Tome viii
2n4i ESPRIT
truciion ; tout idiotisme particulier peut avoir le même sort , et faire la même fortune. Faudra-t-il imaginer dans une langue autant de sortes de figures de construction , qu'il y aura d'idiomes difFérens y dont elle aura adopté les locutions propres?
5^ Ces locutions empruntées d'une langue étrangère , étant figurées même dans cette langue , ne le sont que de la même manière dans celle qui les a adoptées par imitation , et dans l'une comme dans l'autre , on doit les réduire à la construction analytique et à l'analogie commune à toutes les langues , si l'on veut en saisir le sens.
Voici , par exemple , dans Virgile {jEn. IV.) un hellénisme 9 qui n'est qu'une phrase elliptique.
Omm'a Mercurio similis , vocemque , coloremque , Et crinesflaoos , et memhra décora juoentœ.
L'analyse de cette phrase en sera-t-elle plus lumineuse^ quand on aura doctement décidé que c'est un hellénisme ? !Faisons cette analyse comme les Grecs mêmes Tauraient faite* Ua y auraiçutsona^enleDdu la préposition xarà, ou la préposition «sp) ; les Latins y sous-enteudaient les prépositions équivalentes aecundùm oixper : simiUa Mercurio secundùm omnia^ et secund^m vocent^ «^secundùm c€>lo^ rem j et secuud j^n crmes fta^fÇA j et secundùm membra decorajupemtœ* L'eUipse seule rend ici raison de la oonstvucliou; et iln'est utile de recourir à la langue gjrecque, que pour indiquer l'origiae de la locution, quand elle est expliquée.
Mais Içs grammatistes , accoutumés au pur matériel des
^ langues qu'ils n'entendent que par une espèce de tradition ,
oat multiplié les principes comme les diflicultésy fnute
DE L^fiNCYCLOPÉDIE. 27$
de sagacité pour dëméler les rapports de convenance entre ces principes et les poiiits généraux où ils se rëonissëiit. n n'y a que le coup d'teil pér^nt et sûr de la philosophie qui puisse apercevoir ces Relations et cefi |)oints de réuniôiiy d'où la lumière se répand sur tout le système grammati^ cal , et dissipe tous ces fantôfnes de difficultés ^ qui ne doivent souvent leur existence ^u'à la faible^e de Tof gane de ceux qu'ils effraient.
'MM. boucHET et Beaûzée.
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HELLÉNODtCËa
IlBhhàifODtCiËS. {Histoire ancienne.) Président ^ J^^> et directeur des jeux agonistiqués.
Les helUnodices ou helléhàdiquéa , étaient des magistrats distingués, qui présidaîenf aux jeux de la Crèce , et qui furent institués lors du rétablissement dés jeux olympiques par Iphy tus ^ quatre cettt huit ans après la prise de Troye , et vingt «trois ans après la fondation de Rome.
Au conmiencementi il n^y eut qu'un seulhellénodice ^ ensuite deux^ bientôt après on en cr& trois; enfin ou en augmenta le nombre jusqu'à neuf ^ savoir, troijs pour lés courses des chars et des chevaux 9 trois pour les autres exercices , et trois pour la distribution des prix.
fis prirent le nom de TielUhodices ^ dû lieu de leur assemblée, qu'on appelait Tieïïénodicée ^ c'était originairement un certain espace de terrain de la grande place des Eléens.
^rrS KSPRIT
Leur fonction principale était de présider aux jeux sacrés^ d'y maintenir Tordre, la discipline , d'adjuger et de distribuer les prix : pour prévenir toute injustice, autant qu'il était possible , ils prêtaient serment de ne se point laisser gagner par aucun intérêt 9 ni directement, ni indirectement, de juger avec impartialité, et de ne pas découvrir la raison pour laquelle ils admettaient ou refusaient tel ou tel combattant.
