‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 7 sur 52 · Système industriel · texte numérisé non relu

Système industriel

Le 5 juiu 1733, naquit à KirkaMl, en Ecosse. Adam Smith. Son père était contixMeur des douanes dans celle ville. En i yS i , il fut notumé professetir de Glascow, et, l'année suivante, prufessenr de philosophie moiale. Il joignit à son cours des leçons siir IVconomie politique. En 176^, Sraitli arcoiii|)ngna en France le duo de Buccteigh,et y eiilia en rapport d'aitiitié avec la Rocliefoticauld, Tut^ot et Quesnav. Dix ans après son relotn-, en 1 776 , il fit paraître ses Recherches sur la nature et les causes delà richesse des nations. Il proclama le travail source de la richesse, soit qu'il ait la terre pour objet, soit qu'il fasse subir aux produits de la terre des modifications poslérieui-es, soit enfin qu'il s'applique à transporter les fi-uits de ces deux espèces de produits. Il prit le commerce au système mer- I cantile, en le dépouillant de Sf» eireurs, la aux physiocrales, en lui ôtaiil la préjjondiîi ipie ccu\-ci y avaient allaclin-; il leur rnipn.

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surtout la liberté du travail, qu'ils avaient élevée à la hauteur d'un principe fondamental. Il profita des vérités de tous et rejeta les erreurs de chacun.

Si Ton va à la source de ses Recherches y on découvre que , bien avant Smith , les Hobbes , les Locke 9 les Galliani reconnaissaient le travail pour élément de richesse; mais il y a loin de simples vérités à tout un système que Smith a déduit des pensées de ses devanciers ( i). Certes, les écrits des Physiocrates ont eu une grande part dans l'ouvre de Smith , et personne ne le reconnaissait plus que lui-même, puisqu'il a voulu dédier son ouvrage à Quesnay, plus par respect, il est vrai, que par reconnaissance. Cette influence des Économistes a été si grande, qu'on trouve même des traces de leurs erreurs dans le système de Smilh. Ainsi , il lui est arrivé plus d'une fois de donner à l'industrie agricole la préférence sur les autres. Mais l'esprit humain ne procède que successivement dans ses découvertes , et il ne peut y avoir d'eiTet sans cause, sans principe, sans commen-

(i) On considère en outre comme les précurseurs de Sniitli : Hamc y Essays moral and political. Edimbourg y i742* Dignan, Essais sur les principes de l'économie politique. Londres, 1776.

yerriy Réflexions sur récouomic polilicpic. Milau , 1771. Oflcsy Deir ccouomiii na/.ionalo. Vmise, 177/1.

t>E L'BCOnOHIE POLITIQUE. 75

renient; il n'est pas donné au génie iiii-raème de tout créer d'un seul jet. Les difiicultés que le syslème de Smilh a trouvées sur sa route, les jalousie!^ qu'a soulevées son œuvre, et plus encore l'estime universelle qui s'y est attachée, sont des preuves sudisantes de son grand mérite (i). II n'est pourtant pas exempt de défauts. Ainsi que tous les créateurs de nouveaux systèmes, Smilh a poussé trop loin son principe, et l'exagération de ses disciples est allée plus loin encore. Le travail n'est pas l'unique élément de la richesse, ni te seul garant du bien-être. Smith est en outre tombé

(i) Les adversalivs de Smilh soni :

Poivnall, A letlcr ta Ailani Smilh. London , 1770.

Craw/iirit, The doctrine of eiiidvalenta or an cxplamitiù» iiC ihe nature, the value uiid ihe power uf moniea, lo^vlhi'r wiih iheir application in or^uiit;eîng public titiiincc. RoUiirdum, i7g/|.

Hamillon, Baport of tliu sccretai-y of ihc U-casiiry of United-Slaies on the support «f rannufiictures, prescnted lo ihc littuse of représentatives. 1791 , ditember 5.

Grtir, The «ssciitial priociples of tlie wralt]| of nations illusli'utcd in opposition II) sume fnise dnctrincsafD'A.Sinilh, :iiid others. London, 1797.

Eart 0/ Lautlenlale , An toi|<ùrjr {l gineof piihlic vruilih onil inio (lif 11 iiicroasf. Edinibonip, tSofj.

