‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 3)Chapitre 15 sur 58 · Tome xiii · texte numérisé non relu

Tome xiii

« îlï le haVssaîetit âprement^ Les autres amollis en leur « cœur de voir une si grande mutation ^ se regardaient « avec un je ùe sais quoi de compassion , considérant la « grande puissance qu'ont les causes occultes et divines « sur l'imbécillitë des hommes et sur les choses qui pasa sent tous les jours devant nos yeux. » U est vrai , pour le dire en passant, que l'orthodoxie de Plutarque n'e^ pas ïoutenue^et qu'il parle quelquefois le langagedesépicuriens. Tite-Livè s'exprime ainsi sur le malheur arrivé à Appius Glaudius i^et dùm pro se quiêqtie deos tandem esacj et non negligere humanafremunt^et auperbiœ crudelitaiiquepœnas et si feras , non levés tamen venire pœnas. Les Indiens, les Celtes^ les Egyptiens, les Ethiopiens, les Chaldëens, en un mot, presque tous les peuples qui croyaient qu'il y avait un Dieu , croyaient en môme tems qu'il avait soin des choses humaines ; tant est forte et naturelle la conviction d'une providence , dès-là qu'on admet un être suprême. L'évidence de ce dogme ne pourrait être obscurcie par les difficultés qu'on y oppose en foule ; les seules lumières de la raison suffisent pour nous faire comprendre que le créateur de ce chef-d'œuvre, qu'on ne peut assez admirer, n'a pu l'abandonner au hasard .Comment s'imaginer que le meilleur des pères néglige le soin de ses enfans? Pourquoi les aurait- ils formés, s'ils lui étaient indifférens ? Quel est l'ouvrier qui abandonne le soin de son ouvrage? Dieu peut-il avoir créé des sujets en état de connaître leur créateur et de suivre des lois, sans leur en avoir donné ? Les lois ne supposent-elles pas la punition des coupables? Comment punir, sans connaître ce qui se passe ? Tout ce qui est dans Dieu, tout ce q«i

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est clatis l'homtne , tout ce qui est dans le monde ^ nous conduit à une providence. Dès qu'on supprime cette vé^ rite , la religion s'anëantit , l'idée de Dieu s'efface y et on est tente de croire que n'y ayant plus qu'un pas k faire pour tomber dans Tathéisme , ceux qui jaient la ptovi<« dence peuvent être placés au rang des athëeSi

Mais pour rendre ceci plus frappant et plus sensible ^ faisons un parallèle entre le Dieu de la religion et le dieu de Firrëligion; entre le Dieu de prox>idencè et le dieu d'Épicure!; entre le Dieu des cbrëtiens et le dieu de cer-^ tains déistes. Dans le système de l'irréligion ^ je vois un dieu dédaigneux et sUperbe, qui néglige y qui oublie l'homme après l'avoir fait, qui le dégage de toute dépendance y de peur de s'abaisser jusqu'à veiller sur lui ; qui l'abandonne , par mépris, à tous les égaremens de son orgueil, et à tous les excès de la passion, sans y prendre le moindre intérêt ; un dieu qui voit d'un œil égal et le vice triomphant, et la vertu violée, qui ne demande d'être aimé ni nlême d'être connu de sa créature ; quoiqu'il ait mis en elle une intelligence capable de le connaître , et un cœur capable de l'aimer. Dans le système de la providence, je vois au contraire un Dieu sage^ dont l'immuable volonté est un immuable attachement à l'ordre , un Dieu bon , dont l'amour paternel se platt à cultiver dans le cœur de sa créature, les semences de vertu qu'il y a mises ; un Dieu juste qui récompense sans mesure , qui corrige sans hauteur, qui punit avec règle, et proportionne les châtimenS aux fautes; un Dieu qui veut être connu ^ qui couronne en nous ses propres dons , Phommage qu'il fait rendre à ses perfections infinies et l'amour qui^i)"|ious

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inspire pour el)é3« C'e»t au déiste ^iluc entre ces deux tableaux > ji «e dëtenaiuer pour oelui qui lui parait plus conferjBe à sa misoû.

