Tome viii. aS
plus constatés j de» dates précises j des autorités ^ plus d'attention aux usages , aux lois , aux mœurs , au commerce, à la finance , à l'agriculture, à la population. lien est de l'histoire comme des mathématiques et de la physique : la carrière s'est prodigieusement accrue. Autant il est aisé de faire un recueil de gazettes y autant il est difficile aujourd'hui d'écrire l'histoire.
On exige que l'histoire d'un pays étranger ne soit point jetée dans le môme moule que celle de votre patrie.
Si vous faites Y histoire de France, vous n'êtes pas obligé de décrire le cours de la Seine et de la Loire; mais si vous donnez au public les conquêtes des Portugais en Asie , on' exige une topographie des pays découverts. On veut que vous meniez votre lecteur par la main le long de l'Afrique , ou des cotes de la Perse et de l'Inde ; on attend de vous des instructions sur les mœurs , les lois y les usages de ces nations nouvelles pour l'Europe.
Nous avons vingt histoires de l'établissement des Portugais dans les Indes ^ mais aucune ne nous a fait connaître les divers gouvernemens de ce pays , ses religions , ses antiquités y les Brames , les disciples de Jean , les Guèbrcs , les Banians. Cette réflexion peut s'appliquer à presque toutes les histoires des pays étrangers.
Si vous n'avez autre chose à nous dire , sinon qu'un Barbare a succédé a un autre Barbare sur les bords de l'Oxus et de l'Iaxarte , en quoi êtes-vous utile au public?
La méthode convenable à l'histoire de votre pays n'est pas propre à écrire les découvertes du nouveih monde. Vous n'écrirez point sur une ville comme sur un grand empire ; vous ne ferez point la vie d'un particulier comme vous écrirez ITiistoire d'Espagne ou d'Angleterre,
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Ces règles sont assez connues. Mais l'art de bien écrire l'histoire sera toujours très-rare. On sait assez qu'il faut un style grave , pur , varié , agréable. Il en est des lois pour écrire l'histoire , comme de celles de tous les arts de l'esprit i beaucoup de préceptes , et peu de grands artistes.
Voltaire.
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Histoire. (Littérature.) Cicéron l'a définie : X^e te-' moin des terns^ la lumière de la vérité^ la vie de la jné-moire y T école de la vie^ la messagère de F antiquité (i)* Ce n'est là que le développement de l'idée que nous avons tous , au moins confusément , de ce grand moyen de lier par le souvenir les générations et les âges. Mais combien cette idée ne devient-elle pas plus sensible à tous les esprit jt^ et de quelle reconnaissance n'est - on pas ému pour les services que les lettres rendent au geiure humain, lorsqu'on jette les yeux sur le tableau de son existence?
On voit d'abord le monde entier couvert de ténèbres impénétrables , et les nations répandues sur la surface de la terre, non* seulement inconnues l'une à l'autre, mais inconnues à elles-nxèmes , passer sans laisser de vestiges , et se précipiter successivement, d'âge en âge, dans cet immense abîme de l'oubli.
Vient le tems où l'Egypte j la Phénicie, la Chaldée inventent Fart de conserver de leur existence passée quelques traces de souvenir. Le petit peuple de la Palestine possède aussi , dans les livres saints , les titres de son ori-
( i) Historia teslis tem/porum , iuas veritatU , vUa memoriœ , magUWa vUœ f nuncia vet'ustaiis, (De Or. , 1. 2. )
glne et le récit de $es aventures. Mais ces premières lueurs de riustoire n'éclairent çà et là ^e quelques points isolés de l'espace. Ce n'est que cinq ou six cents ans après Moyse et Josué y que , dans les poèmes d'Homère , l'histoire commence à répandre quelque clarté faible et douteuse sur la Grèce, sur la Phrygie, et siir les côtes de l'orient 5 et cinq siècles s'écouleront encore , avant que dans la Grèce même elle brille avec plus d'éclat.
C'est là qu'elle paraît enfin comme un astre dont les rayons s'étendent sur des régions éloignées. C'est par les Grecs que l'Egypte est connue; et en même tems que leurs armées pénètrent dans FAsîe, l'histoire qui les accompagne révèle au monde le secret de l'existence des empires , qui , du Nil au fond de l'Euxin , se sont succédé l'un à l'autre, sans que ni leur splendeur, ni le bruit de leur chute ait encore averti l'Europe de ces grandes révolutions. Mais tandis que les entreprises de Xercès , la campagne de Xénophon, les guerres d'Alexandre font connaître la Perse et llnde , le vaste continent du Nord reste couvert d'une profonde nuit; et les Bretons, les Germains, les Gaulois ne savent du passé que ce qui leur en est transmis dans les chansons de leurs poètes. Carminibus antiquis, dit Tacite^ quod unum apud illos memoriœ et annalium genua est. (De morib. Germ.)
Les lettres passent en Italie. Les conquérans du monde apprennent à dépeindre les usages , les mœurs , la discipline, le génie des nations; et non-seulement l'Italie, le siège de leur domination , devient illustre dans leurs annales , mais tout ce qui leur est soumis a du moins le triste avantage de participer à leur célébrité. Ds ravagent et ils décrivent ; et à mesure que les Scipions ren-
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versent Numance et Carthage j que M arius bat les Numides, que Lucullus et Pompée étendent les conquêtes des Romains en^Âsie, que César subjugue les Gaules, que les armées d'Auguste réduisent le Dace et le Partbe « eX soumettent la Grermanic , que celles de Titus , sous ïa conduite d'Âgricola, vont forcer les Bretons dans leurs derniers asiles; l'histoire , qui semble marcher à la suita des armées , édaire les champs de bataille y et ^ parmi les. ravages et les débris , observe les mœurs des nation^ vaincues, et ramasse les monuQiens qui attestent leur anr tiquité.
Lorsqu'à son tour Rome succombe et qu'elle est la proie des barbares , l'histoire éprouve une longue éclipse ; et les ténèbres de l'ignorance ^ où tout le globe est replongé ^ semblent avoir éteipt tous les rayons de sa lumière. Mais, à la renaissance des lettres , on retrouve sous les ruines du Bas-Empire les étincelles du feu sacré : les Grecs ont conservé le souvenir des révolutions dont [l'orient a été le théâtre; et en même tems tous les peuples du couchant et du nord y moins abrutis, et plus curieux de savoir ce qu'ils ont été , commencent à se demander & eux-mêmes quelle a été leur origine , par quelles fortunes diverses leurs aïeux ont passé; et à chercher , dans les archives de leurs pactes et de leurs lois , des traces de leur existence^
Dès lors on voit le flambeau de l'histoire éclairer tout notre hémisphère et bientôt porter la lumière sur un hé^ saisphère inconnu. La Chine et l'Inde transmettent à l'Europe les preuves de cette antiquité attestée dans leurs annales j et qui se perd dans la nuit des tems.
Ainsi , la guerre et le commerce , les conquêtes et les voyages, Tambition et l'avarice, ont successivement étendu
sur le globe les découvertes de l'histoire ; et Ton peut dire que c'est en traits de sang qu^elle a tracé sa mappemonde* Mais oublions ce qu'il en a coûté , et ne songeons qu'à rendre utile et salutaire aux hommes cette expérience héréditaire que le présent dépose et lègue aux siècles à ▼enir.
Dans tous les arts , la première règle est d'en bien connaître l'objet : car si l'intention de l'artiste est une fois bien' décidée y et dirigée droit à son but y elle sera son guide . dans le choix des moyens et dans l'usage qu'il en doit faire. L'objet immédiat de la poésie est de séduire | celui de l'éloquence est de persuader ; celui de la philoso* phie est de chercher la vérité dans la nature et l'essence des choses 5 celui de l'histoire est de la démêler dans les faits dignes de mémoire , et d'en perpétuer le souvenir en ce qu'il a d'intéressant.
De tous les attributs, le plus essentiel à l'histoire , c'est donc la vérité , et la vérité intéressante. Mais la vérité suppose l'instruction , le discernement , la sincérité , l'équité. Or y l'instruction est incertaine , le discernement difficile ) la sincérité rare ; et ce désintéressement absolu , cette liberté de l'esprit et de l'âme , cette pleine impartialité qui caractérise un témoin fidèle , ne se trouve presque jamais. Aussi voit-on Yhistoire altérer si souvent et si diversement la vérité de ses récits , qu'on est tenté de la définir comme on a défîi^i la B-enommée ,
La messagère indifférente Des vérités et des erreurs.
Des tems reculés et obscurs , elle aura peu de chose à dire, si elle veut être digne de foi ; mab sa ressource est le si-
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lence. Des tems moins éloignés et plus connus , du présent même , elle a souvent bien de la peine à découvrir , soit dans les faits ^ soit dans les hommes , la vérité qu| l'intéresse ; mais sa sauve-garde est le doute. Il est tou* iours si décent de paraître ignorer ce qu'on ne sait pas!
 l'égard du discernement , il serait injuste d'imputer à l'histoire les erreurs où elle est induite par l'imposante gravité des témoignages et des indices : l'on sait bien que le plus souvent , soit dans l'intérieur des conseils j soit dans le tumulte des armes , soit dans le labyrinthe deaiiktrigues de cour , soit au fond de l'âme des hommes , en observant même avec soin les ressorts, des événemens , elle ne peut guère acquérir une certitude in&iUible : si dans le calcul des probabilités, dans l'examen des vraifsemblances , elle a choisi du moins le plus croyable des possibles , elle a fait tout ce qu'on peut attendre de la prudence hum^oe en faveur de la vérité.
Mais il est des erreurs qu'aucune apparence de vérité n^excuse, et que l'histoire ne laisse. pas de recueillir.et.de perpétuer. Tite-Live pouvait avoir à respecter ri>pinion publique sur les augures et les présages., et sur quelques vieux contes qu'elle avait consacrés ^ conîme le bouclier tombé du ciel , l'aventure de Corvinus , le rasoir de Tac* quin^la ceinture de la Yestale 5 Tacite avait aussi quelque raison de ne pas décrier les miracles de Yespasien et les oracles de Sérapis ; mais qui l'obligeait , sous Nerva> de croire au devin de Tibère , et aux leçons qu'il en avait reçues dans l'art de prévoir l'avenir ? Qui obligeait Plutarque , sous Trajan , de croire aux songes de Syllaet à l'horoscope de Pyrrhus? qui l'obligeait de croire que les têtes des bœufs que Pyrrhus venait d'immoler, après avoir
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été coupées 5 avaient tiré la langue et avalent léché leur propre sang ? qui l'obligeait de croire que des corbeaux ^étaient tombés des nues ^ par la commotion de l'air , aux acclamations de la Grèce assend>lée ^ dans le moment que Flaminiuslui annonça la ltt>erti ? qui l'oUigeait de croire au courage surnaturel de cet enâust de Sparte qui s'était laissé ronger le ventre par un petit rcaard^saiis le lâcher, ni jeter un seul cri ? etc* , etc.
Nos bons historiens modernes ont eu moins de respect pour la chronique merveilleuse ; et eela vient de ce que les forces de la nature et leurs limites sont mieux oomiues: cela vient aussi de ce que l'histoire , chez les anciens, était en même tems rdigieuse et politique ; au lieu que parmi nous j lors même que des fanatiques ou des fourbes ont prétendu associer les choses saintes et les profanes, impli^ quer dieu dans leurs querelles , l'attacher à leurs factions , s'eu ûiire un allié , l'engager dans leurs guerres et chacun sous %e& étendards , en un mot, le rendre complice de leurs passions et de leurs crimes ,une saine philosophie est parvenue à démêler les intérêts du ciel d'avec ceux de la terre; et l'histoire a , pour ainsi dire, justifié la Providence , en réduisant les hommes à n'accuser qu'euxHEnêmes des maux qu'ils se saut faits entre eux.
Quant à la vanité des (origines fabuleuses , Yhietoire moderne s'en est guérie ; et c'est encore ujsi de ^es avantages. Les Italiens n'ont pas eu besoin de se dcnuuer des aïeux chimériques pour en avoir d'illustres y les autres peuples s'en sont passés. H a suflEî aux Espagnols et aux Anglais de savoir qu'autrefois la courageuse résistance dea Ibères et des Bretons a b>ng-tems fatigué les armées romaines ; les Germains se sont contentés des titres d'hou«
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uenret de gloire que leur a conserves Tacite; les Français n'ont point appelé du témoignage de César : tous ont mis en oubli le merTcilleux absurde dont se repaissaient leurs ancêtres ; tous ont reconnu i^'ils avaient pris naissance dans le sein de la bari)arie , qu'ils n'araient été qu'un mé-lange de brigands étrangers et d'indigènes asservis ; et tous sont convenus que Jusqu'au tems où la discipline les a rendus réciproquement redoutables y jusqu'au tems où la politique a combiné et divisé leurs forces pour les éga^ User et pour les contenir , leurs plus grandes révolutions ont tontes eu la même cause : savoir , que , dans les dimats tes plus rudes 9 la nature ayant commencé par en*durcir les hommes à la fatigue et au danger , par les rendre robustes , patiens , courageux ; elle leur a fait sentir , après, l'avantage d'un ciel plus doux et d'une terre plus fertile , et les y a poussés en foule et par torrens. Ainsi le nord a toujours pesé et débordé siu: le midi 5 ainsi les Danois j les Saxons , les Normands , les Cimbres , les Golhs , les Ltnnbards , les Vandales , ont inondé l'Europe ; ainsi les Scytbes ont inondé l'Asie 5 ainsi les* Tartares ont inondé la dune* Tout s'est réduit de même > dans les tems éloignés, au mécanisme naturel des causes morales et pHy* slques ^ et il n'y a plus eu de miracles que ceux du génie et de la vertu.
n est bien vrai que cette partie reculée de notre histoire est d'une sécheresse extrême , en comparaison de l'histoire fabuleuse des anciens tems: mais ce n'est ni pour les enflas , ni pour le peuple , qu'elle est écrite; et du moins ce qui nous en reste , on peut le croire sans rougir.
