GRAND-HOMME
(jRAND-HoMME. ( Philosophie, Morale. ) Le tître de grand-homme tout court ne convient proprement qu'aux grands génies de deux espèces de professions illustres et importantes : la première est celle des gënies spéculatifs y appliqués à perfectionner celles des connaissances humaines qui sont le plus importantes au bonheur des hommes, comme a fait Descartes : l'autre profession illustre et importante , est des génies plus praticiens que spéculatifs ; elle regarde la grande augmentation du bonheur , non des hommes en général , mais d'une nation en particulier : telle est la profession et l'emploi des rois , des ministres , des généraux d'armée , des premiers magistrats, qui tous avec de grands talens peuvent devenir de grands-hommes , si la plus grande utilité publique est le motif de leur entreprise ; par-là Henri IV fut non-seulement un grand roi , mais un grand-homme. Au contraire Charles V , pour n'avoir fait du bien qu'à des courtisans avides , et n'avoir cherché que son propre avantage et non celui de ses sujets , est parvenu à la vérité au titre de roi illustre , de grand empereur , entre les empereurs , on peut avec justice l'appeler Charles^ le -grand; mais de là au grandhomme il y k encore un espace prodigieux. Epaminondas rendit d'importans services , non-seulement à sa patrie , mais à toute la Grèce , en détruisant la tyrannie des Lacédémoniens , il e^t donc un grand-homme. Alexandre >
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qu'est-il ? un guerrier ^ un roi d'une grande riîputaiion ^ en un mot un hpmme illustre , et plus illustre par ses succès que par ses bienfaits envers sa patrie. Scîpion es^ véritablement grand-honmae. César n'eut point d'Annibal à vaincre , et s'il eut perdu la vie à Pharisale , il eut été comparé justement à Catilina : ainsi au lieu du titre de grand-bomme il mérite plutôt celui de scélérat illustre» Sylla fut un scélérat du même genre , mais il mouru^ grandirbomme : le dernier Caton a dççit de marcher à côté de Scîpion.
( Ces réflexions sont de Vahbé de Saint-Pierre. )
ÇRAVE,
ÇrRAvlç. {Gramnuy Littérat.) Grape, au sens moral,, tient toujours du pbysique ; il exprînje quelque cbose de poids. G^est pourquoi on dit , un hçnnrie ^ un auteur^ des maximes de poids ^ pour homme ^ auteur j maximes graines. Le grave est au sérieux ce que le plaisant est à Fenjoué : il a un degré de plu3 ; et ce degré est considé^ rable. On peut être sérieux par bunieur, et même faute d'idées. On est grave ou par bienséance , ou par l'iinportance des idéeâ qui donnent de la gravité. Il y a de la différence entre être grave et être un homme grave. C'est un défaut d'être grave hors de propos. Celui qui est grave (^ans la socijété est rarement recherché. Un homme grave
DE l'encyclopédie. lig
est celui qui s'est concilié de l'autorité plus par sa sagesse que par son maintien.
Pietaie gravém ac rneriUs si forte virum quem.
L'air décent est nécessaire partout ; mais l'aîr grave n'est convenable que dans les fonctions d'un ministère important , dans un conseil. Quand la gravité n'est que dans le maintien , comme il arrive très-souvent j on dit gravement des inepties* Cette espèce de ridicule inspire de laversion. On ne pardonne pas à qui veut imposer par cet air d'autorité et de suiEsance.
Le duc de la Ro cliefoucauld a dit que , la gravité est un mystère du corps inventé pour cacher les défauts de Tesprit, Sans examiner si cette expression , mystère du corps i est naturelle et juste 9 il suffit de remarquer que la réflexion est vraie pour tous ceux qui affectent la gravité , mais non pour ceux qui ont dans l'occasion une gravité convenable à la place qu'ils tiennent y au lieu où ils sont, aux matières qu'on traite.
Un auteur grave est celui dont les opinions sont suivies dans les matières contentieuses. On ne le dit pas d'un auteur qui a écrit sur des choses hors de doute. Il serait ridicule d'appeler Euclide , Archimède, des auteurs graves.
n y a de la gravité dans le style. Tite-Lîve , de Thou y ont écrit avec gravité. On ne peut pas dire la même chose de Tacite ^ qui a recherché la précision , et qui laisse voir de la malignité 5 encore moins du cardinal de Retz , qui met quelquefois dans ses récits une gaieté déplacée , et (jui s'écarte quelquefois des bienséances.
Le style grave évite les saillies , les plaisanteries , s'il
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s'élève quelquefois au sublime y si dans roccasipii il est touchant , il rentre bientôt dans cette sagesse , dans cette simplicité noble qui fait son caractère ; il a de la force , mais peu de hardiesse. Sa plus grande diiBcuité est de n'être point monotone.
Voltaire.