‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 2)Chapitre 6 sur 47 · GNOSTIQUES · texte numérisé non relu

GNOSTIQUES

(jrNOSTiQUES. ( HisU ecclés. ) Anciens hérétiques qui ont été fameux dès les premiers commencemens du christianisme^ principalement dans l'orient.

Ce mot gnoatique Tient du latin gnosticusy et du grec yMoarécoÇ) qui signifie rayant ^ éclairé y illuminé j spiri" tuel^ de y^uxjxoyje connais.

Ce mot y qui signifie sapant , aTait été adopté par ceux de cette secte, comme s'ils aTaient eux seuls la Téritable connaissance du christianisme. Sur ce principe , ils regardaient les autres chrétiens comme des gens simples et grossiers qui expliquaient les livres sacrés d'tme manière basse et trop littérale.

C'étaient d'abord des philosophes qui s'étaient forme

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une théologie particulière sur la philosophie de Pylhagore et de Platon, à laquelle ils avaient accommode les interprétations de l'Écriture.

Mais ce nom degnostique devînt dans la suite un nom générique que l'on donna à plusieurs hérétiques du premier siècle, qui, différant entre eux sur certaines circonstances , étaient néanmoins d'accord sur les principes r tels furent les Yalentinieas , les Simoniens , les GarpocraiietiSy les Nicolaïtes, et autres hérétiques.

Quelquefois c'est un nom particulier que l'on donne aux successeurs des premiers Nicolaïtes et des premiers Garpocratiens , qui parurent dans le second siècle , et quittèrent le nom des auteurs de leur secte.

Ceux qui voudront apprendre à fond leur doctrine et leurs visions , n'ont qu'à consulter saint Irénée , Tertullien , Clément d'Alexandrie , Origène et saint Epiphane , et surtout le premier ^ qui a rapporté au long leurs sentimens qu'il réfute en même tems. Quoique saint Irénée parle plus en détail des Yalentiniens qtie des autres gnostiques , on trouve cependant dans ses ouvrages les prin^ cipes généraux sur lesquels ces hérétiques établissaient leurs fausses opinion^s, et la méthode qu'ils suivaient enexpliquant l'Ecriture ', il les accuse d'avoir introduit dans la religion de vaines et ridicules généalogies » c'est-à-dire, de certaines émanations ou processions divines, qui n'ont d'autre fondement que leur imagination.

En effets les gnostiques avouaient que ces émanations n'étaient point expliquées clairement dans les. livres sa* crés ; mai^ ils disaient en même tems que Jésus-Christ les y avait indiqués mystiquement soua des. paraboles à ceux, qui pouvaient les comprendre».

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Us n'appuyaient pas seulement «ur les évaugiles et sur les épitres de saint Paul leur fausse théologie , mais encore sur la loi de Moyse et sur les propkètcs. Comme il y a f dans ces dentiers , plusieurs paraboles ou aUégovie» qui peuvent être interprétées différemment, ils &'en servaient avec adresse pour cacher plus facilement Fambignité de leurs interprétations.

Ils fusaient grand fonds sur le commencement de l'évangile de saint Jean 9 où ik prétendaient trouver une partie de leurs émanations , parce qu'il y est parlé du Verbe y de la vie, de la lumière, et de plusieurs autres choses qu'ils expliquaient selon leurs idées : ils distinguaient aussi trois sortes d'hommes , le matériel , l'animal et le spiritueL Ils divisaient pareillement la nature en trob sortes d'êtres , en hylique ou matériel , en psychique pu animal, et en pneumatique ou spirituel.

Les premiers hommes , qui étaient matériels et incapables de connaissance , périssaient selon le corps et selon l'âme; ks spirituels, au contraire, tels que se disaient les gnostiques, étaient tous sauvés naturellement^ sans qu'il en pérît aucun. Les psychiques ou animaux , qui tenaient le milieu entre les deux ordres , pouvaient se sauver ou se damner, selon les bonnes ou mauvaises actions qu'ils faisaient.