Mais il est pour YhUtoire un autre genre de superstition , nationale ou personnelle ^ dont elle n'a jamais assez
«carié les illusions. Un historien , pour être impartial et juste» devrait n'être, comme. on l'a dit» d^aueun pays, d'aucun système politique, d'aucun parti religieux. Celui qui se passionne » ou pour les intérêts de sa secte ou de sa patrie, ou pour la faction qu'il embrasse, ou pour le caractère du personnage qu'il met en scène; celui qui se laisse éblouir par des talens, par des exploits ou par des qualités brillantes ; celui dont l'admiration se range du côté de la bonne fortune, et pardonne tout au succès; celui qui dans le faible ne voit que le jouet du fort , et qui dans les événemens oublie le juste et l'honnête , pour tout accorder à l'utile ; celui enfin qui n'a pas droit d'écrire , comme Tacite , à la tête de ses Annales , aine irA et studio , n'est pas digne de la confiance de la postérité , et il en est peu d'assez libres de toute espèce depréventionsou d'affections persoainelles , pour se rendre ce témoignage. La politique a ses préjugés , l'esprit de parti son délire ; les intérêts de l'ambition » de l'orgueil, de la fausse gloire, la passion de dominer et d'envahir, enfin , le zèle du bîeu public, l'amour de la cité, l'esprit du corps, ont aussi leurs préjugés superstitieux et leurs maximes fanatiques, dont l'historien doit être dégagé pour être impartial et juste. Et qui l'est parmi les modernes? qui le fut parmi les anciens ?
VzrUyvXV histoire s'est pliée aux mœurs et à l'esprit du tems. Un peuplea-t-il voulu primer dans son pays comme les Athéniens; se rendre uniquement guerrier comme les Spartiates , conquérant comme les Romains, maître de la mer et du commerce conune les Carthaginois; l'histoire a trouvé juste et grand tout ce qu'il a fait pour atteindre au but de son ambition. Le système de son gouvernement ,
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ses lois 9 sa politique^ sa morale même , tout à été soumis à la raison d'état. Les crimes nécessaires ou seulement utiles à sa grandeur , à sa puissance , se sont érigés en ver-^ tus. L'histoire y ainsi que les nations déprédatrices et conquérantes , semble avoir pris pour règle d'équité le mot de Brennus : vœ victis.
 l'égard des modernes^ jereux bien m'interdire toute espèce d'application ; mais à parler librement des anciens, voyez j dans l'histoire romaine , si jamais le droit de conquite et de rapine est mis en doute; si aux dévastateurs du monde on a reproché d'autre crime que le péculat, c est-à-dire le brigandage personnel; et s'il y a rien de plus honorable que le pillage militaire et que les dépouilles des nations porté es en triomphe auCapitole, et entassées dans ce gouffre qu'on appelait le trésor de Saturna , pour expri-» mer sans doute qu'il dévorait tout comme le tems. Voyez y. lorsqu'il s'agit des dissensions du sénat et du peuple, voyez, dis-je , de quel côté se rangera l'hbtorien. Il avouera les torts des grands, le despotisme et l'arrogance du sénat, ses usures , ses injustices , son avarice insatiable , son luxe et son faste insolent , l'état de misère et d'oppression où il te-^ ûait le peuple , la mauvaise foi des promesses qu'il lui faisait pour le calmer, sa haine et ses ressentimens contre ceuif qui le protégeaient; mais il en reviendra toujours à louer, dans ce sénat même, sa constance, sa dignité , sa fermeté inébranlable à maintenir ce qu'il appellera sa grandeur et samajesté. Lesjvrais Romains seront pour lui ceux des pat ri . ciens qui auront eu le plus éminemment l'esprit de corpç, le despotisme aristocratique;et vous le surprendrez sans cesse à regarder comme les défenseurs , les vengeurs de la liberté , et les pères de la patrie , ceux qui en étaient les tyrans.
Dans V histoire grecque on ne trouve pas la mAme déférence pour l'aristocratie ; mais dans les guerres inteatines que la misérable vanité de la préséance alluma entre ces républiques , on voit l'historien tout occupé de leur conduite militaire , de leurs conférences politiques^ de l'éloquence de leurs députés j de l'habileté de leurs capi-taines^ de leurs combats, de leurs succès divers^ oublier la futilité du point d'honneur qui les divise^ et y attacher la même importance qu'au péril dont la Grèce a été menacée à l'invasion de Xercès ; sans même trouver insensée une guerre de vingt-huit ans, qui , pour de foUes jalousies entre deux villes ambitieuses , vient d'épuber de sang toutes les veines de la Grèce , et va la livrer à demi-vaincue au tyran de la Macédoine ,' à ce Philippe , qui, mieux qu'homme du monde , savait diviser pour réduire ^ et corrompre pour assejrvir.
Dès qu'un écrivain s'est frappé d'admiraticm pour un peuple ou pour un personnage illustre , il n'est rien qu'il ne lui accorde* L'enthousiaste d'Alexandre , Quiate- Curce, ne veut^il pas faire admirer jusqu'à sa continence au milieu de cent femmes qu'il menait avec loi?
Rien de plus conséquent que les lois de Ljcurgue, relativement au projet de maintenir son peuple libre. Mais tout ce qui est injuste et louable dans son objets l'est-il dans ses moyensf? Et que n'a pas loué l'histoire dans les lois de Lycuigue? Plutarque ne vante-t-il pas la pudeur des filles de Sparte, qui dansaient nues devant les hommes ? ne dit-il pas même que Sparte était le trône de la pudeur ? n'y trouve-t-il pas l'adultère merveilleusement établi , pour se donner de beaux eiifans? et n'ajoutet-il pas qu'il était impossible qu'à Sparte il y eût des
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adultères ? blâme-t-il l'usage inhumain de jeter dans les fondrières les enfans délicats et faibles? n'excuse et n'approuye-t-il pas ce qu^il y a de plus infôme dans les mœurs , en nous disant que, dans leurs amours ^ les rivaux ne pensaient qu^à chercher , en commun , les moyens de rendre la personne ainiée plus vertueuse et plus aima'ble ? et s'il a condamné la perfidie des Spartiates dans le massacre des Ilotes , a-t-il eu le moiudre scrupule sur le dur esclayage où ils étaient réduits ? En un mot ^ tout ce que Lycurgue avait institué pour dénaturer l'homme , ne lui 8emUe^t-*il pas le chef-d'œuvre de la sagesse.
Gombien de fois n'a-t-on pas répété qu'Alexandre , en ' portant la guerre dans l'Asie, n'avait fait que venger la Grèce et que la mettre en sûreté ? On a pu le dire à l'égard de la Perse : mais l'Inde qu'avait-elle fait à la Grèce ? mais les Scythes, qu'avaient-ils fait à Alexandre? quel droit ou quel besoin avait«-il de les attaquer ? prétendait-il régner du Nil au Tanaïs , du Tanaïs au Gange? et n'est-ce pas du moins une ambition insensée , comme une bonne femme le disait à Philippe^ que l'ambition d'envahir ce que l'on ne peut gouverner? luhistoire reproche à Alexandre le meurtre de son favori ; mais lui reproche-t-elle davoir versé le sang de tant de nations paisibles qu'il fit forger à plaisir , pour se faire louer des sophistes d'Aihènes, et faire dire à Lacédémone, Puisqu" Alexandre veut être dieu , qu'il soit dieu ?
Cependant l'on conçoit comment, dans un homme extraordinaire , le génie des grandes choses , l'audace , la valeur, la constance dans les travaux n en un mot, cette force d'âme qui justifie en quelque sorte l'ambition de dominer, ont pu imposer à des historiens susceptibles
d'enthousiasme ; et dans Quînte-Cutce on pardonne 4 Tillusion qu'il s'est faite sur son hëros : comme elle était sans intérêt , elle est exempte du soupçon de bassesse ; il a manc[ué de philosophie et non pas de sincérité. Mais qui condamnait Yelleius Paterculus à la plus lâche prostitution où puisse être réduit le plus vil diss esclaves? C'est lui qui nous dit, semper magnœ foHunœ cornes est adulatio ; et il semble avoir voulu le prouver par son exemple j en campant aux pieds de Tibère. Encore Tibère , ce monstrueux pifotée , par la diversité Sk ses mœurs et de sa conduite y et par le mélange imposant de quelques grandes qualités parmi des vices détestables, donnait-il prise à la flatterie 5 mais quel prétexte peut-elle avoir lorsqu'elle veut trouver de l'héroïsme dans un orgueil sans courage , et dans une arrogance oisive et molle qui ne fait qu^ordonner le crime et le malheur? Jamais un despote indolent , qui du sein de ses voluptés envoie à ses voisins l'efFroi, la désolation, le ravage, devrait -il entendre l'histoire dire de lui qu'il a dompté des nations, remporté des victoires ? La valeur de ses troupes , l'habileté de ses généraux, quelques milliers d'hommes de plus^ qui, du côté de l'ennemi , ont péri dans une campagne , quelques champs dévastés et inondés de sang, dont il est resté possesseur jusqu'au premier revers : voilà les titres de sa gloire ; et des guerres injustes , qui ont ruiné ses peuples , lui ont obtenu la même place que si , au péril de sa vie et au mépris de son repos , il avait pris et porté les armes pour le salut de son pays.
Ainsi , sans se croire coupable d'adulation , et seulement séduite et entraînée par l'opinion dominante et par l'ivresse populaire ^ l'histoire n'a presque jamais ap-
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pn cié ni les faits , ni les hommes , à leur juste valeur* ]1 y a cependant quelque chose de plus vil et de plus lâche que l'adulation dans un écrivain : c'est la calomnie ; et les historiens animés de l'esprit de parti n'en ont éié presque jamais exempts. Soit passion , soit complaisance , loin de se faire un scrupule, une honte de noircir ou la secte ou là faction contraire , ils semblent s'en faire un devoir. Louis XIV avait pu mériter l'aversion des protes* tans ; mais les historiens protestans se sont déshonorés en outrageant Louis XIV. Je m'étonne comment des nations généreuses ont applaudi à la bassesse des écrivains qui, pour leur plaire , se sont faits calomniateurs. On pardonne l'injure aux malheureux en qui Toppression et la souffrance ont exalté les haines et les ressentimens ; mais que les oppresseurs eux-mêmes calomnient les opprimés j que le despotisme , indigné d'une résistance légitime , s'en venge en outrageant ceux qu'il n'aura pu asservir; c'est un genre d'indignité que les anciens ne connaissaient pas. Le fanatisme national en est l'excuse dans la populace; rien ne peut l'excuser dans un historien. La situation de son âme est le calme et la liberté.
Celui-là seul est donc impartial j dont on ne peut deviner, en lisant, quels étaient son pays, sa religion, son étal; s'il était Grec, ou Romain, ou Samnite, Français j Anglais , ou Américain ; s'il était de l'ordre des sénateurs , ou du collège des pontifes , ou de la classe des plébéiens; s'il tenait pour l'oligarchie , du* pour le gouvernement populaire ; celui enân qui , ne laissant voir l'esprit et Tintérêt d'aucun corps ni d'aucune secte , paraît n'avoir d'autre parti que le parti de la vérité.
Mais si on exige de Yhistoire un désintéressement ab- ^
solu, une impartialité constante , de quel sentiment serat-elle animée? Demanderais-je à l'écrivain une tranquille et froide indifférence entre le crime et la vertu , une sensibilité stupide pour des actions ou des événemens qui décident du sort des peuples? Non, certes; et un JUsto^ rien apathique me semble un homme dénaturé ; mais l'intérêt dont il doit être ému n'est ni celui de la vanité d'un sénat 6u d'un souverain , ni celui des prospérités et de la grandeur d'un empire, ni exclusivement celui de sa patrie; mais celui de l'humanité^ de Finilocence, de la faiblesse, de la vertu dans le malheur de ses semblablés, quels qu'ils soient et quelque pays qu'ils habitent , lorsqu'ils souffrent des maux qu'ils n'ont point mérités. Ce n'est pas que je voulusse voir dans l'historien les émotions , les passions de l'orateur ou du poëte; tout , dans ses sentimens comme dans son langage, doit être grave et modéré; mais il est une manière d'être affecté qui convient à son caractère , et qui elle-même en constitue la décence et la dignité. Tout lecteur qui n'a point perdu le sentiment de la droiture et de l'équité naturelle^ ne peut souffrir qu'un historien décrive froidement des proscriptions et des massacres ; encore moins peut->il le voir , sans indignation , abjurer le nom d'homme pour n'être plus que ce qu'on appelle patriote ou républicain. Il n'est rien qu'on ne doive à son pays, excepté son aveu pour des actions injustes; et s'il est honteux d'y donner son consentement*, à plus forte raison l'est-il d^'y prostituer ses éloges. Le crime national, comme le crime personnel, doit être crime sous la plume comme sous les yeux de l'homme de bien. S'il manque de courage, il peut ne pas écrire; mais s'il écrit, aucun devoir ne peut le forcer
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à Irahîr la vérité , la nature et son âme; et ce qui constitue l'intégrité, la sincérité et la dignité de ITiistoîre, contribue aussi naturellement à rendre intéressante la vérité qu'elle transmet.
On peut distinguer, Aans Y histoire , un intérêt d'instruction et un intérêt d'aflection. Quant à l'instruction , il n'est pas difficile , soit dans les faits ^ soit daiis les hommes , de discerner ce que l'histoire doit prendre soin de recueillir ; il suffit de se demander quels sont , parmi les événemens et les exemples du passé , ceux qui peuvent être pour l'avenir des avis salutaires ou de sages leçons.