SI tious pouyions mëcounaitre la prouidence dans le «peetacle de ce. vaste univers ^ nous la retrouveriona «n nous. Sans cheréker des raisons qui nous fuient , ouvrons IWeiUe à la voix intérieure qui cherche à nous instruire. Nous sommes l'abrégé de Tunivers, et en méuM tesns nous sommes l'ima^ du créateur^ Si bous ne pouvons contempler ce grand original « contentOQS*nous de le contempler dans son ima^e. 3)7ous ne |)Ouvons jamais mieux le trouver qUe dans les portraits où il a voulu se peindre Ijoi-mâme. Si je me replie sur moi-même j je sens en moi un principe qui pense, qui juge^ qui veut; je trouve de pliLs que je suis un corps organisé ^ tapable d'une infinité ^e mouve-* mens variés, dont les uns ne dépendent point du tout de moi y les autres en dépendent en partie y et les autres me spnt entièrement soupais. Ceux qui ne dépendent point de moi j sont y par exemple , la circulation du sang et celle des humeurs , d'où procèdent U nutrition et la formation dps esprits animaux. Ce mouvement ne peut Être interrompu par un acte de ma volonté^ et jp ne puis subsister si quelque cause étrangèi% en interrompt le' cours. Tea trouve d'autres chez moi aussi indépendans de ma volonté que la circulation du sang ; mais que je puis suspendre pour un moment, sans bouleverser toute la machine. Tel est entre autres celui de la respiration i, que je puis arrêter quand il me plaît , mais non pas pour longtekufi , par un simple acte de ma volonté , sans le secours de quelques nmyens antérieurs. Enfin , il y a en moi

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certains fluides erraos dans tous les div^ers canant dont mon corps .est rempli y mais dont je puis déterminer le cours par un apte de ma volonté. Sans cet acte, ces fluides que j'appellerai les esprits animaux , coulent par leur activité naturelle indifféremment dans tous les vides et dans tôniis les canaux qu'ils rencontrent ouverts, sans affecter un lieu particulier plutôt qu'un autre; semblables à des serviteurs qui se promènent négligemment en attendaBt l'ordre de lenr mattve; mais selon mes désirs ils sa transportent dans les canaux particuliers , à proportion du besoin plus ou moins grand > dont je suis le juge. Je vois dans ce que je viens de trouver ehei moi , une image naïve de tout cet univers, Nons j distinguons èes monvemens réglés et invariables , d'où dépendent tous les autres, et qui sont à l'univers comme la circnlation du sang est dans le corps bumain j mouvement que Dieu n'arrête jamais , non plus qne l'homme n'arrête celui de son sang; avec cette différence, que c'est en nous un effet de âotre impuissance, e€ en Dieu celui de son immutdM-^ lité. Nous compasjerons donc les mouvemens généraux de nos corps qui ne dépendent point de nous , aux lois gêné-raies et immuables que Dieu a établies dans la matière* Mais comme nous trouvons en nons de certains moilve^ mens 9 quoique indépendans denous, dont nons pouvons poiDrtaBt suspendre le cours pour quelques momens , cooime celui de la respiration; aussi conçois- je dans cet univers des mouvemens très-réglés, qui procèdent des mouvemens généraux, que Dieu peut suspendre quelquç tems^ sans porter préjudice à ce bel ordre ^ mais dont il çbailgeraH l'économie , si cette suspension durait trdp

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loDg-tems. Tel est celui du soleil et de la lune, que Diea arrêta pour donner le tems à Josué de rempoAer une entière victoire sur les ennemis de son peuple. Elnfîn , )e trouve dans la nature aussi-bien que chez moi une cjuan-* tité immense de fluides de plusieurs espèces, répandus dans tous les pores et les interstices des corps , ayant du mouvement en eui^-mèmes, mais un mouvement qui n'est pas entièrement détermine de tel ou tel cètë par les lois générales qui sont en partie comme vagues et indéterminées. Ce sont ces fluides qui sont à la nature ce que sont les esprits animaux au corps humain y esprits nécessaires à tous les mouvemens principaux et indépendans de nous, mais soumis outre cela à exécuter nos ordres par ces principes que )e viens de poser.