Le nom de gnoatique se prend quelquefois eu bonne part dans les anciens écrivains ecclésiastiques , principalement dans Clément d'Alexandrie, qui décrit en la personne de son gnostique les qualités d'un parfait chrétien, dans le septième livre de ses atromatea^ où il prétend qu'il n'y a que le gnostique ou l'homme savant qui ait une véritable religion; il assure que s'il se pouvait faire

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que la connaissance de Dieu fut séparée du salut éternel , le gnosiique ne se ferait pas ub: scrupule de préférer la connaissance; et qiue quand même Dieu lui promettrait l'impuaitti s'il agissait contre se» commandemeas ^ il- ne voudrait pas l'accepter à ce prix ni ckamger de eomkiite. C'est en ce sens qu'il oppose les gnostiques aux hirétiques de ce nom , assurant que le vrai gnostique » vieilli dans l'étude de FEeriture sainte , cï qit'il garck la d<>etrine orthodoxe des apôtres et de FEglise^ aU<liei*c|ue kes fuux gnostiques abandonnent les traditions apostoliques , À^imagiuaot être plufi habiles que les apôtres.

Le nom iSi^ gnoaLique ^ qui est si beau dans sa vraie étymologie, est devenu infème par les désordres auxquels s'abandonnèrent ceux qui se disaient gnosliques y cooîme nous avons vu de no3 purs le quiétimne et le {liittisaie décriés et condamnés à cause des désordrt^s de ceux de cot^e secte.

Ce que Chambcrs vient de dire des faux gnostiijues y d après Trévoux, étant trop général pour doiiMei* au lecleur une idée bien distincle de leur doctrine et de kurs mœurs, il est bon d ajouter que y quoique les gnostiques composassent différentes sectes, ils convenaient pourtant presque tous sur certains chefs ^ dont voici les priudpaux. L° Ils admettaient tous une production chiméri(]ue d^éons qui composaient une môme divinité*, et ils ne variaient que sur le nombre , les uns le réduisant à huit ^ et les autrès en comptant jusqu'à trente. 2® Ils attribuaient la cix'atlon et le gpuvernement du monde visible à ces éons , et non pas au Dieu souverain. 5° Ils croyaient que la loi de Moyse , les prophéties , et généralement toutes les lois , étaient Touvrage du créateur de ce monde, qu'ils dislin-

guateot du souverain , ou de U collectioa des ëons qui composaient U divinité. 4° lU enseignaient que le Chrîatt envoya d'en-baut pour sauver les hommes , n'avait pas pris une véritable chair ni souffert và-itablement , mais seulement en apparence , ce qui les avait fait appeler docetet.

X^urs principes les conduisaient tous au dër^lement et au libertinage ; ils enseignaient qu'il était permis et m£me louable de s'abandonner aux plaisirs de la chair ; ils se nourrissaient de viandes di^icieuses et de vins exquis, se baignaient et se parfumaient le corps avec une extrême sensualité; souvent ib faisaient leurs prières entièrement nus, comme pour marque de liberté. Les femmes étaient communes entre eux ; et quand ils recevaient un étranger qui était de leur secte , d'abord ils lui faisaient la meilleure cbère qu'il leur était possible; après le repas, le mari lui offrait lui-môme sa femme, et cette infamie se couvrait du beau nom de cJtarité. Ils nommaient aussi leurs assemblées agapes, où l'on dit qu'après les excès de bouche, ils éteignaient la lumière , et suivaient indifféremment tous leurs désirs : toutefois ils empêchaient la génération autant qu'ils pouvaient ; ou les accusait même de laire avorter les femmes, de piler un enfant nouveau né dans un mortier , et d'en manger les membres ensan- ^antés; d'offrir une eucharistie infUme , et de commettre pluïieurs autres abominations sacrilèges dont on trouve \c détail dans Épiphane , qui avait vu en Egypte des restes (Je ces sectes; car elles s'étaient répandues eu diverses cuntrées , et subsistèrent jusqu'au quatrième siècle.

