‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 2)Chapitre 7 sur 47 · T0M£ VIII · texte numérisé non relu

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Catien dans 1» ^égories physiques , mcHrales ou guerrières; ye n'y vms que des jeux d'esprit. M. Le Qerc, à l'exemple de Bochtfrt, a eu raison de chercher le mot de Tënigme dans les langues orientales , quoiqu'il se soit trompé en croyant prouver, par ses notes savantes sur Hésiode , que par les Gorgones il faut entendre iies cavales d'Afrique y qu'enlevèrent les Phéniciens en commerçant dans cette partie du monde. M. Fourmont sentant les défectuosités d'un système qui ne s'ajustait point aux détails de la fàUe , s'est retourné d'une autre ma-nière ; et nous allons voir le fruit de ses recherches.

U a trouvé dans le nom des trois Gorgones j et )usques dans le nom des cinq filles de Phorcus , celui des vaisseaux de charge qui faisaient commerce sur les côtes d'Afrique ^ où l'on trafiquait de l'or, des dents d'éléphant , des cornes de divers animaux , des yeux d'hyène et autres marchandises. L'échange qui s'en Élisait en différens ports de la Phénieie et des îles de la Grèce, c'est le mystère de la dent , de la corne et de l'œil , que les Goi^nes se prêtaient mutuellement : ainsi les cinq filles de Phorcus étaient les cinq vaisseaux qui composaient la petite flotte de ce prince , comme le prouvent leurs noms phéniciens. Dans toutes les langues orientales , les vaisseaux d'un prince s'appellent ses fiUes\ yeiu>, en phénicien, signifie ui^ vaisseau de charge, ruwis onerariaipéphrédoy par transposition, pour perphédOf un vaisseau qui porte l'eau douce, navis aquaria^ siheino ^ une galère, noifievictuaria'^euriale^ une chaloupe, navU transiioria y Médusa , on sons-entend Sephùia , le vaisseau amiral , navis imperatoria* De ces cinq vaisseaux , trois étaient de File de Choros, nommée ensuite Topyo^,, ile des Phéaques^

et deux étaient nommés yponoùf grées ^ vaisseaux gagnés sur les Grecs.

L'île de Cyre ou Corcyre , Ithaque et autres voisines ^ ëtaient des îles phéniciennes de nouvelle date. Paléphate dit que Phorcus ou Phorcys était cyrénéen : cela se peut ; mais alors 9 comme chef de colonie, il régnait à Ithaque, à Géphalonie et à Choros* Dans POdyssée» Minerve montre à Ulysse et sa patrie et le port du vieillard marin Phorcys ; voilà le père des Gorgones retrouvé : Phorcys roi d^Ithaque et des deux iles voisines j qui possède et envoie commercer cinq vaisseaux , trois de Choros , c*est<-àdire les trois Gorgones , et deux qu'il a pris sur les Grecs , qui sont les grées , ypataï*

Le commerce de ce prince se faisait en Afrique , avec les habitans de Gyrène, du mont Atlas, des Canaries et de la côte de Guinée. Pline, Ptolomée, Mêla, Pausanias, Hannon, Hésiode même, attestent que ce commerce était fréquent dès le siècle de Persée. Des cinq vaisseaux de Phorcys, Persée négligea le perphédo, chargé d'eau douce, et Venyo, qui ne renfermait que des choses communes pour les besoins de la flotte ; il s'attacha aux trois Gorgones , qui portaient une dent^ ou les dents ; c^est-àdire Tivoire ; une çome , c'est-à-dire les cornes d'animaux ; un œil, c'est-à-dire les yeux d'hyène ou de poisson, et les pierres précieuses.

Le mot phénicien rosch , signifie également tête , chef et Denin. La tète de Méduse une fois coupée , ou plutôt son commandant une fois détruit (autre équivoque qui autorise à dire que cette tète est un venin ) , il sort surle-champ de cette tète , Chrysaor , ouvrier en métaux , et le P»'gase, c'est-à-dire le Pagasse, espèce de buffle d'Afri-

que, dont Iës longues oreilles , quand il court, pantissent

des ailes.

Enfin, on nous parte de pétrifications étranges , et elles se présentent d'dles-mémes. Persée vainquit la flotte de Pborcys, vers les Scjrtes. On sait que cette région a toujours éié fameuse pour les pëtrifica lions, jusqu'à faire croire aux auteurs arabes qu'il se trouvait dans les terres , des villes entières où les hommes et les animaux pétrifiés^ conservaient encore la posture qu'ils avaient lors de leur pétrification subite.

Voilà donc, à quelques embellissemens près , le fond réel de U fable des Gorgonea , qu'il fallait remettre en phénicien , dit M. Fourmont j en efiet , je ne suis pas éloigné de croire que c'est à lui qu'appartient la gloire d'avoir expliqué le plus probablement l'énigme.

Le Chevalier de Jaucourt.

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