Vaylcy, Esij. A finniiierriat 1; don, iHJ».

dans une grande faute, en qualifiant d'improductifs les travaux immatériels , et cette erreur, depuis, n a été que tmp rudement relevée. Son ouvrage manque de système; mais, pour n'être pas un ouvrage d'étude, ce n'en est pas moins une grande œuvre. Il s'est passé bien du temps depuis lapparition de l'ouvrage de Smith; cette production en a fait naitre une foule d'autres et a donné de la gloire à bien des noms. Mais, malgré tout, l'ouvrage de Smith est encore le meilleurque possède la science , et Smith est le maitre commun de tous les économistes qui sont venus après lui. Ricardo, Mac-Culloch, Senior, Malthus, Mill, ont été les plus célèbres de ses sectateurs en Angleterre. On ne saurait trop recommander l'étude du premier aux esprits forts. Le comte Garnier a traduit l'ouvrage de Smith en français et Ta enrichi de notes très-estimables, sans se convertir soi-même (i). Say a élaboré le système de Smith, Ta iiiéthodisé et l'a purifié de quelques erreurs. M. Blanqui , élève de J. B. Say, a déjà produit plusieurs ouvrages estimés à juste titre. M. Rossi a publié un Cours (T Économie politique^ dont c'est le cas de dire qiie ce qu'il y a de vrai n'est pas nouveau, et que ce qqi y est nouveau n'est pas vrai. Stoidi a importé

(i) 11 est resté Pliysiorralc. Voyez son Jbiv^c clcmctUairc de l*économie politique y i7î>(J.

BB L'éCOIfOlCTB POLITIQUE. 77

réconomie politique en Russie, sans se donner la peine de changer les expressions de ses devanciers. Sartorius et Lueder ont répandu en Allemagne le système de Smith. Rau Tenseigne à Heidelbei^, Riedel à Berlin, Schoen à Breslau. Lotz a fait un ouvrage qui occupe, en Allemagne, un rang recommandable. Sismondi a émis, avec une grande éloquence, des doutes assez peu justes sur les dangers du système industriel. Malthus a fait un système sur la population. DeGerando,le vicomte de Villeneuve, le baron de Morogues et Buret ont élevé la question du paupérisme, de ce triste corollaire des richesses, à la hauteur d'une science particulière. €ostaz, réalisant la pensée de J. B. Say, fît un ouvrage utile dans son Essai sur r administration des industries.

L'Italie a eu les Palmieri , les Mengotti , les Gioja, les Fuoco, les Agazzini , etc, etc. {yqjr. Pecchio : Histoire de l'économie politique en Italie) \ TEspagne, les Ustaritz, les Ulloa, les Campomanès, les Ward, les Cicilia, etc. , etc. (Voy. Ocios de Espanoles emigrados y Lond., i834, 7 vol.)

David Ricardo, Principes de réconomie politique et de rim-

pôt; traduit de l'anglais par Constancio. Paris, if éd., i835; a vol.

Mac*Culloch, Priociples of political economy. Edimboorg,

78 HTSTOIBB

Senior y Principes fondamentAiix de rcconomie politique.

Paris 9 i836«

MalthuSy Principes de l^cconomie politique; traduit de l'anglais par Constancio. Paris , i Sao , a vol.

— Essai sur le principe de population ; 3^ éd., 4 vol.

Traduit parle même. Paris, i836.

Mill , Éléments de l'économie politique ; traduit de l'anglais

par Parisot. Paris , i8a3.

J. B. Say, Traité d'économie politique. 6^ éd., i vol. Paris,

— Cours complet d'économie politique pratique ; a v. .

Ad. Blanqui, Histoire de l'économie politique en Europe; a

vol. Paris, 1837 c^ 1849.

— Cours d'économie industrielle. 4 ▼•» 1 835-1 838.

Rossi, Cours d'économie politique, a vol., 1839-1842.

Henri Storch, Cours d'économie politique, ou Exposition des

principes qui déterminent la prospérité des nations. Saint-Pétersbourg, 181 5; 6 vol. Paris, i8a3, 4 vol.

— î Considérations sur la nature du revenu natio-

nal. Paris, i8a4*

Georg Sartorius , Von den Elementen des Nationalreichlhums

und von der Staatswirthschaft, nach Adam Smith. Gottiugen , 1808. Édition revue de celle qui a paru à Berlin en 1 796.