Les noms que l'on donnait aux gnostiques ont été fort ilLll'ticens, et presque tous relatifs ou à leurs dogmes ou à

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la dépiravation de leurs mœurs. Les plus anciens , appelés mtuchilea on eutuchiiea^ étaient disciples des Simoniens, dont il est parlé dans le f^II^ livre des atromatea de Clément Aleiçandrin, et dans V apologie de Pampbile pour Origène, où il est dit qu'ils opposaient le nom de l'évangile à celui de la loi et des prophètes , et qu'ils voulaient que Jésus-Christ fût fils^ non du Dieu auteur de l'ancien Testament , mais d'un autre dieu inconnu. On appelait aussi les gnpstiques, harbelonitea, phibionitea^ borboritesy stratiotiques , zachéens j coddiens, lévites ou lévitiques'^ ces derniers surtout commettaient entre eux les plus iniames abominations.

Ils avaient plusieurs ouvrages apocryphes sur lesquels ils fondaient leurs impiétés, entre autres le livre des Révélations , ou V Apocalypse- d'Adam ; Y Histoire de Noria^^ femme de Noéi quelques livres supposés sous le nom deSeth^la Propliétie de Bahuba\ V Évangile de perfection y qui contenait quantité d'impuretés ; V Évangile d'Eve ^ rempli de rêveries et de visions; l'-^ccoz/c/tc7nc/2* et les Interrogations de Marie , dont saint Epiphane rapporte quelques passages pleins de fictions et d'infamies ; V Évangile de Philippe , et divers autres évangiles qu'ils attribuaient aux Apôtres pour accréditer leurs erreurs. ( Diipin , Biblioth. EccUsiasU des Auteurs des trois premiers siècles. Fleury , Hist, Ecclésiast. Uv. I^IIy n° 20, /7p. 333 e^ 334.)

Uabhé Mallet.

9$ e^rsiT

GORGO^ŒS.

OoAGOSlSi* ( Mfth. et LUUr. ) Trois ^œurs, fiUes de Phorco» et de Céto^ et sœurs cadettes des Ofées. Elles àernewr^dienif sebm Hésiode, aa-deià de FOcéao , à Tex- XxémiXé du moade , prés du séjour de la nuit , la même où les Hespérides font entendre les doux accens de leur voix. Les noms des Gorgones sont Sthéno , Eurjale , et Méduse si célèbre par s/f^ malheurs : elle était mortelle , au lieu qui5 ses deux sœurs n'étaient su)ètes ni à la vieillesse ni à la mort. Le dieu souverain de la mer fut sensible aux charmes Je Méduse ^ et sur le gazon d'une prairie ^ au milieu des ileurs que le printemps fait éclore, illuî donna des marques de sou amoui*. Elle périt eusuile d'une manière funeste ; Persée lui coupa la tète.

L(;s trois Gorgones , disent encore les poètes , ont des ailen aux épaules; leurs têtes sout bériijaées de serpens; leurs mains sont duiiain ; leurs dents sont aussi longues que les défenses des plus grands sangliers ; objet d'effroi et d'horreur pour les pauvres mortels , nul homme ne peut les regarder en face, qu'il ne perde aussilôt la vie; elles le piHriGent sur-le-ehamp , dit Pindare; Virgile ajoute quu|)rè9 la mort de Méduse, Sthéno et Euryale allèreul habiter près des enfers, à la porte du noir palais ue iMuton y où elles so sont toujoius tenues depuis avec Ifs (Vulauros, les Sevlles, \v géant Briaréc, Hiydrc de Lcriic?

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la Chimère , les Harpies , et tous kt autres moDstres éelos du cerveau de ce poà'le.

MuUaque prœUrea variarum monstra ferarum.

Gorgones , Harpiœque •

n n'y a peut «être rien de plus célèbre dans les traditions fabiideiises que les Goi^ones , ni rien de plus ignoré dans les annales du monde. C'est sous ces deux points de vue que i'el>bé Massieu envisage ce sujet dans une savante dissertation , d<Hit le précis pourra du moins servir à ûous convaincre du goût inconcevable de l'esprit humain pour les chimères.