Ce qui , d'un siècle à l'autre , peut instruire les hommes , ce sont d'abord les diversités de l'espèce humaine ellemême , si bizarrement variée et dans son naturel et dans les accidens qui l'ont modiGée : les premières agrégations ; la condition primitive ; les manières de vivre, les moyens d'exister ; le mélange des colonies avec les peuples aborigènes; l'organisation de la société,; les différences de génie et de caractère des peuples; les vices et les avantages des constitutions et des formes que la société s'est données , ses mœurs , ses coutumes , ses lob , les progrès de son industrie et de sa civilisation, les sources plus ou moins fécondes de sa force et de sa richesse; ce qui a le plus contribué à son accroissement et à sa décadence ; les Causes des événemens qui ont marqué sa durée et des changemens qu'elle a subis ; surtout le caractère , le génie , les taiens , les vertus , les vices des nonimes qui ont le plus agi et pesë sur ses destinées : tels seront , au premier coup d'œil, les objets d'une curiosité sérieuse , digne de la postérité;
Les points principaux sur lesquels semble , dans tous les tems, avoir roulé le monde , sont la reltgipn et la poli- ToME VJU. 2/|
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tique : ses premiers mobiles (Virent le besoin , TinquiélnJe du malaise , et l'espérance d'un meilleur sort ; les fruits de «a civilisation ont été l'agriculture 9 le commerce , la police y la discipline , les mœurs , les lois , les art» , Tabondance et la sûreté ; les semences de ses discordes 9 l'ambition j l'avarice , et l'envie ; ses fléaux, la guerre et le luxe^ la superstition et le fanatisme , les ilissensîons domestiques, les jalousies nationales 9 le^ rivalités personnelles , les intérêts et l'ascendant de quelques honmnes extraordinaires y et la docilité stupide j l'ardeur aveugle de la multitude à servir les passions ou d'un seul , ou d'un petit nombre. C'est donc bien là évidemment ce que le présent et l'avenir ont intérêt de savoir du passé , pour en tirer les fruits d'une expérience anticipée , et se rendre , s'il est possible, meilleurs , plus sages et plus heureux.
Réduite à ces points principaux , l'his^ire serait dégagée d'une multitude de détaib oiseux y stériles et frivoles , que la vanité seule ^ ou d'une ville , ou d'une province y ou d'un corps , ou d'une famille y rend importans pour eUe» et jpxi , pour le reste du monde > ne sont dignes que de l'oiibU. Mais il est dam lesi causes des événemeus mémorables , un iutjirèt d'affection qui est comme l'âme dje l'histoire ^ et qui rapproche et réunît tous les lieux , tous les tems , tous les peuples du monde , parce qu'il les met en soQiét4 de périJls et. de craintes ^ et que dans le pa$sé il l^r f^^it vcûr l'image du présent et de l'avenir. J^d^teri , po^teri^ve^trq, res agitur, est la devise de l'histAÎre; c'est par ces relations et p«tr ces vpaisemt>lauces, qu'elle nous rend , comme ou l'a dit ,
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î)E i/ë\cyclopi!:die. 5^i
Or si cet Intérêt tient essentiellement à la nature dés faits et des hommes , il tient aussi à la manière dont tes hommes sont peints et dont les faits sont racontes. Le même événenient , retracé par deux écrivains également insfruils , mais inégalement doués de sensibilité , de chaleur, d'éloquence^ sera stérile et froid sous la plume de Tua, fécond et pathétique sous la plume de l'autre; et c'est ici que se fait sentir la différence que j'ai déjà mai^quée entre un témoin comme Suétone et un témoin comme Tacite. L'historien , je le répète, n'est ni poète ni orateur ; son style ne sera donc ni aussi coloré , ni aussi véhément que le style oratoire et que le style poétique; ce n'est ni l'imagination ni la passion qui le doit dominer, c est la vérité simple 5 mais la vérité simple a sa couleur, comme elle a sa lumière , et sa lumière n'est dénuée ni de force ni de chaleur. L'historien est un témoin fidèle , grave , ingénu , mais sensible ; et son style n'en est que plus sinoère , lorsqu'il porte l'impression que les objets ont dû laisser dans son esprit et dans son âme. Or ces impressions se font sentir, ou à chaque trait, comme dans Tacite , ou seulement par des traits échappés , comme dans cet exemple cité par Montesquieu à la louange de Suétone* Suétone, après avoir froidement décrit les atrocités de Néron , change de ton tant à coup, et dit : « L'u-» nivers ayant souffert ce monstre pendant quatorze ans , enfin l'abandonna. » Taie moffêtrum per qùatuordecim annos perpesaus terrarum orbis , tandem deseruit. Ce changement de style ^ cette découverte soudaine de la manière de penser de Fécrivain , cette façon de rendre en aussi peu de mots une si grande révolution, excite sans
doute dans l'âme 9 comme lobserve Montesquieu , Fëmotion de la surprise.
Mais quelque frappans que soient de pareils traits répandus dans Vhistoire , ce contraste^ d'une froideur continue avec un mouvement de sensibilité soudain , rapide . et passager , ne paraîtrait pas assez naturel , s'il était trop fréquent; et s'il était rare, il ferait peu d'honneur au ca- .raclère de l'écrivain qui , de sang froid , pourrait décrire un Içng tissu d'atrocilés ^ sans aucun signe d'émotion» J'aime donc mieux la manière ingénue et simple de Tacite y qui , à chaque trait de burin , nous fait sentir ce qu'il a éprouvé lui-môme , comme lorsqu'il décrit les commencemens insensibles de la domination d^ Auguste. Posito triumvlri nomine , consulem seferens^ et ad tue/îdamplebem iribunitiojure contentum; ubi Tnilitem donis ^ populum annonâ ^ cunctos dulcedine otii pellexitj insurgere paulatini , munia aenatûa , magistratuum , legum , in se trahere , m(llo adversante : cùm feroeùjsimi per acies aut proscriptions cecidissent^ ceteri nobiliuni , qiuinto quis servitio proinptior^ opibus et honoribus extollerentur, ac novis ex rébus aucti , tuta et prœsentia^ quàm cetera et periculosa mallent. ISeque provinciœ illum rerum statuni abnuebant , suspecta se' natûs populique imperio, ob certamina potentium^ et avaritiain magistratuum ^ invalido legum auxilio, quœ a'if ambitu\ postremo pecunid turbabantur (i). Dans
(t) t Auguste ayant déposé le nom dclriumvir , et D'alFccta&t que ceul de cODsnl, parut d'abord se contenter de rautorilé de tribun , afin do protéger le peuple ; mais dès qu'il eut gagné les soldats par des doos , la
DE L*ENCYtLOPJÉDIB* S^i
ce peu de mots , le caractère d' un oppresseur adroit , d*un peuple avili 9 d'un sénat corrompu, et l'impression que cet état de Rome fait sur l'âme de l'historien percent d autant plus vivement , que Ténergie de l'expression n'en est que la vérité pure.
De même , soit que Tacite nous dévoile les profonde^ noirceurs de Fâme de Tibère ^ les turpitudes d'Agrîppine, la férocité de Néron 5 soit qu'il nous représente la stupide insensibilité de Claude; soit qu'il nous décrive la m oit philosophique de Sénèque, la mort héroïque de Thra. séas , la mort plus philosophique et plus héroïque d'0-« thon , ou celle de Pétrone , si singulièrement mêlée d'une^ indolence épicurienne et d'une constance stoïquc ; le vicey le crime , la vertu 9 leur mélange , tout dans son style porle le double caractère de l'objet et de l'écrivain. Il semble avoir un fer brûlant pour flétrir le vice et le crime , et les couleurs les plus suaves pour représenter la vertu. Voyez sur un même tableau la peinture de l'âme de Domitien et de .celle d' A gr icola.
jN^ero tamensuhtraxit oculos ^ juaaitque scelera^ non
multitude par Tabondance, tons par l'attrait d'un doux repos , on le vit j'élever insensiblement , en attirant à lui le pouvoir du sénat, des magistrats et des lois, sans que personne j mit obstacle. Les plus intraitables avaient péri dans les combats ou dans la foule des proscrits. Le reste des nobles voyait que les richesses et les honneurs se mesuraient à Tcmprcs* sèment que chacun témoignait pour la servitude; et agrandis par le nouvel état des choses, ils préféraient, à la périlleuse incertitude de leur situation passée , des biens assurés et présens. Ce changement ne déplai' sait pas même aux provinces, à qui les dissensions des grands et l'avarice des magistrats avaient rendu suspecte la domination du sénat et dli peuple , et qui n'attendaient fias aucun secours des lois , que la fot-cc , la brigue et la cupidité avaient anéanties. •
3;4 . ESi»KiT
&pectamL Proscipua suh Dotnitiano niiseriarum par» eratvidere et aspici: cùmsuspiria nosira subacribereniuri cùm denotandis tôt hominum palloribua sufficeret 9cevus ille\vul£us^ et rubor à quo ae contra pudorem muniebat. Tu ^ero^felix Agricola^ non tantàm mtœ cla-^ ritate , sed oportunitate mortis». . Si quis piorum ma^ nibuslocusi si, ut sapientibua placety non emm cor^ pore exstinguntur magnçe animœ , placide qzàeacas ; nosque , domum tuam , ab infirmo desiderio et mulie" bribus lamentia ad contemplationem adrtutum tuarum 'voces^ quas neque lugeri neque plangifas est. . . . Id Jiliœ uxorique prœsertim j aie patrie , aie mariti mémoriant venerari ut omniafacta diotaque ejua aecum révoltant , famamque ac figurant animi m>agis quam porporia complectantur, , • m forma mentia oBterna, quam tenere et exprimere 9 non per aliemam niaieriam et artem^ aed tuia ipae moribua poaaia. Quidquid ex Agricola amavimua, quidquid miratiaumua y manet, manaurumque eat in animia hominum y in œternitaie tem^ porum^ famâ rerum(i\
(1) •^éxoxk. <|u momiv détournait la» jmis. Il ordonnait le erîmé; il ne le regardait pas* Soqs. QoAiitîeiiiy un sarcioit de supplice poii« le9 mourans étaU de le voixret d'ea êlre vus. Il tenait rtgj atee de bob loapir»; et pour épier et notertaivt.de malbeiureus » il suffisait die o&visag« atroce, que sa rougeur p^éIxu;^ûs8ait cootne eelle delà podeur»
Vous, Agricolajk vous a^rez ^té asses heureux et par Féohitdi»voti>e ▼!«» et par uue mort qui vous a épargné le spectacle de taBtds'maux. S'il est un asile, pour les mâne&; si« comme le disant ks sage», les gnmdes ânes ne sont pas éteintes au même iostasti que péRssant le» corps, homme juste , reposez en ps|ix ;. et nous f votoe famille, ensaigoei-uotis à tous regretter san^ faiblesse , %%kçw»fa- de lainas ^laÎBtes, eu oontemphint ces rares vertus qui nous défendent d«. tom* pleurer. €c que voue» doiveat
PK l'evcycî.opédie. 575
Ce ne fat pas sans de )enls progrès que l'histoire aiicîenne parvint à ce degré de perfection inimitable. Léà pretttièr^» âtinales dé» Boniains n'étaient qu'un registre public , où étaient inscrite , èkné aucuti art , les événemeils de Tannée. C'dst d'après tè modèle qu'écrivirent l'histoire j^abius PictoTj et Pison (1). H eii avait été dé même parmi les Grecs ; et c'était aîusî que Phérécide , Hellanicus , Acudilaa avaient écrit. Mâiâ au fteu que dans Rome , jusqu'au tems de Salluste , rhistoire fut réduite à cette sécheresse, à cette UUdhé d'expf essiôn , oà Péctivaîn né recherchâfit pour toute glOïre que la brièveté et la clarté {'2); dans la Grèce 9 elle avait de botine heure foriné son génie et son dtyle àUX écoles de FéloqueuCè et â celles de la philosophie : c'était de M qa'étAît sorti cet Hérodote, dont l'élocution ravissait Cicéron lui-âiéme; ce Thucydide , qui, dans l'art de parler, passa de loin, dit- il ^ touis ses rivaux ; dont le style est si plein de choses , que le nombre des pensées y égale presque le nombre des paroles , et qui
aujourd'hui et ¥«tee fiUa et ^otie épousa ,. c'est de ccmterf er li préHéMe et de révérer si tendre vient la mémoire d'mi père et d'un époux , ;9u'^ne« ' soient sans cesse occupées de ses actions et de ses paroles ; c'est d'embrassée pktôt fiiAage êe sMi âiNeque etiÛt de son corps. L'Ame est' douée d'ifDc formé itomortelle que ttul olkjël màtrf^l » nul art éfrang^r' ne peut rendre ; et la vôtre a pu seule se peindre dans vos mœurs. Tout ce que nous avons aimé, tout ce que nous avons admiré dans Agricolat nous reste, et revivra sans cesse da.ns l'étarnité des tems et dans'ia mémoire des hotnmes.
{i^aâncsinUlUudin&m scrthtndi mvJUi secviiswnty qui sineuUis or- Tià/tnthHé , monumenta soium temporum , homimun , ioeortun , $êiiar% rutmtfue rerum reiiquerunt, (Cic. de Or. 1. a.)
' {a) Et dum 4nté$U^àtieP tfittd dhfuftty unam dièen'dt (àudetn jfutant esse, érevUatctn, (He Or. 1. a.)
576 PSPÎUT
réunit tant de précision avec tant de justesse , que l'on ne sait si c'est l'expression qui orne la pensée, ou la pensée l'expression (i). De la même école sortirent Éphore et Thcopompe, deux hommes de génie, tous deux disciples d'Isocrate. Enfin parut, ajoute Cicéron, le digne élève de Socrate, le prince des historiens , Xénophon (2).
Le premier des Latins qui appliqua l'éloquence à Vhis^ toire, ce fut Salluste. Tite-Live l'y déploya, et avec autant de magnificence que Thucydide et Xénophon lui* même , mais , comme eux , avec la réserve convenable au témoin des tems. Dans ses récils comme dans ses harangues , il est toujours près des limites qui doivent séparer V historien de l'orateur et du poète , mais il ne les passe jamais ; et pour le charme et la dignité du style de l'histoire, pour le degré d'élévation et de couleur qui lui convient , Tampleur , la pompe et l'harmonie dont il est susceptible, je ne crois pas qu'il y ait de modèle plus accompli que Tite-Live.