Liider, Ueber Nationalindustrie und Staatswirthschaft Berlin,

1800- 1804 9 3 vol.

Rau, Lehrbuch de^politischen CËconomie. Heidelberg, 1837,

3 vol.

Riedel, National-(£conomie. Berlin, 1 838- 1841, 3 vol.

Hennann , Staatswirthschaftliche Untersuchungen. Mûnchen ,

DB L*^C0N0M1B POLITIQOB- ^^

Sclioen, Neue Untersuchtingen der Nalional-ORconomie. i835.

Lot7., Handbuch der Staatswîrthschaftsiehre. Erlangen, i838,

3 vol.

Simonde de Sismondi , NouTeanix principes d'économie politique 9 ou de la Richesse dans ses rapports avec la population. Paris, 1827 y a vol.

— Études sur l^économie politique; a vol. Paris,

1837 et i838.

I^ vicomte Alban de Villeneuve Bargeroont , Économie politique chrétienne. 3 voL Paris, i834.

— Histoire de l'économie politique, ou Études

historiques, philosophiques et religieuses sur l'économie politique. Paris, 1841, a v.

De Gerando, De la bienfaisance publique. Parisf, 1839, 4 vol.

ïje baron de Morogues, Du paupérisme, de la mendicité et

des moyens d*en prévenir les funestes effets. Paris, 1834.

Eugène Buret, De la misère des classes laborieuses en An^e-

terre et en France. Paris, 1840, a vol.

Costaz, Histoire de l'administration en France, de l'agriculture, des arts utiles, du commerce, des manufactures, etc. Paris, i843, 3 vol.

De ia Valeur et do Pni

DeW¥i

La faculté qu ont les choses de servir à nos besoins est leur utilité; le degré de cette utilité est la valeur. La valeur est l'expression , la mesure înimatérielle de Futilité. Tout ce qui sert aux besoins de rhomroe, tout ce qui lui est utile a de la valeur. M. Roœi a donc tort de dire que : « L'idée c de la valeur est moins étendue que Tidée de l'u- « tilité absolue. — Qu'on nous expose , ajoute-t-il , « le sjrstème du monde , nous pourrons concevoir « comme utile au mécanisme universel un certain « nombre de svstèmes solaires; mais ce n'est là <« qu*uu acte de l'intelligence, sans rapport avec

82 LIVRE PBEMIKB.

« la salisfaction de nos besoins (i). » — Le besoin intellectuel est un besoin comme un autre: tout ce qui lui convient est utile et a de la valeur, l'exposé d'un système de richesses, tout autant que l'exposé d'un système du monde. Ce n'est que lorsque cet exposé est erroné, ou ce système faux, qu'ils cessent l'un et l'autre d'être utiles, d'avoir de la valeur.

L'utilité des choses est directe ou indirecte, immédiate ou médiate, suivant que l'homme se sert de la chose elle-même, la consomme, ou bien qu'il l'emploie à se procurer la chose dont il a besoin. Dans le premier cas , la valeur s'appelle valeur en iisage; dans le second, valeur déchange.

La valeur d'usage peut se trouver sans la valeur échangeable : un objet peut être d'un grand usage sans être susceptible d'échange. Telles sont les productions delà nature, répandues en telle profusion, qu'elles sont à la portée de tout le monde et que chacun se les procure sans peine ^ comme l'air, l'eau dans la plupart des lieux et des circonstances. Les objets qui ne sont pas susoefAîblés d'être transportés appartiennent également à cette catégorie. Les voies de communication, le sol, le climat ne sauraient passer d'un peuple à un autre, quoique ce soient autant d'éléments fé-

(i) Rossi y Coui^ (récouomie[K>ii tique, 1. 1, p. 4S-

rBODliCTIon DES RICHBSBES. 8S

condsde la richesse d'un paya. La valeur d'usage en est très-grande, tandis que la valein' d'écliange en est piesqiie nulle. I.a valeur d'écliange, au contraire, implique nécessairement la valeur d'usage : elle en est la suite et la conséquence, et ne peut exister sans elle. Tout objet susceptible de la première possède forcément la seconde.