£n efiet , la fable des Gorgones ne semble être autre chose qu'un produit extravagant de Pimagînatiou ^ ou bien un édifice monstrueux élevé sur des fou démens dont rorigîne est l'écueil de la sagacité des critiques. H est vrai que plusieurs historiens ont tâché de donner à cette fable une sorte de réalité ; mais il ne paraît pas qu'on puisse faire aucun fonds sur ce qu'ils en rapportent , puisque le récit même de Diodore de Sicile et de Pausanias n'a Fair que d'un roman.

Diodore assure que les Gorgones étaient des femmes guerrières qui habitaient laLybie près du lac Trîtonide; qu'elles furent souvent en guerre avec les Amazones leurs voisines ; qu'elles avaient Méduse pour reine , du tems de Persée qui les vainquit ; et qu'enfin Hercule les détruisit entièseniient ^ ainsi que leurs rivales , persuadé que dans le grand projet qu'il avait formé d'être utile au genre humain , il n'exécuterait son dessein qu'en partie , s'il souffrait qu'il y eût au monde quelques nations rjui fussent soumises à la domination des femmes.

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La narration de Pausanias s'accorde assez bien avec celle de Diodore de Sicile; et tandis que tous les deux font passer les Gorgones pour des hëroïnes , d'autres écrivains en font des monstres terribles. Suivant ces derniers^ les Gorgones ne sont point des femmes belliqueuses qui aient vécu sous une forme de gouvernement , et dont la puissance se soit long-tems soutenue; c'étaient, disent-ils, des femmes féroces d'une figure monstrueuse , qui habitaient les antres et les forêts , se jetaient sur les passans , et faisaient d'affreux ravages : mais ces mêmes auteurs qui conviennent sur ce point, diffèrent sur l'endroit où ils assignent la demeure de ces monstres. Proclus de Cai*— thage , Alexandre de Minde et Atbenée les placent dans la Lybie ; au lieu que Xénopbon de Lampsaque , Pline et Solin prétendent quelles habitaient les îlest Gorgades.

Alexandre de Miude cité par Athénée , ne veut pas même que les Gorgones fussent des femmes ; il soutient que c'étaient des vraies bêtes féroces qui pétrifiaient les hommes en les regardant. Il y a , dit-il, dans la Lybie un animal que les Nomades appellent Gorgone , qui a beaucoup l'air d'une brebis sauvage , et dont le souffle est si empesté, qu'il infecte tous ceux qui l'approchent; une longue crinière lui tombe sur les yeux , et lui dérobe Tusage de la vue ; elle est si épaisse et si pesante cette crinière , qu'il a bien de la peine à l'écarter pour voir les objets qui sont autour de lui^ lorsqu'il en vient à bout par quelque effort extraordinaire , il renverse par terre ceux qu'il regarde , et les tue avec le poison qui sort de ses yeux : quelques soldats de Marins , ajoute-t-il , en firent une triste expérience dans le tems de la guerre contre Ju*

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gurlha; car ayant rencontré une de ces Gorgones, ils fondirent dessus pour la percer de leurs épées; Tanimal eSrayé , rebroussa sa crinière et les renversa morts d'un seid regard : enfin quelques cavaliers nomades lui dressèrent de loin des embûches, le tuèrent à coups de javelot, et le portèrent au général.

Xénopbon de Lampsaque , Pline et Solin font des Gorgones des femmes sauvages , qui égalaient , par la vitesse de leur course , le vol des oiseaux. Selon le premier de ces auteurs , cité par Solin , Hannon , général des Carthaginois , n'en put prendre que deux dont le corps était si velu y que pour en conserver la mémoire comme d'une chose incroyable , on attacha leur peau dans le temple de Junon, où elles demeurèrent suspendues parmi les autres offrandes , jusqu'à la ruii^e de Carthage.