Mais ce n'est pas tout, ce n'est pas même assez pour l'histoire d'être éloquente : il lui est surtout recommandé d'être philosophe ; et pour ce dernier caractère , que j'appellerai sa vertu, rien n'est comparable à Tacite. Plus pressé, plus concis, plus vigoureux que Tite-Live du côté de l'expression , il est aussi , du côté des pensées ^
(1) Qui ita creber rerum frequentiâ , vi verhorum jtropè tiumerum gtntenHarum numéro oonsequatur ; ita forrà teriis aplus et fyrcssus , «f nesdas uirum res oratione , an veria sententiis iiiustrenturm ( De Or. La.)
(a) Deindê ttiam à phiiosophid profeetus princêps Xemapkam » «Ta- •ratieui iUe.
DE l'encyclopédie. Zjf
plus énergique et plus profond ; et, du cfyiê des mœurs , plus grave et plus austère. Qu'un peintre, d'après leur génie, essaie de se figurer et de nous peindre leur image , il va donner à Tite-Live un air calme et majestueux, maïs à Tacite un air mélancolique, mêlé de sensibilité, de sévérité, de bontés
« Qu'on ne compare pas , dît -il , nos annales avec ces anciennes histoires de la république romaine. Là, des guerres et des travaux immenses, des rois vaincus et captifs; et au dedans, des dissensions des consuls avec les tribuns , des lois pour le partage des terres ou pour assurer l'abomlance , les débats des grands et du peuple, sont décrits avec liberté. Ici, c'est un travail obscur et resserré dans des bornes étroites. » Et cependant c'est cette obscurité d'une paix triste et sombre , intérieurement troublée par la fermentation de tous les vices et de toutes les passions d'une foule de mauvais princes, environnés d'une cour dépravée, c'est là le grand intérêt de Tacite. Son histoire même, où il annonce de si tragiques évéuemens (i), n'est pas aussi attachante que ses annales, par
(i) Ojnis aggredtor opimum oasHus^ aJtrox frœUis^ discors seditioni- ^ , ipsd etiam paoe sœvum : quatuor principes ferro intereinpH ,
^^ bdla eiviiia , plura extema, ae pUrumque proxima fy/tiia
'tovif ciadihus » vei post longorum. sœcuiorum seriem repetitis , afflio' ^ •' hausfœ aut obrutœ urées , fœeundisstma Catnpaniœ ora , et urbs incendits vasiata , eonsumpUs antiquisstmis det^bris , ipso Capitolio ^^niinu eivium ineenso : poUutee oeremoniœ : magna aduiteria ; plenum txiiiis mare , infesti emdiims seopuii : atrociûs in urée s<Bviium • Militas , opes , omissi gestique honores pro orim^ine , et oh virtute ^^issimunh eonUutn : neo m,inus prannia delatorum invisa qudm sce-
^^a odio et tsrrore eorrupH in dominos servi , in paironos Uéertit
'^ 9^iéus deerai inimious, per amicos oppressi, (Iliftt. 1. i. )
38o ESJ»K1T
core exiger de l'histoire plus ou moins de détails : ce sont les points de perspective que les écrivains se proposent. Plus la postérité pour laquelle on écrit est reculée , plus l'intérêt des détails diminue; et si , à chaque trait , Thistorien se demande , qu'importe à l'avenir^ à un avenir éloigné? le volume des faits qu'il aura recueillis se réduira souvent à peu de chose. Il n'y a que les peuples célèbres et les hommes vraiment illustres , dont les particularités domestiques soient intéressantes encore à une certaine distance. Mais ce qui , pour une postérité éloignée , n'a rien de curieux 9 le tems auquel on touche , le pays où Ton est, peut désirer de le savoir. C'est là , pour le discernement et pour le choix de l'écrivain , l'une des grandes difficultés. Il est presque assuré d'être prolixe à l'égard des siècles à venir , s^il accorde au sien les détails qu'il a droit de lui demander; et s'il néglige ces détails , il s'expose au reproche de n'avoir pas rempli sa tâche; car ces détaib ne sont pas tous frivoles , et la proximité des tems peut leur donner une influence et des rapports d'utilité qui les rendent indispensables.
L'historien qui ne s'occupera que de sa propre gloire évitera aisément cet écueil» en choisissant parmi les siècles écoulés celui qui lui présente le plus de sommités brillantes et d'événemens susceptibles d'un intérêt universel. L'histoire des révolutions aura toujours cet avantage. Mais s'il se borne , pour être utile , à raconter fidèlement i e qu'il a vu de près, on doit s'attendre qu'en écrivant l'histoire de son siècle, il n'aura ni la précision ni la rapidiu* d'un écrivain qui, dans l'éloignement , ne cherche que des points éminens à tracer, et que de grands tableaux 1 peindre.
toE L'BNCyCLOPÉDIE. 38 1
Enfin ^ dans l'hypothèse la plus commune^ il peut arri* ver que le nombre des objets importans dont l'histoire est chargée 9 que la diiEculté de les lier ensemble , de les distribuer 9 de les mêler sans les confondre; que la difilculté plus grande encore de donner à chacun toute son étendue, sans ralentir, suspendre , intervertir le cours et Tordre des événemens ; en un mot , que la complication de la machine politique oblige Vhistoire à la décomposer, à se diviser elle-même en autant de parties qu'elle a d'ob« jets divers 5 et c'est ce quelle a fait souvent. Ainsi , la guerre, les finances, le commerce, les arts, les lois, les Degociations , ont eu leur histoire distincte ; et de cette division naît la différence des styles convenables à leur objet.
L'art militaire, la marine^ l'économie, le commerce^ les lois y ont une langue sévèrement exacte. Celle de la politique est plus affilée et plus subtile : dans les affaires du cabinet elle est vague , mystérieuse et réservée , Montaigne dirait cauteleuse. Celle des intrigues de cour est plus raffinée encore et plus flexible. Mais lorsque dans les factions, les troubles domestiques, les révolutions^ les désastres , on a de grands caractères à développer, de grandes passions à faire agir, de grandes scènes à décrire , la langue de l'histoire devient presque celle de l'éloquence ou de la poésie. Voyez , dans Tacite , l'incendie de Rome; dans Tile-Live , le combat des Horaces et la conjuration des Gracques ; dans Plutarque , le triomphe de Paul- Emile : c'est tour à tour Homère ou Corneille qu'on croît entendre^
Ainsi , lors même que l'écrivain s'impose la tâche pénible d'embrasser d'un coup d'œil tout ce qu'un siècle lui
382 ESPIUT
pi'cscule d'iutcressant pour 1 avenir , et qu il consiclére le corps politique dont il décrit les r<$volutions , conune une machine dont le mouvement est le résultat d'une foule d'impulsions données par dilTérens ressorts liés et combinés ensemble; alors même non-^seulement il n'est pas per* mis à son style d'être uniforme , ^mais il a besoin d'être souple et varié plus que jamais. Une négociation , une campagne militaire, une intrigue de cour^ une conspiration j un détail important de police ou de discipline , un code de législation , demandent im esprit et une plume différente ; et l'historien dont le génie aurait cette heureuse facilité à recevoir l'empreinte des objets qui s'offriraient à sa mémoire^ serait peut-être de tous les écrivains le plus rare et le plus merveilleux dans sa perfection.
Pour en approcher autant qu'il est possible , le vrai moyen ) à ce qu'il me semble, est de n'affecter aucun style, de ne jamais se tendre et se roidir^ et de livrer son esprit et son âme à l'impression des objets qui doitent successivement agir sur la pensée , modifier le sentiment , et s approprier l'expres^oD.
Ainsi ïhiatoire diffère d'elle-même par ses tons, ses couleurs y ses caractères différens , selon les objets qu'elle exprime. Quelqu'un a dit que pour Phistorien, le meilleur style était celui qui ressemblait à une eau limpide. Mais s'il n'a point de couleur à soi , il prendra naturellement celle de son sujet , comme le ruisseau prend la teinture du sabk qui forme son lit. \J histoire politique et morale , la plus féconde en réflexions ; Vhiatoire des cours, la plus curieuse dans ses détails ; celle des révolutions , la plus dramatique de toutes ; V histoire générale , ou celle d'un pays ; celle d'un empire , ou d'un règne ; des annales
VE l'kncyclopkdie. ,^tb
ou des mémoires , demandent plus ou moins de développement ou de prééisiouy d'ampleur ou de rapidité, de philosophie ou d'éloquence ; et prescrire à l'historien d'avoir toujours un mâme style , ce serait comme prescrire au peintre de n'avoir jamais qu'un même pinceau.
Je n'ajouterai plus qu'une observation qui intéresse les écrivains modernes. C'est qu'on se mépread quelquefois m caractère de simplicité et de gravité qui convient eu effet au style de l'histoire. Simple eigraue^ dans ce senslà, signifie éloigné de toute affectation dans la manière, de toute recherche dans la parure. Mais comme en peinture, eu sculpture y l'expression de la force , de la fierté , de la majesté, peut être simple . et c'est réellement lorsqu'elle a toute sa beauté, il en est de même dans l'art d'écrire. La gravité n'exclut que les mouvemens passionnés. C'est dans le sourcil de Jupiter , c'est dans le regard de JNeptune que la colère est exprimée; c'est dans les traits, noa dans le geste , qufi l'artiste fera sentir le caractère ou de Caton ou de Brutus ^ et la situation de leur ame , soit au moment que l'un a résolu sa mort, soit au moment que l'autre délibère d'assassiner son ami, peut-être son père. Telle est I expression, presque imonobile, du style grave. Aucun des grands mouvemens oratoires ne lui convient; mais dans sa chaleur concentrée et retenue il a son énergie. Nulle emphase, nulle figure, nulle épithète ambitieuse; mais le mot propre le plus vif et le plus pénétrant, lui communique sa vigueur.
Le tribun qui vient de poignarder Messaline, parait devant Claude au moment qu^il est à table, et lui dit ffu'elle est morte. Tacite , en traçant le tableau de cette icèue , n'y ajoute rien qui marque Fimpressiou qu'elle
584 ESPjiiT
fait sur luis et, sans l'énoucer, tout l'exprime. jNuntiatum Claudio epulanti periisse Mesaalinam , non distincto sud an aliéna manu ; nec ille quœaipit ; popos- Clique poculuTH^ et soUta convivio celebravit, Nec aecutis quidem diebusy odii, gaudii^ irœ^ tristitiœ ^ ulliua denique humani affectûs signa dédit, non cùm lœtantes accusatores aspiceret, non cùmfilios mœrentes. (i) Le même historien nous peint le deuil de Rome à la mort de Germanicus ; et sans qu'un mot de plainte ou de regret indique la tristesse dont ce tableau l'affecte y on voit qu'il en est pénétré. Consules,.», et senatus ^ ac magna pars populi ojiam comploterez disjecti^ et y ut cuiquam libitum fientes : aberat quippe adulatio, gnaris omnibus lœtam 2^iberio Germanici mortem malè dissimularù Œ^iberius atque j^ugusta publico abstinuére , inferius majestate sud rati , si palàm lamentarenturi an ne omnium oculis nmltum eorum scrutantibus falsi intelligerentur,.. Dies quo reliquiœ tur^ mulo Augusti inferebantur, modbper silentium ^astus, mode ploratibus inquies : plena urbis itinera : conlucentes per cdmpum Martis faces. Illic miles cum armisy sine insignibus magistratus^ populus per tribus^ cecidisse rempublicam, nihil spei reliquum clamiiabant:
(i] • Claude était encore à table, lorsqu'on vînt lui annoncer qae Met* saline élait morte 9 sans lui dire si elle avait péri de sa propre main ou de celle d'un autre; et il ne s'en informa point. Il demanda à boire ; et il acheva» comme de coutume, son repas avec ses convives. Les jours soi vans, il ne donna aucun signe de haine, ni de joie, ni de colère, ai d'affliction, ni d'aucun sentiment humain ; soit en vojant les accusateurs de Messalioe se réjouir , soit en voyant la douleor et les larmes d« ••s enfans. »
t)E L ENCYCLOPÉDÎE. 585
projïiptiua apêrtituque quùm ut meminisse imperitan^ tiufn crederea. Nihil tamen Tiberium magU penetrai>it quàm studia kominuffi accmaa in Agrippirtam\ quùm decus patriae , aolum Augusti sanguinem ; unicum antiquitatis spécimen appellarent » veraique ad cœlum ac deoa integram illi sobolem, ac superstitem iniquorum precarentur (i). Voilà le modèle du style grave, et toutefois d'un style si pittoresque et si haut en couleur , que le poète avec ses hardiesses et Vorateur avec ses figures atteindraient difficilement à ce degré d'ei^pression. Or il me semble que ce qu'un très-grand nombre d'historiens , parmi les modernes , ont néglige de se donner , c'est cette précision nombreuse j cette simplicité éner-
(i)» lies consuls, le téoat, et la jplos grande partie da peuple remplirent le chemin ou le conYoi devait passer, disperses çà et là sans ordre , et pleorant tous en liberté; car il n'j avait dans leur douleur aucune espèce d*adulation , tout le monde étant bien instruit que la mort de OermanieuB était agréable à Tibère. Tibère etLiYÎe s'abstinrent de se montrer , soit qu'ils crussent indigne de la majes^ de se lamenter en public, soit de peur que tant de regards pénëtrans , observant leur visage , n'y découvrissent la fausseté de leur affliction*. ... Le jour que les restes de Germanicus furent portés dans le tombeau d'Auguste , on vit Bome , tantôt semblable à une solitude où régnait un vaste silence, tantôt rem' plie de ttoublea et de gémissemens. Toutes les rues de la ville étaient remplies ; des flambeaux funèbres éclairaient le champ de Mars. Les sol* data y étaient sous les armes, les magistrats sans les marques de leur dignité , le peuple divisé par tribus. Tous criaient que la république était perdue j qu'il ne restait plus d'espérance ; et ces cris éclataient aussi ouvertement et aussi librement que si on avait oublié que l'on avait des maîtres. Rien cependant no pénétra si vivement Tibère que le aèle en* flammé qu'on témoignait pour Âgrippine : on l'appelait l'unique reste du sang d'Auguste , le seul eiemple des mœurs antiques, et, les yeux levés au ciel, on suppliait les dieux de conserver sa race, et do la faire sur* vivre aux méchans. »
lOME Mil. ^5
gique^ cette plénitude de pensdes et d'affections profondes , cette gravité plus éloignée encore de la froideur que de l'emportement. On a écrit simplement l'histoire; mais trop souvent cette simplicité a été négligée, inculte, et sans noblesse. Tantôt on a voulu prendre un style développé; il a été faible, traînant et lâche : tantôt un style concis et serré ; et il a été sec et dur : tantôt un style abondant et pompeux , et il a été emphatique : tantôt un style familier , et il a été rampant. On s'est dit que l'histoire n'était pas l'éloquence; on s'est trompé; c'est l'éloquence même , mais retenue comme un coursier fougueux que le frein réduirait au pas, et qui, dans son allure, conserverait encore et sa vigueur et sa beauté. C'est ainsi que , dans Thucydide , dans Xénophon , dans Tite-Live , "dans Tacite , et parmi nous dans Bossuet et dans Voltaire , on reconnaît toujours une abondance qui se ménage , une chaleur qui se tempère, une force qui se contient et qui règle ses mouvemens, au lieu que dans les écrivains à qui manquent le nerf et la vigueur de l'éloquence, ce qu'ils appellent sobriété dans l'expression, n'est que de l'indigence; ce qu'ils appellent retenue, n'est souvent rien que mollesse et langueur.
