‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 3)Chapitre 32 sur 58 · REPUBLIQUE · texte numérisé non relu

REPUBLIQUE

République. ( Oauvem. polit. ) Forme de gouverne-^ ment dans lequel le peuple en corps ^ ou seulement une partie du peuple , a la souveraine puissance. Reipublicœ forma laudari faciliùa quam epenire^ et ai ei>enit^ haud diuturna ease potest ^ dit Tacite , AnnaL 4.

Lorsque , dans la république , le peuple en corps a la souveraine puissance, c'est une démocratie. Lorsque ia souveraine puissance est entre les mains d'un^ partie da peuple , c'est une aristoctatie^

Lorsque plusieurs corps politiques se rc^unissent ensemble pour devenir citoyens d'un état plus grand qu'ils veulcttt former , c'est une république fédérativel

Les républiques anciennes les plus célèbres sont la té* publique d' Athénes> celle de Lacédémone et la république romaineé

Je dois remarquer ici que les anciens ne connaissaient point le gouvernement fondé sur un corps de noblesse ^ et encore moins le gouvernement fondé sur un corps lé-^ gislatif formé par les représentans d'une nation. Les républiques de Grèce et d'Italie étaient des villes qui avaient chacune leur gouvernement» et qui assemblaient leurs citoyens dans leurs murailles. Avant que les Romains eussent englouti toutes les républiques j il n'y avait presque point de roi nulle part, en Italie, Gaule, Es-

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pagne, Àllt'Tnngne ; tout cela était de petits peuples ou de petites républiques, L'Afrique môme était soumise à une grande : l'Asie mineure était occupée par les colonies grecques. Il n'y avait donc poîm d'exemple de députés de villes 9 ni d'assemblées d'états; il fallait aller jasqu'en Perse pour trouver le gouvernement d'un seul.

Dans les meilleures républiques grecques , les richesses y étaient aussi k charge que la pauvreté ; car les riches étaient obligés d'employer leur argent en fête^ , en sacrifices y en choeurs de musique , en chars , en chevaux pour k course , en magistratures , qui seules formaient le respect et la considération.

Les républiques modernes sont connues de tout le monde: on sait quelle est leur force, leur puissance et leur liberté. Dans les républiques d'Italie , par exemple , les peuples sont moins libres que dans les monarchies. Aussi le gouvernement a>t-il besoin , pour se maintenir , de moyens aussi violens que le gouvernement des Turcs ; témoins les inquisiteurs d'état à Venise , et le tronc où tout délateur peut à tous momens jeter avec un billet son accusation. Voyez quelle peut être la situation d'un citoyen dans ces républiques'. Le même corps^de magistrature a, comme exécuteur des lois, toute la puissance qu'il s'est donnée comme législateur. Il peut ravager l'état par ses volontés générales ; et comme il a encore la puissance de juger, il peut détruire chaque citoyen par ses volontés particulières* Toute la puissance y est une , et quoiqu'il n'y ait point de pompe extérieure qui découvre un prince despotique, on le sent à chaque iustant. A Genève on ne sent que le bonheur et la liberté.

n est de la nature d'uue république ^'elle n'ait qu'un

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petit territoire; sans cela elle ne peut guère subsister. Dan$ une grande république, il y a de grandes fortunes , et par conséquent peu de modération dans les esprits : î^ y a de trop grands dépôts à mettre entre les mains d'un citoyen ; les intérêts se particularisent : un homme sent d abord qu'il peut être heureux , grand , glorieui^ sans sa patrie ; et bientôt , qu'il peut être seul grand sur les ruines de sa patrie.

Dans une grande république^ le bien commun est sacrifié à mille considérations : il est subordonné à des exceptions : il dépend des accidens. Dans une petite , le bien public est mieux senti, mieux connu, plus prés de chaque citoyen ^ les abus y sont moins étendus^ et par conséquent moins protégés.

Ce qui fit subsister si long-tems Lacédémone, c'est qu après toutes ses guerres , elle resta toujours avec son territoire ; le seul but de Lacédémone était la liberté : le seul avantage de sa liberté , c'était la gloire.

Ce fut l'esprit des républiques grecques de se contenter de leurs terres, comme de leurs lois. Athènes prit de l'ambition, et en donna à Lacédémone; mais ce fut plutôt pour commander à des peuples libres que pour gouverner des esclaves : plutôt pour être à la tête de Tunion que pour la rompre. Tout fut perdu lorsqu'une monarchie s'éleva y gouvernement dont l'esprit est tourné vers l'agrandissement..

Il es.t certain que la tyrannie du prince ne met pas un état plus près de sa ruine , que l'indifférence pour le bien commun y met ime république. L'avantage d'un état libre est qu'il n'y a point de favoris. Mais quand cela n'est pas , et qu'au lieu des amis et des parens du prince , il iàut faire

la for tupe clés amis el des païens de tous ceux qui ont part au gouvernement , tout est perdu. Les lois sont éludées plu3 dangereusement qu'elles ne sont violées par un prince^ qt^î , étant toujours le plus grand citoyen , a le plus d'în- Xép^i à $a conservation. ( Esprit des lois, )

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RÉPUBLIQUE «'Athènes. ( Gow^em, athénien. ) Le lecteur doit permettre qu'on s'étende dans cet ouvrage sur les républiques d'Athènes , de Rome et de Lacédémone , parce que , par leur constitution , elles se sont élevées au dessus de tous les empires du monde.

Il n'est pas çurpren^nt que les Athéniens , ainsi que beaucoup d'autres peuples , aient porté la gloire de leur origine jusqu'à la chimère, et qu'ils se soient dits enfans de la terre; cependant il est a$sez vraisemblable, au jugement de quelques historiens, qu^ils descendaient d'une colonie de Saï'tes , peuples d'Egypte. Us furent d'abord sous la puissance des rois, et ensuite ils élurent pour les gouverner, des magistrats perpétuels qu'ils nommèrent, archontes. La magistrature perpétuelle ayant encore paru à ce peuple amoureux de l'indépendance , une image trop vive de la royauté, il rendit les archontes dé-' cennaux, et Bnalement annuels. Ensuite, comme on ne s'accordait point , ni sur la religion , ni sur le gouvernement , et que les factions renaissaient sans cesse , ils reçurent de Dracon ces lois célèbres qu'on disait avoir été écrites avec du sang, à cause de leur excessive rigueur. Aussi furent elles supprimée^ vingt-quatre ans après par Solon , qui en. donna de plus do\ices et de plu9 convepubles aux mœurs athénienneSi^

DE L'EUrCYCLOPÉDIE. fàij

lies sages lois de ce grand législateur établirent une pure démocratie que Pisistrate rompit en usurpant la souveraineté d'Athènes , qu'il laissa à ses 61s Hipparque et Hippias. Le premier fut tué; et le second ayant pris la fuite > se joignit aux Perses, que les Athéniens,, commandés par Miltiade, défirent à Marathon.

On sait combien ils contribuèrent aux victoires de Mycale, de Platée et de Salamine. Ces victoires élevèrent Athènes au plus haut point de splendeur où elle ait jamais été sous un corps de république. Elle tint aussi dans la Grèce 9 le premier rang pendant Tespace de soixante-dix ans. Ce.fut dans cet intervalle que parurent ses plus grands capitaines , ses plus célèbres philosophes , ses premiers <H*a4:éurs et ses plus habiles artistes.

Elle était en possession de combattre pour la prééminence et pour la gloire. Elle seule sacrifia plus d'hommes et plus d'argent à Te^vantage commun des Grecs , que nul autre peuple de la terre n'en sacrifia jamais à ses avantages paHtcttliers. Tant quelle fut florissante, elle aima mieux affronter de glorieux hasards que de jouir, d'une honteuse sûreté. On la vit peuplée d'ambassadeurs qui venaient de toutes parts réclamer sa protection , et qui la nommaient le commun asile des nations. L'art de bien dire devint son partage , et elle n'eut point de maître pour la finesse et la délicatesse du goût*

Mais comme les richesses et les beaux-arts mènent à la corruption, Athènes se corrompit fort promptement et marcha à grands pas à sa ruine. On ne saurait croire combien elle était déchue de ses anciennes mœurs, du tem$ d'Escbine et de Démosthène. Il n'y avait déjà plus , chez les Athéniens, d'amour pour ia patrie, et Ton ne voyait

que désordres dans leurs assemblées et dans les action» juridiques. Ayant perdu contre Philippe la bataille de Cbéronée , elle fut obligée de plier sous la puissance de ce roi de Macédoine et sous celle de son fils Alexandre»

Elle se releva néanmoins de la tyrannie de Démétrius par la valeur d'Oljmpîodore. lia vaillance de ses habitans reprit alors ses premières forces j et fit sentir aux Gaulois la puissance de leurs armes. L'athénien Callipus empêcha le passage des Thermopyles à la nombreuse armée de Brennus et la contraignit d'aller se répandre ailleurs. Il est vrai que ce fut là le dernier triomphe d'Athènes. Aristion, l'un de ses capitaines qui s'en était tait le tyran , ne put défendre cette ville contre les Romains. Sylla prit Athènes , et l'abandonna au pillage. Le pyrée fut détruit, et n'a point été rétabli depuis.

