Tome xisl
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une jouissance et un besoin par l'habitude. I) j aurait peu àe bon sens à raisonner cette espèce de plaisir, et à le disputer à ceux qui en jouissent. Il s'agit seulement de savoir s'il est réel et s'il est sensible ; dès lors , naturel ou factice y c'est un plaisir de plus; et il ne saurait trop y en avoir dans la nature et dans les arts*
La rime n'intéresse pas seulement l'oreille; elle soulage , elle aide la mémoire; et si c'est un plaisir pour Tesprit de se retracer fidèlement et sans peine les idées qui lui sont chères , tout ce qui rend léger et facile ce travail de la réminiscence, doit être un agrément de plus. Or, il est certain que la rime donne à la mémoire des signaux plus marqués pour retrouvjBr la trace des idées. Par ce rapport de consonnances , un mot en rappelle un autre ; et tel vers nous aurait échappé, qui, par cette extrémité que Ton tient encore, sera retiré de Toubli.
La rime est enfin un plaisir pour l'esprit, par la surprise qu'elle cause; et lorsque la difficullé, heureusement vaincue, n'a fait que donner plus de saillie et de vivacité, plus de grâce ou d'énergie à l'expression et à la pensée , soit par la singularité ingénieuse du mot que la rime a fait naître, soit par le tour adroit, et pourtant naturel, qu'elle a fait prendre à l'expression , soit par limage nouvelle et juste qu elle a présentée à l'esprit, la surprise qui naît de ces hasards réservés au talent, où la recherche est déguisée sous l'apparence de la rencontre, cette surprise mêlée de joie, est un plaisir à chaque instant nouveau, pour qui connaît l'indocilité de la langue et les difficultés de l'art.
Ce plaisir est d'autant plus vif, que la rime paraît à la fois plus rare et plus heureusement trouvée. Dans la lan*
w» l'eniîycLopédie. 559
^e italienne , où les consoûnances ne sont que trop fréquentes , la rime doit causer peu de surprise : elle est si <:oinmune , qu'en improvisant on la rencontre à chaque pas ; et dans la contexture du vers , comme dans celle de la prose 9 les Italiens ont plus de peine à fuir la rime qu'à la chercher.
Elle est plus dair-semëe dans la langue française , grâce à la vérité de nos désinences; aussi y a-t«il , s'il m'est permis de comparer lé poète au chasseur, plus de bonheur a la découvrir , et plus d'adresse à l'attraper. Ce plaisir est réellement pour le spectateur, semblable à celui de la chasse; et en suivant la comparaison, on verra que dans Tune et l'autre 9 la sagacitp dans la recherche , Fiaquiétude dans l'attente y la surprise dans la rencontre, l'adresse et la célérité à tirer juste et comme à la course, sont une suite continuelle et rapide d'agréables émotions.
Un autre avantage que la même comparaison fera sentir €n faveur de la rime , c'est de donner à l'esprit, à Pimagînation et au sentiment plus d'ardeur et d'activité par l'aiguillon de la difficulté , qui , à chaque instant , les presse et les anime. L'esprit humain est ns^turellement porté à l'indolence , et en écrivant en prose , rien de plus difficile que de ne pas se laisser aller à une indulgence paresseuse, et aux négligences qu'elle autorise; au lieu du moins qu'en écrivant en vers , et en vers rimes , la diffî<culté renaissante réveille à tout moment l'attention prêté à se ralentir , et la tient ^ si fose le dire, en haleine. Tout le monde connaît les vers de La Faye , où la gène du vers est comparée à ces canaux qui rendent les eaux jaillissantes ; serait-il permis d'ajouter que la rime, à la fin d'un vers, est comme l'extrémité plus étroite encore du \nyau.
iiO ESPRIT
d'où les eaux jaillissent? C'est une attention curieuse à doâner à la lecture des bons poètes , que de voir combien d'images nouvelles , de tours originaux , d^expressions de gënie , de pensées qu'ils n^auraient pas eues sans la contrainte de la rime , leur ont été données par elle ; et combien d'heureuses rencontres ils ont faites en la cberchant.