Aucune de ces deu\ espères de valeur n'est la mesure de l'autre, l'n objet d'une grande utilité directe peut n'avoir qu'une très-mince valeur échangeable , de même qu'un objet peut être d'une valeur (échangeable considérable, sans être d'une grande utilité directe. Smith a eu parfoitemenl raison d'assurer que le diamant a une valeur en échange hors de proportion avec sa va- I leur en usage, et IVl. Rossi a assurément tort de I contredire une vérité aussi incontestable (i). Qui ' est-ce qui ne sait pas que les besoins de l'humme . sont d'une étendue différente, et que de tous les I besoins, celui de la nourriture est le plus impérieux? 1.^ beau mot de M. Say, que : « La vanité est un besoin aussi impérieux que la faim, u ne doit pa.s être pris pour l'expression d'une vérité [^nérale. li faut vivre d'abord , et briller ensuite. t qai «eit à l'aiÎHtence de l'homme est plus utile |r. On l'ougirail d'in-

84 LIVRE PREMlEfi.

sistersur de telles vérités, si Ton ne les voyait pas fnéconnues tous les jours , même parties esprits du reste judicieux. L air est la première condition de la vie, et nous avons vu qu'il n*a pas de valeur en échange. Le diamant sert à l'un des derniers besoins de l'homme, et sa valeur échangeable €sl excessive. Si la valeur en échange était toujours en raison dii'ecte de la valeur d'usage, leur distinction serait superflue en économie politique. Tel roman , fort immoral par le fond y se vend deux et trois fois plus quç tel ouvrage de religion , d^ morale ou de philosophie : en conclura-t-on que le premier vaut deux ou trois fois plus que le second? Non 9 certainement , à moins qu'on ne prétende que ce qui est contraire aux mceurs puisse valoir mieux que ce qui leur est utile*

La valeur if usage n'est pas le synopyme de Tan/itéj et ne saurait être remplacée par elle, tout aussi peu que la partie est égale au tout. Une partie de l'utilité est contenue dans la valeur en échange: celle qu'on retire en échangeant l'objet donné contre l'objet voulu, utilité importante , égale pour le moins à celle de l'emploi direct, et qui n'entre pas dans la notion de la valeur d'usage. — La va^leur échangeable n'est pas non plus le synonyme de richesse y comme l'a prétendu Say(i). Les ri-

(i) Dans une de ses notes sur les Principes de l'économie politique, de Ricardo, t. II, p. 88.

PRODUCtlON D«S BIGHBSSBS. 85

chesses9ont toutes les choses nécessaires, agréables ou utiles, selon la définit ion de Smith. Une chose peut être nécessaire , utile ou agréable, sans avoir de valeur en échange, comme le sol, un canal, qn portrait, un talent, etc. La ridiesse contient les deux espèces de valeur, et la valeur échangeable n'en étant qu'une partie ne peut être le synonyme de son tout. La valeur n'est pas non plus la mesure de la richesse. En augmentant des richesses, souvent on diminue leur valeur échangeable, qui , vice versé, peut s'augmenter par suite de leur diminution. La richesse est l'abondance, et l'abondance diminue les prix comme la rareté les élève. La richesse nationale se compose de la somme des fortunes de tous les individus , plus de celle de l'État ou du gouvernement.

Du Prix.

Du prix naiureL

A/? prix est l'expression et la mesure de la vak échangeable. Il n'est pas l'expression de la vaTear en général , parce qu'il n'est pas celle deli'^*

86 LIVBE PREHIIB.

en usage 9 qui, comme nous venons de le voir, n'est pas en rapport direct nécessaire avec la va» leur en échangé. Nous payons tous les jours tles objets qui nous servent à satisfaire des.besoias peu impoi*tants , plus cher que d'autres qui nous sont plus utiles. Cest ainsi que le spectacle est une simple jouissance que beaucoup <ie personnes payent plus que leur diner, qui 681 pourtant une chose indispensable. Si rutilité-.directe est une condition essentielle du prix , puisque personne ne voudrait faire une dépense pour acquérir un objet de nul em[rfoi , elle n'est pas pour cela la mesure ni la règle du prix.

La valeur échangeable ne peut être remplacée, en économie politique; par le prix , parce que ce ne sont point deux notions identiques et égales: l'expression y qui est le prix, n'élant pas la chose exprimée, qui est la valeur échangeable. La valeur échangeable est l'utilité que procure un objet par la faculté de s'échanger contre tels ou tels autres objets, en telle ou telle autre quantité. Cette utilité n'est pas ce qui domine dans la notion du prix : il représente le plus souvent les sacrifices qu'on doit s'imposer pour acquérir l'objet en question, idée qui ne se trouve nullement dans le sens qu'on attache à la valeur échangeable.