Après le sac de Sylla , Athènes eût été pour toujours un affreux désert, si le savoir de ses philosophes n'y eût encore attiré une multitude de gens avides de profiter de leurs lumières. Pompée lui-même discontinua la poursuite des pirates pour s'y rendre , et le peuple par reconnaissance combattit en sa faveur à la bataille de Pharsale. Cependant César fit gloire de lui pardonner après sa victoire, et dit ce beau mot : « Je devrais punir les Athéniens d'aujourd'hui ; mais c'est au mérite des morts que j'accorde la grâce des vivans. »

Auguste laissa aux Athéniens leurs anciennes lois, et ne leur ôta que quelques (les qui leur avaient été données par Antoine. L'empereur Adrien se fit gloire d'être le restaurateur de ses plus beaux édifices , et d'y remettre en usage les lois de Solon. Son inclination pour Athènes passa a Antonius Pius , son successeur, qui la transmit à Yems.

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L'empereur Valérîen en fit aussi rétablir les murailles; mais cet avantage ne put empêcher que sous l'empire de Claude, successeur de Gallien , elle ne fût ravagée par les Scythes. Enfin i4o ans après, sous l'empire d'Honorius, elle fut prise par Âlaric, à la sollicitation de Stilicon.

Tout le monde sait les nouvelles vicissitudes qu'elle éprouva depuis. Du tems de la fureur des croisades , elle devint la proie du premier occupant Français, Ârragonois, Florentin , etc. ; mais les Francs se virent forcés de l'abandonner en i455 aux armes victorieuses de Mahomet H , le plus redoutable des empereurs ottomans.

Depuis cette fatale époque, les Turcs en sont restés les maîtres et ont bâti des mosquées sur les ruines des temples des dieux. Les janissaires foulent aux pieds les cendres des orateurs Ephialtès, Isocrate et Lycurgue, les tombeaux d'Hippolyte , fils de Thésée , de Miltiade , de Thcmîistocle , de Ci mon, de Thucydide, etc. Le palais d'Adrien leur sert de cimetière ; la place céramique , où était un autel dédié à la miséricorde, est leur bazar. Le quartier du cadi était celui d'E^chine, rival de Démosthène : les cnfans de ce quartier y commençaient à parler plus tôt qu'ailleurs. Le palais de Thémistocle était dans ce quartier. Epic^ire et Phocipn y demeuraient. Il y avait aussi trois superbes temples élevés en Thouneur des grands hommes. L'église archiépiscopale des Grecs était le temple de Vulcain décrit par Pausanias. Je renvoie le lecteur au môme historien pour la description de toutes les autres merveilles de cette ville célèbre; mais je dois dire quelque chose de son gouvernement.

Athènes ayant été composée par Solon , de dix tribus , on nomma par chaque tribu six vingts citoyens des plus

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rîclics pour fournir à la dépense des arméniens : ce qui formait le nombre de douze cents hommes divisés en vingt classes. Chacune de ces vingt classes ëtait composée de soixante hommes, et subdivisée en cinq parties dont chacune était de douce hommes.

Solon établit que l'on nommerait par choix à tous les emplois militaires, et que les sénateurs et les juges seraient élus par le sort. Il voulut aussi que Ton donnât par choix les magistratures civiles, qui exigeaient une grande dépense, et que les autres fussent données par le sort* Ma;5} pour corriger le sort , il régla qu'on ne pourrait élire que dans le nombre de ceux qui se présenteraient i que celui qut aurait été élu serait examiné par des juges ^ et que chacun pourrait l'accuser d'en être indigne ; cela tenait en même tems du sort et^du choix.

Cependant si l'on pouvait douter de la capacité naturelle qu'a le peuple pour discerner le mérite , il n'y aurait qu'à jeter les yeux sur cette suite continuelle de choix éionnans que 6rent les Athéniens et les Romains; ce qu'en n'attribuera pas sans doute au hasard. On sait qu'à Bomei quoique le peuple se fut donné le droit d'élever aux charges les plébéiens , il ne pouvait se résoudre à les élire ; et quoique à Athènes on pût , par la loi d'Aristide , tirer les magistrats de toutes les classes , il n'arriva jamais, dit Xé* nopbon , que le bas peuple demandât celles qui pouvaient intéresser son salut ou sa gloire.

Les divers genres de magistrats de la république d'Athènes se peuvent réduire à trois classes : i® de ceux qui • choisis dans certaines occasions par une tribu d'Athènes ou par une bourgade de l'Attique, étaient chargés de quelque emploi particulier , sans droit de juridiction '

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2» de ceux qui ëtaient tirés au sort par les Thesmothètes, dans le temple de Thésée : tels étaient les archontes ; le peuple désignait les candidats entre lesquels le sort devait décider; 3® de ceux que, sur la proposition des Thesmoihètes y le peuple assemblé élisait à la pluralité des voix dans le pnyce ; ces deux dernières espèces de magistrats étaient obligés à rendre des comptes ; mais ceux qui étaient choisis par une tribu ou par une bourgade, et qui composaient le bas étage de la magistrature , n'étaient pas comptables.

Les trois symboles de la grande magistrature étaient une baguette , une petite tablette^ et une certaine marque qu'on donnait aux juges lorsqu'ils allaient au tribunal, et qu'ils rendaient en sortant.

La splendeur d'Athènes l'avait mise en possession de voir des souverains qui faisaient gloire d'obtenir chez elle le droit de bourgeoisie. Les fils d'Âjax l'achetèrent au prix de la principauté qu'ils avaient dans YWe d'Egine. Vers le commencement de la guerre du Péloponèse, le fils de Sitalce, puissant roi de Thrace, n'acquit ce droit de bourgeoisie que par un article d^un traité de son père avec les Athéniens. Enfin Gotys , autre roi de Thrace , et «on fils Cbersoblepte , l'obtinrent à leur tour* On ne peut donc s'empêcher d'avoir grande idée d'une ville dont les rois mêmes briguaient le rang de citoyen , pour pouvoir voter dans ses assemblées publiques.

Quelques jours avant qu'on les tînt , on affichait un placard qui instruisait chaque citoyen de la matière qu'on devait agiter. Comme on refusait d'admettre dans l'assem"» blée les citoyens qui n'avaient pas atteint Fâge nécessaire pour y entrer , aussi forçait-on les autres d'y venir sous

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peine d'amende. Ou ccrivait sur un registre le nom de totM les citoyens à qui la loi accordait voix dëiibérative» Ik l'avaient tous après l'âge de puberté, à moins que quelque vice capital ne les en privât. Tels étaient les mauvais fils, les polirons déclarés , les brutaux qui s'emportaient dans la débauche jusqu'à oublier leur sexe , les prodigues et les débiteurs du fisc.

Le peuple, par l'avis duquel tout se décidait^ s'assemblait de grand matin pour délibérer , tantôt dans la place publique, tantôt dans le pnyce, c'est-à-dire, le lieu plein , ainsi nommé à cause du grand nombre de sièges qu'il coor' tenait , ou des hommes qui s'empressaient de les remplir ; mais le plus souvent l'assemblée se tenait au théâtre de Bacchus , dont on reconnaît encore la vaste étendue par les démolitions qui en restent.

Les dix tribus élisaient par an, chacune au sort» cin* quante sénateurs, qui composaient le sénat des cinq-cents. Chaque tribu tour à tour avait la préséance , et la ce* dait successivement aux autres. Les cinquante sénateurs en fonction se nommaiient pryianes , le lieu où ils s'assemblaient ^/y^anee ; et le tems de leurs exercices ou laj9/ytanie durait trente-cinq jours. Pendant les trente •- cinq jours y dix des cinquante pry tanes présidaient par semaine sous le nom àeproédres ; et celui des proédres , qui , dans le cours de la procédure, était en jour de présider , s'appelait épistate. On ne pouvait l'être qu'une fois en sa vie, de peur qu'on ne prît trop de goût à commander. Les sénateurs des autres tribus ne laissaient pas toujours d'opiner , selon le rang que le sort leur avait donné ; inais les pryianes convoquaient l'assemblée , les proédres en exposaient le sujet , et l'épistate demandait des avis.