Si le^ auteurs qu'on vient de citer , ôtent aux Gorgones la figure humaine , Paléphate et Fulgence les leur restituent ; car ils soutiennent que c'étaient des femmes opulentes qui possédaient de grands revenus , et les faisaient valoir avec beaucoup d'industrie : mais ce qu'ils en ra^ content parait tellement ajusté à la fable , qu'on doit moins les regarder comme des historiens qui déposent , que comme des spéculatif qui cherchent à expliquer toutes les parties d^une énigme qu'on leur a proposée.

Paléphate , pour accommoder de son mieux ses explications aux fictions des poètes , nous dit que la Gorgone n'était pas Méduse , comme on le croit communément , mais une statue d'or représentant la déesse Minerve , que I les Cyrénéens appelaient Gorgone. Il nous apprend donc quePhorcus, originaire de Cyrène, et qui possédait trois . îles au-delà des colonnes d'Hercule , fit fondre pour Mi-

5o ESPJUT

tkerve une statue d'or haute de quatre coudëes^ et mourut avant que de Ta voir consacrée. Ce prince , dit-il , laissa Uois fUles , Sthéso 9 Eurîale et Méduse 9 qui se vouèrent au célibat, liéritéreot chacune d'une ded îles de leur père $ et ne voulant ni consacrer ni partager la statue de Minerve , elles la déposèrent dans un trésor qui leur ap- |»artenait en commun : elles n'avaient toutes trois qu'un même ministre 9 homme fidèle et éclairé 9 qui passait souvent d'tijie île à l'autre pour l'administration de leur patrimoine 5 c'est ce qui à donné lieu de dire qu'elles n'avaient à elles trois qu'une corne et qu'un œil 9 qu'elles se prêtaient alternativement.

Persée , fugitif d'Argos , courant les mers et pillant les côtes 9 forma le dessein d'enlever ^a statue d'or , surprit et arrêta le ministre des Gorgones dans un trajet de mer ; ce qui a encore donné lieu aux poètes de feindre qu'il ayait volé l'œil des Gorgones, dans le tems que l'une le remettait à l'autre. Persée néanmoins leur déclara qu'il le leur rendrait, si elles voulaient lui livrer la Gorgone 5 et en cas de refus 9 il les menaça de mort. Méduse ayant rejeté cette demande avec indignation , PersAî la tua . mit en pièces la Gorgone , c'est-à-dire la statue de Min crve , et en attacha la tête à la proue de son vaisseau. Comme la vue de cette dépouille et l'éclat des expéditions de Persée rtpandait partout la terreur, on dit quavec la tête de Méduse il changeait ses ennemis en rochers et les pétriôait. A lire ce détail 9 ne croiraît-^cm pas que tous ces événement sont réels 9 et se sont passés sous les yeux de Paléphate . Comme Fulgence n'a fait que coudre quelques circonstances indifférentes à cette narration , il est inutiie nous y arrêter.

t)K L'ENCYCLOPiDIK. 5l

Se\on d nulles historiens , l«s G-argonea uéidÀeioX rien de tout ce (jue nous venons de voir ; c'étaient trois sœurs (luDC rare beauté , qui faisaient sur tous ceux qui les regardaient des impressicms si surprenantes , qu'on disait qu'elles les changeaient en pierres : c'^st, par exemple^ ropinion d'Aaanonius Serenus ; Héraelide est du même sentiment , avec cette différence qu'il s'exprime d'une maniéEe peu favorable à la mémoire des «Gorgones ; car il les f)6iat comme des personnes qui faisaient de leurs charmes un honteux trafic. •

Mais eoËxi il y a des écrivains, tout aussi anciens que ces derniers , qui loin d'accorder aux Gorgones «me figuie charmante y nous assurent au contraire que c'étaient detf femmes si laides, si disgraciées de la nature, qu'on ne pouvait jeter les yeux sur elles sans être comme glacé dlorreur.

Voilà sans cloute qui sufEt pour prouver que tout ce que les historiens nous débitent des Gorgones , est rempli de contradictions ; car sous quelles formes difTérentes ne nous les ont-ilâ pas représentées ? Us en ont fait des héroïnes, des animaux sauvages et féroces , des filles économes et laborieuses, des prodiges de beauté, des monstres de laideur, des modèles de sagesse, qui ont mérité d'être mises au rang des femmes illustres , et des courtisanes scandaleuses.