Le vrai mérite du style de ïhistoire sera donc de s'acconunoder à son sujet et à son objet. Ces détails si intéressans des Vies de Plutarque seraient insoutenables dans une histoire générale de la Grèce ou de lltalie. Cette belle simplicité des Commentaires de César aurait été de la sécheresse dans les Décades de Tite-Live. La somptuosité du langage de Tite-Live aurait été du £iste dans les Mémoires de César. Le cardinal de Retz eût été ridicule, s'il eût pris le ton grave et sentencieux du pré-
JDE l'encyclopédie. 58/
sideut de Thou, ou s'il nous eût décrit la Fronde du style qui convient aux rëvolutions romaines.
En un mot 9 dans son tissu, même le plus uni, le style de l'histoire doit être simple avec dignité, et d'un naturel également éloigné de l'afiectation et de la négligence , de l'enflure et de la bassesse ; et autant il rejette ces hyperboles de Florus , lorsqu'il nous dit que les vaisseaux d'Antoine faisaient gémir la mer et fatiguaient les vents ; et de César, que l'Océan plus tranquille et plus favorable , l'avait laissé passer , d'Angleterre aux bords de la Gaule , comme en reconnaissant qu'il ne pouvait lui résister ; et de Lucullus , qu'il semblait qu'ayant fait alliance avec la mer et les tempêtes , il leur eût donné la flotte de Mithridate à combattre et à disperser; et de Camille , que l'inondation du sang gaulois avait éteint dans Rome tous les restes de l'incendie; autant, dis-je, la gravité du style de l'histoire rejette ces extravagances , autant sa dignité rebute le langage commun, le ton bourgeois, les phrases proverbiales des écrivains , qui, parmi nous, semblent avoir travesti l'histoire à dessein de la dégrader , comme dans ces expressions que Voltaire a notées : Ije général poursuit sa pointe m Les ennemis furent battus à plate couture. Ils s" enfuirent à vau-^e-roUte, Il se prêta à des propositions de paix , après avoir chanté victoire* Les légions vinrent au déviant de Drususpar manière d'acquit. Un soldat rommn se donnait à dix as par jour ^ corps et âme. Certes , ce n'était pas ainsi que les anciens écrivaient Yhistoire : non-seulement dans les choses les plus commuiies; ils s'énonçaient avec décence; mais souvent dans les grandes choses, sollicités par le besoin d'exprimer vivemnt un trait de caractère, une pensée
388 EsPTirr
neure et hardie , leur $tyle s'ëleyait jusqu'au ton le plus haut : c'est ainsi que Tacite a peint l'effroi de Caligula, lorsque Tibère, que Ton croyait mourant , revint un moment à la vie : Coesar in siUntioJixus à summd spe no* yissima expectahaU C'est ainsi qu'il a peint le deuil de ^ome aux funérailles de Grermaniçus : Diea modoper silentium vastus, modàploratibus inquies. Plutarque a de même exprimé en poète l'extrëmité où Rome était réduite
& l'arrivée de Camille : Rome était dans la balance avec
Vépée de^Brennus ; et la révolution qu'opéra son retour i Il ramena Rome dans Rome.
Je ne me lasse point de citer ces modèles , tout désespérans qu'ils me semblent ; et à commencer par moi-même , )e ne cesserai de dire à ceux qui veulent, en écrivant l'histoire, se rendre intéressans pour la postérité, ce qu'Horace disait aux poètes latins, en parlant des Grecs.
Nodumâ versoU manu , persaU âiumâ,
Mabmontel*
DE L'EXCYCLOPiDIE. SÔg
HOBBISME.
HoBBisME y OU Philosophie de Hobbes. ( HUtoiire ^ Philosophie ancienne et moderne. ) Thomas Hobbes naquit en Angleterre » à Malmésbury , le 5 avril i588; son pè^e était un ecclésiastique obscur dans ce lieu. Laflotte que Pnilîppe il , roi d'Espagne y avait envoyée contre les Anglais , et qui fut détruite par les vents ^ tenait alors la nation dans une consternation générale. Les couches dé la mère de Hobbe^ en turent accélérées , et eïlo mit au monde cet enfant avant terme.
On l'appliqua de bonne heure à l'étude ; malgré la faiblesse de sa santé , il surmonta avec ' une facilité surprenante les difficultés des langues savantes ^ et il avait traduit en vers latins la Médée d^Eurîpide, dans un âge où les autres enlans connaissent à peine le nom de cet auteur.
On renvoya à quatorze ans à 1 université d Oxford , où il fit ce que nous appelons la philosophie ; de là , il passa danV la maison de Guillaume Cavendish , baron de Hardwick et peu de tems après comte de Devonshire , qui lui cbnna l^éducation de son fils aîné.
La douceur de son caractère et les progrès de son élève le rendirent cher à' toute la famille , qui le choisit pour accompagner le jeune comte dans ses voyages. Il parcou* rut la France et l'Italie , recherchant le commerce des
Sgo ESPRIT
hommes célèbres, et étudiant les lois^ les usages, les coutumes , les mœurs , le génie , la constitution , les intérêts et les goûts de ces deux nations.
• De retour en Angleterre 9 il se livra tout entier à la culture des lettres et aux méditations de la philosophie, n avait pris en aversion et les choses qu'on enseignait dans les écoles,, et la manière de les enseigner. Il n'y voyait aucune application à la conduite générale ou particulière des hommes. La logique et la métaphysique des Péripatéticiens ne lui paraissaient qu'un tissu de niaiseries difficiles ; leur morale , qu'un sujet de dispute vide de sens ; et leur physique , que des rêveries sur la nature et ses phénomènes.
Avide d'une pâture plus solide , il revint à la lecture des anciens 5 il dévora leurs philosophes, leurs poètes, leurs orateurs et Ipurs historiens : ce fut alors qu'on le présenta au chancelier Bacon, qui l'admit dans la société des grands hommes dont il était environné. Le gouvernement commençait à pencher vers la démocratie; et notre philosophe effrayé des maux qui accompagnent toujours les grandes révolutions, jeta les fondemens de son système politique ; il croyait de bonne foi que la voix d un philosophe pouvait se faire entendre au milieu des clameurs d'un peuple rebelle.
H se repaissait de cette idée aussi séduisante que vaine<$ et il écrivait , lorsqu'il perdit , dans la personne de son élève , son protecteur et son ami : il avait alors quarante ans , tems qù l'on pense à Tavenir. Il était sans fortune ; un moment avait renversé toutes ses espérances. Gervaise Clifton le sollicitait de suivre son fils dans ses voyages, et il y consentit : il se chargea ensuite de l'éducation d'un
DE L^ENCYCLOPéDIE. Sgf
fils de la comtesse de Devonshire, avec lequel il revit encore la France et lltalie.
C'est au milieu de ces distractions qu'il s'instruisit dans les mathématiques j qu'il regardait comme les seules sciences capables d'affermir le jugement 5 il pensait déjà que tout s'exécute par des lois mécaniques , et que c'était dans les propriétés seules de la matière et du mouvement qu'il fallait chercher la raison des phénomènes des corps Inrutes et des êtres organisés.
A l'étude des mathématiques il fit succéder celle de l'histoire naturelle et de la physique expérimentale; il était alors à Paris j oh il se lia avec Gassendi j qui travaillait à rappeler de l'oubli la philosophie d'Épicure. Un système 9 où l'on explique tout par du mouvement et des atomes , ne pouvait manquer de plaire à Hobbes ; il l'a-* dopta, et en étendit l'appHcation aux phénomènes de la nature , aux sensations et aux idées. Gassendi disait de Hobbes qu'il ne connaissait guère d'âme plus intrépide , d'esprit plus libre de préjugés , d'homme qui pénétrât plus profondément dans les choses : et Thistorien de Hobbes a dit du P. Mersenne, que son état de religieux ne l'avait point empêché de chérir le philosophe de Malmesbury , ni de rendre justice aux mœurs et aux talens de cet homme , quelque différence qu'il y eût entre leur communion et leurs prîncipes.^
Ce fut alors que Hobbes publia son livre du Citoyen ; l'accueil que cet ouvrage reçut du public 9 et les conseils de ses amis, l'attachèrent à l'étude de l'homme et des mœurs.
Ce sujet intéressant l'occupait lorsqu'il partit pour l'Italie. Il fit connaissance , à Pise, avec le célèbre Galilée,
L^amitié fut étroite et prompte entre ces deux hommes; La persécution acheva de resserrer dans la suite les lien» qui les unissaient.
Les troubles qui devaient bientôt arroser de sang FAngleterre, étaient sur k point d'éclater. Ce fut dans ces circonstances qu^il puUia. son Le^iathan : cet ouvrage fit grand bnût, c'est-à-dire , qu'il eut peu de lecteurs, quelques défenseurs^ et beaucoup d'ennemis. Hobbes y disait : <( Point de sûreté sans la paix i point de paix sans un pouvoir aiisolu; point de pouvoir absolu sans les armes;. p(Hnt d'armes sans impôts ; et la crainte des armes n'établira point la pidx , si une crainte plus terrible que celle de la mort excite les esprits. Or, telle est la crainte de la damnation étemelle. Un peuple sage commencera donc par convenir des choses- nécessaires au salut, n Sine paee imposaibilem esse irnsoluTnitatem ^ sine imperio pacem\ sine aimis. impemem$ sine opibus in unant manum coUatis, nihU valent arma; neque meta arjnorumi ^icquant ad paceTa proficere iltos^ quos ad puffnaTuèum concitat malum morte magis formidandu7n, Nempe dûm eonsensum non sit de iis rébus quœ ad. JèUciéûoiem œternam, necessariœ credantar ^ pacem ititer citées esse non posée.
Tandis que des hommes' de sang faisaient retentir les temples de la doctrine meurtrière des rois , distribuaient des poignards aux citoyens pour s'entr'égorger , et prêchaient la. rébellion et la rupture du pacte civil j un philosophe leur diisait : « Mes amis, mes concitoyens, écoutezmoi : ce n'est point votre admiration, ni vos éloges que \e reehfrcfae ; c^est de votre bien , c'est de vous-mêmes que je m'occupe. Je- voudràs vous éclairer sur des v^ités
DE l'encyclopédie. SgS
qui vous ëpargneraieut des crimes : je voudrais que tous conçussiez que tout a ses inconvéniens , et que ceux de votre gouvernement sont bien moindres que les maux que vous vous préparez. Je souffre avec impatience que des hommes ambitieux vous abusent et cherchent à cimenter leur élévation de votre sang. Yous avez une ville et des lois; est-ce d'après les suggestions de quelques particuliers ou d'après votre bonheur commun que vous devez estimei* la justice de vos démarches ? Mes amis y mes concitoyens , arrêtez , considérez les choses , et vous verrez que ceux qui prétendent se soustraire à Fautorité civile , écarter d'eux la portion du fardeau public , et cependant jouir de la viHe, en être défendus, protégés et vivre tranquilles à l'ombre de ses remparts , ne sont point vos concitoyens , mais vos ennemis; et vous ne croirez point stupide* ment ce qu'ils ont Fimpudence et la témérité* de vous annoncer pubKquement ou en secret , comme la volonté du ciel et la parole de *Dieu ». Feci non eo consilio ut laudareTy sed vestri causât qui cum doctrinam quant offèroy cognitam et perspectam haberetis^ sperabam fore ut aliqua incommoda in re fam,iliari quoniam ^s humanœ sine incommoda esse ncfnpossunt^ œquo animo ferre ^ quàm reipublicœ statum conturbare rmUetis. Ut Justitiam earum rerum , quas facere cogitatisy non sermone n)el condlio pripatorum, sed hgibus eipitatis metientes , non ampliùs sanguine veêtro ad suam poteAtiam amiitiosos homines abuti fate remini* Vt statu ptœsentij licet non optimo^ vos ip8os frui quàm belÛr excitato\ vôBis intetfectis , vel œtate consumptis ^ alios Tiomines alîo sœculo statum, habere reformatiorem satius duceretis. Prœtereà qui
magiatratui civili subditos sese esse nolunt onerumque puhUcorum immunes eaae volunt^ in cwitate tamen esse y atque ab ed protegi et m et injurua postulant , ne illos cives j sed hostes exploraioresque putaretis^ neque omnia quœ illi pro verbo Dei ^vobis vel palâm, vel secretà proponunt y temerè reciperetis^
n ajoute les choses les plus fortes contre les parricides, qui rompent le lien qui attache le peuple à son roi , et le roi à son peuple y et qui osent avancer qu'un souveram soumis aux lois comme un simple sujet, plus coupable encore par leur infraction y peut être jugé et condamné.
Le citoyen et le Uviathan tombèrent entre les mains de Descartes , qui y reconnut du premier coup d'oeil le zèle d'un citoyen fortement attaché à son roi et à sa patrie, et la haine de la sédition et des séditieux.