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On distinguait deux sortes d'assemblées, les unes or~ dinaires et les autres exraordinaires. Des premières, que les prytanes seuls avaient droit de convoquer, il y en avait quatre durant chaque pry tanie en des jours et sur des sujets marques. Les dernières se convoquaient tantôt par les prytanes , tantôt par les généraux , et n'avaient de sujet ni de jour , qu'autant que les occasions leur en donnaient. On négligeait quelquefois les formalités à l'approcbe d'un péril manifeste. Diodore , liv. X^I^ rapporte que le peuple d'Athènes, à la nouvelle de l'irruption dePbilippe, s'attroupa au tbéâtre sans attendre , selon la coutume, l'ordre du magistrat.

On ouvrait l'assemblée par un sacrifice et par une imprécation. L'on sacrifiait à Gérés un jeune porc , pour purifier le lieu, que Ton arrosait du sang de la victime. L'imprécation mêlée aux vœux se faisait en ces termes i « Périsse, maudit des dieux avec sa race, quiconque agira, parlera ou pensera contre là république!» La cérémonie achevée, les proèdres exposaient au peuple pour quoi on l'assemblait ; ils lui rapportaient l'avis des cinq-cents , c'est-à-dire , des cinquante sénateurs tirés de chaque tribu , et demandaient la ratification, la réforme ou l'improbation de cet avis. Si le peuple ne se sentait pas en disposition de l'approuver sur Theure , un héraut, commis par l'épistale , s'écriait à haute voix : (( Quel citoyen , au-des« sus de cinquante ans, veut parler? » Le plus ancien orateur montait alors dans la tribune , lieu élevé d'où l'on pouvait mieux se faire entendre.

Après qu'il avait parlé , s'il se trouvait six mille citoyens clans l'assemblée, ils formaient le décret en opinant de la main. On le dressait après avoir recueilli les suffrages, et

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on l'intitulait du nom de YOrateur ou du Sénateur ^ dont l'opinion avait prévalu. On mettait avant tout la date 9 dans laquelle on faisait entrer premièrement le nom AeV Archonte y ensuite le jour du mois; enfin, le nom de la tribu qui était en tour de présider ; voici la formule d'une de ces dates , qui suffira pour faire juger de toutes les autres : <( Sous l'archonte Mnésiphile , le trentième jour du mois Hécatombeon , la tribu de Pandion étant en tour de présider.. .. »

Dans les causes criminelles, les juges prononçaient deux fois ; d'abord , ils jugeaient le fond de la cause , ensuite ila établissaient la peine. Sur le premier jugement, ils ne faisaient que déclarer s'ils condamnaient l'accusé , ou qu'ils le renvoyaient absous ; que si la pluralité des voix était pour la condamnation , alors , au cas que le crime ne fut pas capital , on obligeait le coupable à déclarer lui-même la peine qu'il avait méritée. Après cela , suivait le second jugement des magistrats , qui proportionnaient eux-mêmes la peine au crime. Les Athéniens avaient une loi qui leur prescrivait, en termes formels , de garder cet ordre dans les condamnations : <( Que les juges , disait cette loi , proposent au coupable différentes peines , que le coupable s'en impose une; qu'enfin, les juges prononcent sur la peine qu^il s'est imposée. >) Si le coupable usait d'indulgence envers lui-même , les juges se chargeaient du soin d'établir , par la sévérité , une plus exacte compensation. Cicéron fait mention de cet usage; dans le premier livre de l'orateur il parle de Socrate en ces termes : «Ce gra^d homme fut aussi condamné, non -seulement quant au fond de la cause , mais a^ssi quant au fond de la peine, car c'était une coutume à, Athènes, que, dans les causes

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qui n'étaient pas capitales , ou demandait au ooupablo quelle peine il croyait avoir méritée ; comme donc on eut fait cette demande à Socratc , il répondit qu'il croyait avoir mérité qu'on lui décernât les plus grandes récompenses, et qu'on le nourrit dans le prytanée aux dépens de la république^ ce qui , dans la Grèce , passait pour le comble de rhonueur. Cette réponse de Socrate irrita teU lemeut les juges, qu'en sa personne ils condamnèrent à mort le plus vertueux de tous les Grecs. »

Dans les afiaires politiques les Âthéniensi ne voyaient ^ n'entendaient 9 ne se décidaient que par les passions dé leurs orateurs. Le plus habile disposait de tout emploi militaire ou politique. Arbitre delà guerre ou de la paix, il armait ou désarmait le peuple à son gré. Il ne faut donc pas s'étonner que, dans un état où la science de la persuasion jouissait d'un privilège si flatteur , on la cultivât avec tant de soin, et que chacun à Tenvi consacrât ses veilles à perfectionner en soi le souverain art de la parole.

Mhènes fut la première des villes grecques qui récompensa par des couronnes ceux de ses sujets qui avaient rendu quelque service important à l'Etat. Ces couronnes n'étaient d'abord que de deux petites branches d'oUvier entrelacées , et c'étaient les plus honorables ; dans la suile ^ on les fit d'or, et on les avilit. La première couronne d'o» livier que les Athéniens décernèrent fut à Périclés. Une pareille coutume était très-louable , soit qu'on la considère en elle-même , soit qu'on la regarde par rapport au grand homme pour qui elle fut établie ,- car, d'une part, les rér compenses glorieuses sont les plus efficaces de toutes pour çxciter les hommes à la vertu, et, d'un autre côté. Péri* dès méritait bien qu'un si bel usage prît commoicement en sa personne.

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Il Caiat distinguer les couronnes que la république don* liait à ses citoyens , des couronnes étrangères qu'ils rece- Taient. La loi d'Âtbènes ordonnait, à Te'gard des premières, qu'on les distribuât dans l'assemblée du sénat , lorsque c'était le sénat qui les avait décernées , et dans l'assemblée du peuple lorsqu'elles avaient été accordées par le peuple. La loi permettait pourtant quelquefois de les distribuer sur le tbéâtre , ou qu'on les proclamât. Celui qui recevait une de ces couronnes l'emportait dans sa maison , et c'était un monument domestique qui perpétuait à jamais le souvenir de ses services. Au commencement on oe donnait que rarement ces couronnes bonorables ; on les prodiguait du tems de Démostbëne par habitude , par coutume ^ par brigue i sans choix et sans discernement.

On appelait couronnes étrangères les couronnes que les peuples envoyaient par reconnaissance à quelque citoyen d'Athènes ; ces peuples néanmoins n'efa pouvaient envoyer qu'après en avoir obtenu la permission par une ambassade. On ne distribuait ces sortes de couronnes que sur le théâtre , et jamais dans l'assemblée du isénat ou du peuple. Ceux à qui elles étaient envoyées ne pouvaient pas les emporter dans leurs maisons ; ils étaient obligés de les déposer dans le temple de Minerve, où elles restaient consacrées ; c'était , dit Eschine , afin que personne , dans l'ardeur de plaire aux étrangers préférablement à sa patrie , ne se corrompît et ne se pervertît.

Les revenus d'Athènes montaient , du tems de Démosthène,à4oo talens^ c'est-à-dire, 82 mille âoo liv. sterlings, en estimant le talent , comme dit D. Bernard, à 206 livres sterliugs 5 schclings. Elle entretenait une trentaine de mille hommes à pied, et quelques mille de cavalerie ; c'est avec

DE l'encyclopédie. aSj

ce petit nombre de troupes que» remplie de projeta do gloire, elle augfaentaîf la jalousie^ au lieu d'augmcx^er Finfluence.

D'ailleurs , elle ne fit point ee grand comnierec! que lui

promettaient le travail de aea raines, la multitude de aes

esclaves, le nombre de ses gens de mer, aedi autorité

sur les villes grecques, et plus que tout cela, les belles

institutions de Solon : son négoce maritime fut pi'esqu»

borné à la Grèce et au Pont-Euxin , d'où elle tirait sa

subsistance. « Athènes , dit Xénophon^ a l'empire de la

mer; mais comme TAttique tient à la terre, les ennemia

la ravagent tandis qu'elle fait ses eupcdilions au loin. Les

principaux laissent détruire leurs terres , et mettent leur

bien en sûreté dans quelque île. La populace , qui n'a poin(

de terres ^ irit sans aucune inquiétude. Mais si les Athëf*

niens habitaient une lie et avaient outre cela l'empire de

la mer , ils auraient le pouvoir de nuire aux autres sans

qu'on put leur nuire, tandis qu'ils seraient les maiires de

la mer. » Yous diriez que Xénopbon a voulu parler de

TAnglcterre.