Q est maintenant aisé de comprendre comment Dieu a pu établir des lois fixes et inviolables du mouvement j et gouverner pourtant le monde par sa providence. Quoi^ î'aur^ti le pouvoir de remuer un bras ou de ne pas le remuer , de me transporter dans un certain Ueu ou de ne pas le faire , d^ider un ami ou de ne le pas aider ; et Dieu qui a di$posé toutes choses avec une sagesse et une puissance infinies , et de qui je tiens ce pouvoir , se sera lui* même privé d'agir par des volontés particulières? Je puis aider mes çnfans, les punir, les corriger, leur procurer du plaisir, pu les priver de certaines choses selon ma prudence , je puis par ma prévoyance prévenir les maux, et Içs accidens qui peuvent leur arriver, en ôtant de dessous leurs pas ce qui pourrait occasionner leur chute. Ce que je puis faire pour mes enfans , je le puis aussi pour mes amis. Je $ais qu'un ami se dispose à fiiirç une action qui

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fyetit lui procurer de (aclieuses aflPaires ; je cours sur leè lieux, je le préviens, et je Fempêche par mes sollicitations d'exécuter ce qu'il avait désir de faire. Pendant ma promenade je vois devant moi un aveugle qui va se précipiter dans un foSsé, croyant suivre le chemin. Je précipite mes pas , je prends cet aveugle par le bras, et je l'arrête sur le penchant de sa chute ; n'est-ce pas là une providence eu moi ? Par combien d'autres réflexions pourrai-jc la prouver ? Or , ce que je sens en moi irai-je le refuser & la divinité? îiolre propidence n'est qu'une image ipriparfaite de la sienne. Il est le père de tous, les hommes , ainsi que leur créateur ; il punit , il châtie , il prévoit les maux , il les fait quelquefois sentir à ses enfans. Il se dispose au châtiment y mais notre repentir calme sa colère, et éteint entre ses mains la foudre qu'il était prêt à lancer. Sa providence ne s'est pas bornée à établir des lois de mouvement, selon lesquelles tout se meut, tout se combine, tout se varie , tout se perpétue. Ce ne serait là qu'une providence générale. S'il n'avait créé que de la matière , ces lois générales auraient suffi pour entretenir l'univers éternellement dans le même ordre , tant sa profonde sagesse l'a rendu harmonieux f mais, outre la matière, il a créé des êtres intelKgens et libres, auxquels il a donné un certain degré de pouvoir sur les corps : ce sont ces êtres libres qui engagent la divinité à une providence particulière; c'est celle-ci qui fait une des parties les plus intéressantes de la religion : examinons si les principes que nous avons posés en détruisent l'idée.

Si je conçois l'univers comme une machine , dont les ressorts sont engagea si dépendamment les uns des autipes ,

qu'on ne peut retarder les uns sans retarder les autres y et sans bouleverser tout l'univers : alors je ne concevrai d'autre providence que celle de l'ordre établi dans la création du monde > que j'appelle providence générale. Mais ).'ai bien une autre idée de la nature. Les hommes dans leurs ouvrages même les plus liés , ne laissent pas de les &ire tels , qu'ils peuvent , sans renverser l'ordre de leur machine y y changer bien des choses. Un horloger ,* par eiet&ple» a beau engager les roues d'une montre ^ il est pourtant le maître d'avancer ou de reculer l'aiguille comme il lui plaît. ILpeut faire sonner un réveil plus tôt ou plus tard , sans altérer les ressorts et sans déraïiger les roues ; ainsi vous voyez qu'il est le maître de son ouvrage, particulièrement sur ce qui regarde sa destination. Un réveil est fait pour indiquer les heures, et pour réveilla les gens dans un certain tenis. C'est justement ce dont est maître celui qui a fait la montre. Yoilà justelnent une idée de hi providence générale et particulière. Ces ressorts^ ces roues, ces balanciers^ tout cela en^ mouvement, font la providence générale, qui ne change jamais eH qui est inébranlable : ces dispositions du réveil et du cadran , dont les déterminations s<ont à la disposition de l'oirvrier ^ sans altérer ni ressort ni rouages, sont l'emblème de la providence particulière. Je me représente cet univers comme un grand fluide , à qui Dieu a impriaié le mouvement qui s'y conserve toujours. Ce fluide entraine les planètes par un courant teès-réglé et par un mouvement si uniforme, que les astronomes peuvent aisément prédire ktf eonjonclîoiis et les oppo^tions. Voilà la providÎBùce générale. Mais dans diaqve planète les parties de ces pre^