Mais comme c'est en même tems à la difficulté de la rime «t à Taisance avec laquelle on a vaincu cette dîffi— culte > que le plaisir de la surprise est*attaché, il suit de là que si la rime est trop commune , si les mots consonnans ont trop d'analogie et sont trop voisins Vxxn de l'autre dans la pensée , comme le simple et le composé , ou comme deux épithètes à peu près synonymes , la rime n'a plus son effet. De même , si elle est trop singulière y tirée 'de trop loin , trop péniblement recherchée , l'effort s'y fait sentir , et l'idée de bonheur et d'adresse s'évanouit. Boileau appelait rime de bouts rimes , celle de sphinx et de sirinxf et la reprochait à La Motte. L'esclave qui traîne sa chaîne ne nous cause aucune surprise; mais s'il joue avec ses liens, il nous étonne, et encore plus si, par la grâce et la dextérité avec laquelle il en déguise et la gène et le poids , il s'en fait comme im ornement.
On regarde comme un tour de force d'employer des rimes bizarres , et cela est permis dans un poëme badin , comme le conte et l'épigramme ; mais dans le vrai , rien n'est plus facile^ et rien ne serait de plus mauvais goût dans un poème sérieux. De cent personnes qui remplissent passablement des bouts rimes hétéroclites, il n'y en a quelquefois pas une en état de faire quatre vers élégans. L'extrême difficulté dans l'emploi de la rîme, est de la rendre à la fois hem>euse et naturelle , imprévue et facile
DE L*ENCYCLOPÉDlE. 54^1
au point qu'elle paraisse avoir obçi au poète , comme le cheval d'Alexandre , que lui seul avait pu dompter. On sent que ce mërite exclut également la rime triviale et la rime forcée. Racine est en cela te premier modèle de l'art.
Observons cependant qu'à mesure qu'un poème a , par son caractère , plus de beautés supérieures , plus de grandeur et d'intérêt, le faible mérite de la rime y devient plus frivole et moins digne d'attention. Q est encore de quelque conséquence dans la partie descriptive de l'épopée , où la tranquille majesté du récit laisse apercevoir à loisir tous les agrémens accessoires du style; mais dès quç la passion s'empare de la scène , soit dramatique^ soit épique 9 l'harmonie elle-même est à peine sensible ; le vers se. brise, les nombres se confondent, la rime frappe en vaiu l'oreille ; l'esprit n'en est plus occupé. De là vient que dans plusieurs de nos belles tragédies , c'est la partie la plus négligée , et personne encore ne s'est avisé , en sanglottant et en versant des larmes , de critiquer deux vers sublimes , pour être rimes faiblement.
Marmontibl.
MMMMMDWMMMIKM
Rime annexjêe. Cette rime, dont on voit des exempies dans les premiers poètes français , consistait à commencer un' vers par la dernière syllabe du vers précédent; exem|>le :
Dieu gard' ma maîtresse et régente^, Gente de caur et de façon ;, SoD cœur tient le mien en sa tente , Tant et plus d'un ardent frisson.
54 i EsPKrt
RniE BATELÉE. C'est le nom qu'on donnait autrefois au vers dont la fin rimait avec le repos du vers suivant ; exemple:
QnAad Ne ptuoe , poiBsant Dieo de la mer »
Cessa d'armer Guraques et Galëes..
Rime BRl^iiE. Cette rime, pratiquée autrefois , consistait à construire des vers de façon que les repos des vers rimassent entre eux , et qifen les brisant ils fissent d'autres vers 5 exemple :
De cœur parfait « chassez toute douleur ; Soyez soigneux ; n'usez de nulle feinte ; Sans TÎIaln fait entretenez douceur ; Vaillant et preux » abandoncz la Ceinte ;;
en brisant ces vers , on lit t
De cœur parlaiat Soyez soigneux »
Sans vilain fait Vaillant et preux ; Chassez toute douleur ;.
fV'usez de nalle ftfiote ; Entretenez dooecur , Abandonnez la feinte.
Rime couronnée. La . rime était icouroiinée , lorsqu'elle se présentait deux fois à la fin de chaque versf exemple ;
La blanche Golombelle , belle »»
PE l'encyclopédie. 543
Sondant {• Tais priant, criant ; Mais dessous la cordeMe d'elle »
Me jette un œil rrîaad, riaot.
Rime emperierb. C'était le nom de celle qui ^ au bout d'un vers , frappait l'oreille jusqu'à trois fois.
Beoîns lecteurs très-dîlîgens, gens, gens»
Frênes eo gié mes imparùils , faits , faits.