Athènes tomba dès 'qu'elle abandonna $es principes* Celte ville, qui avait résisté à tant de défaites , qu'on avait vu renaître après ses destructions, fut vaincue è Chéronée, et le fut pour toujours. Qu'importait que Philippe leur renvoyât tous les prisonniers ? Il ne renvoyait que des hommes perdus par la corruption* Enfin, l'amour des Athéniens pour les jeux , les plaisirs et les amusemans jdu ihé&tre 8ucc<!dant à l'amour de la patrie, hâta les progréa rapides de Philippe et la ehute d^Athène^i , suivant Pop!?* nioii d'un élégant historien romain. i

Veid comme Justin, /tv« F7, s*exprine à ee sujet. Tome xiii. i 7

cl ses ptfroles sont bien dignes de terminer cet article : * « Le mâme jour mourut , avec B|)aminondas , capilaine tbc'bain, toute la valeur des Athéniens. La mort d'un en- Bcmîy qui tenait à toute heure leur cmulation cvcillec^ assoupit leur courage et les plongea dans la mollesse. On prodigue aussitôt en jeux et en fôtes les fonds des armeaicns de terre et de mer. Tout exercice militaire tiissQj le peuple s'adonne aux spectacles ; le théâtre dégoûte du camp; on ne considère^ on nVslinie plus les grands capitaines; on u*upplaudit , on ne défcre qu'aux poètes et aux agréables dcclamateurs. Le citoyen oisif partage les finances destinées à nourrir le matelot et le soldat* Ainsi s'éleva la monarchie de Macédoine sur un tas de f'épubli^ gués grecques, et le débris de leur gloire fit un grand nom à des barbares, n

On nous reprocherait d'être peu exacts, si nous ne disions pas mention dans cet article des fontaines de ïuiUiqiœ , dont Pline ne nous a laissé que les noms , Ce^ phissia , Larine , Cal/irhoé, Enne , jdcrunos. Cette dernière était renfermée dans les murs d'Athènes , et a éto célébrée par Slacc.

Ei çuos Caliirhoi noptes erraniilus undîs ImplkaU

On nous parle aussi du fleuve Crphise, qui se jetait dans le golfe Saronique , entre le Piréc et Eleusis.

N'oublions pas les monts de VÂlliqucy et les mines d'argent qu'ils renfermaient dans leur sein : le mont Hy-mette ^ XfmrlQÇj que la qualité de son miel et ses carrières de marbre ont rendu célèbre; le mont PenteUqae^ DcvTcXcxtfç 9 i£ui fouinissait le marbre le plus estimu; ia

DE l'encyclopédie. ^Çj

mont Parnesy ndpifmçy sitjLKÎ auprès d'Éleusine- et d'A^^ cliarnc; celui de Lycabesse, AuxaÇf (xaoç , qui clait dan» la ville d'Allicues; le mont de lirilesse^ BpjJlsaaoç, cl celui d'Icare, dont on ignore rcmpîarcmcnt.

Tout ce pays csl aujourdliui compris sous le nom' du (lucfié d*yJlliènes, où, ù la ràcrve de celle dernière villes il n'y a guère d'endroils qui merilent d atlcnlion.

RÉPUBLIQUE ROMAINE. ( Gouvern. de Rome. ) Tout le monde .sail par cœur Tliisloire de celle republique. Porions nos regards avec Montesquieu sur les causes de sa grandeur et de sa décadence, et traçons ici le précis' de SCS admirables réflexions sur un si beau sujet. . A peine Rtfme commençait à exisler, qu^on commenr çait déjà à bâlir la ville éternelle ; sa grandeur parut bientôt dans ses édifices publics 5 les ouvrages qui ont donné et qui donnent encore aujourd'bui la plus baiitè idée de sa puissance ont été faits sous ses rois. Denys fl'Halycarnasse n'a pu s'empêcher de marquer son étonncment sur les égoûts faits par Tarquin , et ces égoûts subsistent encore.

Bomulus et ses successeurs furent presque toujours en guerre avec leurs voisins , pour avoir des citoyens, des femmes ou des terres : ils revenaient dans la ville avec les dépouilles des peuples vaincus 3 c'étaient des gerbes de bled et des troupeaux; ce pillage y causait une grande joie. Voilà Torigine des triomphes , qui furent dans la suite la principale cause de la grandeur où cette ville parviat. ^ Roîme accrut beaucoup s^es forces par son union. ;aY9tt

lA Sabiiiiv fiMiples dors et bçlliqticti:t , c<)Dniiie les liacé^ di^monienai dont ih étaient descendus. Bomulus prît leur boucHer qui cUit large, an lieu du petit bouclier argien dont il sVtait servi jusqu'alors : et on doit remarquer que ec qui a le plus contribue à rendre les Romains les maîtres dtv monde, c'est qu'ayant combattu successivement contre tous les peuples , ils ont toujours renoncé à leurs usages sitôt qu'ils en ont trouve de meilleurs.

Une troisième cause de Télévation de Rome , c'est que iet'rois furent tous de grands personnages. On ne trouva peint ailleurs dans les histoires une suite non interrompue die tels hommes d'état et de tels capitaines.

Tarc|uitt s'avisa de prendre la couronne sans Être élu par le sénat ni par le peuple. Le pouvoir devenait héréditaire; il le rendit absolu. Ces deux révolutions furent suivies iTune troibièmc. Son fils Sextus , en violant Lucrèce, fit une clio3e qui a presque toujours fait chasser lei tyrans d^une ville où ils ont commandé; car le peuple» à qui une action pareille fait si bien sentir sa servitude f pi^end volontiers une résolution exfrtfme.

Il est pourtant vrai que la mort de Lucrèce ne fut que Toccasion de la révolution ; car un peuple ficr^ entreprenant , hardi , et renfermé dans ses murailles, doit néces- SAirement secouer le joug ou adoucir ses mœurs. Il devait donc arriver de deux choses l'une, ou que Home chaqgérait son gouvernement , ou qu'elle resterait une petite pauvre monarchie ; elle changea son gouvernement, ^r- "fius Tullius avait étendu les privilèges du peuple pouf «baisser le sénat ; mais le peuple enhardi par son courage renversa l'autorité du sénat , et ne voulut plus de ibo^ «ardife.

SB L^EWCTCLOPÉDIB. tft

Bûme ajuit chaiid les rois, établit des ceiiaifls MHiiieUt et ce fut une nouvelle source de la grandeur 1 loquelb clic s'éleva. Les princes ont dans leur vie des périodes dambilioa 9 après quoi d autres passions et Toisivel^ môme succèdent ; mais la république ayant des che& tpA changeaient tous les ans et qui clierchaicnt i signaler leur magistrature pour en obtenir de nouvelles, il nf allait pas un moment de perdu pour 1 ambition : ils engageaient le sénat à proposer au peuple la guerre, et lui «sotalrâiMil tous les )ours de nouveaux ennemis.

Ce corps y élait déjà asscs porté de luinnème. Fattgirf sans cesse par les plaintes et les demandes du peuple^ il chcrcliait à le distraire de ses inquiétudes, et i Toccupef au debors. Or la guerre était presque toujours agréable au peuple , parce que, par la sage distribution du butWi| on avait trouve le moyen de la lui rendre utile. BoiM iSlant une ville sans commerce, et presque sans ar<s, ii pillage était le seul moyen que les particuliers eussent pour s'cnricbir,

Oti avait donc établi la discipline dans la manière de

piller; et on y observait, à peu près, le même ordre qui

se pratique aujourd'bui chez les petits Tartarcs. Le butia

était mis en commun , et on le distribuait aux soldats^

rien n était perdu, parce qu'avant que de partir , chacun

avait }uré qu'il ne détournerait rien à son profil. Or les.

Romains étaient le peuple du monde le plus religieux sur

le serment^ qui fut toujours le nerf de leur discipliné

militaire. Enfin, les citoyens qui restaient dans la ville

jouissaient aussi des fruits de la victoire. Ou eonfisqutnt

une partie des terres du peuple vaincu, dont on faisait

daux parts : Tune se vendait au profit du public; l'auirt

■A *l -rit »...»,.»«, ••**

sl^i ^ MPRIT

^tâitâistribnëe aux pauvres citoyens sous la cliarge d'une ^xeiite en faveur de l'clat.

: Les consuls ne pouvant obtenir Thonneur du triompher* ^e par une conquête ou une victoire, faisaient îa guerre «vec un courage et une inipi-luositc extrême; ainsi la république était dans une guerre continuelle, et toujours violente. Or une nation toujours en guerre, el par principe de gouvernement, devait ntcessaircnient périr, ou Tenir à bout de toutes les auïrcs, qui , tantôt en guerre , tantôt en paix, nVtaient jamais si propres à attaquer, nr si préparées ù se dt'fendre.

Par là les Romains acquirent une profonde connais-^ «ance de Tart militaire. Dans les guerres passagèies, la plupart des exemples sont perdus; la paix donne d'amlics jdées, et on oublie ses fautes , el ses vertus menus. Une autre suite du prinei[)c de la guerre continuelle, fut que les Romains ne firent jamais la paix que vainqueurs : en effet* à quoi bon faire une paix bonteuse avec un peuple, pour en aller attaquer un autre? Dans cette iilée, ils nug« mentaient toujours leurs prétentions à mesure de leurs défaites : par là, ils consternaient les vainqueurs, et fi^imposaient à eux-mêmes une plus grande nécessité de Taincre. Toujours exposés aux plus aflVeuses vengeances, la constance et la valeur leur devinrent nécessaires; et ces vertus ne purent ùlre distinguées chez eux de Tamour ^csoi-mâme, de sa famille, de sa patrie, et de tout ce qu'il y a de plus eber parmi les bommes.

