‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 3)Chapitre 18 sur 58 · QUADRIGE · texte numérisé non relu

QUADRIGE

'(Quadrige, (Hùt. anc. ) Char à quatre chevaux, avee lequel on disputait le prix aux jeux de la Grèce et de Rome* On trouve la forme des quadriges sur les monumens antiques et sur les médailles. On voit sur un médaillon de Marc-Âuréle un quadrige avec un Jupiter foudroyant , et aux pieds des chevaux une figure d'homme à demi renversé. M. Vaillant pense que c'est Te roi des Quades^ dont l'armée fut maltraitée par une grêle accompagnée dé tonnerre. Dans Lucius Verus , il y a au revert quatre chevaux qui tirent un char où sont trois figures. Le cachet de Pline représentait un quadrige. Entrons dans d'autres particularités.

' Le quadrige était une espèce de char en coquille, monté sur deux roues y avec un timon fort courte auquel on attelait quatre chevaux choisis mtre tous ceux qui étaient le plus en réputation de vitesse , rangés de front tous quatre ; à la différence de nos attelages , où quatre et six chevaux , rangés bout à bout sur deux lignes , se gênent, s'embarrassent, en un mot, se nuisent nécessairement les uns aux autres ; au lieu que de front , ils déploient leurs mouvemens avec beaucoup plus d'ardeur et de liberté. La

l43 BSPRIT

seule vue de ce* quadriges suffit pour faire sentir qi^l n'jr avait rien de si léger, de si mobile, et (]ue quatre cheraiu devaient les emporter avec ane rapidité prodigieuse. Ansst les poètes , quand ils ont voulu nous donner l'idée d'ane impétuosité extrâme , ont-îb tiré leur coiupanisom d'un char k quatre chevaux , qui courait dans la lice.

Vt cum earceribut Use effadere qaadrigse , Addunl X ia ^alivm , d frustra relinacula tendau Ferlur e^s auriga , luque audit currua habeiuu.

Une -pierre lanc^ avec nne Cronde , un trait d'arbal£te n'aUait pas plus vite; ce sont les similitudes qu'emploie Sidonius Apollinaris, Et les Bomains, qui avaïeut pri* des Grecs cet exercice < tout accoutumés qn'ils étaient ii voir ces courses insensées , admiraient encore Eridtonius comme «n héros plein d'audace et de courage , parce qu'il avait osé le preinier atteler quatre chevaux à ces sortes de chars.

Prlm 1/5 Eiiclltomut eumis et ipiataor ausus Jungere equos , ropi'diique rolis Uu'uUrt vîclor.

On comprend, en effet, que des courses de cette nature se pouvaient pas manqaer d'être périlleuses. Tantôt un cheval s'ahatlait, et le char, qui avait peudevijumer peu de poids , recevait uae secousse capable de faire trébucher l'écuver , qui , tout droit pour l'ordinaire , avait à peine le dos appuyé. Tantôt les quatre chevaux , poussas k toute bride, s'emportaient et prenaient le mors aux dents, avec le risque ordinaire en ces occasions ifertur equU auriga , neque mudit currvM habenaa. Tantôt en- £n un essieu rompait , et le conducteur venant à tomber ,

DB l'encyclopédib. i45

te trouvait heureux s'il n'était pfts foul^ aux pîeclâ de âés chevaux. Homère et les tragiques grecs nous fournissent des exemples de tous ces accidens. Mais c'était bien pis encore à la rencontre d'un autre char que Ton voulait devancer i car alors on faisait tout ce que l'on pouvait pour l'accrocher , pour le renverser, au hasard de tout ce qui en pouvait arriver* Silius Italicus nous fait une peinture assez vive de cette espèce de choc , dont les suites étaient presque toujours funestes à l'un ou à l'autre.

Donec confisus pnmœ9œ flore jweniœ Dun'us ohUquum cowerds pronus habenis Opposuil currum , atque eoersum propuUt axem Athlaniis senio inQoUdL

Voilà l'un des combattans accroché, qu'en arrive-t-il? Vous Valiez voir.

Petfracto voioiiuraxe Cemuus , ac panier fusi « miserabUe , campo Discordes siernuntur equL

L'ëcuyer et les chevaux tombent ensemble. La multi-* iade des chars qui couraient en même tems était ce qm faisait le danger de ces courses. A Rome , dans le granl cirque , on donnait en un jour le spectacle de cent qua^ drigesi

Centum qaadrijagos agîtabo adflumina currus.

Cest Virgile qui le dît; et l'on en faisait partir de la barrière jusqu'à vingt-cinq à la fois : c'est ce que les Latins appelaient mhaua, emiaaio^ et les Grecs a^talÇf Nous ignorons combien de chars à quatre chevaux l'on assem-

^4A Bsrarr

blait à la barrière d'Ol jmpie. J'ai peine à cioiie que le nombre en fat aussi grand qu'à Borne, sous les piemîers empereoTs*

Mais quand nous supposerions qull n'y ayait pas plus de Tingt on trente quadriges aux jeux olympiques , tonjours est-il certain que ces cbars, ayant à (x>uiir ensemble dans une lioe qui n'était pas extrêmement large , et oblig» de prendre à peu près le même cbemin pour aller gagner la borne , deraîent naturellement se croiser, se traTerser, se beurter , se briser les uns les autres ; et l'émotion que causaient ces événemens» Élisait le plaisir des spectateurs.

Le Chevalier de Jaucoubt.

Page 1