Quoi de plus naturel à l'honmie de lettres y au philosophe y que les dispositions pacifiques ? qui est celui d'entre nous qui ignore que point dci philosophie sans repos , point de repos sans paix y point de paix sans soumission au-dedans y et sans crédit au-dehors?
Cependant le parlement était divisé d'avec la cour y et le feu de la guerre civile s'alliunait de toute part. Hobbes , défenseur de la majesté souveraine , encourut la haine des démocrates. , Alors voyant les lois foulées aux pieds , le trône chancelant, les hommes entraînés comme par un vertige général aux actions les plus atroces , il pensa que la nature humaine était mauvaise , et de là toute sa fable ou son histoire de l'état de nature. Les circonstances firent sa philosophie , il prit quelques accidens momentanés pour les règles invariables de la nature , et il devint l'aggresseur de l'humanité et l'apologiste de la tyrannie.
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Cependant^ au mois de novembre 1611 , il y eut une assemblée générale de la nation : on espérait tout pour le roi : on se trompa; les esprits s'aigrirent de plus en plus , et Hobbes ne se crut plus en sûreté.
Il se retire en France , il y retrouve ses amis y il en est accueilli ; il s'occupe de physique, de mathématiques , de philosophie^ de belles-lettres et de politique : le cardinal de Richelieu était à la tête du ministère , et sa grande âme écbau&it toutes les autres.
Mersenne y qui était comme un centre commun où aboutissaient tous les fils qui liaient les philosophes entre eux , met le philosophe anglais en correspondance avec Descartes, Deux esprits aussi impérieux n'étaient pas faits pour être long-tems d'accord. Descartes venait de proposer ses lois du mouvement. Hobbes les attaqua. Descartes avait envoyé à Mersenne ses méditations sur l'esprit , la matière , Dieu , l'âme humaine , les autres points les plus importans de la métaphysique. On les communiqua à Dobbes 9 qui était bien loin de convenir que la matière ttait incapable de penser. Descartes avait dit : a Je pense , ionc je suis. » Hobbes disait : « Je pense , donc la matière peut penser. » Ex hoc primo axiomate quod Carteaiua ^iatuminaperat , ego cogito , ergo sum^ concludehat rem ^gitantem esse corporeum quid. D objectait à son adversaire que quel que fût le sujet de la pensée, il ne se présen- 'sît jamais à l'entendement que sous une forme corporelle. Malgré la hardiesse de sa philosophie , il vivait à Paris îancpiille • et lorsqu'il fut question de donner au prince le Galles un maître de mathématiques , ce fut lui qu'on Moisit parmi un grand nombre d'autres qui enviaient la "iême place.
Sgfi ESPRIT
Il eut une autre querelle philosophique avec Bramhall, ëvêque de Derry. Ils s'étaient entretenus ensemble , chex Pëvêque dcNewcastle, de la liberté^ de la nécessite, du destin et de son eiFefc sur les actions humaines. Bramhall envoya à Hobbes une dissertation manuscrite sur cette matière. Hobbes y répondit : il avait exigé que la réponse ne fût point publiée, de peur que les esprits, peufamiliarisës avec ses principes , n'en fussent effarouchés. Bramhall répliqua. Hobbes ne demeuni pas en reste avec soii antagoniste. Cependant les pièces de cette dispute parurent , et produisirent l'effet que Hobbes en craignait. On y lisait que c'était a^vC souverain à prescrire auit peuples ce qu'il fallait croire de Dieu et des choses divine^ ; que Dieu ne devait être appelé juste, qu'en ce qu'il n'y avait aUcun être plus puissant qui pût lui commandef* , le contraindre et le punir àe sa désobéissance ;: que son droit dt régner et de ,punir n'était fondé que sur Firrésistibilité de sa puissance; qu'ôtée cette condition, en sorte qu'un seul ou tous réunis puissent le coniraindrë , ce droit st réduisait à rien ; qu'il n'était pas plus la cause des bonnes' actions que dés mauvaises ; mais que c'est par sa Volonté seuie qu'elle^ sont mauvaises ou bennes , et qu'il peut rendre coupable celui qui ne l'est point , et punir et damneil sans injustice celui même qui n'a pas péché.
Toutes ces idées sur la souveraintîté' et la jtiSlice de Dieu , sont les mêmes que cellds qu'il étstblissait sur la souveraineté et la justice des rois. Il les avait liransportées du temporel au spirituel ; et les théologiens en coiiduaient que , selon lui , il n'y avait ni justice ni ilijustice absolue ; que les actions ne plaisent pas à'DîéU , parce qu'elles sont bien y mais qu'elles sont bien parce qu'il lui plaît,
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et que la vertu , tant dans ce monde que dans l'autre , consiste à faire la volonté du p}u9 fbr^ qui.CQmmande , et à qui on De peut $'opppsçr avec avantage.
En 1649 j il fut attaqué d'une fièvre dangereuse ; le père Meirçenne , que Tamitié avait attaché à côté de son lit , crut devpir lui parler alors dç l'église catholique et de son afitorité. « MoQ pèrej lui répondit Hobl>es, \e n'ai paa attendu ce moment pour penser à cela 9 et je ne suis guère en état d'en disputer ; vpus avçs d^^ choses plus agréables à me dire.. Y a-t-il loog^-tems que vous avez vi;^ Gassendi ? » Mipater, liœc omnia jamduiàm Twcum ^Uputavi , eadem ^ispi^tare nuno niojeéitum erii; habes quœ dicos ameniora. Quando ^idUti GrOfSJsendum^? Lehop religieux conçut que le philosophe étoit résolu de niou^ir dans la religion de son pays , ne Wpreissa pas davantage , et Hobhes fut administré selon le irite de l'église an^^licane.
Il guérit de c^lte maladie , et l'dQpé^ suivante il publia ses traités de la nature huAidiw et du corps politique. Sethi|3 Wardus , cékèbre pçofef^W eu astronomie , à Seville y et , dans la suite y évâ(|ue de Salî^bury , pul>]ia contre lui un^ espèce de satire , où l'on ne voit qu'usie ^A^ose. , c'est que cet homme , quelque habile qu'il, fut d'ailleurs , réfutait ^ne philosophie qu'il n'entendait pas , et croyait remplacer de bonnes raisons par de mauvaises plaisanteries. Bichard Steel qui se connaissait eu ouvrages de littérature et de philosophie, regardait ces derniera^ comme les plus pair&its que uotre phUosophe eût composés.
Cep^daut y à mesure qu'il acquérait de la réputation, il perdait de son repos; les imputations se multipliaient de toutes parts ; on l'accusa d'avoir passé du parti du roi
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dans celui de l'usurpateur. Cette calomnie prit faveur; il ne se crut pas en sûreté à Paris, où ses ennemis pouvaient tout 9 et il retourna en Angleterre , où il se lia avec deux hommes célèbres , Harvée et Selden. La famille de Devonshire lui accorda une retraite ; et ce fut loin du tumulte et des factions qu'il composa sa logique , sa physique , son livre des principes ou élémens des corps , sa géométrie et son traité de l'homme j de ses facultés , de leurs objets, de ses passions , de ses appétits , de l'imagination , de la mémoire , de la raison , du juste , de l'injuste y de l'honnête , du déshonnète y etc.
En 1660, la tyrannie fut accablée, le repos rendu à l'Angleterre , Charles rappelé au trône , la face des choses changée , et Hobbes abandonna sa campagne et reparut. ' Le monarque à qui il avait autrefois montré les mathématiques , lejeconnut , l'accueillit ; et passant un jour proche la maison qu'il habitait , le fit appeler, le^ caressa et lui présenta sa niain à baiser.
Il suspendit un moment ses études philosophiques ^ pour s'instruire des lois de son pays , et il en a laissé un commentaire manuscrit qui est estimé.
Il croyait la géométrie défigurée par des parallogismes; la plupart des problèmes , tels que la quadrature du cercle , la trisection de l'angle, la duplication du cube, n'étaient insolubles, selon lui, que parce que les notions qu'on avait du rapport , de la quantité, du nombre, du point, de la ligne, de la surface et du solide , n'étaient pas les vraies ; et il s'occupa à perfectionner les mathématiques j dont il avait commencé l'étude trop tard^ et qu'il ne connaissait pas assez pour en être un réformateur.
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Il eut l'honneur d'être visité parCosme de Mëdicis, qui recueillit ses ouvrages j et les transporta avec son buste dans la cëlèbre bibliothèque de sa maison.
Hobbes ëtait alors parvenu à la vieillesse la plus avancée , et tout semblait lui promettre de la tranquillité dans ses derniers momens ; cependant il n'en fut pas ainsi. La jeunesse avide de sa doctrine s'en repaissait ; elle était devenue l'entretien des gens du monde et la dispute des écoles. Un jeune bachelier, de l'université de Cambridge, appelé Scargilj eut l'imprudence d'en insérer quelques propositions dans une thèse , et de soutenir que le droit du souverain n'était fondé que sur la force ; que la sanction des lois civiles fait toute la moralité des actions ; que les livres saints n'ont force de loi dans l'état que par la volonté du magistrat , et qu'il faut obéir à cette volonté , que ses arrêts soient conformes ou non à ce qu'on regarde comme la loi divine.
Le scandale que cette thèse excita fut général i la puissance ecclésiastique appela à son secours l'autorité séculière; on poursuivit le jeune bachelier; on impliqua Hobbes dans cette affaire. Le philosophe eut beau réclatner , prétendre et démontrer que Scargil ne l'avait point entendu , on ne l'écouta pas ; la thèse fut lacérée i Scargil perdit son grade , et Hobbes resta chargé de tout l'odieux dune aventure dont on jugera mieux après l'exposition Je ses principes.
Las du commerce des hommes , il retourna à la campagne qu'il eût bien fait de ne pas quitter , et il s'amusa des mathématiques, de la poésie et de la physique. Il traduisit en vers les ouvrages d'Homère à l'âge de quatrevingt-dix ans 5 il écrivit contre l'évêque Laney , sur la li-
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berlé ou la nécessîjté d^s actions humaines; publia son décameron pliyaiologique , et il acheva V histoire delà guerre cipile^
Le roi, à qui cet ouvrage avait été présenté manuscrit , le désapprouva ; cependant il parut, et Hobbes craignit de cette indiscrétion quelques nouvelles persécutions quH eût sans doute essuyées , si sa mort ne les eût prévenues. II fut attaqué au mois d'octobre 1679, d'une rétention d'urine qui fut suivie d'une paralysie sur le côté droit, qui lui ôta la parole et qui l'emporta peu de jours après. Il mourut âgé de quatre-vingt-onze ans ; il était né avec un tempérament faible , qu'il avait fortifié par l'exercice et la sobriété ; il vécut danSb le célibat , sans être toutefois ennemi du commerce des femmes»
Les hommes de génie ont communément^ dans le cours de leurs études , une marche particulière qui les caractérise. Hobbes publia d^abord sou ouvrage du citoyen : au lieu de répondre aux critiques qu'on en fit , il composa son Traité de Vliomme ; du traité de l'homme il s'éleva à Texamen de la nature animale: de là il passa à l'étude de la physique ou des phénomènes de la nature , qui le conduisirent à la recherche des propriétés générales de la matière et de l'enchainement universel des causes et des eSets. Il termina ses différens traités par sa logique et ses livres de mathématiques^ ces différentes productions ont été rangées dans un ordre renversé. Nous allons en exposer les principes, avec la précaution de citer le texte partout où la superstition, l'ignorance et la calomnie, qui semblent s'être réunies pour attaquer cet ouvrage, seraient tentées de nous attribuer des sentimens dont nous ne sommes que les historiens.
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Principes ilêmentairea et généraux. Les choses qui H' existent point hors de nous deviennent l'objet de notre raison 9 ou, pour parler la lanf;ue de notre philosophe, sont intelligibles et comparables, par les noms que nous leur avons imposés. C'est ainsi que nous discourons des fantômes de notre imagination , dans l'absence même des choses réelles d'après lesquelles nous avons imaginé.
L'espace «st un fantôme d'une chose existante , phaniasma rei existentis , abstraction^faite de toutes les propriétés de cette chose , à l'exception de celle 'de paraître hors de celui qui imagine.
Le temsest un fantôme du mouvement, considéré sous le point de vue qui nous y fait discerner priorité et posté* riorité , ou succession.
Un espace est partie d'un espace , un tems est partie d'un tems, lorsque le premier est contenu dans le second , et qu'il y a plus dans celui-ci.
Diviser un espace ou un tems, c'est y discerner une partie, puis ime autre, puis une troisième, et ainsi de suite.
Un espace, un tems sont, un, lorsqu'on les distingue entre d'autres tems et d'autres espaces.
Le nombre est l'addition d'une unité à une unité, à une troisième , et ainsi de suite.
Composer un espace ou un tems, est considérer un second, un troisième, un quatrième, et regarder tous ces tems ou espaces comme un seul.
Le tout est ce qu'on a engendré par la composition ; les parties, ce qu'on retrouve par la division.
Point de vrai tout qui ne s'imagine comme composé de parties dans lesquelles il puisse se résoudre.
ÏOME VIII. uQ
<02. 'ESIMIIT
Deux espaces sont coutigus^'iln'y apas d^espace entr*eiiic«
D^ps un tput compçsé. de; trois ps^rties,, li^ partie inojjçnnei est çell^ qpj eif , a, dej^x çon|jgj|ës., et, les deux <î3i;trênjes, sont co^tiguës à ^ t^oy^etmpf
Un tçips» un espace es|:. fini eu^ puiss^c^., q^xf^ on peift. ajSsîgpL^i: un nombre d|^ t^i^is qn^d^X^ce^. ûfti* «jui le mesurent exaçtemetit ou.ay^c ey^i^f
Uu espi^Qe, un tew§ e^t ^i.ei|.puis$%nçe;9 quf^aû, on i^c; peut assigç^cr ui;l nombre d'^spaçe.^ oUc,4^^ t/Bffis.fiu.is q^i ien^iesurent et qu'il nexpède«
Tout ce qui se divise, se divi^ en parti^ di,V4$il)I^s. et Gcs. parties çn d'autres pa|:tie^ djlv,is\I:^les ; 4opA il ^.J ^ point de div^ible qui spit le plus petit divisible*
J'appelle corps ce qui existe indépendanimqnt de ma pep^ée , cp - étendu y ou co - incident ayec qu^^que partie de l'espace.