Us étaient obligés de résider dix mois dans l'hellénodicée avant la célébration des jeux , afin de s'instruire à fond des statuts agonistiques , et de veiller à ce que ceux qui se proposaient pour les combats fissent exactement leurs exercices préparatoires, et fussent instruits dans toutes les lois de l'agonistique par les nomophylaces , c'est-à-dire les gardiens de ces lois.
Le jour de la célébration des jeux étant arrivé, les hellénodices écrivaient sur un registre le nom et le pays de ceux qui s'enrôlaient pour entrer en lice; easuite, après leur avoir exposé les conditions auxquelles ils les admettaient, ils ordonnaient à un béraut de les proclamer à baute voix , et de les faire passer conune en revue dans le stade , pour savoir s'il y avait dans l'assemblée quçlqu'un qui eut contre les uns ou les autres atblètes des reprocbes à faire , qui pussent être à leur charge un sujet d'exclusion; comme la qualité d'esclave, une action criminelle , un vol , etCé Enfin , quand il n'y avait aucune déposition valable , les athlètes prêtaient entre les mains 4es hellénodices le serment solennel par lequel ils s'engageaient d'observer les lois prescrites dans chaque sorte de combat.
Ce même jour les hellénodices se rendaient dans la
DK L^ENCYCLÔPEDIË. 277
place avant le lever du soleil pour apparier les courses, et pour que toutes choses fussent en ordre au moment de Fouverture des jeux.
Pendant leur solennité ils étaient assis la tète nue , à l'une des extrémités du stade ou de l'hippodrome , et dans l'endroit où se terminaient ces divers combats.
Ib avaient devant eux, sur une espèce de gradin élevé, les palmes , les couronnes et les prix destinés aux vainqueurs ; quelquefois les athlètes victorieux les recevaien* d'un héraut, qui les leur portait dans le lieu. du stade oiF ils avaient triomphé; mais c'était ordinairement l'hellénodice qui distribuait de sa propre main les couronnes à ceux auxquels il les adjugeait.
Alexandre ayant gagné le prix de la course des chevaux aux jeux olympiques y alla victorieux se présenter devant Tun des hellénodices , qui en le couronnant lui dit ces paroles remarqiiables : « Fiez-vous à moi , Alexandre ; de la manière dont vous avez gagné la victoire à la course , vous en remporterez bien d'autres à la guerre. )> Paroles dont le jeune héros tira un augure capable de lui élever Fâme jusqu'à former les grandes entreprises qui depuis étonnèrent l'univers.
Gomme on érigeait souvent des statues en l'honneur des athlètes victorieux j surtout dans les olympioniques 9 et communément dans le lieu même où ils avaient été couronnés , la loi défendait formellement que ces statues fussent plus grandes que nature ; et c'est à quoi les hellénodices prenaient garde de si près, au rapport de Lucien, qu'ils n'y apportaient pas moins d'attention qu'à l'examen sévère des athlètes et à toute autre partie de leur district. En effet, s'il se trouvait quelqu'une de ces statues qui
surpassât la grandeur naturelle , ils la faisaient aussitôt jeter par terre. Sans doute qp'ils eu agis§aien^ ainsi, de crainte que le peuple, cpii n'était que trop disposé à rendrç ai:(x afhl^tes des honnei|f;f s divins , ue s'avisât en yoysmt le^rs statue^ à'^^e t^i^le plus qu'huipaine , de les mettre k la place de celles des dieu^.
Xijai juridiction des l^ellénodices ne réunis$s|^t pas les ay2aita|;e8 dç )a 4w^ée à ceux de 9pn impprtance ^ car elle fii;^i$si^it le jour piême avec les jeux ; mais ils avaient la gloire d'emporter l'op.i|iioi| j(ayors4>le de la JHatice et de l'inipartialité* Aussi, pour n'être poiç^t te^té9 4'^*^eindrç le^r sermept , iU rçmet^ient toujours \à lectiire des lettres de recommandation qu'on leur faisait en faveur 4ç. certain s^thlèt^s )u«q^'9Pr^ leurs combats ou leurs victoireç.