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uiers élëmeas n'ont point de mouYement rég)é« Elle$ ont à la Yérité un mouTement perpétuel y mais indéterminé ^ se portant où les passages sont les plus libres , semblables à ces rivières qui suivent constamment leur lit^ mais dont une partie des eaux se répand à droite et à gauche 9 au travers des pores de la terre , suivant le plus ou le moins de facilité du teiToir qu'elles pénètrent. C'est, cette ma^ tière du premier élément que Dieu détermine par des volontés particulières , suivant les vues de sa sagesse et de sa bonté. Ainsi , sans rien changer dans les lois primitives établies'par la divinité 9 il peut ré^er tous les événemen3 sublunaires occasionnellement, selon les démarches des êtres libres qu'il a mis sur la terre ou dans les autres planètes, s'il y en a d'habitées. Voilà ce qui concerne là providence par rapporta la nature; voyons celle qui re^rde les écrits.

£n formant cet univers^ Dieu avait créé des objets dn sa puissance et de sa sagesse» Il voulut en créer qui fussent l'objet de sa bonté, et q^i fussent en même tems les témoins de sa puissance et de sa sagesse; Cette pente générale et universelle des hommes à la félicité, paraît une preuve incontestable que Dieu les a faits pour être heur reux. L'Ecriture £3rtifie ce sentiment, au lieu de le dé^ truîr^ , en nous disant que Dieu est charité ^ qu'est-^ce à dire ? C'est que la bonté de Dieu est l'attribut à qui les hommes doivent leur existence, et qm par conséquent est le premier à qm ils doivent rendre hommage.

L'amour d'un sexe pour l'autre , l'amour des pères pour leurs enfans , cette pitié dont nous sommes naturel? lement susceptibles , sont trois moyens puissans par lesquels la sagesse infinie sait tout conduire à ses fins; 1® Dieu

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n'a point commis le soin de la sociëtë Uniquement à Is raisoii des hommes. En vain aurait-il fait la distinction des deux sexes; en vain de cette distinction s^en devraitil suivre la propagation du genre humain ; en vain la reli* gîon naturelle nous aVertirait-elle que nous devons travailler au bonheur de notre prochain, tout aurait été inutile, le penchant de l'homme au bonheur l'aurait toujours éloigné des vues de la Propîdence. Quelqu'un se serait-il marié , s*il n'y avait eu que la raison seule qui l'y eût déterminé? Le mariage le plus heureux entraîne toujours après lui plus de soucis et d^inquiétudes que de plaisir; les femmes surtout y sont plus intéressées que les hommes. Suivez avec exactitude toutes les suites d'une grossesse, les douleurs de l'enfantement^ etc.^ et jugez s^il y a une femme au monde qui voulût en courir les risques , si elle n'agissait qu'en vue de suivre sa raison ? Quoique les hommes courent moins de hasards, et qu'ils soient exposés à moins de maux^ il en reste encore assez pour les éloigner du mariage , s'ils n'y étaient poussés que par leur devoir. Aussi Dieu les a-t-il engagés non-seulement par le plaisir , mais par une impulsion secrète, en«core plus forte que le plaisir. 2^ Si nous examinons cette tendresse des pères et des mères pour leurs enfans , nous n'y trouverons pas moins les soins attentifs de la Providence. Qu'est-ce qui nous engage à avoir plus d'amour pour nos enfans , que pour ceux de nos voisins , quand même les nôtres auraient moins de beauté et moins de mérite ? La raison i\'exige-t-elle pas de nous que nous proportionnions notre amour au mérite ? Mais il ne s'agit pas d'agir ici par raison. Le père partage avec sa tendre épouse les inquiétudes que leur cause leur amour pour leurs en-

