RIDICULE
iiiBicuLB ( LE )• ( AEorate. ) Je demande mai-iiième ee que c'est que le ridicule : ou ne la poiut encore défini ; c'est un terme abstrait dont le sena n'est point fixe ; il va« rie perpétuellement 9 et relève, comme lesmodes^ du ca-price et de l'arbitraire; chacun applique Tidée 4u ridicule, la change^ l'étend et la restreint à sa fantaisie. Un bomipe est taxé de ridicule dans une société pour avoir quitté de faux airs; et ces mômes faux airs dans une autre société, le comblent de ridicules.
On confond communément le ridicule airec ce qui est contre la raison ; cependant ce qui e$t poutre )a raison est folie : si c'est contre l'équité, c'est un crime*
Le ridicule devrait se borner aux choses indifférent»^ en elles-mêmes , et consacrées par les usages reçus : It^ mode» les habits, le langage, les manières, le maintien | noilà son ressort. Voici son usurpation.
Il étend son empire sur le mérite , l'honneur , les taJens, la considération et les vertus ; sa caustique empreinte est ineffaçable I c'est par elle qu'on attaque dans le fond des cœurs le respect qu'on dpit à la vertu ; il éteint enfin Famour qu'on lui porte : tel rougit d'être modeste , qui devient effronté par la crainte du ridicule; et cette mauvaise crainte corrompt plw} de cœurs honnêtes, que les mauvaises inclinations.
Le ridicule est supérieur à la calomnie, qui peut se dér^;
5il4 ESPIUT
traire en retombant sur son auteur; et c'est aussi le moy eri que l'envie emploie le plus sûrement pour ternir l'éclat des hommes supérieurs aux autres.
' Le déshonorant offense moins que le ridicule ; la raison en est qu'il n'est au pouvoir de personne d'en déshoDorer un autre. C'est notre propre conduite , et non les discours d'autrui^ qui nous déshonorent; les causes du déslion* Oeur sont connues et certaines ; mais le ridicule dépend de la manière de penser et de sentir qu'ont les gens vicieux y pour tftchèr de nous dégrader, en mettant la honte dt la gloire partout qù ils jugent à propos , et sur tous les objets qu'ils envisagent par les lunettes du ridicule. ' Le pouvoir de son empire est si fort ^ que quand l'imagination en est une fois frappée ^ elle ne connaît plus que sa voix. On sacrifie souvent son honneur à sa fortune , et quelquefois sa fortune à la crainte du ridicule.
B n'était pas besoin , ce me semble , de proposer pour sujet du prix de l'Académie française, en 1753,' si la crainte du ridicule étouffe plus de talens et de vertus qu'elle ne corrige de vices et de défauts ; car il est certain que cette crainte corrige peu de vices et de défauts, en comparaison des talens et des vertus qu'elle étouffe. La honte n'est plus pour les vices; elle se garde tout entière pour cet être fantastique qu'on appelle le ridicule^
n a pris le savoir et la philosophie en aversion ; à peine pardonne-t-Il l'un et l'autre à un petit nombre d'hommes de lettres supérieurs; mais pour les personnes de distinction 9 il faut bien qu'elles se gardent d'aspirer à l'amour des sciences; le ridicule ne les épargnerait pas.
Il s'attache encore fort souvent à la considération, parce qu'il en veut aux qualités personnelles : il pardonne aax
DB l'enctcxsopédib. 'Ssrf
rices , parcse qu^ils sont en commun; les bommes s'aceor-
Âent à les laisser passer sans opprobre ; ils ont besoin de
leur faire grâce. Dans cbaque siècle 9. il j a dans une na^
tîon un vice dominant ; et il se trouve toujours quelque
bomme de <]ualité qu'on appelle aimable , ou quelque
feoime titrée y qui donne le ton à son pays , qui fixe le
ridicule 9 et qui met en crédit les vices de la sociétff.
C'est en marchant sur leurs traces, dit très- bien Du« dos 9 qu on voit des essaimas de petits donneurs de ridi-* cules y qui décident de ceux qui sont en vogue , comme les marcliaiids de modes fixent celles qui doivent avolt cours. S'ils ne s'étaient pas emparé de l ^emploi de distribuer eu second les ridicules y. ils en seraient accablés ; ils ressemblent à ces criminels qui se font exécuteurs, pour sauver leur vie. Une grande sottise de ces ôtres frivoles., et celle dont ils se doutent le moins, est de s'imaginer que leur en^pire est universel. Le peuple ne connatt pas même le nom des choses.siu: lesquelles ils imprime|it le ridicule; et c'est ee que toute la< bourgeoisie en^ sail. Les gens du monde , ceux qui sont occupés ^ ne sont frappés que pav distraction de ces insectes incommodes. Les bommcs il-^ lustres sont trop élevés pour les apercevoir , s'ils ne dai-« gnaient pas quelquefois^s'en amuser eux-mêmes.
Jj^ CIvMfalieK U£ Xaugoubs..