Cependant, quelque déj(érençe qu'^u$sent \e$ Grecs ppur Ij^. jugçx^enl; d^s lieU^]ç\o,diçes , quelque$-uns d'eux fure:pt accusés, de défaut d'e:ipérieucci, et d'autres d'acçeptio^ 4e perçpnnes; d'ailleurs i^ il arrivait quelquefois d.i^i|;Vf \^ jeiVl^ tel Ic^çideulf délicat ou imprévu qxû obligeait le§ ^t1p^lè.tçs 4'^u appeler au ^éuat d'OIympie, lequel alors décidait en dernier ressort ces sortes d's^iSaires s^onistiqi^çi^. ^Çii^j^ aux jeu^ p]fthiens, on appelait de leur ji^çmeiçLt i ççlui de l'empereur; je cra^ bien que Véquit^ dç ce dériver tribunal ne valût pas celle du premier. Je ^is du mpius , ppur eu citer un exemple , que le jugement de Panis, roi de Ghalcidç, a passé en proverbe, pouJT caractériser un jugement d'ignorance et de faveujr.
L^ CfysvçJier jpE Iaucourt.
DE l'encyclopédie. 279
HEMISTICHE.
âtâfi
H^HistlCHB. ( Littérature. ) Cet artîcfe , qtri paraît d'aliord Une miûirtie , demande pourtant Pattetftion de qaiconque veut s^ifitstniire. Ce repos à fa tûoitié tf ûû teifs, n'est proprement le partage que des '^ets afcxatfdtins. La nécessité de couper toujours ces vers en deux parties égales , et la nécessité non moins forte d'éviter U monotonie , d'observer ce repos et de le cacher , sont des chaînes qui rendent l'art d'ktftaùt pfas pifébieùx , «tu'fl ^t pftis difficile.
Voici des vers techniques qu'on propose ( quelque faibles qufils soient ) pour içonti^ par quelle méthode on doit rompre cette monotonie , que la loi de FhémislSohe semble entraîner avec elle.
ObierTes VhimiiMiô , et redoutez l'ennai Qu'un repos uniSoriâe Mit^eMipièf de lui.
Que votre phrase- heureuse» et daireineiit rendue • Soit tantôt terminée , et tantôt suspendue ; C'est* le seei^t de Tart^ Imtte» cea aecens Dont L'aisé Géliotte avait charmé nos sens.
Toujours harmonieux , et libre sans licence»
II' n'appesantit-point ses sons et sa cadence. SaUé » dont l^erpsichore avait^condiitt les pas, Fit sentir 1» mesure» et ne la marqua pas.
Ceux qui n'ont point d'oreille n'ont qu'à consUlW seulement les^lpoints et les virgules de ces vers ; ils verront qu'étant toujours partagés en dieux parties égales , chacune
aSo ÊSPBIT
dé six syllabes , cependant la cadence y est toujours Tarife f la phrase y est contenue ou dans un demi-vers , ou dans un vers entier , ou dans deux. On peut même ne compléter le sens cpi'au bout de six ou de huit ; et c'est ce mélange qui produit une harmonie dont on est frappé , et dont peu de lecteurs voient la cause.
Plusieurs dictionnaires disent que l'hémistiche est la même chose que la césure ; mais il y a une grande différence : l'hémistiche est toujours à la moitié du vers; la césure , ^i rompt le vers est partout où elle coupe la phrase.
Tiens. Le voilà. ICarcfaons. Il est à nous. "^ens. Frappe.
Presque chaque mot est une césure dans ce vers.
VéUiB, ^uel est le prii des vertus? La souffrance.
Dans les vers de cinq pieds ou^de dix syllabes, il n'y a point dliémistiche , quoiqu'en disent tant de diction-^ naires; il n'y a que des césures 3 on ne peut couper ces vers en deux parties égales de deux vers et demi.