L'accident est une propriété du corps av^ç laquell^e on VjiiQ|agi^,, ou qui entre i^éçestS^ii^eoiçi^t; d^i^.le concept qj^'il nous, imprime.
L'étendue d'un corps ou sa grandeur indépendante, de uotiçp. peijsée,, Q'e^Vk mêup^ çl^pse^
L'espace co-incident SLYnçla^gf^i^^ewç, 4'un corps e^t le lieu d\L çprpsj If , lieu, forpoe, tqyjouf s, un. solide; son étendue diffère de l'étendue d^cqrps; il est terp^é par une surfficQ C0finc}dep]te,ayec l^.si^rfaccL du CQi;ps^
L|'esps^çe oqci^pé par un corps est up. espace plein; celui qu'un corps n'occupe. point, est uii Qsps^çe vide*.
I^s corps entre lesquçjç î1,aY ^.P^^P»^.^'^^Çf^ ^^^ contigus; le^, corps contigu^. qui ont.up^,partie,cpp;ui)upe SjjinJ^ cpi^tii^us; il y a plur^li4,ç, s'il y. a conUunit.é e^Jre ces contiguf quelcp^qu^es.
i)È l'kncyclopkdiiî, 4q5
Le mouvement est le passage continu d'un Heu dans un isiutre.
Se reposer , cVst rester un tems quelconque dans un même Heu 5 s'être mu, c'est avoir éiê dans un lieu autre que celui qu^on occupe.
Deux corps sont e'gaux , s'ils peuvent remplir uh même liem -^ L'étendue d W corps un et le même , est uîae et U même.
Le mouvement de deux corps ëgaux est ^gd, lorsque la vitesse, considérée daiis toute l'étendue de l'un est égal à la vitesse considérée dans toute l'étendue de l'autre.
La quantité de mouvement » considérée soiis cet aspect, s'appelle aussi yèrce.
Ce qui est en repos est oottçtt devoir y rester toujoilf-s, sans la supposition d'un corps qui trouble le repos.
Un corps ne peut s'engendrer ni péHr; il passi sous divers états successifs auxquels' nous donnons différens noms : ce sont les accidras du' corps qui commencent et finirent, c'est improprement qu'on dit qu'ils se nuwént.
L'accident qui donne b nom à son sujet est ce qu'où appelle Yessence.
La matière premièï-e, ott le- corps cohsîdéré en gâiéral n'est qu'un mot.
Un corpa agit sur utf'atrtw; lèr^^rf y produit' ou détruit un accident. ♦
L'accident, oudaiis l'ageflt', où danë'lé patient, sabs lequel l'efiet ne peut être prddiïif, càïièà'aihè'qua'non, ■ est nécessaire par bypèthèse.
De l'agrégafde tons Ira accidens , taiit datos l'agent que dans le patient , on conclut la nécessité d'un éfféf ; et réciproquement on conclut dn défifUtd'bh"seiil accident soit
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dans l'agent, soit dans le patient , Timpossibilitë de l'effet.
L'agrëgat de tous les accidens nécessaires à la production de l'effet s'appelle dans l'agent cause complète, causa simpliciter.
La cause simple ou complète s'appelle, après la production de l'effet , cause efficiente dans l'agent , cause matérielle dans le patient : où l'effet est nul , la cause est nulle.
La cause complète a toujours son effet ^ au moment où elle est entière , l'effet est produit et est nécessaire.
La génération des effets est continue.
Si les agens et les patiens sont les mêmes et disposés de la même manière , les effets seront les mêmes en différens tems.
Le mouvement n'a de cause que dans le mouvement d'un corps contigu*
Tout changement est mouvement.
Les accidens considérés relativement à d'autres qui les ont précédés, et sans aucune dépendance d'effet et de cause, s'appellent contingens.
La cause est à l'effet comme la puissance ft l'acte, ou plutôt c'est la même chose.
Au moment où la puissance est entière , l'acte est produit.
La puissance active et la puissance passive ne font que les parties de la puiss^ce entière et pleine.
L'acte à la production duquel il n'y aura jamais de puissance pleine et entière^ est impossible.
L'acte qui n'est pas impossible est nécessaire de ce qu'il est possible qu'il soit produit , il le sera ; autrement il serait impossible.
Ainsi tout acte futur l'est nécessairement.
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Ce qui arrive, arrive par' des causes nécessaires; et il n'y a d'effets contingens que relativement à d'autres effets avec lesquels les premiers n'ont aucune liaison ni aucune dépendance.
La puissance active consiste dans le mouvement.
La cause formelle ou l'essence y la cause finale ou le terme , dépendent des causes e£5icientes.
Connaître l'essence , c'est connaître la chose; l'un suit de l'autre. <
Deux corps diffèrent, si Fon peut dire de l'un quelque chose qu'on ne puisse dire de l'autre au moment où on les compare*
Tous les corps différent numériquement. '
Le rapport d'un corps à un autre consiste dans leur égalité ou inégalité, similitude ou différence.
Le rapport n'est point un nouvel accident, mais une qualité de l'un et de l'autre corps , avant la comparaison qu'on en fait.
Les causes des accidens des deux corrélatifs sont les causes de la corrélation.
L'idée de quantité naît de l'idée de limites.
n n'y a grand et petit que par comparaison.
Le rapport est une évaluation de la quantité par comparaison , et la comparaison est arithmétique du géométrique.
L'effort ou nisus est un mouvement par un espace et par un tems moindre qu'aucun donné.
Vimpetusy ou la quantité de l'effort, c'est la vitesse même considérée au moment du transport.
La résistance est l'opposition de deux efforts ou nisiis au moment du contact.
4ofî ESJ'RIT
La Corée 43$t Yiiapeti^ multiplié .Ott {nur Itti-mâme an pftjr la grandeur 4u mobile.
Jja grs^dem: et la durée du tout AOua sont caobées pour jamais.
n n'y a point i^e yide t^$o]lu dajQ» FMiiiy^râ.
jLa chute 4es graves Q'e^t point en euic la suite .d'un appétit 9 mais YeSe% dVne action de la terre sur eUx.
p^ différenjce de la gravitation w\l de la différence des actions ou efforts excités sur les parties élémentaires des .gravp?.
Jly ^ dei^:f panière? de procéder en {^Losopbie ; ou Ton descend de la génération aux effets possibles , ou l'on remonte des effets sioif. gfnérçLtions possibles.
^p^ès ayoir établi f:es prii^cipes communs a toutes les parties de l'univers , ]9o})be3 p^sse à k considération de la pçrtioçi qui soi;it pu l'^f^jp^a}, et de cejle-ci à celle qui ré- |iéc]]ijt^ et .pense , pi) rhomm^-
De ranimai. La sensation dans celui qui sent est le p|0UY^jn?n|; de flviplqïie?-ui;^s dp $e§ parties.
La cause immédiate de la sensation est dans l'ob)et qui affecte l'org^^x^e.
La définjfiofi gjçi^érple de U sensation est donc l^appli- „çatJL9i^ ^ l'çfgj^çp à l'ofcjet e^jtérieur ; il y a entre l'un et
i'^ttM'Ç %fte.^Bf^iftR^'ftli u^H l'empreinte ou le fantôme.
Le sujet de la sensation est l'être qui sent 5 son objet , Ij'è^çe gui ^ç ^}\ s/ent^r,; lefaA^ème est l'effet,
Onti'éprouve point <^u^ senss^tions à U {ci$»
L'yi^ggiçiation, ^ ij^pe Sjetw^tioft languissante qui s affaiblit par l'éloi^^^e^t ^fi l'Qbjet.
Le ]f ^veil çlçs f^tçifçaçs dftn? l'êtrç qui sent, constate Tac tWité de son âme; il est commun à l'homme et à la bcte.
DE l/CNTYCLOPÉDîE. 4oT
Le songe est un fahtÔmè'âe celui qui dort.
La crainte , la conscience an crime, la nuit , les lieux sacres, les contes qu'on a entendus, réveillent en nous des fantômes qu'on a nommés spectres i c'est en réalisant nbs s^iédtreslibi;^ ië ûùtis par'dès noms vides cle scns^ que tioXts ëk venue l^d^e 'd'ïhcofpdréit^. "Et métua et aceliis et conscientiit ei hôx et Toca con'aàcrata , adjuta dppaHtiàriùfn Kistônis phantdshiata liorribilia etiam 'ùî^tàHtîUiCS èxc'ifànt , 'qûœ ipectrSrum et aubsian-tiarurn incorpbféarum hbmiria pro nieris rébus intpohïtfit.
Il y a des sèhèk^iôns 'd^'im autre genre ; c^'si le plaisir et là p'einé : flè c'oVisiè^'^n^ 'dbns te mouve^ht contmii qui sfe trànsfàe^ *de l'extrâiiîtê d^ud organe vers le cœiir.
Le désir et PkVeVsîôïi sôh't ïes causes du premier enort animal ; le^ esprits se pôrteiit dans les nerfs où s'en retirent % les inuides se gôhflent où ^e i^èlàclient ; les membres s^étendeht où ée replient , et Vanimàl se nieut ou
s'aiiréte.
Si fe désîr éSt suivi €*un ëiiéhàînement âe iaiitVme, laViîfxmltléiise, «féKbèrfe, vtUl. '' '
Si là càiise flVi aë^r est ptèiiië e^'ehficrë , l'animal veut nécessairement ; vouloir , ce n'est pas être fibre ; c'est tout m. plUi tïft lîbtë 3e feîife ce qUè l'on veut, maïs non âfe vtftilttlr, ^caJÉsà bppéïithè éxSstèhtê intégra , necèssàrib sequitur voluntas; adeàque voluntati tîoetiàs a ne-' ceissitate hàn cohi^Hîii tb'kcml iamen pb^al îibertas fàJciendi ea qûoe hyoluhihk.
De thoTÀme Jje àî^bhf's est un tissu arti6cièl dé voix instituées par les homméVpoùi: se communiquer la suite de leurs concepts»
4o8 ïispjaT
Les signes que la nécessité de la nature nous suggère oa nous arrache ^ ne forment point une langue.
La science et la démonstration naissent de la connais^ sance des causes.
La démonstration n'a lieu qu'aux occasions où les causes sont en notre pouvoir. Dans le reste , tout ce que nou5 démontrons, c'est que la chose est possible.
Les causes du désir et de l'aversion , du plaisir et de la peine , sont les objets mêmes des sens. Donc , s'il est libre d'agir , il ne l'est pas de haïr ou de désirer.
On a donné aux choses le nom de bonnes^ lorsqu'on les désire; de mcuÂvaUes^ lorsqu'on les craint.
Le bien est apparent ou réel. La conservation d'un être est pour lui un bien réel ^ le premier des biens. Sa destruction un mal réel , le premier des maux.
Les affections ou troubles de l'âme sont des mouvemens alternatifs de désir et d'aversion qui naissent des circons* tances et qui ballottent notre âme incertaine.
Le sang se porte avec vitesse aux organes de l'action , en revient avec promptitude; l'animal est prêt à se mouvoir 5 l'instant suivant il est retenu ; et cependant il se réveille en lui une suite de fantômes alternativement effrayans et terribles,
U ne &ut pas rechercher l'origine des passions ailleurs que dans l'organisation > le $ang , les fibres ^ les esprits , les humeurs, etc.
Le caractère naît du tempérament , de l'expérience , de lliabitude, de la prospérité, de l'adversité, des réflexions, (les discours, de l'exemple, des circonstance. Changez ces choses , et Iç c'aractère cbangers^ *
Les mœurs sont formées lorsque l'habitude a pass^é dans
DE l'encyclopédie. 4og
le caractère , et que nous nous soumettons sans peine et 5ans e£fort aux actions qu'on exige de nous. Si les mœurs sont bonnes , on les appelle 'vertu ; vice y si elles sont mauvaises.
Mais tout n'est pas également bon ou mauvais pour tous. Les mœurs qui sont vertueuses au jugement des uns y sont vicieuses au jugement des autres.
Les lois de la sociëtë sont donc la seule mesure commune du bien et du mal, des vices et des vertus. On n'est vraiment bon ou vraiment mëcbant que dans sa ville. Niai in vita civili virtutum et mtiQrujn communia menaura non inpenietur, Quœ mensura ob eam caursam alia esse nonpotestprœter uniua ci^usque cipiiatis leges»
Le culte extérieur qu'on rend sincèrement à Dieu , est ce que les. hommes ont appelé religion.
La foi , qui a pour objet les choses qui sont au-dessus de notre raison, n'est, sans un miracle, qu'une opinion fondée sur l'autorité de ceux qui nous parlent. En fait de religion , un homme ne peut exiger de la croyance d'un autre que d'après miracle. Homini privato aine miraculo fides haberi in religionia actu nonpoteat.
Au défaut des miracles ^ il faut que la religion reste abandonnée aux jugemens des particuliers^ ou qu'elle se soutienne par les lois civiles.
Ainsi , la religion est une affaire de législation et non de philosophie. C'est une convention qu'il faut remplir et non disputer. Quod ai religio ab hominibua pripatia non dependety tune oportet ceaaantibua mimculia^ ut dependeat à legibua. Philoaophùi non eat, aed in onini civitate les non diaputanda ^ ^ed implenda.
4lb FSfRIT
Point àe cutte public "^iis céromonics^.eift' qtiW-irJ» qu un crilte poblk^v, smoii un^ ttiarque eictëfîefire de Iti •véuëratloQ «que tous les citoyens f)orteQt au Dieu de Ih patrie , marque prescrite selon les tems et les lieux , par oelui qui gouTet^iie. 'CùUuapublicus ^ignum Jionoria Deo exhibiti , idqive hcis ^t temporibus constitwèiê À cipitate. Non à natura operia tantàni; 9ed ab arbitrio dtfitaiia pendet*
C'est à celui 'qai gouverne à décider de ce ^i convient ou noa dans cette branche dé i'adnmiistratioîi àkisi que daus toute wsAvi^ \ît& sigufô ^àé la i^fiératiidli ées ^upikôs eti^rs leur Dieu n« »6iit i^\ ifioim tfiibdràbtm^s à (a volonté du tnaîtife qui cfoiiitiiandë ^'à là nature de la chose.
