‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 3)Chapitre 17 sur 58 · PUISSANCE · texte numérisé non relu

PUISSANCE

Puissance. {DroU naturel et politique. )C»e mot se prend ea différens sens; i^ il marque la supériorité et les droits qa'un individu a sur d'autres; alors c'est un synonyme de pouvoir : c'est ainsi qu'on dit la puissance paternelle y la puissance législative 9 etc. Par la puissance, on entend la somme des forces d'un état ou d'une société politique ; test sous €6 point de vue que nous allons le considérer.

La puissance d'un état est toujours relative à celle des ((ats avec qui il a des rapports. Une nation est puissante lorsqu'elle peut maintenir son indépendance et son bien- (tre contre les autres nations qui sont à portée de lui nuire. La puissance d^un état est encore relative au nombre de sujets, à l'étendue de ses limites, à la nature de sea foductions , à l'industrie de ses habitans, à la bonté de kl gouvernement ; de là vient souvent qu'un petit état est ucoup plus puissant qu'un état plus étendu, plus fer- , plus ricbe, plus peuplé, parce que le premier saura

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mettre k profit les arantages qu'il a reçus de la nature^ oiM compensera par ses soins ceux qui lui seront refusés.

La principale source cle la puissance d'un ëtat est sa f>opulation ; il lui faut des bras pour mettre ses champs en valeur , pour faire fleurir ses manufactures , sa navigation , son commerce ; il lui faut des armées proportionnées à celles que ses voisins peuvent mettre sur pied ; mais il ne faut point pour cela que l'agriculture et les autres branches de sa puissance souffrent. Un solfertile» une situation favorable , un pays défendu par la nature, contribueront beaucoup à la puissance d'un état. Enfin ^ il est essentiel qu'il jouisse de la tranquillité dans son intérieur; jamais un peuple déchiré par des factions , en proie aux cabales , aux intrigues , à l'anarchie, à l'oppression , n'aura lé degré de puissance qui lui est nécessaire pour repousser les entreprises de ses ennemis*

Mais c'est en vain qu'un empire jouira de tous ces avantages 5 si une mauvaise administration lui en fait perdre les fruits. Le souverain est l'âme qui donne le mouvement et la vie à l'état, c'est l'usage ou l'abus qu'il fait de ses forces qui décide de sa puissance ou de sa faiblesse» En Vain commandera-t-il à des peuples nombreux ; en vain la nature lui aura-t-elle prodigué les richesses du sol; en vain l'industrie de ses sujets lui aménera-t-elle les trésors 4u monde ; ces avantages seront perdus , si une bonne adxainistration ne les met à profit. Les Ottomans comman- ^ent à de vastes états., qui jouissent du ciel le plus favorable; depuis le Danube jusqu'à l'Euphrate tout reconnaît leurs lois ; cependant leur puissance n'approche point de celle d'un grand nombre d'états d'Europe , qui sont renfermes dans des bornes plus étroites que la plupart des

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royaumes soumis à l'empire des sultans. L'Egyple , la^ Grèce , qui font aujourd'hui les moindres parties de cet empire , avaient , sous leurs premiers maîtres , des force» auxquelles on ne peut point comparer la totalité de celles des despotes modernes qui ont asservi ces pays : ceux-ci conunandent à de vils esclaves, accablés sous leurs fers , qui ne travaillent que pour satisfaire les caprices d'un tyran j d'un visir , d'un eunuque ; lés premiers commandaient a des citoyens échauffés par l'amour de la patrie^ de l|i liberté y de la gloire. Combien de fois la Grèce a-t*elle ébranlé les trônes de ces monarques asiatiques, soutenus par des millions de bras? Les armées innombrables des Xercès , des Darius , sont venues briser leurs forces contre la puissance athénienne. Tous les efforts de la monarchie espagnole y soutenue par les richesses des deux mondes , pnt échoué contre la vigueur des Hollandais généreux.

C'est de Tesprit dont un souverain sait animer ses peuples, que dépend sa vraie puissance. S'^ll leur inspire l'atnour de la vertu, de la gloire; s'il leur rend chère sa patrie par le bonheur dont il les y fait jouir ; s'il les excite aux grandes actions par des récompenses; s'il effraie les mauvais citoyens par des peines , l'état sera puissant , il sera respecté de ses voisins, ses armées seront invincibles. Mais s'il souffre que le luxe et le vice corrompent les mœurs de ses sujets ; s'il permet que leur ardeur guerrière s'amollisse ; si la subordination , les lois , la discipline , sont méprisées ; si l'on dégrade les âmes des peuples par l'oppression , alors l'avidité prendra la place de l'honneur ; l'amour des richesses succédera à celui de la patrie , de la gloire ; il n'y aura plus de citoyens ^ chacun ne s'occupera que de sei . iatérèts particuliers ; on oubliera le bien général auquel

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ioules hss Tolontës doiveni coDCoarir pour retiAte mne nation puissante. Alors , ni le nombre des armëes , ni l'immensité des trésors , ni la fertilité des champs , na pourront procurer à l'état une puissance réelle.