Rime enchaînée. C est celle qui consiste à reprendre le dernier mot du vers précédent pour en former le premier du vers suivant. Ce goût barbare en poésie passait pour un ar| très-ingénieux. On peut juger du mérite de ce genre d'esprit, autrefois si fêté, par l'exemple suivant^ tiré des bigarrures du sieur des Accords ;
Pour dire au tems qui court , Court est un périlleux passage ; Pas sage n'cil qui Ta en cour ; Cour est son bien et avantage ; Bage est sa paix ; pleurs ses soulas ; Las 1 c'est un très<pîleux ménage | ff âge autre part pour ses ébats.
Cette rime est la même que la rime annexée oa frater«
nisée.
MMVMrWIWMAMVS.
Rime équivoque. Nos anciens poètes français se servaient quelquefois d'une manière de rime qu'on appelle rime équivoque , dans laquelle la dernière syllabe de chaque vers est reprise en une autre signification , au
commencemeot ou à la fin da v^ers qui suit. Bichelet rapporte l'exemple suiYant :
En m'ébattaot je ùu roodeaoz ea rime , Et en rimant bien soatent je m'enrime; Bref y c'est pitié entre nous rimaillean , Car vont tionTes asses de rime aittears ; Et quand vous plaît » mieux que moi rimanet , Dei biens aves» et de larime asaes, etc.
Marot est Tauteur de ces vers bizarres ; c'était là mie gentiUesse du goût de son siècle. Nous ayons de la peine à concevoir aa)ourdliui quel sel on pouvait trouver dans des productions si plates.
RlMB FRATBBNisÉE. Cette rime qui a bien du rapport avec la rime annexée , si elle n'est pas la même cbose , consistait , suivant nos anciens poètes , à répéter en entier , ou en partie , le dernier mot d'un vers au commencement du vers suivant ; exemple :
Mets Toile au vent, dmgle Yen nous , Garon»
Car on t'attend , ete.
Rime kirielle. Elle consiste à terminer chaque couplet d'un petit poème par un même vers :
Qui Toudra savoir la pratique De ceUe rime juridique.
Saura que bien mise » en effet»
La kirieUê ainsi se tût * De plates , de syllabes buit.
Useï en donc f si bien tous duit»
Pour faire le couplet parfait « Ukiridkùaû se fait.
DE l'encyclopédie. 345
On voit bien que cel exemple se ressent de rorîgîne l^arbare de la kirielïe 5 maïs nous ne manquons pas de couplets de qhausons où elle est mise avec esprit.
RiHE BjÊTROGRADE. Sous Charles Ym^ et sous Louis ^11 , les poètes avaient mis les rimes rétrogrades en vogue ; c'était le nom qu'on avait donné aux vers , lorsqu'au les lisant à rebours ^ on y trouvait encore la mesure et la rime, comme dans ceux-ci; exemple :
Trîomphamment cherchez honnears et prii , Dësolez , cœurs méchans , îd fortunés Terriblement èles mocquez et pris.
Lisez ces vers en remontant, vous trouverez les mêmes
rimes :
Prix et honneurs cherchez triomphamment , etc.
Rime sénée. On nommait ainsi les vers où tous les mots commençaient par la même lettre; exemple :
Ardent amour , adorable Angélique.
Un poëme dont tous les vers commençaient par une même lettre , s'appelait poème en rimes sériées,
RlHE FÉMININE. Les vers qui finissent par un mot dont la dernière syllabe a pour voyelle un e muet , excepté dans les imparfaits diarmaient ^ aimaient \ ces vers , dis- je , ont une rime féminine , et on les appelle aussi vers féminins ; exemple :
Victoire , Armes ,
Gloire* Charmes.
Dan$ la rime féminine , la ressemblance du son sç tire àt la pénultième syllabe , parce que Ve muet ne se faisant point sentir, n'est compté pour rien. Dans le dernier hémistiche des vers de rime féminine , il y a toujours une syllabe de plus que dans les vers masculins , qui est la syllabe formée par cet e muet.
Rime masculine. C'est lorsque la dernière syllabe du dernier mot du vers ne comprend point un e muet, qu'on nomme autjreoieAt e fémixim; ^einple s
Fierté 9 Soupirs»
Beauté. Désirs.
Dans cette sorte de rime , on ne considère que la dernière syllabe pour la ressemblance du son, et c'est cette syllabe qui fait la rime. Les mots qui ont un e ouvert rimeraient très-mal avec ceux qui ont un & fermé à la * dernière syllabe; ainsi enfer et étouffer feraient des rimes vicieuses : il faut , autant qu'il est possible , que les dernières syllabes des deux vefs qui riment se ressemblent parfaitement ; cependant on use d'indulgence à cet égard qua^d le son de la dernière syllabe est plein , ou que les rimes sont rares.
jEliKf: NORMANDE. On appelle ainsi des rimes qui ne sp ressemblent que d^os le son ou dans la manière de les écrire. Ces rimes quoique autorisées pai^ l'emploi qu'en ont fait des poètes célèbres , parai^ept toutefois trèsvicieuses 5 exemple :
Et quand ^rec transport je peifie oi'Bpprocher De tout c« que If s dieux m'ont laiwé de plus cher.