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RiDiclTLir ( I2E )• ( Poésie dmmatique eomiqueé ) La ridicule dans le poème comique, est, selon Âristote , tout défaut qui cause difformité sans douleur , et cpii ne me^ nftce personne de destruction, pas même celui en qui §e trouve le défaut; car s'il menaçait de destruction^, il né
SaS RSPRIT
pourrait frire rire ceux qui ont le odeur bien fait. Un iv> tboT secfet sur eux-bièiiies leur ferait trouver pi ils de dmnnes dans la compassion.
hé riHùttk est esseAtiellenlent l'objet de la compilé. Un philosophe disserté contre le vi^e; un satirii|«e \t ieptféoA aigrement ) un orateur le tombât avec feU ; te eo^ mëdien l'attaque par des railleries, et il réussit qùelqlie^ iwk mieux ^'oh ne ferait avec les pluB ferts argutaens.
La difformité qui constitue le ridicule, sera donc une «ontradietion des pensées de quelque homme , de ses se»*tiffleni, de sAes 'mœurs j dé son air , de sa façon de faire > avec la natuk^^ avec les lois retguesv ^vec les usages^ avec fié que iemblë exiger la situation pk'ésente de celui en qui est la difibnàité. Un homme ^t dans la pluà ba^se for^ tuiiev il ne parie que de tois et de tétrarques : il est de Paris$è Paris, il slabille à la chinoise: il a cinquante atts> il a'aiÀuse sérieusement à atteler A^ tats à un petit charriot de tartes ; il est accablé de dettes , miné ^ et veut uj^rendre aux autres A se conduire et A à'enridiir t voilà des difformités iîdicules) >qui sent, tommé ^n le voit> autant de contradictions avec une eettaine idée d'olrdï^ oié de décence établie;
n faut observer que tout ridicule n'est pai rkibb, fl jr a un riditnle qninous enh\iie^ qui est maussade; c'est le ridicule grossier : il y en a un qui nous cause du dépit ^ parce qu'il tient à un défaut qiii prend sur notre amour* pi^pre : tel est le sot orgtieiK Geltii qui se montre sur la scène comiqiie est toujours agréable^ d^cat^ et né «èvi cause aucune inquiétude secrète.
Le c<»niqUe, ce que les Latins appellent via vomicmy cst,donc te ridicàle vrai , mais chargé plus ou moins ,
lom mjkfi'le MttiqW «st {Jùs ou inôiihs iSéltoal. Uy^mt' féitkt eyLtfoh eH-décà duc[ttel on ne fit point ^ et M^^ddi dttquel On ne rit plus ^ au tnoin^ lé^ konnâtès pmà. PIti on % le goât fin «t <etefcë sût le» bMâ ttOâèl«ft, ptuft M le sent : mais c'est de eeb îf^koses i({u^dA ixe piStift ({lié MsMlK Or^ la Véi^itë paraît pousèée àU^lelA Aefs Kteite«> i« qtuoid les tMits sont mnllipUâ et ptésentéft les ^ins à celé d«4 autres, n y ft dés riditmleè dan» là iotiêié \ kn&ië (Il ftlMll ftiôiti* friappans , pàl^cê qu'ik sont ttioini ft<^«nà. Cïl avare y pai^ ettstnple , ne feit ties ptéutés d'àviilrtce ^è •èè loia ea loin : léà tirait^ qni pronirent «ont «M)>f<s, pet^hll dàn^ Une infinité d'aûtfeè traili qui pottient nn àutiré isà^ ractëre : ce qui leur Me priftsqne toute ItféSt fbr«e. Snt U théâtre , un avare ne dit pas un mot, ne fait pas un geste , qui ne représente l'avarice ; ce qui fait un spectacle singulier » quoique vrai ^ et d'un ridioide ipd «éceasafegmnnt. fait rii*e»
2<* Elle est au-delà des Umitès, quand elle passe la vraisemblance ordinaire. Un avare voit deux chandelles allumées , il en souffle une ; cela est Juste ; on la rallume encore y il la met dans sa poche : c'est aller loin ; mais cela fCts\, peni-êttê pas an-^delà deà bornes du coniique. BéA Qtt'ïchôttè èStVidieulô par ses idées de «hétàlertë $ Sandid n% Test pkë in6ins par ses idées àe fortuné, hhh il sétribltÉ qtxèrVàilitéUt àé tnoqué dé tous deui, let quTl îèut sotAé dé^ chbàe» ôtttréeà et bikàtte^ , pbW tes Iréndté rîdtttdéé âui autres , et pour se divertît lui-ttiètne.
Là troisième ïnanlèrè dé faire sottit fe icwnîîjtte , est dé fkite ébntràStét le décent avec lé ridicuïê. On voît sut Ik ifiètne léènétin hofnmé sensé et un ^bnent de triètrac qnt* vîmltri ttnir des propos ittpéftinens t IVn tlratEéhe stif
t99 B8Fiirr
Fantre et \é relère* La femme ménagère 6gnreà ediédela iavanlei lliomme poli et humain à c6té du misaDlhropc, et un jeune homme prodigue k c6t(S d*un père avare. La comble est le chocdestravera et dea ridicules entre eux, ou avec la droite raison et la décence*
Le ridicule se trouve partout : il n'y a pas une de nos actions , do nos pensées * pas un de nos gestes , de nos mottvemensqui n'en soient susceptibles. On peut les conserver tout entiers, et les faire grimacer par la plus légère addition. D*où il est aisé de conclure que quiconque est vraiment né pour Être poëte comique , a un fonds inépui* aable de ridicules à mettre sur sctne» dans tous les carac« tères de gens qui composent la société.
Le Chevalier DB Jauçourt.