Ainsi que les hommes robustes , les nations sont souvent tentées d'abuser de leurs forces» Ceux qui les gouvernent font consister leur puissance à étendre leurs conquêtes ; à jbire la loi à leurs voisins; à entrer dans toutes les querelles qtt'r agitent les autres peuples; à entreprendre des guerres longues et sanglatites , auxquelles des passions injustes ou frivoles ont souvent plus de part que les intérêts de Tétat ; ainsi t pour faire une Vaine parade de puitsanoe ^ on épuise des forces réeUes qui devraient être réservées pour le son-« tien de la nation^

DXDEROT.

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PtriSSANCE LÉGISLATIVE, EXÉCUTRICE ET PE JX7GEK,

( Gouvernement poUiique» ) On nomme puissance dana un état la force établie entre les mains d'un seul^. ou do plusieurs.

On distingue dans chaque état trois sortes de pouvoir» ou de puissances : la puissance législative; la puissance exécutrice des choses qui dépendent du droit des genS|auire-« ment dite la puissance exécutrice de Fétat^^t la puissauce exécutrice de celles qui dépendent du droit civil.

Par la première , le prince ou l'état fait des lois ipour un tems ou pour toujours, et corrige on abrqge celles quv sont faites. Par la seconde, il fait la paix ou la:guerre9 eQ«% voie ou reçoit des ambassades^, établit la sûreté, pv^vîait ks in vasions. Par la trdisièsfi», il punit les crimes, on.jliQ»

DE VlE,»CXClsOVèDlK. l5â

les différeads des particuliers, c*est pourquoi nous appe-* loDS cette dernière la puissance de juger*

La liberté doit ^'é tendre à tous les particuliers , comme jouissait cjgalement de la même nature 5 si elle $e borne à certaines personnes , il vaudrait mieu^ qu'il n'y en eût points puisqu'elle fournit une triste comparajison qui ag-* grave le malheur de ceux qui en sont privés.

On ne risque pas tant de la perdre, lorsque la puis-^ £ance législative est entre les mains de plusiem*s personnes qui diiièFent par le racg et par leurs intérêts 9 mais là oii elle se trQuvç à la discrétion de ceux qui s'accordent en ces deux choses, le gouvernement n'est pas éloigné de tomber dans le despotisme de la monarchie. La liberté neaanraît être pins assurée que;làoù hpumance Ugidatài^e est confiée .à diverses personnes si heurei;uemen,t distingué^ » qu'en travaillant à leur propre intérêt , elles avancent celui de tout le peuple ; ou pour me servir d'autres tecmes^ que là où il n'j a pas jUne^eule partie du peuple qui n^it im intérêt commun , dn;mûins avec une partie des légis-^ latçurs«

S^il n'y a qu'un seul corps >de législateurs , cela ne vaut guère mieux qu'une tyrannie 9 s'il n'y en a que deux, l'un risque d'être englouti avec le tems , par les disputes qui s'élèveront entre eux , et ils auront besoin d'un troisième pour faire pencher la balance. Il y aurait le mèp^e incqnvéaient à quatre , et un plus grand nombre, causisrait trop d'embarras. Je n'ai jamais pu lire un passç^ dans Polybe, et un autre dans Cicéron sur cet article, ^ans ^ukr un plaisir secret à ^'appliquer au gouvernement de rAû7 ^etcr;pe 4 auquel il se rapporte hea^icoup .^epx qu'à .^•dui de J^ome. Ces deux gra^ds Auteurs dc^nient lajpréférpncfr

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au gouyemeiïieiit composé de trois cofps , Avl monaFelu-^ que, de l'aristocratique , et du populaire. Us avaient sans doute en vue la république romaine, où les consuls repré- Bentaient le roi , les sénateurs les nobles , et les tribuns le peuple. Ces trois puissances qu on voyait à Rome n'étaient pas si distinctes et si naturelles qu'elles paraiissent dans la forme du gouvernement de la Grande - Bretagne. I) y avait cet abus dans le gouvernement des républiques anciennes, que le peuple était en même tems et juge et accusateur. IMbiç dans le gouvernement dont nous parlons, le corps législatif y étant composé de deux parties , l'une enebaine l'autre par la faculté naturelle d'empêcher , et toutes les deux sont liées par la puissance exécutrice, qui l'est elle-même par la puissance législative. (Voyez-en le détail dans V Esprit des hia^ 1.2. c. 6. ) C'est assez pour moi de remarquer en général que la liberté politique est perdue dans unétat, si le même bomme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exercent les trois puissances, celle de faire ies lois, celle d'exécuter les résolutions publiques , et celle de juger les crimes ou les différends des particuliers.

Le Chevalier de Jaucourt.

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Puissance paternelle , est un droit accordé par la )pi au père ou autre ascendant m&Ie et du côté paternel , $ur la personne et les biens de leurs enfans et petits-enfans nés en légitime mariage, ou qui ont été légitimés, soit par maria^ subséquent, ou par lettre du prince.