La moitié de ces mêmes historiens les placent dans la %l>ie ; l'autre moitié les transporte à mille lieues de là , ^t les établit dans les Oroades« Les uns tirent leur nom de yop^ojv mot cyrénéen qui veut dire Minerve : d'autres ^e7op7cbv , nom lybique d'un animal sauvage : d'autres €nGn du mot grec yeopycoçqui signifie laboureur. Quel

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parti prendre entre tant d'opinions si diffi^reiites ? celui d'avouer qu'elles sont à peu près également dénuées de vraisemblance;

Ce n'est pas tout : quelques merveilles que les historiens aient publiées touchant les Gorgones, les poètes ont encore renchéri sur eux , et il [ne faut pad en être étonné : on sait qu'un de leurs droits principaux est de ^réer; s'ils en usent volontiers dans toutes les matières qu'ils traitent, on peut dire qu'ils en ont abusé dans celle-ci : ils se sont donné pleine carrière ^ et les fictions qu'ils nous ont débitées sur ce point , sont autant de merveilles dont ils ont surchargé le tableau.

Homère seul s'est conduit avec la plus grande réservé ; il se contente de nous dire que sur l'égide de Minerve > ^ le bouclier d'Âgamemnon, fait d'après cette égide, était gravée en relief l'horrible Gorgone, lançant des regards effroyables au milieu de la Terreur et de là Fuite*

Mais si le prince des poètes est concis, Hésiode en revanche s'est appliqué à suppléer à cette brièveté par de& portraits de main de maître, dont il a cru devoir embellir son poëme du bouclier d'Hercule et celui de la généalogie des dieux : on dirait qu'il n'a eu dessein , dans le premier ouvrage , que de. prouver la grande intelligence qu'il avait des règles de son art, et l'élévation dont il était capable lorsqu'il voulait prendre l'essor, «Sur ce bouclier, dit-il , est détaché Persée ne portant sur rien... On le voit qui hâte sa fiiite plein de trouble et d'effroi< Les soeurs de la Gorgone, monstres affreux et inaccessibles, monstres dont le nom seul fait frémir , le suivent de près et tâchent de l'atteindre : elles volent sur le disque de ce

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diamant lumineux ; Toreille entend le bruit que leurs ailes font sur l'airain ; deux noirs dragons pendent à leurs ceintures; ils dressent la tète» ils écilment; leur rage éclate par le grincement de leurs dents , et par la férocité de leurs regards. »

Dans la théogonie y Hésiode le prend sur un ton moins haut , et tel que doit être celui de la simple narration , qui ne se propose que d'instruire. H entre ici dans le détail^ et nous apprend de qui les Gorgones avaient reçu la naissance y leur nombre , leurs noms , leurs différentes prérogatives, leur combat contre Persée, et le renversement de leur triste famille.

La fable d'Hésiode reçut de nouveaux omeinens de i art des poëtes qui lui succédèrent. On peut s'en convaincre par la lecture d'Eschyle dans son Prométhée; de Pindare^ dans ses Odes pythiquea ; et de Virgile 9 dans son sixième livre de Y Enéide | mais c'est Ovide qui brille le plus : amateur des détails^ et ne maniant guère un sujet sans l'épuiser , il a rempli celui-ci de cent nouvelles fictions , que vous trouverez dans ses Métamorpiwaes ; il y sème les fleurs à pleines mains sur la conquête de Méduse par Neptune 9 l'expédition fameuse de Persée , la défaite de la Gorgone et celle des généraux de Phinée.

Ce fut d'après tant de matériaux transmis par les poè'tes grecs 'et latins , que les mythologues qui écrivirent en prose , Phérécide , ApoUodore , Hygin et autres , compo*" sèrent leurs diverses compilations, qui d'ailleurs n'ont rien d'intéressant.

Loin de m'y arrêter, ]e cours à l'explication la plus vraisemblable des mystères prétendus que renferme la fable des Gorgones 5 mais je ne b trouve pas cette expli-

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