Le prix se détermine par le rapport de l'offre à la demande. L'oflfre est la quantité des produits

PRODUCTION J>BS BICHBSSES. 87

qui cherchent un acheteur, et la demande est le montant des produits qu'on veut acquérir et qu'on a la faculté d'adteter dans un moment donné. Quand la demande est forte et que l'offre est faible, les prix sont hauts ; quand la démande est faible et que l'offre est forte, les prix sont bas. Dans le premier cas, il y a concurrence entre les acheteurs qui surenchérissent ^et élèvent ainsi les prix ; dans le second, ce aont les vendeurs qui sont en concurrence*, et qui baissent les prix pour se défaire au plus tôt de la marchandise.

La demande et l'offre ne sont pas indépendantes l'une de l'auti'e. La première limite la seconde et en est la condition et la mesure. Sans la demande il n'y a pas d'offre : personne ne voudra produire un objet que personne ne demande. L'offre croit ou décroit en raison de l'augmentation ou de la diminution de la demande; lorsque le débit d'un produit est assuré , l'intérêt qu'il y a à l'offrir est évident et certain, et le travail et les capitaux se portent sur cette production; ils se retirent au contraire d^une production dont la demande baisse, et à mesure que baisse cette demande; ils la quittent quand la demande cesse tout à fait. Dire que la demande règle l'offre, c'est dire que le débit ou la vente règle la production. Le producteur qui ne règle pas sa production sur son débit , court à une perte inévitable.

88 LIVBE P]|£MIEA.

La demande esl le désir d acheter uni à la la* culte de le faire. Cette faculté augmente à mesure que le prix de l'objet désiré baisse. La baisse des prix augmente ainsi la foilune des consommateurs, puisqu'elle leur procure le moyen d'avoir plus pour autant y ou autant pour moins.

Quelque fréquentes, quelque graves que soient les fluctuations du prix , causées par les changements du rapport de l'offre à la demande, ce rapport ne peut cependant pas faire baisser ou hausser le prix à l'infini. Après s'être élevé à un certain degré, il retombe bientôt, et ne peut, d'un autre côté, rester longtemps au-dessous d'un certain degré. L'ofTre et la demande tendent toujours à se rapprocher Tune de l'autre, à se niveler, à s'égaliser, et leur influence sur le prix tend, par là, sans cesse à disparaître. Il est donc clair qu'il doit y avoir une autre cause , outre le rapport de l'offre à la demande, qui influe constamment sur le prix ,'et empêche sa trop grande baisse comme sa trop grande hausse. Nous ne tarderons pas k reconnaître que cette autre loi qui préside à la règle des prix est celle des frais de production.

Quand les frais augmentent, le prix hausse; quand ils diminuent, le prix baisse. Le remboursement de ces frais est la première condition de la production , et par conséquent de la vente qui n'est qu'une suite de la production.

^BODUCTtOll DBS MCUOStS. 99

La prodacdoD el Toflre d'un objet ce99eDl dès que les (rais qu'il occasionne saqiassent le prix qu'on peut ou qu'on vent y mettre. Quand , ao contraire, le prix d'un objet monte au-dessus de ses frais de production , arrivent de nouveaux producteurs qui, par leur concurrence, font baisser le prix an niveau des frais de production.

Il suit de là que les prix tendent constaounent à se niveler avec les frais de production , ou à se met Ire à leur pair. Cette tendance est permanente; mais la réalisation en est pour b plupart du temps empédiee par le rapport de Toffre à la demande, rapport excessivement variable, et dont l'influence change sans cesse les prix. Mais quoique les prix soient rarement an niveau des (rais de production, ce n'est pas une raison pour nier l'influence de ces derniers et pour méconnaître une loi aussi importante. L'air et le vent modifient conslanuient la chute des corps et voilent à nos veux b gravitation, qui n'en est pas moins <f un effet constant et nécessaire. Il en esi de même du prix : les Irais de production agissent toujours sur les prix et les attirent constamment à eux comme vers leur centre de gravité; mais le rapport de Tofifre à b demande lesen détourne souvent de b même manière que 1 air uKxlifie b chute des corps.