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fans. Tout leur tcms est employé , soit à leur éducation , soit à travailler pour leur laisser du bien après leur mort. U leur en faudrait peu pour eux seuls, mais ils ne trou* vent jamais qu'ils en laissent assez à leurs enfans. Ils.se privent souvent des plaisirs qu'il faudrait acheter aux dépens du bonheur de leur famille, ^n bonne foi y les. hommes s^aimant comme ils s'aiment, prendraient -ils tous ces soins pour leurs en&ns , s'ils n'y étaient engagés par une forte tendresse? et auraient*ils cette tendresse, si elle ne leux était imprimée par une cause supérieure? Examinons-les sous un autre point de vue. Ils ont une haine mortelle pour tout ce qui s'oppose à leur bonheur. L'homme est né paresseux 9 il fuit la peine , et surtout une peine qu'il ne choisit pas lui-même. Voilà pourtant des enfans qui lui en imposent de telles , qu'il les regarderait comme un joug insupportable , si c'était d'autres que ses enfans. L'homme aime sa liberté , et hait quiconque la lui ravit. Cependant ses enfans lui donnent une occupation onéreuse^ et gênent .'entièrement sa liberté, et il ne les aime pas moins pour: cela; bien plus, si quelque enfant est plus accablé de ntaladie que les autres , il sera toujours le plus aimé, quoique il- donne le plus de peine; toute la tendresse semble se ramasser en lui seul. Admirons en cela la sagesse infinie.de la Providence^ qui, ayant donné aux hommes un penchant invincible pour le bonheur , a pourtant su, malgré ce penchant, les conduire à ses fins. 3° La Providence, toujours attentive à nos besoins , a imprimé dans l'homme le sentiment de la pitié, qui nous fait sentir une vive douleur à la vue du malheur d'autrui, et qui nous engage à le soulager pour nous soulager nousmêmes. U y a, je le sais , de l'amour-propre dans le secours

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que nous donnons aux misérables et aulK affligés^ mai^ Dieu enchaîne cet amour-propre par cette vive sensibiliie dont nous ne sommes pas les maîtres; elle est involontaire^ et ne pouvant nous en défaille ^ nous trouvons plu» expédient d'en faire cesser la cause en soulageant les misérables* Il faut avouer que les stoïciens étaient de pauvres pkilosoplieSy de prétendre que la pitié était une passion blâmable y elle qui &tit Tbonneur de l'humanité. Je ne puis comprendre qu'on ait été si loi:ig-tems entêté de là morale de ces gens-là; mais ils sont anciens, ainsi fassent*-ils mille fois plus ridicules , ils feront toujouips l'admiration des pédans, La pitié est une pasision bien respectable 5 elle est l'apanage des ccsurs bien faits ; elle est une des plus fortes preuves que le monde est produit par une sagesse infinie, qui sait conduire tout à ses fins^ même parmi les êtres libres ^ sans gêner leur liberté* Plus )e fais réflexion sur ces trois lois de la Propidence générale ^ plus je suis surpris de voir tant d'athées dans le siècle où nous sommes. Si nous n'avions d'autres preuves de la divinité que celles qui sont métaphysiques , je ne serais pas surpris que cenic qui n'ont pas le génie tourné de ce eété-là ^ n^y fttssent pas sensibles. Mais ce que )e t^ens de dire est proportionné à toutes sortes de génies , et en même tems si satisfaisant , que je doute que tout homme qui voudra y faire attention , ne reconnaisse une Providence. Qui reconnaît une Providence reconnaît un Dieu : on a fait souvent ce raisonnement , il y a un Dieu y donc il y a une Providence. Par-là , on était obligé de prouver rexistence d'une divinité par d'autres voies que par la Providence : c'est ce qui engageait les philosophes à aller diercher des raisons métaphysiques , peu sensibles

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cl souvent fausses ; au lieu que cet argument-ci est certain 9 il J a luie Proyiclence , donc il y a un Dieu : voici quelques - unes des difficultés qu'on peut faire contre la Proifidence.

Jl y a dans le monde plusieurs dësordres, bien des choses inutiles et même nuisibles. Les ëplcuriens pressaient cette objection , et elle est rëpétëe plus )dVne ibis dans le poëme de Lucrèce,

Neçua^uàm nobis dlçinitùs esse cretdam Naturam mundi quœ tantàvst prœdita cidpA.

Les rocbers inaccessibles, les déserts a(Ireux,les monstres, les poisons, les grêles, les tempêtes, etc., étaient autant d'argumens qu'on joignait aux précédens.

