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du haut dé son orgueil qu'il nous regarde et nous m\:prise.
Mais ne faut-il pas im mérite supérieur pour conserver des mœurs simples' dans un rang si élevé? cela peut être , et cela prouve qu'il est très-diiBcile d'occuper décemment les grandeurs sans les remplir , et de n'être pas ridicule par-tout où l'on est déplacé.
Un grand , lorsqu'il est un grand homme » n'a recours ni à cette hauteur hnmiliante , qui est le singe de la dignité, ni à ce faste imposant qui est le fantôme de la gloire , et qui ruine la haute noblesse par la contagion de l'exemple et l'émulation de la vanité.
Aux yeux du peuple , aux yeux du sage, aux yeux de l'envie elle-même, il n'a qu'à se montrer tel qu'il est. Le respect le devance , la vénération l'environne. Sa vertu le couvre tout entier ; elle est son cortège et sa pompe. Sa grandeur a beau se ramasser en lui-même et se dérober à nos hommages , nos hommages vont la chercher. Mais qu'il faut avoir un sentiment noble et pur de la véritable grandeur , pour ne pas craindre de l'avilir en la dœouillant de tout ce qui lui est étranger ! Qui d'entre les grands de notre âge voudrait être surpris comme Fabrice par les ambassadeurs de Pyrrhus, faisant cuire des légumes.
Maruontbl.
Grandeur d'ame. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de prouver que la grandeur d'âme est quelque chose de réel : il est difficile de ne pas sentir dans un homme qui maîtrise la fortune , et qui , par des moyens puissans, arrive à des fins élevées , qui subjugue les autres hommes
DR L'ENCîYCtOpéDiE. il5
{)ar son activité , par sa patience , ou par àe profonds con-. seils ; il est dijËcile , dis-je , de ne pa^ sentir dans un génie de cet Ordre une noble dignité : cependant il n'y a rien de pur dont nous n'abusions.
hà grandeur d'âme est un instinct élevé, qui porte les hommes au grand, de quelque nature qu'il soit; mais qui (es tourne au bien ou au mal, selon leurs passions, leurs lumières , leur éducation , leur fortune , etc. Égale à tout ce ^'il y a sur la terre de plus élevé, tantôt elle cherche à soumettre, par toutes sortes d'efforts et d'artifices, les choses humaines à elle 5 et tantôt dédaignant ces choses ^ elle s'y soumet ellcruiéme, sans que sa soumission l'abaisse : pleine de sa propre grandeur , elle s'y repose eu secret, contente de se posséder. Qu'elle est belle quand la vertu dirige tous ses mouvemens; mais qu'elle est dangereuse alors qu'elle se soustrait à la règle I Représentes-voua Catilina au-dessus de tous les préjugés de sa naissance y méditant de changer la face de la terre , et d'anéantir le nom romain : concevez ce génie audacieux , menaçant le monde du sein des plaisirs^ et formant d'une troupe de voluptueux et de voleurs un corps redoutable aux armées et à la sagesse de Rome. Qu'un homme de ce caractère aurait porté loin la vertu , s'il eût toiuné au bien ! mais des circonstances malheureuses le poussent au crimes Catilina était né avec un amour ardent pour les plaisirs , que la sévérité des lois aigrissait et contraignait; sa dissipation et ses débauches l'engagèr^t peu à peu à des projets criminels: ruiné, décrié, renversé > il se trouva dans un état où il lui était moins facile de gouverner la république que de la détruire ; ne pouvant être le héros de sa patrie , il eu méditait la conquête. Ainsi les hommes sont souvent
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portés au crime par de fatales rencontres y ou par leur situation : ainsi leur vertu dépend de leur fortune. Que manquait-il à César , que d'être né souverain ? Ilïtait bon , magnanime, généreux, brave, clément; personne n'était plus capablç de gouverner le monde et de le rendre heureux : s'il eût eu une fortune égale à son génie , sa vie aurait été sans tache ; mais César n'étant pas né roi , n'a passé que pour un tyran.
De là s'ensuit qu'il y a des vices qui n'excluent pas les grandes qualités , et par conséquent de grandes qualités qui s'éloignent de la vertu. Je reconnais cette vérité avec douleur : il est triste que la bonté n'accompagne pas toujours la force , que l'amour du juste ne prévale pas nécessairement sur tout autre amour dans tous les hommes et dans tout le cours de leur vie; mais non-seulement les grands hommes se laissent entraîner au vice , les vertueux même se démentent , et sont inconstans dans le bien. Cependant ce qui est sain , est sain ; ce qui est fort , est fort. Les inégalités de la vertu, les faiblesses qui l'accompagnent , les vices qui flétrissent les plus belles vies , ces défauts inséparables de notre nature , mêlés si manifestement de grandeur et de petitesse , n'en détruisent pas les perfections : ceux qui veulent que les hommes soient tout bons ou tout méchans , nécessairement grands ou petits, ne lèsent pas approfondis. Il n'y a rien de parfait sur la terre ; tout y est mélangé et fini: les mines ne nous donnent point d'or pur.