‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 3)Chapitre 25 sur 58 · RÉCOMPENSE · texte numérisé non relu

RÉCOMPENSE

llécoMPENSE. ( Morale. ) Prix accordé pour quelque action qu'on juge bonne et utile. Dans la croyance des chrétiens et même des déistes , il y a des châtimens et des récompenses à venir. Il y a des philosophes qui nient l'immortalité de l'âme et la vie future , en admettant 1 existence de Dieu , parce que la vertu , selon eux , est suffisamment récompensée par elle-même , et le vice suffisamment puni dès ce monde-ci. Ils croient que la loi qui anéantit les êtres sans retour, est universelle et s'exc^cute sur l'homme^ ainsi que sur les autres animante. Rien ne dégoûte plus de bien faire que les récompenses .mal placées. Quelle bizarrerie dans nos lois ! Tous les crimes oqt leur punition ; aucune vertu n'a sa récompense , comme

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si les citoyens n^avalent pas autant de besoin d'être eqcoa< rages à la vertu qu effrayés du vice. En cela les Chinois sont plus stages que nous. On dit, pourquoi voua réconv- ^jnenser ? voua avez fait votre devoir* Mais ne m'en a-t-il rien coulé pour faire ce devoir?

Diderot.

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RÉCOMPENSES MILITAIRES. {Histoire ancienne^ Prix ou marques d'honneur accordés par l'Etat aux guerriers , en reconnaissance de leur bravoure. On peut les distinguer chez les anciens en deux espèces générales ; savoir , en récompenses honorables, et en récompenses lucratives. Les premières étaient celles auxquelles les peuples avaient attaché des idées de gloire , et qui étaient moins précieuses par les marques de distinction prises e elles-mêmes que par la réputation qu'elles procuraient. De ce genre étaient , chez les Grecs , les statues , les inscriptions , etc. , et chez l«s Romains 9 les différentes couronnes et l'honneur du triomphe.

Les récompenses lucratives étaient , ou des sommes d'argent 9 ou des terres conquises distribuées aux yieux soldats 9 ou des pensions données , après leur mort y à leurs femmes et à leurs enfans. Cette distinction supposée , il est facile de l'appliquer aux différens genres de récompenses militaires usitées chez les anciens.

Les Grecs , pour exciter l'émulation et l'amour de la gloire, avaient imaginé grand nombre de ces distinctions flatteuses , dont les hommes sont toujours avides : une statue , une inscription honorable sur son tombeau , engageaient un citoyen à se sacrifier pour la patrie. Â Athènes , on exposait pendant trois jours les ossemens de ceux

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qui avaient été tués dans le combat , et chacun s'empressait à leur venir jeter clés fleurs , offrir de Tencens et des parfums; on les ensevelissait ensuite avec pompe dansautantde cercueils qu'il y avait de tribus dans la république, et avec un concours infini de peuple. Enfin, quelques jours après ^ un citoyen ou un orateur des plus qualifiés d'Athènes, prononçait publiquement leur oraison funèbre. Outre cela, la république nourrissait les veuves de ces illustres morts , lorsquVIest'taient dans le besoin ; elle faisait élever leurs enfans jusqu à ce qu'ils fussent parvenus à l'a* dolescence, et alors on les renvoyait chez eux avec cette cérémonie singulière. Pendant les fêtes de Bacchus , un hé^* raut les produisait sur le théâtre , couverts d'une armure complète , et les renvoyait avec cette formule qu'il prononçait , et qu'Eschîne nous a conservée : (( Ces jeunes orphelins, à qui une mort prématurée avait ravi, au milieu des hasards , leurs pères illustres par des exploits guerriers , ont retrouvé dans le peuple un père qui a pris soin d'eux jusqu'à la fin de leur enfance. Maintenant il les renvoie , armés de pied en cap , vaquer sous d'heureux auspices à leurs affaires , et les convie de mériter , chacun à l'envi , les premières places dans la république. »

Ceux qui survivaient aux dangers de la guerre , et qui avaient rendu des services importans à l'Etat, étaient honorés d'une couronne dans l'assemblée du peuple; elle était d'abord d'un olivier sacré qu'on conservait dans la citadelle, ensuite on décerna des couronnes d'or. Souvent ils étaient nourris aux dépens du public dans le prytanée, et souvent aussi gratifiés d'une certaine quantité de terres dans les colonies.

Les Romains employèrent à peu près les mômes récom-

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penses. Mais ib avaient , outre cela , pour les gënëraux ^ les honneurs du grand et du petit triomphe , distinctions que les Grecs n'accordèrent jamais à leurs • plus grands hommes. D'ailleurs , les généraux eux-mêmes faisaient à leurs soldats des distributions de blé, et même des terres , comme Sylla en donna aux siens , ou des largesses pécuniaires; ainsi César donna deux cents mille sest erces au cent turion Sceva , qui , dans une action , avait reçu deux centrente flèches sur son bouclier. Le congé absolu était toujours accompagné , ou d'un établissement dans les colonieSy ou, sous les empereurs, d'une espèce de pension^ qui était régulièrement payée aux vétérans sur le trésor public pour leur subsistance. Outre cela les promotions à des grades supérieurs pour les officiers subalternes , les couronnes d'or et le titre diimperator , déférés aux généraux , étaient de puissans aiguillons pour les faire voler à la gloire.

Diderot»

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