La résistance des peuples d'Italie, et en même tems ropiniâtretc des Romains à les subjuguer, leur donna des victoires qui ne les corrompirent points et qui leur lais* aèrent toute leur pauvreté. S'ils avaient rapidement cou'â

DE I.*E?fCTCX^ÉDTB. s69

quis toutes k^ villes iroisines, ils se seraient Ironvjds cTan» la décadence à Tarrivce de Pyrrhus, des Gaulois et d^Âti;^ nibal ; et par la desliii(?e de presque lous les élats du inonde, ils auraient passé trop vite de la pauvitïic aux richesses , et des richesses à la corruption. Mais Rome f. faisant toujours des eflbrls, et trouvant toujours dis oba* tacics , faisait sentir sa puissance , sans pouvoir retendre ; cl dans une circonfi-reuce très-petite^ elle s'exerçait à dct vertus qui devaient ctrc si fatales à Tunivers.

' On sait à quel point les Boniains perfectionnèrent Tart

de la guerre, qu*ils regardaient comme le seul ai^i quHU

eussent à cultiver. C'est sans doute un dieu, dit Vc-gèce^

qui leur inspira la légion. Leurs troupes étant loujouns

les mieux disciplinées, il était difficile que dans le combat

le plus malheureux ils ne se ralliassent quelque part, ou

que le désordre ne se mît quelque part chez les ennemis.

Aussi les voit-on continuellement dans les histoires , qiioir*

que surmontés dans le commencement par le nombre ott

par l'ardeur des ennemis, arracher enfin la victoire de leurs

mains. Leur principale attention était d^examiuer en quoi

leur ennemi pouvait avoir de la supériorité sur eux, et

d'abord ils y mettaient ordre. Us saccoutumèrent à voir

le sang et les blessures dans le spectacle des gladiateurs'^

qu ils prirent des Etrusques.

Les épées tranchantes des Gaulois, les éléphans de Pyrrhus, ne les surprirent qu'une seule fois. Us suppléé» rent à la faiblesse de leur cavalerie > d'abord en étant les brides des chevaux, pour que l'impétuosité n'en pût être arrêtée; ensuite, en y mêlant des véliies. Quand ib eurent connu Tépée espagnole, ils quittèrent la leur. Us âudèrent la science des pilotes, par l'invention d'une tnàr

Mé msncEt

mfhej la ^erne était pour eux une médîtatioh , la psAx cui cit^rcictf. Si quelijue nation tint de la nature ou de son institution <|uelque arantdgé pai*ticulier , ils en firent d'st'^ btud usage : ils n'oublièrent rien pour avoir des cheYauX «ÉUitcies j des archers crétois^ des frondeurs baléares, des TMeseaui rliodiens. En un mot , jamais nation ne prépara là guerre avec tant de pirudence, et ne la fit avec tant d^audace.

Kôme fut «n prodige de constance ; et œtte constance ifut une nouvelle source de son élévation. Après les jour— nées dû Tésin, de Trébies et de Trasymène^ après celle de Cannes , plus funeste encore , abandonnée de presque tous les peuples de Tltalie , elle ne demanda point la paix« G^est que le sénat ne se départait jamais des maximes anciennes: al agissait avec Ânnibal, comme il avait agi «utrefois avec Pyriiius ^ à qui il avait refusé de faire aucun ttcoommodement 9 tandis qu'il sei*ait en Italie: on trouve, dit t>enys d'ilalycarnass^ ^ que lors de la négociation de Goriokifc, le «éuat dédara qu'il ne violerait point ses cotifumes aftoienneS) que le peuple romain ne pouvait faire ^ paix 9 tandis que les ennemis étaient sur ses terres , Jttais que si les Volsques se retiraient , on accorderait tout ce qui serait juste.

RMae fut sauvée par la force de son institulioA. Après là bataille dé Cannes , il ne fut pas permis aux femmes M^me de Verser des larmes ; le sénat refusa de racbctcr tes prisonniers^ et envoya les misérables restes de larmée laire ta guerre eu Sicile, sans récompense ni aucun honneur militaire , jusqu'à ce qu'Annibal fut chassé d'Italie. D'un liutre o6té ^ le consul Târentius Varron avait fui

DB L'EBrCTCLOPÉDIB. 961

honteusement jtisqu^à Venouse : cet homme, de ht plaft petite nûssance, n'avait été élevé au consulat que pont «ftoriîfier la noblesse. Mais le sénat ne voulut pas jouir de ce itialheureux triomphe : il vit combien il était néecs^ saire qu'il s^lltirât, clans cette occasion , la confiance dû peuple ; il alla au-devant de Yarron ^ et le remercia d^ ice qu'il n'avait pas désespéré de la république.

A. peine les Carthaginois eurent-ils été domptés, que les Aornains attaquèrent de nouveaux peuples ^ et parurent dans toute la terre pour tout envahir; iU subjuguèrent la Grèce 9 les royaumes de Macédoine , de Syrie et d*Egypte. Dans le cours de tant de prospérités , où l'on se nc-glige j>our l'ordinaire, le sénat agissiiit toujours avec la même |>rofondettr, et pendant qae les armées consternaient tout, il tenait à tei-re ceux qu'il trouvait abattus. Il s'érigea en tribunal qui jugea tous les peuples. Â la fin de chaque gueiTe , U décidait des peines et des récompenses que chacun avait méritées. Il ôtait une partie du domaine du peuple vaincu, pour la donner aux allies ; en quoi il faisait deux choses : Il attachait à Rome des ix>is dont elle avait peu à craindre, et beaucoup à espérer; et il en affai^ blissait d'autres, dont elle n'avait rien à espérer, et toiA à craindre. On se servait des alliés pour faire la guerre à un ennemi; mais d'abord on détruisait les destructeurs. Philippe fut vaincu par le moyen des Etolicns, qui furent anéiintis d abord après, pour s'être joints à Antiochus. Antiochus fut vaincu par le secours des Rhodiens; mais après qu'on leur eut donné des récompenses éclatantes, on lees humilia pour jamais, sous prétexte qu'ils avaient demandé qu'on fît la paix avec les Perses.

Les Romains sachant combien les peuples d^Europa

:tS6 ESPRIT

cUient propres à là guerre , ils établirent cdmme nné loi » qu'il ne serait permis à aucun roi cVÂsie d'entrer en Eïkrope, et cVy assister quelque peuple que ce fût. Le principal motif de la guerre quils Grent à Milhriclalc, fat que 9 contre cctlc défense , il avait soumis quelques bar* J)arcs.

Quand quelque prince avait fait une conquête, ijïH Muvênt Favait épuise , nn ambassadeur romain survenait d'abord , qui la lui arrachait des mains. Entre mille cxcm* pies y ou peut se rappeler comment, avec une seule parole , ils cbassèrcnt d'Egypte Antiocbus.

Lorsqu'ils voyaient que deux peuples étaient en guerre, quoiqu'ils n'eussent aucune alliance, ni rien à démckr avec Tun^ ni avec lautre, ils ne laissaient pas de paraître sur la scène , et comme nos chevaliers errans , ils prenaient le parti le plus faible. C'était^ dit Denys d'Halycaruasse, nue ancienne coulumc des Romains d'accorder toujouri leur secours à quiconque venait Timplorer.

Ils ne faisaient jamais de guerres éloignées sans s^clre procuré quelques allies auprès de 1 ennemi qu^ils atta-* quaient, qui put joindre ses trou[>es à Tarméc qu'ils en*» voyaient : et comme elle n'était jamais considérable par le nombre, ils observaient toujours d'en tenir une antre dans la province la plus vobine de l'ennemi, et une troisième dans Rome, tmi jours prête à m'ircher. Ainsi, ib n'exposaient qu*une très-petite partie de leurs forces,

pendant que leur ennemi mettait toutes les siennes au basard de la guerre.