DE L^EVCYCLOPÉDIB. 547
Rime redoublée. Chapelle ( Claude THuilHer) ëlère du célèbre Gassendi, inspira le goût des rimes redoublées à l'abbé de Chaulieu, à ce qu'il nous dit lui-même.
Chapelle au milieu d'eux , ce maître qui m'apprit Au fOQ harmonieux de ritius redouHies , L'art de charmer Torcille et d'amuser l'eaprit Far la diversité de cent nobles idées.
Ces vers ont fait croire à bien des gens que Chapelle est le premier qui s'est servi des rimes redoublées : mais c'est une erreur ^ d'Assoucy les employa long-tems avant lui ^ et même avec quelque succès , comme Voltaire l'a remarqué.
Pourquoi donc , sexe au teint de rose y Quand la charité tous impose La loi d'aimer votre prochain , Pouvez voas me haïr sans cause • Moi qui ne vous fit jamab rien t AJi pour mon bonheur je vois bien , Qu'il faut vous faire quelque chose.
Rime riche. Terme de poésie pour marquer le degré de perfection dans cette partie de vers.
La rime féminine est riche , lorsqu'immédiatement devant la pénultième voyelle ou diphtongue il y a une même lettre dans les deux qui font la rime; exemple :
Victoire, Bebelle,
Histoire* Isabelle.
La rime masculine est riche., lorsqu'immédiatement de^ vant la dernière voyelle ou diphtongue,, il se trouve
^48. ESPRlt
quelque lettre semblable dans les deux mots , comme dans heureux , généreux.
Rime suffisante. La rime féminine est suffisante, lorsque la pénultième voyelle ou diphtongue avec tout ce qui la suit , rendent un même son dans les mots qui font la rime ; exemple :
Belle, Victoire ,
lafidelle. Gloire.
La rime masculine est pareillement suffisante , lorsque la dernière voyelle ou diphtongue des mots avec tout ce qui suit 9 rendent un même son ; exemple :
Espoir, Heureux,
Devoir. Honteoz.
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Rimes croisées. C'est lorsqu'on entrelace les vers de deux espèces 9 un masculin après un féminin, ou deux masculiùs de même rime entre deux féminins qui riment ensemble. L'ode, le rondeau, le sonnet, la balade, se composent à rimes croisées.
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RiHES MÊLÉES. G'cst lorsque dans le mélange des vers on ne garde d'autres règles que celle de ne pas mettre de suite plus de deux vers masculins , ou plus de deux féminins. Les fables , les madrigaux , les chansons , quelques idylles , certaines pièces de théâtre , les opéras , les cantates , etc. , sont composés de rimes mêlées. La répétition de la même consonnance, loin d'être vicieuse dans les rimes mêlées , y jette pour l'ordinaire de l'agrément.
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B.IMES PLATES. C'est lorsque les' vers de mêmes rimes se suivent par couples y deux masculins et deux féminins. La comédie , Féglogue et l'élégie , se composent à rimes plates. Pour le poëme épique et la tragédie , ils sont nécessairement assujettis à celte ordonnance de vers. Il faut avoir soin d'éviter la fréquente répétition des mêmes rimes , qui feraient une monotonie désagréable.
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RiHES UNissoNNES. Rimes qui ont le même son. L'orthographe différente ne rend point la rime défectueuse , quand le son est le même à la fin des mots. Ainsi les rimes suivantes et autres semblables , sont régulières. Amant , moment ; départ , hasard ; champêtre , con^ naître 5 sang , flanc $ aime , extrême.
Tout conspire à la fois à troubler mon repos » Et je me plains ici du moindre de mes maux.
Au reste , l'abbé Massieu prétend que le plus ancien morceau de poésie rimée qu'il y ait dans toute l'Europe , est la traduction ou le poëme de la Grâce , composé par Afrid , religieux de Vissembourg , qui vivait vers le milieu du neuvième siècle ; c'est du franc tout pur , auquel nous n'entendons plus rien.
Le Chevalier de Jaucourt.
35o ESPRIT