Ainsi partages, | boiteux et mal lûts.
Ces vers langoissans | ne plairaient jamais.
On en voulut faire autrefois de cette espèce , dans le tems qu'on cherchait Hiarmonie , qu'on n'a que très-diflScilement trouvée. On prétendait imiter les vers pentamètres latins y les seuls qui ont en effet naturellement cet hémistiche; mais on ne songeait pas que les vers pentamètres étaient variés par les spondées et par les dactyles ; que leurs hémistiches pouvaient contenir ou cinq , ou six , ou §^pt syllsibes. Mais ce genre de vers français, au contraire ,,
DE l'encyclopédie. 28 1
ne pouvant jamais avoir que des hémistiches de ciuq syllabes égales y et ces deux mesures étant trop rapprochées y il en résultait nécessairement cette uniformité ennuyeuse qu'on ne peut rompre , comme dans les vers alexandrins. De plus, le vers pentamètre latin venant après un hexamètre , produisait une variété qui nous manque.
Ces vers de cinq pieds à deux hémistiches égaux pourraient se souffrir dans des chansons : ce fut pour la musique que Sapho inventa chez les Grecs une mesure à peu près semblable , qu'Horace les imita quelquefois lorsque le chant était joint à la poésie j selon sa première institua tion. On pourrait parmi nous introduire dans le chant cette mesure qui approche de la saphique.
L'Amour est un dieu | que la nature adore , Il fait nos tourmens , | sait les ^érir.
Dans un doux repos | heureux qui l'ignore I Plus heureux ceût fois | qui peut le servir.
Mais ces vers ne pourraient être tolérés dans des ouvrages de longue haleine, à cause de la cadence uniforme. Les vers de jdix syllabes ordinaires sont d'une autre mesure ; la césure sans hémistiche est presque toujours à la fin du second pied , de sorte que le vers est souvent en deux mesures , Fune de quatre , l'autre de six syllabes ; mais on lui donne aussi souvent une autre place, tant la variété est nécessaire.
Languissant , faible , et courbé sous les maux , J'ai consumé mes jours dans les travaux :
Quel fut le prix de tant desoins? L'envie», Son soufle impur empoisonna ma vie.
Au premier vers , la césure est après le moi faible ; au se-
cond , après Jours ; au troisième , elle est encore plus loin, après soins ; au quatrième , elle est après impur.
Dans les vers de huit syllabes il n'y a jamais dliémistiche 9 et rarement de césure.
Loin de noas ce discours Tulgaire ^ ^^ -
Que la nature dégénère ;
Qoe tout passe et que tout finil.
La natoie est înépuîaable ,
Et le travail infatigable
Est un dieu qui la rajeunit.
Au premier yers s'il y avait une césure 9 elle serait à la troisième syllabe , loin de nous ; au second vers , à la quatrième syllabe , nature.^ D n'est qu'un cas où ces vers consacrés à l'ode ont des césures, c'est quand le vers contient deux sens complets»? conune dans cfilttirci :
Je ris en paÎK » {e fiua la oaur.
n est sensible qufc^'e vis en peux ioane une césure ; mais cette mesure répétée serait intolérable. L'harmonie de ces vers de quatre pieds consiste dans le choix heureux des mots et des rimes eroisées^ &ible mérite sans les pensées et lesimagps.
Les. Grecs et les. Latins n'avaient point dliéraistiche dans kiurs yews hexamètres ; les Italiens, n'en ont dans au* cune de leurs poésies.
Le dorme ,. i caçaUer^^XiomU 9 g^i amori y Lecortesie^ timiad impM$A ta canio Chefuro at'tên^ cké /nmmnw trmfi D^qfrica il mar , e in fronda nocquer ùnUo ^ etc.
Ces yers sont composés d^onze syllabes , et le génie de la
DE l'encyclopédie. 285
langue italienne l'exige. S'il y avait un hémistiche , il faudrait qu'il tombât au deuxième pied et trois quarts.