Ces coutumes des Romains, qui contribuaient tant à leur grandeur, n'étaient point quelques faits particulier» arrivés par hasard i c'étaient des principes toujours coos*

DE l'eXCVCLOPÉDIE. 267'

ttins"; et cela se peut voîr'aîsément ; car les tnaximcs clont^ ils firent usage contre les grandes puissances, furent prcclsément celles qu'ils avaient eniplojrées dans les commcnccincns contre les petites villes qui étaient autour d'eux. Maîtres de l'univers, ils s'en attribuèrent tous les trésors; ravisseurs moins injustes eu qualité de conquiVans, qu'en qualité de législateurs. Ayant su que Ftoloméc, vot de Chypre, avait des ricbesses immenses, ils Grent une loi y sur la proposition d'un tribun, par laquelle ils se donnèrent Ihérédilé d'un homme vivant, et la confiscation d'un prince allié. Bientôt la cupidité des parliculicrr acheva d'enlever ce qui avait échappé à Ta varice publî(|uc. Les magistrats et les gouverneurs vendaient aux rois leurs injustices. Deux compétiteurs se ruinaient à l'envi , |)OUt^ acheter une protection toujours douteuse contre un rivât qui u'élait'pas entièrement épuisé : car on n'avait pas même cette justice des brigands , qui portent une certaine probité dans Texercice du crime. Enfin , les droits légitimes ou usurpés ne se soutenant que par de largent, les princes y pour en avoir, dépouillaient les tenpies, et confisquaient les biens des plus riches citoyens : en faisait mille crimes, pour donner aux Romains tout Targcnt du monde. C'est ainsi qi«; la république romaine imprima' du respect à la terre. Elle mit les rois dans le silence^ et les rendit comme stupides.

: Milhridate seul se défendit avec courage; mais enfin îp fut accablé par Sylla, Lucullus et Pompée; ce fut alors* que ce dernier, dans la rapidité de ses victoires, acheva le pompeux ouvrage de la grandeur de Rome, Il unit ai*^ corps de son empire des pays infinis; et cependant cet accroissement d'états, servit plus au spectacle de la splcii^t

§68 XSFKIt

deur roQuinCf qu'4 «i y^ri table pmssaaœ^ .et au içnli de la liberté publique. Dévoilons les causes (|ui ooQGO«ra« rent à sa déoadence ^ à sa ruiue^ et reprenons^les dès leur origine.

Pendant que Home conquérait Tunivcrs « il y avait dans ses murailles une guerre cachée; cVtaieni des l'eux comme ceux des volcans^ qui sorleut sitôt que quelque matière ▼icnt à en augmenter la fermentation.

Après Texpulsion ries rois, le gouvernement était de-»

venu aristocratique ; les familles i^atricieunes obicaaîent

seules toutes les dignités , et par conséquent tous les bon*

neurs militaires et civils. Les patriciens voulaat «mpôcbcr

le retour des rois, ckerchèi*ent à augmenter le mouveonenl

qui était dans 1 esprit du peuple; mais ils firent plus qu'ils

]ie voulurent : à force de lui donner de la haiue pour les

rois 9 ils leur donnèrent un désir immodéré de la tibertii»

Comme Tautorilé royale avait passé toute entière entre

les mains des consuls , le peuple sentit que cette liberté

dont on voulait lui donner tant d'amour, il ne lavait

pas : il clierclia donc à abaisser le consulat , à avoir des

magistrats pltbéiens , et à partager avec lés nobles les

mflgîstratures curules. Les patriciens furent forcés de lui

accorder tout ce qu'il demanda : car dans une ville où la

pauvreté était la vertu publique, où les richesses , cette

voie sourde pour acquérir la puissance , étaient mepri»

aées , la naissance et les dignités ne pouvaient pas donner

de (rands avantages. La puissance devait àtmc rerenir su

plus grand nombre , et laristocratie se changer peu & pso

en un état populaire.

Lorsque le peuple de Rome eut obtenu qu'il aurait part suc magistratures patriciennes, on pensera peut«étre

DIS l*bnCyclopAdik* S69

que 8é» flatteurs: allaient être Ie& arbitres Aa çcmverne^ ment. N6n : Ton vit cf peaple ^ qui rendait les magistratures communes aux plébéiens j iSlirc presque toujours des patriciens; parce qu'il était vertueux , il dtait magnanime; et parrce rfot^il êiah libre , il dédaignait le pouvoir. Maïs lorsqu'il eut perdu 9es principes, plus il eut de pouvoir , moins il eut de ménagement; jusqu'à ce qu'enfin , devenu son propre t}rran et son propre esclave 9 il perdit la force de la liberté pour tomber dans la faiblesse et la licence.

Un état peut changer de deux manières, on parce qut la constitution se corrige , ou parce qu'elfe se corrompt. 3*il a conservé ses principes quand la constitution vieàt à changer , c'est qu'elle se corrige. S'il a perdu ses principes quand la constitution vient & changer, c'*cst qu'elle se corrompt. Quand une république est corrompue y ou ne peut remédier à aucun des maux qui naissent , qu*eu étant la corruption, et en rappelant les principes : touto autre correction est , ou inutile , ou un nouveau mal» Tant que Rome conserva ses principes, les jugemens purent 6lre sans abus entre les mains des sénateurs ^ mais quand elle fut corrompue, à quelque corps que ce fut qu'on transporlftt les jugemeus, aux sénalçurs, aux chevaliers, aux trésoriers de Téparghe, à deux de ces corps, à tous lés trois ensemble, à quelque autre corps que ce tbH , oit était toujours mal. Les chevaliers n'avaient pas ^lus de vertu que les sénateurs , les trésoriers de IVpan* gne pas plus que les chevaliers, et ceux-ci aussi peu que le» centurions.

Tant que la dondination de Rome fut bornée dans l*tta« lie, la r&)ub}ique pouvait facilement subsister ; tout sol- AlÎ élÉil égàteuent citoyen : chaque consul levait uM

armée; et d'antres citoyens allaient à la guerre sous cdot qui succédait. Le nombre des troupes, n'était pas czcc»* sif; on avait attention à ne recevoir dans la milice que des gens qui eussent assfz de bien , pour avoir intérêt à la conservation de la ville. EnGn , le sénat voyait de prcs la conduite des généraux, et leur ôlait la pensée de rien faire (Contre leur devoir.

Mais lorsque les légions passèrent les Alpes et la mer , les gens de guerre, qu on était oblige de laisser pendant plusieurs campagnes rians les pays que l'on soumettait « perdirent peu à peu Tcsprit de citoyens; et les généraux qui disposèrent des armées et des royaumes* sentirent leur force, et ne purent plus obéir. Les soldats commencèrent donc à ne reconnaître que leur général, à fonder sur lui toutes leurs espérances, et à voir de plus loin la ville. Ce ne furent plus les soldats de la république , ma's . de Sylla, de Marius^ de Pompée, de Céusar. Borne ne put plus savoir m celui qui était à la tète d'une armée dans une province, était son général ou son ennemi*.

Si la grandeur de l'empire perdit la république^ la grandeur de la ville ne la perdit pas moins. Rome avait soumis tout ruiiivcrs avec le secours des peuples d'Italie» auxquels elle avait donné, en différens tcms, divers pri-^ vilégcs^yw* latii^Jua italicimu La plupart de ces peuples ne s'étaient pas d abord fort souciés du. droit de boor* geoisic chez les Romains, et quelques-uns aimèrent mieux garder leurs usages. Mais lorsque ce droit fut celui de la souveraineté universelle, qu'on ne fut rien dans le monde si Ton n'était citoyen romain , et qu'avec ce titre on était tout, les peuples d'Italie résolurent de périr ou d*âtre romains. Ne pouvant eu venir à bout par lemra brigoes^^

DE l'ENCYCLOPJÏDIE, I7I

])&T Icars prières, iU prirent la Toîe des armes : ils se révoltèrent (Inns tout le côlé qui regarde la mer Ionienne; les autres allies allaient les suivre. Rome, obligée de eomballre contre ceux qui étaient y pour ainsi dire, les mains avec lesquelles elle enchaînait Tunivers, dtait perdue; elle allait ctrc réduite à ses murailles; elle accorda ce droit, tant déliré aux alliés qui n'avaient pas encore cessé d'âlre fidèles , et peu à peu elle J accorda à tous.

Pour lors, Borne ne fut plus cette ville dont le peuple n'avait eu qu un même esprit, un même amour pour la liberté, une m^me haine pour la tyrannie; où cette jalousie du pouvoir du sénat et des p érogatives des grands, toujours mêlée de respect, n'était qu un amour de lVga-« lilé. Les peuples dllalie élant devenus ses citoyens^ cha*^ que ville y apporta son génie, ses intérêts parliculiers, et. sa dépendance de quelque grand prolecleur. Qu'où s^imagiuc celte tête monstrueuse des peuples d'Italie, qui , par le suiFrage de chaque homme , conduisait le reste àa monde! La ville déchirée ne forma plus un tout ensem-« blc : et comme on n'en était citoyen que par une espèce de fiction; qu'on n'avait plus les mêmes magistrats, les mcmes murailles, les mêmes dieux, les mêmes temples, les mêmes sépultures? , on ne vit plus Bome des mêmes yeux , on n'eut plus le même amour pour la patrie, et les^ scutimens romains ne furent plus.

