‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 2)Chapitre 33 sur 47 · Tome viii · texte numérisé non relu

Tome viii

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Quelle différence de la logique et de la physique des anciens et de leur morale ! Us en étaient à peine à l'a b c de la nature, qu'ils avaient épuisé la connaissance de rborome et de ses devoirs.

Morale d'Heraclite. L'homme veut être heureux. Le plaisir est son but.

Ses actions sont bonnes , toutes les fois qu'en agissant , il peut se considérer lui* même comme l'instrument des dieux. Quel principe !

Il importe peu à l'homme, pour être heureux , desavoir beaucoup.

n en sait assez s'il se connaît et s'il se possède.

Que lui fera-t-on , s'il méprise la mort et la vie ? Quelle différence si grande verra-t-il entre vivre et mourir , veiller et dormir, croître ou passer; s'il est convaincu que, sous quelque état qu'il existe, il suit la loi de la nature?

S'il y a bien réfléchi , la vie ne lui paraîtra qu'uii état de mort , et son corps le sépulcre de son âme.

n n'y a rien à craindre ni à souhaiter au-delà du

trépas.

Celui qui sentira avec quelle absolue nécessité la santé succède à la maladie, la maladie à la santé , le plaisir à la peine 9 la peine au plaisir, la satiété au besoin , le besoin à la satiété, le repos à la fatigue, la fatigue au repos , et ainsi de tous les états contraires , se consolera facilement du mal, et se réjouira avec modération dans le bien.

n faut que le philosophe sache beaucoup. Il suffit à l'homme sage de savoir se commander.

Surtout être vrai dans ses discours et dans ses actions.

Nés avec du génie ou nés sans génie, nous avons sous la main ce qu'il faut pour être heureux.

DE L'ENCYCLOÎ^ÉDIE. OQI

tl est une loi universelle , commune et divine , dont toutes les autres sont émanées.

Gouverner les hommes comme les dieux gouvernent le monde , où tout est nécessaire et bien.

Il faut avouer qu'il y a dans ces principes^ je ne sais quoi de grand et de général , qui n'a pu sortir que d âmes fortes et vigoureuses , et qui ne peut germer que dans des âmes de la même trente. On y propose partout à Thomme les dieux, la nature et l'universalité de ses lois.

Heraclite eut quelques disciples. Platon j jeune alors , étudia la philosophie sous Heraclite, et retint ce qu'il en avait appris sur la nature de la matière et du mouvement. On dit qu'Hippocrate et Zenon élevèrent aussi leurs systèmes aux dépens du sien.

Mais jusqu'où Hippocrate s'est-il approprié les idées d'Héradite? c'est ce qu'il sera difficile de connaître, tant que les vrais ouvrages de ce père de la médecine demeu* reront confondus avec ceux qui lui sont faussement attribués.

Les traités où l'on voit Hippocrate abandonner l'expérience et l'observation , pour se livrer à des hypothèses, sont suspects. Cet homme étonnant ne méprisait pas la raison ; mais il paraît avoir eu beaucoup plus de confiance dans le témoignage de se& sens , et dans la connaissance delà nature et de l'homme. Il permettait bien au médecin de se mêler de philosophie ; mais il ne pouvait souffrir que le philosophe se mêlât de médecine. Il n'avait garde de décider de la vie de son semblable d'après une idée systématique. Hippocrate ne fut , à proprement parler , d'aucune secte. Celui , dit-il, qui ose parler ou écrire de notre art , et qui prétend rappeler tous les cas à quel--

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ques qualités particulières ^ telles que le sec et Thumidef le froid et le chaud , nous resserre dans des bornes trop étroites y et ne cherchant dans Thomme qiCune ou deux causes générales de la vie ou de la mort^ il faut qu^il tombe dans un grand nombre d^erreurs. Cependant la philosophie rationnelle ne lui était pas étrangère; et si l'on consent à s'en rapporter au livre des principes et des cliaîrs, il sera facile d'apercevoir l'analogie et la disparité de ses principes , et des principes S Heraclite.

Physique dHippocrate. X quoi bon, dit Hippocrate , s'occuper des choses d'en-haut ? On ne peut tirer de leur influence sur l'homme et sur les animaux , qu'ime raison bien générale et bien vague de la santé et de la maladie j du bien et du mal ^ de la mort et de la vie.

Ce qui s'appelle le chaud paraît immortel. U comprend, voit 9 entend et sent tout ce qui est et sera.

Au moment où la séparation des choses confuses se fit , une partie du chaud s'éleva , occupa les régions hautes et servit d'enveloppe au tout. Une autre resta sédentaire et forma la terre, qui fut froide, sèche et variable. Un troisième se répandit dans l'espace intermédiaire et constitua l'atmosphère. Le reste lécha la surface de la terre , ou s'en éloigna peu , et ce furent les eaux et leurs exhalaisons.

De là Hippocrate , ou celui qui a parlé en son pom , passe à la formation de l'homme et des animaux , et à la production 4es os, des chairs et des autres organes du corps.

Selon cet auteur, la lumière s'unit à tout, et domina.

Rien ne naît et rien ne périt. Tout change et s'altère.

n ne s'engendre aucun nouvel animal, aucun être nouveau.

DE L ENCYCLOPÉDIE. agS

Ceux qui existent s'accroissent , demeurent et passent.

Rien ne s'ajoute au tout. Rien n'en est retranché. €haque chose est coordonnée au tout; et le tout l'est à chaque chose.

U est une nécessité universelle , commune et divine , qui s'étend indistinctement à ce qui a volonté et à ce qui ne l'a pas.

Dans la vicissitude générale y chaque être . subit sa destinée; et la génération et la destruction , sont un même fait , vu sous deux aspects différens.

Une chose s'accroit-elle , il faut qu'une autre diminue, âme ou corps. . .

Des parties d'un, tout qui se résout , il y en a qui passent dans l'homme. Ce sont des amas ou de feu seul , ou d'eau seule y ou d'eau et de feu.

La chaleur a trois mouvemens principaux j ou elle se retire du dehors au dedans , ou elle se porte du dedans au dehors, ou elle reste et circule avec les humeurs. De là le sommeil : la veille, l'accroissement, la diminution, la santé, la maladie, la mort, la vie, la folie, la sagesse, l'intelligence , la stupidité , l'action , lé repos.

Le chaud préside à tout. Jamais il ne se repose.

L'ordre de la nature est des dieux. Us font tout , et tout ce qu'ils font est nécessaire et bien.

On demande , d'après ces principes , s'il faut compter Hippocrate'au nombre des sectateurs de l'athéisme? Nous aimons mieux imiter la modération de M osheim , et laisser cette question indécise^ que d'ajouter ce nom célèbre

à tant d'autres.

Diderot.

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