‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 2)Chapitre 4 sur 47 · E5P1UT · texte numérisé non relu

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miers admis au partage de la gloire. Avec moins de génie que Tacite et Corneille , un ministre , un législateur , seront placés au-dessus d'eux.

Suivant cette règle encore^ les mêmes talens ne sont pas toujours également recommandables ; et leurs protecteurs, pour encourager las plus utiles, doivent consulter la disposition des esprits et la constitution des choses; favoriser, par exemple, la poésie dans des tems de barbarie et de férocité , l'éloquence dans des tems d'abattement et de désolation , la philosophie dans des tems de superstition et de fanatisme. La première adoucira les mœurs , et rendra les âmes flexibles ; la seconde relèvera le courage des peuples , et leur inspirera ces résolutions vigoureuses qui triomphent des revers ; la dernière dissipera les fantômes ' de l'erreur et de la crainte , et montrera aux hommes le précipice où ils se laissent^ conduire les mains liées et les yeux bandés.

Mais comme ces effets ne sont pas exclusifs ; que les talens qui les opèrent se communiquent se confondent ; que la philosophie éclaire la poésie qui l'embellit; que l'éloquence anime l'une et l'autre , et s'enrichit de leurs trésors , le parti le plus avantageux serait de les nourrir , de les exercer ensemble , pour les faire agir à propos , tour-à-tour ou de concert , suivant les hommes , les lieux et les tems. Ce sont des moyens bien puissans et bien négligés, de-^Conduire et de gouverner les peuples. La sagesse des anciennes républiques brilla sur-tout dans l'emploi des talens capables de persuader et d'émouvoir.

Au contraire, rien n'annonce plus la corruption et l'ivresse où les esprits sont plongés , que les honneurs cxtravagans accordés aux arts frivoles. Rome n'est qu'un su-

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jet de pitië, lorsqu'elle se divise en factions pour des , pantomimes , lorsque l'exil de ces hommes perdus est une calamité 9 et leur retour un triomphe.

La gloire , comme nous l'avons dit , doit être réservée aux coopérateurs du bien public ; et non-seulement les talens^ mais les vertus elles-mêmes n'ont droit d'y aspirer qu'à ce titre.

L'action de Yirginius ^ en immolant sa fiUe , est aussi forte et plus pure que celle 3e Brutus condamnant son fils ; cependant la dernière est glorieuse • la première ne l'est pas. Pourquoi? Virginius ne sauvait que l'honneur des siens , Brutus sauvait l'honneur des lois et de la patrie. Il y avait peut-être bien de l'orgueil dans l'action de Brutus , peut-être n'y avait-il que de l'orgueil : îl n*y avait dans celle de Yirginius que de l'honnêteté et du courage ; mais celui-ci faisait tout pour sa famille , celui-là faisait tout, ou semblait faire tout pour Rome ; et Rome, qui n'a regardé l'action de Yirginius que comme celle d'un honnête homme et d'un bon père, a consacré l'f[ction de Brutus comme celle d'un héros. Rien n'est plus juste que ce retour.

Lies grands sacrifices de l'intérêt personnel au bien public , demandent un effort qui élève l'homme au - dessus de lui-même , et la gloire est le seul prix qui soit digne d'y être attaché. Qu'offrir à celui qui immole sa vie comme Décius ; son honneur comme Fabius ; son ressentiment comme Camille^ ses enfans comme Brutus et Manlius? La vertu qui se suffit , est une vertu plus qu'humaine : il n'est donc ni prudent ni juste d'exiger que la vertu se suffise. Sa récompense doit être proportionnée au bien qu'elle opère , au sacrifice qui lui en coûte , aux talens personnels qui la secondent; ou si les talens personnels lui man-

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quentf au cboix des talents étxangpa qnVIlr ^pdlea son jeooors : car œ cboix^ dans im kcmanp pidilic, loiferme e» lui tous les talens.

Llftoumie public qui fecait tout par Ini-flième , ferait peu de choses* Uâoge que donne Hoiaoe à Auguste, cùm tôt ëustirieaë^ et tanta negoîia solus^ signifie seulement que tout se passait sous ses yeux. Le don de r^ner arec ^ire n'exige qu nn taleat et qu^une Tertu ; ils tiennent lieu de tout et rien n j supplée. Cette Terta , c'est d^aimer les hommes ; ce talent , c^est de les placer. Qu un roi veuille courageusement le bien , qnll y emploie à propos les talens et les vertns analogues ; ce qu^il ûdt par inspiration n^en est pas moins à lui , et la gloire qui en rerient ne fait que remonter à sa source.

n ne faut pas croire que les talens et les vertus sublimes se donnent rendez-vous pour se trouver ensemble dans tel siècle et dans tel pays; on doit supposer un aimant qui les attire, un souffle qui les développe, un esprit qui les anime, un centre d'activité qui les enchaîne autotir de lui. C'est donc à juste titre qu'on attribue à un roi , qui a su régner ^ toute la gloire de son règne ; ce qu'il a inspiré , il la £aiit , et l'hommage lui en est dû.