Les ambitieux firent venir à Rome des villes et des na<n tiens entières , pour troubler les suffrages ou se les faire donner ; les assemble es furent de véritables conjurations ; . on appela comices une troupe de quelques séditieux ; l'autorité du peuple, ses lois, lui-même^ devinrent des choses chimériques ; et l'anarchie fut tt^lle , qu'on ne p^t

%J» BSPRIT

pltts «avoir «î le peuple avait fait une orâonnaiioe, on tf^l ne Tavait poiul faite.

CicéroD dit que e'est une loi fondamentale de la déttiocraue d'y fixer la qualité des citoyens qui doirent se trouver dans les assemblées, et d'élabHr que leurs suflfra- {ea soient publics ; ces deux lois ne sont violées que dans vne république corrompue. A Rome , née dans la petitesse pour aller à la grandeur, à Borne, faite pour éprouver toutes les vicissitudes de la fortune , à Rome qui avait iaa» tôt presque tous ses citoyens hors de ses murailles , tantôt toute rilalie et une partie de la terre dans ses murailles , çu n'avait point fixé le nombre deseitoycn? qui devaient former les assemblées. On ignorait si le penple avait parlé, ou seulement une partie du peuple , et ce fut là une des premières causes de sa ruine*

Les lois de Rome devinrent impuissantes pour gouverner la république parvenue au comble de sa grandeur ; mais c'est une chose qu'on a toujours vue, que de bonnes lois qui ont fait qu'une petite république devînt grande, lui deviennent à charge lorsqu'elle s'est agrandie ; parce qu'elles étaient telles, que leur effet naturel élait de faire un grand peuple , et non ptis de le gouverner. II y a bien de la différence entre les lois bonnes et les lois convenables, celles qui font qu'un peuple se rend maître des au-» très, et celles qui maintiennent sa puissance^ lorsqu'il l'a acquise,

La grandeur de l'État fit la grandeur des fortunes particulières ; mais comme l'opulence est dans les mceurs et non pas dans les richesses , celles des Romains , qui ne laissaient pas d'avoir des bornes , produisirent un luxe et ées profusions qui n'en avaient point $ on peut en juger

DK l'encyclopédie. a^5

ff9X le prix qu'ils mirent aux choses. Une cruche de vin de Faleme se vendait cent deniers romains ; un baril de chair salée du Pont en coûtait quatre cents; un bon cuisinier valait quatre talens , c'est-à-dire , plus de quatorze mille livres de notre monnaie. Avec des biens au - dessus d'une condition privée, il fut difficile d'être un bon citoyen ; avec les désirs et les regrets d'une grande fortune ruinée , on fut prêt à tous les attentats ; et comme dit Salluste , on vit une génération de gens qui ne pouvaient avoir de patrimoine , ni souffrir que autres en eussent.

Il est vraisemblable que la secte d'Epicure , qui s'introduisit à Rome, sur la fin de la république , contribua beaucoup à gâter les cœurs des Romains. Les Grecs en avaient été infatués aVant eux ; aussi avaient-ils été plus tôt corrompus. Polybe nous dit que de son tems , les sermens ne pouvaient donner de la confiance pour tm Grec, au lieu qu'un Romainien était pour ainsi dire enchaîné.

Cependant la force de l'institution de Rome était encore telle dans le tems dont nous parlons , qu'elle conservait une valeur héroïque , et toute son application à la guerre au milieu des richesses , de la moUese et de la volupté ; ce qui n'est, je crois, arrivé à aucune nation du monde.

Sylla lui-même fit des réglemens qui , tyranniquement exécutés , tendaient toujours à une certaine forme de république. Ces lois augmentaient l'autorité du sénat , tempéraient le pouvoir du peuple, réglaient celui des tribuns; mais , dans la fureur de ses succès et dans l'atrocité de sa Conduite , il fit des choses qui mirent Rome dans l'impossibilité de conserver sa liberté. Il ruina , dans son expédition d'Athènes, toute la discipline militaire; il accou^,

TOxME XIII. 1 8

Sc4 ESPRIT

tuma son armée aux rapines , et lui donna des besoins qu'elle n'avait jamais eus : il corrompit ses soldats , qui devaient dans la suite corrompre les capitaines.

n entra dans Rome à main armée , et enseigna aux généraux romains à violer Tasile de la liberté ; il donna les terres des citoyens aux soldats , et les rendit avides pour Jamais ; car^ dès ce moment, il n'y eut plus un bomme de guerre qui n'attendit une occasion qui pût mettre les biens de ses concitoyens entre ses mains. Il inventa les proscriptions , et mit à prix la tâle de ceux qui n'étaient pas de son parti. Dès lors , il fut impossible de s'attacbcr à la république; car , parmi les bommcs ambitieux et qui se disputaient la victoire , ceux qui étaient neutres et pour le parti de la liberté , étaient sûrs d'ctrc proscrits par celui des deux qui serait vainqueur. Il était donc de la pru« dence de s'attacher à l'un des deux.

La république devant nécessairement périr , il n'était plus question que de savoir comment et par qui elle devait Être abattue. Deux hommes, également ambitieux , excepté que l'un ne savait pas aller à son but si directement que l'autre , cfTacèrent , par leur crédit , par leurs richesses et par tous leurs exploits , tous les autres citoyens ; Pompée parut le premier , César le suivit de près. 11 employa contre son rival les forces qu'il lui avait données, et ses artifices même. U troubla la ville par ses émissaires , et se rendit maître des élections : consuls , préteurs , tribuns , furent achetés au prix qu'il voulut.

Une autre chose avait mis César eu état de tout entreprendre, c^est que, par une malheureuse conformité de nom , on avait joint à son gouvernement de la Gaule cisalpine, celui' de la Gaule d'au-delà des Alpes. Si César

DE l'ENCYCLOPÉDIB. U^S

n^avait point eu le gouvernement de la Gaule transalpine, il n'aurait point corrompu ses soldats ^ ni fait respecter son nom par tant de victoires : s'il n'avait pas eu celui de la Gaule cisalpine. Pompée aurait pu l'arrêter au passage des Âlpes, au lieu que, dès le commencement de la guerre , il fut obligd d'abandonner Tltalie; oc qui fit perdre à son parti la réputation, qui, dans les guerres civiles, est la ^ puissance même.

On parle beaucoup de la fortune de César : mais cet homme extraordinaire avait tant de grandes qualités sans un seul défaut , quoiqu'il eût bien des vices , qu'il eût été bien difficile que, quelque armée qu'il eût commandée, il n'eût été vainqueur : et qu'en quelque r^ublique qu'il fût né, il ne l'eût gouvernée. César, après avoir défait les lieutenans de Pompée en Espagne, alla en Grèce le chercher lui-même , le combattit , le vainquit , et ensevelit la république dans les plaines de Pharsale, Scipion , qui commandait en Afrique, eût encore rétabli l'Etat^ s'il avait voulu tratiier la guerre en longueur , suivant l'avis de Caton; de Caton, dis-je, qui partageait avec les dieux les respects de la terre étonnée ; de Caton , enfin , dont l'image auguste animait encore les Romains d'un saint zèle , et faisait frémir les tyrans. '

Enfin la république fut opprimée ; et jl n'en faut pas accuser l'ambition de quelques particuliers , il en faut accuser l'homme , toujours plus avide du pouvoir à mesure qu'il en a davantage , et qui ne désire tout que parce qu'il possède beaucou p. Si César et Pompée avaient pensé comme Caton ^ d'autres auraient pensé comme firent César et' Pompée; et la république, destinée à périr, aurait été entraînée au précipice par d'autres mains.

276 KSPniT

Céflir, après ses victoires , pardonna à tout le iuoiicl« z mais la modëration que l'on montre après qu'on a nswrpé^ ne mérite pas de grandes louanges* Il gouverna d^aixM'd sous des titres de magistratures ; oar les hommes ne sont guère èouchés de œs 00ms; et comme les peuples de l'Asie abborraient ceux de conatd et éeprocopuul y les peuples d'Europe détestaient celui de roi ; de sorte que » dans ces tems-là , ces noms disaient le bonheur ou le désespoir de toute la terre. César ne laissa pas que de tenter de se faire mettre le diadème sur ia tète ; mais , voyant que le pcfUple oessaît ses acdamations 9 il le rejeta, H fit encore d autres tentatives.; et Ton ne peut comprendre qu'il put croire que les Romains , pour le souffrir tyrasi^ aimassent pour cela la tyrannie , ou crussent avoir fiiit oequ'ils avaient fait. Mais ce que César fit de plus mal > tce fut de montrer du mépris pour le sénat depuis qu'il n'avait plus de puissance ; il porta ce mépris jusqu'à faire lui-même les sénatus-Kxmsultes , «t de les souscrire du nom des premiers sénateurs qui lui venaient dans l'esprit.