La poésie anglaise est dans le même cas : les grands vers anglais sont d^ dix syllabes ; ils n'ont point d'hémistiche , mais ils ont des césures marquées.
Ai Tropiagton \ notjarfrom Cambridge^ stood
A crofs a pkqfi^g sjtHom \ a iW49' ofwoody
Near it a miil \ M<m^ and plashy ground ,
JVhere corn for att ihe wi^howUig pars \ was gnwrCd,
Au reste , il est peut-être inutile de dire que ces vers sont le commencement de l'ancien conte du berceau , traité depuis par La Fontaine. Mais ce qui est utile pour les amateurs, c'est de savoir que non- seulement les An* glais et les Italiens sont affranchis de la gène de l'hémistiche, mais encore qu'ils se permettent tous les hiatus qui choquent nos oreilles , et qu'à cette liberté ils ajoutent celle d'allonger et d'accourcir les mots selon le besoin , d'en changer la terminaison , de leur ôter des lettres ; qu'enfin, dans leurs pièces dramatiques et dans quelques poèmes , ilsi ont secoué le joug de la rime : de sorte qu'il est plus aisé de Ëiire cent vers italiens et anglais passables , qae dix français, à génie égal.
Les vers allemands ont un hémistiche ; les espagnols n eu ont point : tel est le génie différent des langues , dépendant en grande partie de celui des nations. Ce génie qui consiste dans la construction àes phrases , dans les termes plus ou moins longs , dans la facilité des inversions , dans les verbes auxiliaires , dans le plus ou moins d'articles , dans le mélange plus ou moins heureux des voyelles et des consonnes : ce génie , dis-je , détermine
284 DSPIllT
toutes les différeuces qui se trouvent dans la poésie de toutes les nations ; l'hémistiche tient évidemment à ce génie des langues.
Voltaire,
HERACLITISME,
Hi^^AACLITISME OU PHILOSOPHIE d'HÉRACLITE. (JFiist.
de laphiL ) Heraclite naquit à Ephèse 5 il connut le bonheur , puisqu'il aima la vie retirée; dès son enfance ^ il donna des marques d'une pénétration singulière 5 il sentit la nécessité de s'étudier lui-même , de revenir sur les notions qu'on lui avait inspirées ou qu'il avait fortuitement acquises 9 et il ne tarda pas à s'en avouer la vanité.
Ce premier pas lui fut commun avec la plupart de ceux qui se sont distingués dans la recherche de la vérité ; et il suppose plus de courage qu'on ne pense.
L'homme indolent , faible et distrait . aime mieux demeurer tel que la nature , l'éducation et les circonstances diverses l'ont fait, flotter incertain pendant toute sa vie , que d'en employer quelques instans à se familiariser avec des principes qui le fixeraient. Aussi le voit-on mécontent au milieu des avantages les plus précieux y parce qu'il a négligé d'apprendre l'art d'en jouir. Arrivé au moment d'un repos qu'il a poursuivi avec l'opiniâtreté la plus continue et le travail le plus assidu , un germe de tourment qu'il portait en lui-même secrètement s'y développe peu à peu et flétrit entre ses mains le bonheur.
D£ l'encyclopédie. 287
principes fondamentaux de sa philosophie , autant qu'il est possible d'en juger d'après ce que Sextus Empyricus et d'autres auteurs nous en ont transmis»
Logique d'HéracUie. Les sens sont des juges trompeurs : ce n'est point à leur décision qu'il faut s'en rapporter 9 mais à celle de la raison.
Quand ]e parle de la raison , fentends cette raison universelle , commune et divine , répandue dans tout ce qui nous environne ; elle est en nous , nous sommes en elle, et nous ia respirons.
C'est la respiration qui nous lie pendant le sommeil avec la raison universelle , commune et divine que nous recevons dans la veille par l'entremise des sens qui lui sont ouv^ts , comme autant de portes ou de canaux : elle suit ces portes ou canaux , et nous en sommea pénétrés.