90 LIVBB PEEMIEI.

Les auteurs en économie politique s'accordenl à appeler le prix fixé par le rapport de l'offre k la demande, le prix courant^ et celui qui est r^lé par les frais de production est appelé par Smith le prix naturel^ par Malthus, le prix nécessaire j et par Say, le prix originaire. Mais l'un de ces prix est tout aussi naturel , nécessaire et originaire que l'autre. Je n'entends par prix naturel que celui qui est réglé par la libre concurrence, et j'aimerais voir adoptée par la science la dénomination de prix coûtant y communément employée pour dé<^ signer le prix de fabrication.

Nous avons vu l'importance de la demande sur la fixation des prix; or, la demande dépend des frais de production et se trouve avec eux en raison inverse. Quand les frais se réduisent, la demande augmente; et quand les frais haussent, la demande diminue. Dans le premier cas , la marchandise dont les frais éprouvent une baisse, devient accessible à un plus grand nombre de fortunes; et, dans le second cas, à mesure que les frais augmentent , des individus et des familles se voient forcés à renoncer, soit entièrement, soit au moins en partie, au produit qui éprouve cette hausse. Il en est ainsi pour les produits d'une utilité universelle aussi bien (|ue pour les objets de luxe et de fantaisie. Prenons pour exemple le drap, et supposons que les

PlODUCTtON DES EIGHBSSES. 9f

frais d'un des nombreux agenude cette production viennent à diminuer , soit qu'à la suite d*4ine augmentation des mérinos , la laine ait baissé de prix, soit qu'on ait introduit quelque nouvelle machine qui remplace mi grand nombre de mains, soit enMre qu'on ait trouvé Lt moyen de se procurer les coilleurs- & «leilleur compte. La sotte d'une telle réduction, quelque peu* importante qu'on veuille la supposer, ira se perdre dana l'infini. Les consommateurs qui se troilvent au sommet de l'échelle des fortunes pourront bien «e pas augmenter ^usage qu'ils font des draps, mais ils profiteront sur cet article d'une diminetion de dépense qui refluera sur uo autre, et ils se ver« ront à même de satisfaire quelque goût que, jusque-là, ils auront condamné à la privation; car il n'y a peut-être pas de fortune , quelque considérable qu'elle soit, qui ne doive s'imposer quelque réserve^ La fortune la plus colossale a des lifBÎles; le €iste et l'ostentation n'en ont point. Quant aux personnes moins riches, ellesr profiteront directement de la baisse des prix du drap^ et amélioreront leur garde-robe, soit en qualité , soit en quantité. Cette baisse de prix aura encore pour effet d^ donner à beaucoup de gens la propreté, la gaieté,' le contentement. Enfin, s'il y a dans le monde (et hélas! il ne s'en rencontre que trop) des gens assez malheureux pour n'oser élevei

93 * LIVHE PRBMIBÂ.

leur ambition jusqu'au drap, que le prix s en mette un jour à leur portée ^ et cette ëtofle, auparavant si coûteuse y cessera de leur être étrangère. On les verra y en hiver, couvrir de drap leurs grossiers accoutrements de peau; et, en été, ils déroberont aux regards la chemise , la seule chemise qu'ils portent pendant la chaude saison. Enfin, ils pourront aller, avec une mise décente, prier Dieu aux jours de fête, et ils auront alors une raison de plus pour le remercier de ses bienfaits.

La richesse , la pi*ospérité , la satisfaction et la tranquillité générales sont assurées, raffermies, créées quelquefois, par un embranchement de route ou bien par un crochet qui, heureusement appliqué à une machine, lui fait produire, dans le même espace de temps, un travail double.

Combien sont différents les effets d'une hausse de prix, surtout quand elle tombe sur des objets de première nécessité ! On a souvent dit que le monde périra , non parle feu, mais par le manque de feu , et l'on a raison de trembler en voyant la dévastation des forêts. Prenez le sel : chaque fois qu'il hausse de prix , on commence par en priver le bétail ; vient ensuite le sacrifice des objets plus ou moins nécessaires , et ceux enfin qui n'ont pas à se priver d'un superflu réduisent leur con-

PBODUCTIOfI DES IICHESSES. 93

sommation du sel jusqu'à s'en passer complète* ment (i).