' On entend quelquefois par puissance paternellele droit ^e supériorité et de correction que les pères ont sur leurs

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ienfans ; droit qui appartient également aux mères, avec cette différence seulement que l'autorité des mères est subordonnée à celle des pères, à cause de la prééminence du sexe masculin. ( Grotius , lib. /. )

La puissance des père et mère considérée sous ce point de vue, est de droit naturel.

L'homme en naissant est si faible de corps , et sa raison est encore enveloppée de tant de nuages , qu'il ^t nécessaire que les père et mère aient autorité sur leurs enfans pour veiller à leur conservation , et pour leur apprendre i se conduire.

On peut donc regjajcàer là puissance paternelle comme la plus ancienne puissance établie de Dieu sur la terre.

En effet , les premières sociétés des hommes n'étaient composées que d'une même famille , et celui qui en était le chef en était tout à la fois le père , le juge ou arbitre , et le souverain ; et cette puissance des pères n'eut aucune autre puissance humaine au-dessus d'elle, jusqu'à ce qu'il s'élevât quelques hommes ambitieux qui, s'arrogeant une autorité nouvelle et- jusqu'alors inconnue, sur plusieurs familles répandues dans luxe certaine étendue de paiys, donnèrent naissance à la puissance souveraine.

Ce n'est pas seulement ce droit naturel, qui accorde aui^ père et mère une certaine puissance sur leur enfans^ elle a été également admise par le droit des gens ; il n'est point de nation qui n'accorde aux père et mère qudque autorité sur leurs enfans , et une autorité plus ou moins éteiH due , selon que les peuples se sont plus ou moins conformés à la loi naturelle.

Le droit divin est venu fortifier en nous ces principes; le Décalogue apprend aux enfans qu'ils dbivent honorer

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leurs père et mère ; ce qui annonce <]ue ceux-ci o^t autorité sur leurs enfans.

Mais comme les enfans ne restait pas toujours dans le même ëtat j et que Tbomme a ses dilTérens âges , l'autorité des père et mère a aussi ses différens degrés.

On doit relativement à là puissance ptUernelle distinguer trois âges.

Dans le premier j qui est celui de Fenfance où l'homme n'est pas eneorc capable de discernement , les père et me re ont une autorité entière } et cette puissance est un pouvoir de protection et de défense.

Dans le second âge^ que l'on peut fi;^er à la puberté ^ l'en&nt commence à être capi^le de réflexion ; mais il est encore si volage, qu'il a besoin d'être dirigé : la puissance des père et mère devient alors un pouvoir d^aclministra-tion domestique et de direction.

Dans le troisième âge , qui est celui où les enfans ont coutume de s'établir , soit par mariage , soit en travaillant po^r .leur compte particulier , ils doivent toujours se ressouvenir qu'ils doivent à leur père et, mère la naissance et l'éducation; ils doivent conséquemment les regarder toute leur vie comme leui;:s bienfaiteurs , e^t leur en marquer leur jneconnaissance par tous les devoirs de respect^ d'amitié et de considération dont ils-spAt capables : c'est sur ce respect et sur l'afiEection que les en&ns doivent avoir ppur leur père et mère 9 qu'est fondé le pouvoir que les père et jnère .conserve9t encore sur leurs enfuis dans le troisième âge.

Le droit naturel , le droit des gens et le droit divin ne dopniçnt point aux père let mère d'antse puissance 5«r Jears enfants que celle qu'on vient d'expliquer ; tout ce qui est

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au-delà provie|it de la disposition des bonmes, et est purement arbitraire.

Ainsi ce que Ton ^utettd eu droit phrpuisêance paiera nelle^ en tant que cette paûaance attribue au père certains droits singuliers sur la personne et les biens des enfans» est une prérogative émanée du droit civil , et dont Texercice plus ou moins étendu dépend des lois de cbaque pays.

C'est par cette raison que Justinien observe que la puis* sance que les Romains avaient sur leurs enfans était par-* ticulière à ces peuples/parce qu'en effet il n'y avait aucune autre nation où les pères eussent un pouvoir aussi étendu. I

Ce qui était deparliculier aux Romains n'était pas l'au« torité en général%jue les pères ont sur leurs enfans t niais cette même autorké modifiée et étendue telle qu'elle avait lieu parmi eux, e\ qwi l'on peut dire n'avjoir ni fin, ni bornes, du moins suiv mt l'ancien droit.

Elle n'avait point d î fin , parce qu'elle durait pendant toute la vie du père de famille.

Elle n'avait point de bornes , puisqu'elle allait jusqu'au droit de vie et de mort, et que le père avait la liberté de vendre son enfant jusqu'à trois fois.

Le père avait aussi le droit de s'approprier tout ce que son fils acquérait sans distinction.

Ces différens droits furent dans la suite restreints et mitigés.

On ôta d'abord aux pères le droit de vie et de mort, et celui de vendre et aliéner leurs enfans ; il ne leur de-< meura à cet égard que le droit de correction modérée.

DB l'enctclopAdib, i4i

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