Je réponds, i* que Dieu a établi dans l'univers des lois générales, suivant lesquelles toutes les choses particulières , sans excieption , ont leur usage propre; et quoiqu'elles nous paraissent fêcheuses et incommodes , les règles générales n'en sont pas ipoins sages et salutaires. Il ne conviendrait point A Dieu de déroger par des exceptions perpétuelles. ^' On regarde bien des chosef. comme des désor^ dres , parce qu'on en ignore la raison et les usages 5 et dès qu'on vient à les découvrir , on voit un ordre merveilleux. Par exemple, ceux qui adoptaient le système astronomique de Ptolomée, trouvaient dans la structuré des cieux, et dans l'arrangement des corps célestes, des espèces d'irrégularités et des contradictions même qui les révoltaient. IJe là, cette raillerie, ou plutôt ce blasphème d'Alphonse^ roi de Gastille , et grand mathématicien, qui disait que si la divinité l'avaît appelé à son conseil , il lui aurait donné de bons avis ; mais depuis que l'ancien système a fait place à un autre beaucoup plus simple et plus

commode , les embarras ont disparu ^ et le monde s'est montre sous une forme à laquelle on défierait Alphonse lui-même de trouver à redire. Avant qu'on eût dëcou-' vert en anatomie la circulation du sang , et d'autres vérités importantes, le véritable usage de plusieurs parties du corps humain était ignoré, au lieu qu'à présent il s'explique d'une manière sensible. 3« Quant aux choses inutiles, il ne faut pas être si prompt à les qualifier. Ainsi, la pluie tombe dans la mer ; mais peut-être en tempère-telle la salure, qui, sans cela, deviendrait plus nuisible aux poissons^ et les navigateurs en tirent souvent des rafraichissemens bien essentiels. 4o Enfin , on trouve des utilités très-considérables dans les choses qui paraissent difibrmes ou même dangereuses. Les monstres , par exemple, font d'autant mieux sentir la- bonté des êtres parfaits., L'expérience a su tirer des poisons mêmes d'excellens remèdes. Ajoutons que les bornes de notre esprit ne permettent pas de prononcer décisivement sur ce qui est beau ou laid y utile ou inutile dans un plan immense. Le hasard , dites-vous, cause aveugle , influe sur une quantité de choses, et les soustrait, par conséquent « à l'empire de la divinité. Mais, qu'est-ce que le hasard? Le hasard n'est rien; c'est une fiction , c'est une chimère, qui n'a ni possibilité ni existence. On attribue au hasard des effets c^ont on ne connaît paif^^a causes ; mais Dîeu connaissant de la manière la plus distincte toutes les causes et tous les effets^ tant elistans que possibles, lien ne saurait être hasard par rapport à Dieu. Mais, à l'égard de Dieu, contînuez-vous, n'ya-t-il pas bien des choses casuelles, ccmime le nombre des feuilles d'un arbre , celui des grains de sa ble de tel ou tel rivage? Je réponds que le nombre des

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feuilles u est pas moins déterminé que celui des arbres et des plus grands corps de l'univers. Il n'en coûte pas plus à Dieu de se représenter les moindres parties du monde que les plus considérables; et le principe de la raison suffisante n'est pas moins essentiel pour régler leur nombre , leur place , et toutes les autres circonstances qui les concernent, que pour assigner au soleil soh orbite, et à la mer son lit. Si le basard avait lieu dans les moindres choses j il pourrait l'avoir dans les plus grandes. Du moins , on avouera que ce qui dépend de I4 liberté des hommes et des autres êtres intelligens, ne saurait être assujéti à la providence. Je réponds qu'il serait bien étrange que le plus beau et le plus excellent ordre des choses créés, celui des intelligences, fût soustrait au gouvernement de Dieu, ayant reçu l'existence de lui comme tout le reste , et faisant la plus noble partie de ses ouvrages. Au contraire , il est à présumer que Dieu y fait une attention particulière. D'ailleurs^ si l'usage de la liberté détruisait le gou* vernement divin , il ne resterait presque rien des choses sublunaires qui fût ^us la dépendance de Dieu , presque tout ce qui se passe sur la terre étant l'ouvrage de l'homme et de sa liberté. Mais Dieu, en dirigeant les événemens , n'en détruit , ni même n'en change pas la nature et le principe. Il agit , à l'égard des êtres libres , d'une façon , s'il est permis de parler ainsi , respectueuse pour leur liberté. S'il y a quelque difficulté à concilier cette action de Dieu avec la liberté de l'homme, les bornes de potre esprit doivent en amortir l'impression. Gomment Dieu , dit l'adversaire de la Providence^ peut-il embrasser la connaissance et le soin de tant de choses à la fois ? Parler ainsi , c'est oublier la grandeur , Fiufintté de Dieu. Y a-t-