Les frais de production diminuent constamment pour les produits des manufactures et augmentent pour ceux de la terre; car le principal agent de la production des premiers est le travail^ dont les améliorations n'ont de bornes que dans l'esprit des hommes , tandis que les produits de la terre sont limités dans leur quantité et dans leur qualité. 11 en résulte que les produits de la terre les plus nécessaires deviennent de plus en plus chers. Si la demande règle l'offre , elle ne le fait que pour la pluralité des produits et dans la gé-^ néralité des faits ; mais sa puissance échoue contre les limites que la nature impose à la production , et elle ne peut provoquer une offre illimitée des produits de la terre. Dans ces cas, la demande ne peut d^énérer qu'en plaintes et en cris qui ne ^ont étouffés que par la mort.

Il) La Russie a ctc visitée par de fréquentes famines. Les dernières ont été atroces et ont présente des faits épouvantables. J*ai vu des hommes refuser le pain r|u*on leur offrait. La trop longue piivation avait anéanti en eu\ la faculté de inanger ; ils mouraient d*épuisenieiit , quand on n'avait pas su y porter remède à temps.

04 LIVBB PRRMIBB.

Du prix de monopole.

Telles sont les lois que suit le prix dans Tordre naturel 9 général et juste , lorsque la concurrence, ce puissant ressort du prix, est abandonnée à son action. Mais parfois cette concurrence trouve des obstacles invincibles qui l'enchatnent. Cest ce qui anive notamment, lorsque le droit de produire est accordé exclusivement à un petit nombre d'individus, ce qui constitue le monopole,

lue monopoliste n*est pourtant pas le souverain arbitre des prix de ses produits. Premièrement ^ n'ayant pas la faculté de produire sans frais, il ne saurait vendre ses produits au-dessous de ses (rais de production, et il ne peut également les élever trop au-dessus. L'offre se trouve privée de son influence sur le prix de monopole , et son exclusion est précisément ce qui constitue le monopole. Le monopoliste n'a pas à craindre que d'autres viennent lui ravir les consommateurs et les acheteurs de ses produits, en les leur offrant à des prix plus avantageux, mais il ne saurait ne pas tenir compte de la demande. La loi qui lui donne la faculté de régler ses prix selon son gré, ne peut en même temps , et par là même , donner aux consommateui*s les moyens de payer un prix arbitraire au monopoliste, et celui-ci se voit forcé

de mettre ses prix a la portée des demandeurs. Il est de plus de son intérêt , et la raison de Tintérét est toujours la plus puissante^ d'établir ses prix le plus bas possible. Le gain qu'il se refuserait par là sur chaque vente, lui sera plus que remboursé par la quantité des ventes et par Taccroissementdu débit qui est la conséquence nécessaire de toute diminution du prix.

Les monopoles s'établissent naturellement, dans les pays pauvres en hommes, en capitaux et en capacités industrielles, au protit de ceux qui pos* sèdent ces moyens de production. Ailleurs, ce sont certains préjugés qui éloignent les uns de se livrée à des occupations qu'ils regardent, sinon comme déshonorantes, au moins comme peu honorables, tandis que la pauvreté empêche les autres de concourir avec les capitalistes qui exploitent seuls les industries à leur profit. Souvent les fabricants s'entendent enti*e eux pour payer leurs ouvriers le moins possible , de même que ceux-ci, de leur c6té, désertent les ateliers, ou même ont parfois recours à la force et aux armes pour inipo* ser des salaires plus avantageux. I^s marchands se concertent pour ne pas payer tel produit audessus de tel prix. Il en est ainsi , par exemple, pour le commerce de certains comestibles à Pétera» lH>urg, celui des fruits surtout. Si vous vous pré^ sentez dans une boutique pour y vendre des

90 LIVBE PREMIER.

oranges ou des péclies , n'hësitez pas à accepter le prix qu'on vous offre de prime abord , sans quoi il pourrait bien vous arriver de vous voir réduit à livrer plus tard toute votre provision pour rien. Si vous ne concluez pas votre marché avec le premier marchand chez lequel vous vous êtes rendu, et que vous alliez chez un autre, celui-ci ne vous offrira même pas le prix que vous auriez reçu du premier; un troisième vous donnerait moins encore : tout cela, parce que le premier marchand aura mis à votre marchandise un signe quelconque qui aura servi de renseignement et de guide à tous ceux chez qui vous Favez portée ensuite ; ou bien , il aura enveloppé et arrangé vos fruits d'une manière convenue, et c'est vous-même qui , dans la candeur de votre àme, servirez ainsi de postillon aux intelligences de ces filous. Après vous être persuadé par vousmême que les autres marchands donnent moins que le premier, vous revenez le trouver croyant lui laisser vos fruits au prix qu'il avait bien voulu y mettre; mais, hélas! il retire sa parole et vous propose un énorme rabais. Vous voyez vos fruits se gâter, et il ne vous reste plus qu'une alternative : il faut vous résoudre, ou à subir la loi du marchand, ou à consommer votre marchandise vous-même.