Voilà les ^pttdf^psitiôins «tir tes^lhîA le ^tiilosot^h^ de 'Malmesbury se prOîposah «d'éleVer ife sysVètne qU*il nous présente d^lis Poûvra]ge'^u'il à iutinàté le LéviaïhaHy et qu« Yvous âlkPUS aûàly&Of %
Du UoiatkcLft de H&bhè». Poitit de ûdtt^tti âan^ Pâine ^i n'aient préexisté dans la sensation.
Le 9ens eè^l'ofîgi^ê dé tout. L'bbjët qfCi cfglt èûr le sens y l'affecte eU% pfeés^^ il est h tMi^é db Ih sMsnéatibfi.
Là rëactidn àA Fràjel ^ eut le dtàbs et âu Mnë ëur l'objet , est la Cause des fàntôttiés.
Loin de nous , ces simulacres imàginàireii qui s'^anent des objets , passent en nous et s'y fixent.
Si un co^ps se meut , il continuera de âeltidlitnir éternellement, si un mouvement difféfetit oti d6ntrfei#è ne sy oppo^« Cette loi s'observe dans la âiatièrë brute et dans 1 bo'Rune*
L'imagination est une sensation qui è'apàisé et^éva-
DK l'excyclopédie. 4ll
jnottil par l'absence de soq c^j^t et par la présetioe d'un loutre*
ImaginaliQD , mémoire , même qualité aous deux Boms diffirens. Imagination , s'il reste <laB8 i'âtre ^sentant image ou fantôme; momdire, si ie fantôme ii'ëYanoliissaât, il ne reste qu'un mot.
L'expérience est la mémoire de beaucoup de ehoses.
U y a l'imagination ^imp4e cft l'imaginatkm composée qui diffèrent entre elles, comme le mot et le discours , une figure et lui tableau.
Les fantômes les plus bizari^s ^e rimaginatton 4x>mpose dans le sommeil , ont préexisté 4aQ8 la sentâation. Ce sont des mcmvfimens confus et tumi^tipeux des parties intérieures du corps, qui se succédant et se combinant d'une infiuité de manières diverses, engendrent la variété dts songes.
U est difficUe de distinguer les fantômes du rêve ^ des fantômes du sommeil , et les uns et les antres de la présence de Pobjet, lorsqu'on passe du sommeil à !a veille sans s 6n apercevoir , ou lorsque dans la veille Fagitation des parties du covps est très-violente* Alors, .Marcus Brutus «roira qu'il a vu le spectre terrible qt^'il a rêvé,
Otez la crainte des spectres, et vous bannirez de la société , la superstition , l^raude et la plupart de ces foui berios dont on se sert pour leurrer les esprits des lionuues dans les états mal gouvernés.
Qtt'ÎBslHep que Tenteii^deiÉient'? la ëorte d'imagination faotioe qui natt de ("institution des signes. Elle est comniune à l'iidwme et à la \>mie.
Le disGours mental , ou l'activité de l'âme , ou son entrelien avec elle-mémie, n'est quun enchaînement invo-
4ia ESPRIT
lontaire de concepts ou de fantômes qui se succèdent.
L'esprit n& passe point d'un concept k un autre , d'un fantôme à un autre , que la même succession n'ait préexiste dans la nature ou dans la sensation.
n y a deux sortes de discours mental y l'im irrégulier , vague et incohérent ; l'autre régulier ^ continu, et tendant à un but.
Ce dernier s'appelle recherche^ investigation. C'est une espèce de quête ou Pesprit suit à la piste les traces d'une cause ou d'un effet , je l'appelle réminiscence
Le discours ou raisonnement sur un événement futur forme la prévoyance.
Un événement qni a suivi en indique un qui a précédé,
et dont il est le signe.
n n'y a rien dans l'homme qui lui soit inné, et dont il puisse user sans habitude. L'honmie naît, il a reçu des sens, n acquiert le reste.
Tout ce que nous concevons est fini. Le mot infini est donc vide d'idées. Si nous prononçons le nom de Dieu, nous ne le comprenons pas davantage. Aussi cela n'est-il pas nécessaire , il suffit de le connaître et de ladorer.
On ne conçoit que ce qui est dans le lieu, divisible et limité. On ne conçoit pas qu'une chose puisse être toute en un lieu et toute en un autijp , dans un même instant ; et que deux ou plusieurs choses puissent être en même tems dans un même lieu.
Le discours oratoire est la traduction delà pensée. H est composé de mots. Les mots sont propres ou communs.
La vérité ou la fausseté n^t point des choses , mais du discours. Où il n'y a point de discours ,• il n'y a ni vrai ni faux , quoiqu'il puisse y avoir erreur.
DE i/encyclopedie. 4l5
La vérité consiste dans une juste application des mots. De là , nécessité de les définir.
Si une chose est désignée par un nom , elle est du nombre de celles qui peuvent entrer dans la pensée ou dans le raisonnement, ou former une quantité , ou en être retranchée.
L'acte du raisonnement s'appelle ayllogiame^ et c'est lexpression de la liaison d'un mot avec un autre.
n y a des mots vides de sens, qui ne sont point définis, qui ne peuvent l'être y et dont l'idée est et restera toujours vague , inconsistante et louche y par exemple , substance incorporelle. Dantur nomina insignificantia hujusgeneris eat auhstantia incorporea*
L'intelligence propre à l'homme est un effet du discours. La bête ne l'a point.
Oa ne conçoit point qu'une affirmation soit universelle et faussé.
Celui qui raisonne cherche ou un tout par l'addition des parties , ou un reste par la soustraction. S'il se sert de mots , son raisonnement n'est que l'expression de la liaison du mot toutdM mol partie^ ou des mots tout et partie au mot reste. Ce que le géomètre exécute sur les nombres et les lignes , le logicien le fait sur les mots.
Nous raisonnons aussi juste qu'il est possible , si nous partons des mots générauxou admis pour tels dans l'usage. L'usage de la raison consiste dans l'investigation des liaisons éloignées des mots entre eux.
Si l'on raisonne sans se servir de mots, on suppose quelque phénomène qui a vraisemblablement précédé , ou qui doit vraisemblablement suivre. Si la supposition est fausse, il y a erreur.
4i4 KSPKIT
Si on se sert de termes uaiversauz , et quon arrive k une conclusion universelle et fausse , il y avait absurdité dans les termes y ils étaient vides de sens»
Il nen est pas de la raison comme du- sens et de la mé* moire. Elle ne naît point avec nous* Elle s'acquiert par Findustrie et se forme par l'exercice et l'expërience. 11 faut savoir imposer des mots aux choses; passer des mots imposés à la proposition , de la proposition au syllogisme, et parvenir à la connaissance du rapport des mots entre eux. Beaucoup d'expériience est prudence^ beaucoup de science, sagesse*
Celui qui sait esten étfit d'enseigner et de convaincre. Il y a dans Tanimal deux sortes de mouvemensqui luisont. propres ; l'un vital,, et l'autre animal*; l'un involontaire , l'autre volontaire.
La pente de l'âme veci son impeiusj s'appdle désir. Le mouvement contraire s'appelle aversion. Il y aunmouvement réel, dans l'unet dans l'autre casi
On aime ce qu'on désire ; on hait ce qu'on fuit. On méprise ce qu'on ne désire ni ne fuit»
Quel que soit le désir ou son objet , il«st bon ; qud que soit l'aversion ou son objet , on l'appelle maupai»^
Le bon<qui nous est annoncé par des signes apparens^ s'appelle bon. Le mal dont nous sommes menacés par des signes apparens , s'appelle laid* Les espèces de la- bonté varient. La bonté , considérée dans les signes qui la promettent, est beauté i dans la chose, elle garde le nom de bontés dans la fin, on la nomme plaisir.^ et utilité dans les moyens.
Tout objet produit dans l'âmeun mourement qui porte l'animal ou à s'éloigner ou à s'approcher.
DK LEVCVCLOPi:UIK. 4l5
La nal.s3ai)C€i de ce mouvement. e^toeUe da.plaisû? qu da la peine. Us commencent bu inâme.ini$Jmj(t».TiOHt. désir est: accolp0^gné de quelque pteUiç ^ iQHt^i av<«$io», eniraloe avep ellf quçlq|ijç peioç.
Toute volupté naît ou,d^ U s0p$i^iQ^ d'ua objétt présent, et,ej[le est,sçnwi.ç}le^o.u,de l'a^ttent^ d'une. cha$e, de la prévoyance des fins , de l!ixnpor<t(ince dj^ftaui^ef.y ejl elle^ estint^Pectu^Ue., dou)jeur oujojp,.
L'appétit, le désir, l'ampiii:)». ^r^^Qf^ii^^f' U> haine, U.< joie , la, dp.uleur , prpuftent diiftrpfts mm^y si^bi^ le degri: , Tordra , To^jet et d^'aut^res circpi^tanpeft»
Gç sqn^ ce^.cir^^i^t^qce^.qui ont multiplié ifo^piaU à riufini. La religlpA e^ 1^ craiftt^ei dest pj^i^npçsj^ii^yiâîj Wes, Ces pui»5a^ç^, sopt-ejl^: avou^Q^ paR. I4, loii ciyik.,. la crainte. qv^^on ei),a retif^nt le nom d^. reJiglofip Jie .smài-r elles pasi ayouée^spar. la. loi ciyilç, Is^. crainte q^Ion en. a prendJ^.Qpm dp siÂperapitiçji. SiJes>puis^nce^.8ont réelles, 1^ rfJigJoijL . e§t vraie» 31 ejles sont chimériques via religion est fausse. Hinc oriun'tw pf^siq^ii4n .rumina» f^erld^grcktia , refigi^ , mstv^.pçit^ntL^Kunh iaviaibi" ItMfn^ qjiQesLjj^bfliq^ acceptç^y religio^^ sacùa^ ^up^rsii-^ tio ^ etc.
G'pst*df^r|tgrpgat de diverççispfisfiojî^.éli^vée^ «bw J'âme, el s'y succédant. C0fttip|*Qll0l»ÇnttiwqtCà.ce;qu§ F^Sfet soit produit , que uajit la.dc^liUérfition*
Le dçrnier.dé^ir^qui^i^ous; ppKtfi , ouJa»d^nière. ayersipn.qpi.nou^.él^giaej, s'appçll^ w^qwlfî. La bôtei délib^e. Elle veut donc.
Qu'est-ce qu^,la,,féUciié? un, succès coji^tant dim^Jes choses quoAxI^il'ie.
La penséie,qij,'uft^,.cli9se est ou n'est pas, se Cela ou ne
4j6 tlSPAlT
8e fera pas , et ce qui ne laisse après elle que la prësomplion f s'appelle opinion.
De même cpie y dans la délibération^ le dernier désir est la volonté, dans les questions du passé et de Tavenir , le dernier jugement est l'opinion.
La succession complète des opinions alternatives , diverses, ou contraires , fait le doute.
La conscience est la reconnaissance intérieure et secrète d'une pensée ou d'une action.
Si le raisonnement est fondé sur le témoignage d'un homme dont la lumière et la véracité ne nous soient poiut suspectes , nous avons de la foi ; nous croyons. La fot est relative à la personne ; la croyance au fait.
La qualité en tout est quelque chose qui frappe par son degré ou par sa grandeur 5 mais toute grandeur est relative. La vertu même n'est que par comparaison. Les vertus ou qualités intellectuelles sont des facultés de l'âme qu'on loue dans les autres et qu'on désire en soi. Il y en a de naturelles; il y en a d'acquises.
La facilité de remarquer dans les choses des ressemblances et des différences qui échappent aux autres , s^appelle bon esprit ^ dans les pensées^ bon jugement.
Ce qu'on acquiert par l'étude et par la méthode', sans l'art de la parole , se réduit k peu de chose.
La diversité des esprits naît de la diversité des passions , et la diversité des passions naît de la diversité des temperamens, des humeurs, des habitudes, |des circonstances , des éducations.
La folie est l'extrême degré de la passion. Tçls étaient les démoniaques de l'Evangile. Taies fuerunt quos histo^ ria Sacra vocapitjudaico stylo dœmoniacos.
DE L'ENCYCLOPjtDlE. 4\^
La puissance d'un homme est Fagrégat de tous les moyens d'arriver à une fin. Elle est ou naturelle ou instrumentale.
De toutes les puissances humaines , la plus grande est celle qui rassemble dans une seule personne , par le consentement f la puissance divisée d'un plus gi*and nombre d'autres, soit que cette personne soit naturelle comme l'homme, ou artificielle comme le citoyen,
La dignité ou la valeur de l'homme; c'est la mômè chose. Un homme vaut autant qu'un autre voudrait l'acheter, selon le besoin qu'il en a.
Marquer l'estime ou le besoin , c'est honorer. On honore par la louange, les signes, l'amitié, la foi, la confiance 9 le secours qu'on implore , le conseil qu'on recherche,, la préséance qu'on cède, le respect qu'on porte , l'imitation qu'on se propose, le culle qu'on paie , l'adoration qu'on rend.
Les mœurs relatives à l'espèce humaine consislent dans les qualités qui tendent à établir la paix , et à assurer la durée de l'état civil.
Le bonheur de la vie ne doit point être cherché dans la tranquillité ou le repos de l'âme ^ qui est impossible.
Le bonheur est le passage perpétuel d'un désir satisfait à un autre désir satisfait. Les actions n'y conduisent pas toutes de la même nianière. H faut aux uns de la puissance, des honneur», des richesses ; aux autres du loisir , des connaissances, des éloges , même après la mort. De là , la diversité des mœurs.
Le désir de connaître les causes attache l'homme à l'étude des effets, 11 remonte d'un effet à une cause, de cellet» è une- autre , et ainsi de suite, jusqu'à ce f[u il arrive à