‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 2)Chapitre 5 sur 47 · Tome viii. a · texte numérisé non relu

Tome viii. a

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maroIiHit dans Feau plus qu'à tlemi-corps. Un irès>i«uiie officier , à qui son âge ne permettait pas d'y marcher de même , s'y faisait porter de main en main. Un grenadier le présentait à son camarade, afin qu'il )e prit dans ses bras : mets-le sur mon dos^ dit celui-ci; du 'moins s'il y a un coup de fusil à recevoir , Je le lui épargnerai.

Le militaire français a mille traits de cette beauté , que Plntarque et Tacite auraient eu grand soin de recneiilîr. Nous les reléguons^ dans des mémoires particuliers, comme peu dignes de la majesté de l'histoire. Il faut espérer qu'un historien philosophe s'affranchira de ce préjugé. Toutes les conditions qui exigent des âmes résolues aux grands sacrifices de rinlérèt personnel , au bien public , doivent avoir pour encouragement , la perspective , du moins éloignée , de la gloire personnelle. On sait bien que les philosophes , pour rendre la vertu inébranlable , l'ont préparée à se passer de topt : non "vis esse justus sineglorld} at^ me hercule^ sœpejustusessedebehis cuni infamid. Mais la vertu même ne se roidlt que contre une honte passagère, et dans l'espoir d'une gloire à venir. Fabius se laisse insulter dans le camp d'Annibal et déshonorer dans Rome , pendant le cours d'une campagne ; aurait-il pu se résoudre à mourir déshonoré , à l'être à jamais dans la mémoire des hommes ? N'attendons pas ces efforts de la faiblesse de notre nature ; la religion seule en est capable , et ses sacrifices môme ne sont rien moins que désintéressée. Les plus humbles des hommes ne renoncent à une gloire périssable , qu'en échange d'une gloire immortelle. Ce fut l'espoir de cette immortalité qui soutint Socrate et Caton. Un philosophe ancien disait : comment a*€ux-

DE I/EVCYCLOPÉDTE. lu

lu que je sois sensible au blâme ^ si tu ne veux pas que je sois sensible â l'éloge?

A VexemfAe de la théologie y la morale doit prënmmr la vertu contre l'ingratitude et le mépris des hommes , €& lui montrant d^is le lointaîn des tems pl«s heureux et un monde plus juste.

« La gloif^ accompagne k v«rttt comme son ombre, dit Sénèque ; maïs comme l'oaifens d'un corps tantôt le précède et tantét le Miit , de même la gloii« tantôt dcvaace la vertu et se présente la première , tantôt ne vient qu'à sa suite , lorscpe Teavic s'est retirée ; et alors elle est d'autant plus grande qu'elle se montre plus tard. »

C*est donc une philosophie aussi dangereuse que vaine , de oofiaJbattre dans l'homme le press^timent de la postée rite et le désir de se survivre. Celui qui borne sa gloire au court espace de sa vie , est esclave de l'opinion et des égards : rebuté, si son siècle est injuste; découragé, s'il est ingrat : impatient sur-tout de jouir , il veut recueillir ce qu'il sème ; il préfère une gloire précoce et passagère , à uœ gloire tardive et durable : il n'entreprendra rien do grand.

Celai qui se transporte dans l'avenir et qui jouit de sa m^Eiolre, travaillera pour to«6 les siècles, comme s'il était immortel : que ses contemporains lui refusent la ^oire qu'il a méritée , leurs neveux l'en dédommagent ; car aon imagination le rend présent à la postérité.

C'estt un bedm. songe , dira-t-on. £h I jouit-on jamais de sa gloire autrement qu'en songe? Ce n'est pas le petit nombre de spectateurs qui vous environnent, qui forment le cri de la renommée. Votre réputation n'est glorîeiise qu'autant qu'elle vous multiplie où vous n'êtes

pas , où TQUS ne serez )ainais. Poorqaoi donc serait-îl pta§ insensé d'étendre en idée son existence aux siècles à Tenir, cpi'aux climats éloigna? L'espace réel n'est pour tous qu'un point , comme la durée réelle. Si tous tous renfermez dans l'un on Fautre , TOtreâme jTa languir abattue , comme dans une étroite prison. Le désir d'éterniser sa giloire est un enthousiasme qui nous agrandit , qui nous élèTe au-dessus de nous-mêmes et de notre siècle; et quiconque le raisonne n'est pas digne de le sentir, n Mépriser la gloire^ dit Tacite, c'est mépriser les Tertus qui j mènent » : contemptâ faniâ , ^irtuies contemnuntur .

Marmontel.

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