Les accapareurs de blés et les agioteurs s'en-

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richissent souvent de la misère d'à ut ru i, et règlent à leur gré le taux des prix et le cours. Habiles à profiler de Timprévoyance et de la crédulité , tantôt ils répandent des bruits sinistres, tantôt ils accréditent de fausses nouvelles et produisent ainsi un simulacre d'olTre ou de demande, une hausse ou une baisse artificielle* Mais ce ne sont laque des abus et des exceptions à la r^le qui préaide à la fixation des prix.

Tous les monopoles n*ont pas pour base l'abus et ne sont pas tous injustes. Tels sont notamment ceux qu'on accorde par privilège , en récompense d'inventions et de perfectionnements dans Tindustrie. Les récompenses sont ici nécessaires, tant comme encouragement que comme dédommagement des peines et du temps que ces découvertes ont exigés, et des dépenses qu'elles ont occasionnées. Le gouvernement n'a pas toujours les moyens de rémunérer les inventions par luimême, et il ne connaît pas non plus d'avance le degré de leur importance et de leur utilité future. N'en profitant pas directement » il est juste qu'il charge du soin de les récompenser ceux-là mêmes qui en profitent, les consommateurs, les acheteurs, le peuple en un mot, et qu'il abandonne à l'inventeur, au moins pour un temps, une partie du profit que la société retire de son invention. Ces sortes de monopoles ne sont que temporaires , et à l'ex-

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piration du brevet qui les autorise, la société profite gratuitement de tout lavanlage de rinventioii qui tombe dans le domaine public. On yoitt|itelquePois les gouvernements acheter une invention et en faire présent au peuple. Une telle générosité^ si générosité il y a, ne peut qu'être un titre i la reconnaissance des citovens en état de la comprendre y et les gouvernements devraient en user de la sorte toutes les fois qu'il s'agit d'inventions d'un intérêt public, universel ou national. Ce que paye le gouvernement est payé par le peuple , et l'on ne saurait faire un meilleur emploi des deniers publics , que de les consacrer à acheter des avantages publics. En achetant les inventions, le gouvernement ne fait qu'avancer un capital ; H n'en perd les intérêts que s'il le veut bien , et îi fait gagner au peuple un intérêt nouveau et réel. Il devrait en agir ainsi toujours , lorsque la levée même d'un nouvel impôt, nécessité par l'achat des inventions, présenterait moins d'inconvénient que la création d'un monopole au proKt de Tinventeur.

D'un autre côté, on voit les gouvernements, peu éclairés sur leurs propres intérêts , et encore moins sur ceux du peuple, se faire monopolistes eux-mêmes, et s'emparer de la production ou de la vente exclusive de certains objets. — Il n'y a que la poudre et l'argent dont la fabrication doive

rire réservée au gouvememeDt; celle de b poudre, parce qu'elle présente des dangers à être abandonnée au public: celle de rar«:ent, parce i|ii'cfle demande des garanties de con6ance que le gon^emement est plus à même d'offrir que les

Songent les gouvernements croient devoir terminer les prix de certains objets. Si ces taxes fixent les prix à leur taux naturel • à celui qui s'établirait de lu»-méiBe par la force des cboscs, dks sont parfaitement inutiles. Si, au contraire, Im lancs minqnfnt le taux voulu.» elles ne peumot être qn*on grave inconvésient. Ge movcn pinduit movent m effet contraire a cdui qu'on

loin <le modérer les prix, la taxe k»

^ en inspirant des craintes Êmsses on

prématurées, qui ont poor résultat de

Fofire. Des mesures de prévoyance et

bien enleodns ont toujours Eûl pliB

les temps difficiles • ipie tontes les

blés.

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