On peut voir dans les lettres de quelques grands hosùrmes de ce iems-là , qu'on a mises sous le nom de Gîo(k*on , parce que la plupaort sont de lui , l'abattement et le désespoir des premiers hommes de la r^puiiiqiêe à cette révolutiofti éimnge qui les priva de leurs honneurs et de leurs occupations même. Lorsque le sénat était sans fonctions , ce crédit qu'ils avaient eu par toute la terre^ ils ne purent plus l'espérer que dans le cabinet d un seul , et cela se voit bien mieux dans ces lettres que dans les discours des historiens. Elles sont le dief-d'œuvre de la naïveté de gens unis par une douleur commune , et dW siècle où la finisse politesse n'avait pas mis le mensonge partout : enfin ^ on

DE l'encyclopédie. 277

n'y voit point , comme dans la plupart de nos lettres mo* dernes , des gens qui veulent se tromper ; mais on y voit des anoâs malheureux qui cherchent à tout dire.

Cepetudant i) était bien difiEkife qu'après tant d'atteu-* tats , Cësar pût défendre so^ vie coutre ks conj.urés. Son crime, dans un gouvernement libre, ne pouvait être puni que par un assassinat ; et demander pourquoi on ne Vavait pas poursuivi par la force ou pat les lois, n'est-ce pas demander raison de ses erimes ?

De plu& , il y avait un certain droit des gens , une opi nioD étab lie daits toutea lea républiques de la Grèce et dltalie , qui faisait regarder comme vertu Fassassii» de celui qui avait usurpé la souveraine puissance. A Rome , sur-totti 9 depuis l'expulsion des rois , la loi était précise , les exemples reçus; la république armait le bras de chaque citoyen , le faisait magistrat pour le moment, et l'avouait pour sa défense. Brutus ose bien dire à ses amis, que^ quand son père reviendrait sur la terre, il le tuerait tout de même ; et quoique , par la continuation de la tyrannie , «cl esprit de liberté se perdit peu à peu, toutefois les con* jurés , au commencement du règne d'Auguste , renaissaient toujours. »

C'était un amour dominant pour la patrie , qui , sortant des règles ordinaires des crimes et des vertus, n'écoutait que lui seul , et ne voyait ni citoyen , ni ami , ni bienfaiteur , ni père ; la vertu semblait s'oublier pour se surpasser elle-même ; et l'action qu'on ne pouvait d'abord approu-* ver , parce qu'elle était atroce, ellela faisait admirer comme divine.

Yoilà l'histoire de la républiquê^ romain». Nous verrons les cbangemens de la constitution dans un autre article $

car on ne peut quitter Rome , ni les Romains : c^est ainsi qu'encore aujourdliui , dans leur capitale, on laisse les nouveaux palais pour aller chercher les ruines. C'est ainsi que l'œil , qui s'est reposé sur l'émail des prairies , aime à voir les rochers et les montagnes.

RÉPUBLIQUE FÉDÉRATIVE. ( Gouvernement polit. ) Forme de gouvernement , par laquelle plusieurs corps politiques consentent à devenir citoyens d'un Etat plus grand, qu'ils veulent former. C'est une société de sociétés qui en font une nouvelle j qui peut s'agrandir par de nouveaux associés qui s'y joindront.

Si une république est petite , elle peut Être bientôt détruite par une force étrangère ; si elle est grande , elle se détruit par un vice intérieur. Ce double inconvénient infecte également les démocraties et les aristocraties j soit qu'elles soient bonnes^ soit qu'elles soient mauvaises. Le mal est dans la chose môme; il n'est point de forme qui puisse y remédier. Aussi y a-t-il grande apparence que les hommes auraient été à la fin obliges de vivre toujours sous le gouvernement d'un seul 9 s'ils n'avaient imaginé une manière de conslitution et d'association, qui a toujours les avantages intérieurs du gouvernement républicain 9 et la force extérieure du monarchique.

Ce furent ces associations qui firent fleurir si long-tems le corps de la Grèce. Par elles , les Romains attaquèrent l'univers; et par elles seules l'univers se défendit coïitre eux ; et quand Rome fut parvenue au comble de sa grandeur , ce fut par des associations derrière le Danube et le Rhin, associations que la frayeur avait faites , que les bar-

DE l'encyclopédie. ^7$

bat^ purent lui résister. (Test par-là que la Hollande^ TÂllemagne j les ligues Suisses sont regardi^es en Europe comme des républiques éternelles.

Les associations des villes étaient autrefois plus nécessaires quMles ne le sont aujourd'hui ; une cité sans puis* sance courait de plus grands périls. La conquête lui faisait perdre , non-seulement la puissance exécutrice et la légis« lative y comme aujourd'hui ; mais encore tout ce qu'il y a de propriété parmi les hommes, liberté civile ^ biens , femmes , enfans y temples , et sépultures même.

Cette sorte de république , capable de résister à la force extérieure , peut se maintenir dans sa grandeur, sans que l'intérieur se corrompe : la forme de cette société prévient tous les inconvénîens. Celui qui voudrait usurper ne pourrait guère /^tre également accrédité dans tous les états confédérés : s'il se rendait trop puissant dans l'un , il alarmerait tous les autres. S'il subjuguait une partie, celle qui serait libre encore pourrait lui résister avec des forces indépendantes de celles qu'il aurait usurpées, et l'accabler avant qu'il eût achevé de s'établir.

S'il arrive quelque sédition cliez un des membres confédérés, les autres peuvent l'apaiser. Si quelques abus s'introduisent quelque part , ils sont corrigés par les parties saines. Cet état peut périr d'un côté , sans périr de l'autte; la coniédération peut être dissoute, et les confédérés rester souverains. Composé de petites républiques , il jouit de la bonté du gouvernement intérieur de chacune; et à l'égard du dehors, il a, par la force de l'association , tous les avantages des grandes monarchies.

Toutes les républiques fédératwes n'ont pas les mêmes lois dans leur forme de constitution. Une république qui

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s'est unie par une confédération politique, s'est donnée entière et n'a plus rien à donner.

On sent bien qu'il est impossible que les états qui s'associent , soient de m^me grandeur et aient une puissance égale. La république des Lyciens était une association de vingt-trois villes : les grandes avaient trois voix dans le conseil commun; les médiocres deux , les petites une. I4ÇS villes de Lycie payaient les charges selon la proportion des suffrages.

Après tout y la concorde est le grand soutien des républiques fédératiffes*

L'histoire rapporte qu'un envoyé de Byzance vint , an ppm de sa république , exhorter les Athéniens à une alliance fédérative contre Philippe, roi de Macédoine. Cet envoyé^ dont la taille approchait fort de celle d'un nain , monta dans la tribune pour exposer sa commission^ Le peuple d'Athènes , au premier coup d'œil sur sa 6gure, éclata de rire. Le byzantin , sans se déconcerter , lui dit : « Voilà bien de quoi rire , Messieurs , vraiment j'ai une femme bien plus petite que moi.» Les éclats redoublèrent; et lorsqu'ils eurent cessé, le pygmée plein d'esprit > qui ne perdait point de vue son sujet, y ajusta l'aventure., et substitua à sa harangue préparée le simple propos que voici, n Quand unç femme telle que je. vous la dépeins , et moi tel que vous me voyez , ne faisons pas un bon ménage, nous ne pouvons tenir dans Byzance, toute grande qu'elle est ; mais aussitôt que nous nous accordons, nous sommes heureux , le moindre gîte nous suffit : O Athéniens, continua*t-il , tournez cet exemple à votre avantage ! Prenez garde que Philippe , qui vous menace de près, profitant bientôt de vos discordes et de votre

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gaietë hors de saison , ne vous subjugue par sa puissance , par ses artifices , et ne vous transporte dans un pays où vous n'aurez pas enviç de rire» » Cette apostrophe produisit un effet merveilleux ; les Athéniens rentrèrent en eux-mêmes ; les propositions du ministre de Byzance furent ëcoutées , et l'alliance fédérative fut conclue. (Esprit des loism )

RÉPUBLIQUE DE Platon. ( Goupem. polit. ) Je «ais bien que c^est une république fictive; mais il n'est pas impossible de la réaliser à plusieurs égards. « Ceux [qui voudront faire des institutions pareilles , dit l'auteur de Y Esprit des lois , établiront y comme Platon , la communauté des biens, ce respect qu'il demandait pour les dieux , cette séparation d'avec les étrangers poiu* la conservation des mœurs, et la cité faisant le commerce | et non pas les citoyens , donneront nos arts sans notre luxe , et nos besoins sans nos désirs; ils proscriront l'argent^ dont l'effet est de grossir la fortune des hommes au- delà des bornes que la nature y avait mises, d'apprendre à conserver inutilement ce qu'on avait amassé de même, de multiplier à l'infini les désirs et de suppléer à la nature , qui nous avait donné des moyens très-bornés d'irriter nos passions et de nous corrompre les uns les autres.

Zée Çfiepalier db Jaucourt*

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