C'est par la cessation ou la continuité de cette influence , qu'Héradite expliquait la réminiscence etPoublî.
n disait : ce qui natt d'un homme seul n'obtient et ne mérite aucune croyance , puisqu'il ne peut être Pobjet de la raison universelle , commune et divine, le seul crUerium que nous ayons de la vérité.
D'où l'on voit qu'HânM^lite admettait l'Ame du monde y mais sans y attachet l'iidée de spiritualité.
Le mépris assez génâral qu'il fiiisait deahoMBMS, prouve qu'il ne les croyait pas paiement partagés du principe raisoaaabk , commua, universel et divin.
Physique ^Iléraclvte* Le petit nombre d'axiomes auxquels on peut h réduire , ne non» en donne pas une haute opinion. C'est un enchaînement de visions assez singulières.
Il ne se fait rien de rien , disait-il.
' 288 EsmuT
Le feu est le principe de tout : c'est ce qui se remarque d'abord dans les êtres.
L'âme est une particule ignée.
Chaque particule ignée est simple , étemelle, inaltérable et indivisible.
Le mouvement est essentiel à la collection des êtres , mais non à chacune de ses parties : il y en a d'oisives ou
mortes.
Les choses éternelles se meuvent éternellement. Les choses passagères et périssables ne se meuvent qu un
tems.
On ne voit point y on ne touche point, on ne sent point les particules du feu; elles nous échappent par la petitesse de leur masse et la rapidité de leur action. Elles sont incorporelles.
Il est un feu artificiel qu'il ne faut pas confondre avec le feu élémentaire.
Si tout émane du feu , tout se résout, en feu.
Il y a deux mondes ; l'un étemel et incréé , un autre qui jà. commencé et qui finira.
Le monde éternel et incréé'fut le feu élémentaire qui est a été, et sera toujours^ mensura generalis accendens et extinguens , la miesure générale de tous les corps, depuis le moment où, ils s'allument, jusqu'à celui où ils
s'éteignent. '
Le monde périssable et passager n'est qu'une combinai^ son momentanée du feu élémentaire.
Le feu étemel élémentaire , créateur et toujours vivant ,
c'est Dieu.
Le mouvement et l'action lui sont essentiels 3 il ne se
repose jamais.
Î>Ë l'eKcyclopédiê. 'iBg
Le mouvement essentiel d'où naît la nécessité et l'enchaînement des événemensy c'est le destin.
C est une substance intelligente ; elle pénétre tous les vtres , elle est en eux , ils sont en elle ; c'est l'âme du monde.
Cette âme est la cause génératrice des choses.
Les choses sont dans une vicissitude perpétuelle ; elles sont nées de la contrariété dès mouvemens , et c'est par cette contrariété qu'elles passent.
Un feu le plus subtil et le plus liqucscent a fait l'air en se condensant; un air plus dense a produit l'eau, une eau plus resserrée a formé la terre. L'air est un feu éteint.
Le feu, l'air; l'eau et la terre d'abord séparés, puis réunis et combinés , ont engendré l'aspect imiversel des choses.
L'union et la séparation sont deux voies de génération et de destruction.
Ce qui se résout , se résout en vapeurs.
Les unes sont légères et subtiles ; les autres pesantes et grossières. Les premières ont produit les corps lumineux; les seconde^ , les corps opaques.
L'âme du monde est une vapeur humide. L'âme de Thonime et des autres animaux , est une portion de l'âme du monde , qu'ils reçoivent ou par l'inspiration ou par les sens.
Imaginez des vaisseaux concaves dW côté et con-^ vexes de l'autre. Formez la convexité de vapeurs pesantes et grossières ; tapissez la concavité de vapeurs légères et subtiles, et vous aurez les astres avec leurs éclipses. . Le soleil , la lune et les autres astres , n'ont pas plus de grandeur que nous ne leur en voyons*