Voyez un roi qui , par les liens de la confiance et de l'amour , unit toutes les parties de son état , en fait an corps dont il est l'âme , encourage la population et l'industrie , fait fleurir l'agriculture et le commerce ; excite ^ aiguillonne les arts , rend les talens acti& et les vertus fécondes t ce roi , sans coûter une larme à ses sujets , une goutte de sang à la terre , accmnule , au sein du repos ^ un trésor immense de gloire , et la moisson en appartient à la main qui l'a semée«

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Mais la gloire , comme la lumière , se communique sans s affaiblir i celle du souverain se répand sur la nation ; et chacun des grands hommes dont les travaux y contribuent , brille en particulier du rayon qui émane de lui* On a dit le grand Condé^ le grand Colbert^ le grand Corneille , comme on a dit Louis-le -Grand. Celui de ses sujets qui contribue et participe le plus à la gloire d'un règne heureux , c'est un ministre éclairé^ laborieux, accessible, également dévoué à l'état et au prince, qui s'oublie lui-même , et qui ne voit que le bien ; mais la gloire même de cet homme étonnant remonte au roi qui se Fattâche. En effet , si l'utile et le merveilleux font la gloire , quoi de plus glorieux pour un prince que la découverte et le choix d'un si digne ami ?

Dans la balance de la gloire doivent entrer, avec le bien qu'on a fait, les difficultés qu'on a surmontées; c'est l'avantage des fondateurs^ tels que Lycurgue et le czar Pierre. Mais on doit aussi distraire du mérite du succès , tout ce qu'a fait la violence. Il est beau de prévoir, comme Lycurgue , qu'on humanisera un peuple féroce avec de la musique ; il n'y a aucun mérite à imaginer , comme le czar , de se faire obéir à coups de sabre. La seule domination glorieuse est celle que les hommes préfèrent ou par raison ou par amour : imperatoriam mqjestatem armis decoratam, legibus oportet esse armatam, dit l'empereur Justinien.

De tous ceux qui ont désolé la terre , il n'en est aucun qui , à l'en croire , n'en voulût assurer le bonheur. Déiiez-TOUs de quiconque prétend rendre les hommes plus heureux qu'ils ne veulent l'être ; c'est la chimère des usurpateurs et le prétexte des tyrans. Celui qui fonde un empire

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pour lui-même , taille dans un peuple comme dans le marbre, sans en regretter les dëbris; celui cpû fonde un empire pour le peuple qui le compose, commence par rendre ce peuple flexible , et le modifie sans le briser. En gênerai , la personnalité dans la cause publique est un crime de lèse^huinanité.' L'homme qui se sacrifie à lui seul le repos 9 le bonheur des hommes , est de tous les animaux le plus cruel et le plus vorace : tout doit s'unir pour l'accabler.

Sur ce principe , nous nous sommes élevés contre les auteurs de toute guerre injuste. Nous avons invite les dispensateurs de la gloire à couvrir d'opprobre les succès même des conquërans ambitieux ; mais nous soounes bien éloignés de disputer à la profession des armes la part qu'elle doit avoir à la gloire de Tétat, dont elle est le bouclier, et du trône dont elle est la barrière*

Que celui qui sert son prince ou sa patrie soit armé pour la bonne ou pour la mauvaise cause, qu'il reçoive l'épée des mains de la justice 'ou des mains de l'ambition , il n'est ni juge ni garant des projets qu'il exécute; sa gloire personnelle est sans tache , elle doit être proportionnée aux efforts qu'elle lui coûte* L'austérité de la discipline à laquelle il se soumet, la rigueur des travaux qu'il s'impose, les dangers affreux qu'il va courir , en un mot, les sacrifices multipliés de sa liberté , de son repos et de sa vie , ne peuvent être dignement payés que par la gloire. A cette gloire qui accompagne la valeur généreuse et pure, se joint encore la gloire des talens, qui dans un grand capitaine éclairent, secondent et couronnent la valeur.

Sous ce point de vue, il n'est point de gloire compa-

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rable à celle des guerriers ; ccir celle même des législateurs exige peut-être plus de taleos , mais beaucoup moins de sacrifices : leurs travaux sont , à la vérité, sans relâche ^ mais ils ne sont pas dangereux. En supposant donc le fléau de la guerre inévitable pour l'humanité , la profession des armes doit être la plus honorable y comme elle est la plus périlleuse. Il serait dangereux sur-tout de lui donner une rivale dans des états exposés, par leur situation , à la jalousie tet aux insultes de leurs voisins. C'est peu d'y honorer le mérite qui cômûmande , il faut y honorer encore la valeur qui obéit. Il doit y avoir une masse de gloire pour le corps qui se distingue ; car si la gloire n est pas l'objet de chaque soldat en particulier , elle est lobjet de la multitude réunie. Un légionnaire pense en homme > une légion pense en héros; et ce qu'on appelle V esprit du corps \, ne peut avoir d'autre aliment, d'autre mobile que la gloire.

On se plaint que notre histoire est froide et sèche en comparaison de celle des Grecs et des Romains, La raison en est bien sensible. L'histoire ancienne est celle des lionmies, l'histoire moderne est celle de deux ou trois hommes : un roi , un ministre , un général.

Dans le régiment de Champagne , un oiBcier demande, pour un coup de main > douze hommes de bonne Volonté : tout le corps reste immobile, et personne ne répond. Trois fois la même demande ^ et trois fois le tnême silence. Hé quoi , dit l'officier , l'on ne m'entend point ! Z/on vous entend^ s'écrie une voix; mais qu'appclez-vous douze homfines de bonne volonté? nous h sommes tous vous n'aidez qu*à choisir.

Loi tranchée de Philisbourg était inondée , le soldat y

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