imprima de sa main à Versailles, avec ces mots : a Pauvres paysans , pauvre royaume ; pauvre « royaume, pauvre souverain. » Mirabeau (le père) mit le Tableau économique au rang des trois inventions merveilleuses du monde, à côté de l'écriture et des monnaies.

La secte des Économistes se grossit de jour en

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jour j et compta dans ses i*angs plus d'un homme de mérite.

Quesnajr en exposa les principes dans les Maxir mes générales du gouvernement économique (Tun ivyaume agricole y 1768.

Mirabeau fit paraître : en 1756, V Ami des hommes y OU Traité de la population; en 1 760, Théorie de r impôt ; et , en 1 763 , Philosophie rurale.

Goumajr écrivît YEssai sur f esprit de la légis* lation ftworable à P agriculture y 1766,

Lemercier de Larii^ière est Fauteur de VOrilre tuUurel et essentiel des sociétés politiques y 1767.

Les principaux sectateurs de Quesnay et de Gournay sont : Dupont de Nemoui*S9 Beaudeau, Letrosne, Trudaine, Ârgenson, Malesherbes^ l'abbé Morellet , Priss , Tucker.

Le Journal agricole y le Journal économique y et les Éphémérides dun citojcn , rédigés par l'abbé Beaudeau, et plus lard par Dupont de Nemours, ont surtout contribué à répandre les opinions des Économistes.

On trouve dans tous ces écrits plus d'idées politiques que de pensées économiques. Ils considèrent le gouvernement patriarcal et absolu comme le meilleur de tous.

Malgré leurs erreurs, les Physiocrates firc l)eaucoup de bien el avancèrent les progrès t l9 science. Ils attirèrent l'attention publique ei

celle des esprits sérieux sur récoiiomie sociale, cette branche essentielle de la prospérité nationale. Les plumes et les esprits se mirent en mouvement; les gouvernements purent s'éclairer et commencèrent a ne plus marcher à tâtons. Si les Économistes, ne considérant comme productive que la classe agricole , lui attribuaient une trop grande importance^et voulaient, en conséquence, comme de droit, qu'elle fût la seule à supporter les impôts et les contributions publiques, ils ne regardaient pas toutefois comme inutiles les commerçants et les manufacturiers , qu'ils ont si improprement désignés sous le nom de stériles. Bien au contraire, ils ne niaient pas leur utilité, et la reconnaissaient même par rapport à l'agriculture. Ils furent les bienfaiteurs de l'industrie, en demandant la liberté du travail pour tout le monde. Leur devise fut le grand mot de Gournay : « Laissez faire et laisser passer. » Cette maxime est, jusqu'à présent, la meilleure expression de la principale règle en économie politique; elle rompit les liens que les gouvernements peu clairvoyants avaient, dans leur zèle mal entendu , imposés aux industries, et c'est encore aujourd'hui le cri de guerre le plus fort contre ce qui subsiste de ces mêmes entraves.

Il fut donné à Turgot de poser la première pierre de ce vaste édifice de la hberté industrielle,

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qui est encore si loin de sou acliè\enieMi, kI de tiiellre ù exûculioii une partie des principes des li^conomislcs. Appelé p;ir Louis XVI au posie de contrôleur général, il déclara libre le commerce des grains et du vin , abaissa l'inlérél, ouvrit des i-outes, et détruisit, ])ar l'édllde lyyti, les corporations d'ouvriers. Le rui disait de lui : « Il n'y a que moi et Turgot qui ainious le peuple. » Mais , doué de génie plus que d'esprit , homme de science pins que <lc pratique, Turgut connaissait mieux les clioses que les hommes , et , ne voyant pas (es obs- Idctcs , il ne tint pas assez compte des circonstances. Personne ne voulait le bien plus que lui; mais il faisait mal le bien, et ne savait pas s'y prendre p<uir faire le mal. L'atnuur du bien et le dévouement à ses [irîncîpes le piessaïcnt plus cpic sa gnulte. Ses innovations élaieul lr<ip piécipili'cs et trop hrustpies pinu' piévtniir les secousses et le frottement. Le peuple, c|ui ne voit que les soûl fi'auct'sdu moment et ne cumprend pas l'avenir, niurnairail, el Tui^ol vît lui-même son édilice renversé.

Turgot a été plus céléltre connue aulcur cpie connue administrateur. Il nous a laissé ses idées dans plusieurs ouvrages, qui ont été r Dupont de I\emnnrs en neuf volumca< i-ipuux sont ; Ril/li:iions sur la fiinmilh iiUiulion fhs tivlivssis ( ce livre est

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comme le meilleur ouvrage physiocrate); Re^ cherches sur la naturv. et C origine des richesses ; Mémoire sur la théorie des valeurs; Sur les prêts d argent ; Lettres sur la liberté du commerce des graifiSj etc.

Le système physiocrate trouva de dignes disciples k TétraDger :

En Allemagne ,

Schlettweiny les Moyens d'arrêter la misère publique. Carisruhe, 177a. Die Wichtigste Angelegenheit. 1776. Grundfeste der Staaten. Giessen, 1779; Archiv.

Charles-Frédéric, margrave de Bade, Abrégé des principes de Téconomie politique. Carisruhe, 1796.

Iselin, Versuch ueber die GescUschaftliche Ordnung. Basel, 177a. Traeume cines Menschenfreundes, 1773. Ephemeriden der Menschheit, 1776.

Mauvillon, Physiocratische Briefe. Braunschweig , 1780.

Springer, Œconomische und kameralistische Tabellen. Frankf., 177a.

Smalz. Encyclopaedie der Kameralwissenschaften. Kœnigsberg, 1819. Handbuch der Staatswirthschaft. Berlin, 1808. Staatswirtschaftslehrc , in Briefen an einen deutschen Erbprinzen; a vol. Berlin, 1818.

Krug. Abriss der Staats OEconomie. Berlin, 1807. En Italie y

Bandini, Discorso economico, 1775.

Beccaria, Elementi di economia publica, 17G9-71.

Filangicri, Délia Legislazione. Nap. 1780-85, liv. II. Les ad\*ersaires de ce système ont été :

Mably, Doutes proposés aux philosophes économistes. Paris, i'-68.

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Forbonn.its , Principes et observations écuiioiDit[iies. Aniit.,

Pinlo, Traite tle la circulation etilucrMlit. Amat., 1771. Dolim , Kurie Vorslellung des physiokratischen Systems. Vienne, 1776.

Pfeifrer,Antiphysiocral. Francf., ■■rSo Muser, Antïniirabeau. Leipzig, 1778.

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