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il qucilque répugnanoe à admettre dans un être infini une connaissance sans bornes et une action universelle? Nousmêmes 9 dont l'entendement est renfermé dans rie si étroites bornes, ne sommes-nous pas témoins tous les jours cle l'artifice merveilleux qui rassemble une foule d'objets sur notre rétine , et qui en transmet les idées à l'âme ? N'éprouvons-nous pas plusieurs sensations à la f<Ms ? Ne mettons-nous pas en dépôt dans notre mémoire une quantité innombrable d'idées et de mots, qui se trouvent au besoin dans un ordre et avec une netteté merveilleuse ? Et comme il y a diverses nuances de* gradations entre les hommes , et qu'un idiot de paysan a beaucoup moins d'idées qu'un philosophe du premier ordre , ne peut-on pas concevoir en Dieu toutes les idées possibles au plus haut degré de distinction? N'est-il pas indigne de Dieu d^entrer dans de pareils détails ? Parler ainsi ^ c'est se faire une fausse idée de la majesté de Dieu. Comme il n'y a ni grand ni petit pour lui , il n'y a rien non plus de bas et de méprisable à ses yeux. H est au contraire parfaitement convenable à la qualité d'Etre suprême de diriger l'univers de telle sorte que les plus petites choses parviennent à sa connaissance , et ne s'exécutent point sans sa volonté. La majesté de Dieu consiste dans l'exercice de ses pei^ections, et cet exercice ne saurait avoir lieu sans sa providence» Les afflictions des gens de bien sont du moins incompatibles avec le gouvernement d'un Dieu sage et juste. Les méchans^ d'un autre côté , prospèrent et demeurent impunis. Nous voici parvenus aux difficultés les plus importantes, qui ont exercé , dans tous les âges , les païens, les juifs et les chrétiens. Les païens , surtout toutes les fois qu'il arrivait quelque chose de contraire à

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leurs Vœux > et que leur vertu ne recevait pas la récompense à laquelle ils s'attendaient y les païens j dis -je, fgrniaient aussitôt des soupçons injurieux contre Dieu et contre sa ^rovi^te/zce, et ils s'exprimaient d'utaé manière impie. Les ouvragés des poètes tragiques en sont pleins» n se présente plusieurs solutions que je ne ferai qu'indi-* quer. i* Tous ceux qui paraissent gens de bien ne le sont pas; plusieurs n'ont que l'apparence de la piété, et leurs actions ne passent point jusqu'à leurs cœurs. 3* Les plus pieux ne sont point exempts de taché. 5*" Ce que les hommes regardent comme des maux ne mérité pas toujours ce nom; ce n'est pas toujours être malheureux que de vivre dans l'obscurité; ces situations sont souvent plus compatiblés avec le bonheur que l'élévation et les richesses. 4« Le contentement de l'esprit, le plus grand de tous les biens ^ suflSt pour dédommager les justes af&Igés de leurs traver-* ses. 5* L'issue en est avantageuse ; les calamités servent à éprouve!" , et sont totalement à la gloire de ceUx qui les endurent , en adorant la main qui les frappe. 6» Enfin, la vie future lèvera pleinement le scandale apparent, en dis* pensant des distributions supérieur^ aux maux présens. On trouve de très-judicieuses réflexions sur ce sujet dans les auteurs païens. Sénèque y a consacré un traité exprès i Quare virU bonis mala accidant, cùm sit Proi>identia? Lesméchans, d'un autre côté, prospèrent et demeurent impunis , autre embarras pour les païenSé De là le mot impie de Jason dans Sénèque, quand Médée s'envole après avoir égorgé ses fils : testare nutlos esse , quia ^ve*

heris^ cleos.

Mais personne n'a traité ce sujet avec plus de force

qu(* Claudien dans son poëme cofitre Rufin.

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