‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 3)Chapitre 4 sur 58 · Tome xui · texte numérisé non relu

Tome xui

sentiment. MàU, dit*on, cela vient de ce qu'on n'y fait pas attention , et quW n'ëcoute pas ces voix secrètes. Il fiiodrait donc qu'elles fussent assez intelligibles pour être ^entendues, et qu'on pût suivre leurs directions. Et l'on soutient au contraire que moins elles -sont inteliigibleB , plus on y doit d'attention ; c'est-à-*dire , qu'on doit agir à l'aveugle, se déterminer sans raison, et cela même dama âeê occasions où un devoir clair et connu dicte préciseraient le contraire.

Ij'kistoire de France, rapporte \e preêsentiment de mort qu'avait eu le maréelial de Saint André , le matin avant la bataille de Dreux ; mais , pour nous en tenir à ^0et exemple, le maréchal de Saint André était obligé d'office à se trouver à la bataille : devait-il neiger son dev<»r pour obéir à cette prétendue voix secrète qui lui «lisait qu'il aurait^^ ne aai quai ce jour^-là, comme s'exprime Brantôme ? S^il ne devait point négliger son devoir, eomme tout homme raisonnable en conviendra , à quoi bon Tavertissement? Pourquoi lui faire cennattre un danger que les circonstances où il se trouvait ne lui permettaient pas d'éviter?

Dans la supposition que les intelligences qui formrat le monde invisible, nous parlent pour nous diriger, elles ne doivent pas paiier inutilement ; et n'est-ce pas le faire , que d'avertir d'un péril que le devoir clair et connu ne permet point d^éviter? D'ailleurs, à moins que de supposer que les mauvais esprits jouissent du privilège de veiller pour ceux qui sont leurs compagnons et leurs imitateurs en malice, on ne peut guère concevoir que les mtelligenoea pures et simples, agissant sous la directi<m de Dieu, prennent assez d'intérêt à k conservation d'un homme

DE l'encyclopédie. ij

TÎcieiix , pour lui donner avis du danger qui h», menaf^e^ Qu^e est donc la cause , dxni^t*on , de certains mouvemens secareti f tek, par exemple, que celui ^e ressentit le marëclud de Saint André ? On petit en marijmer plur« »icur» ^i agissent cpiel^efois tontes aisemble; tdles sont la superstition, ime mauvaise oonseieiice, ïiàê^ d'un cUnger , et uae inuBgînation aisée à se laisser frapper*

Tettt le inonde sait que la supcr^ion prodoit d'é-» tranges eSiefea dtfas les hommes-^ et qve la fluêlégkte &»^ constaiee peut la meltre e» UKtevement. Un homme accoutumé à faire dépendre toute sa religion de certaines observances extérieures , et qui se surprend dans la négli-* g0iee à œt égard ^ petit être teis^fkcikdDHat sanst d^ine terreur panique , surtout quand cela se jouil à vaâff maui* taise eoaacîence ^ €» }fx^ secret et inceirrapliblei de nos aetioKB perd rareoaent touis ses dffoits$ osia beau faire y il £û4 quelquefois des reproches <|ui' reaiplîssentt l'àme de frayeur^ surtout ^aâBdk.susrpetstiÉkms'Mi slèle. Le soi»* tfmsnt dm esime rend timide^ et faàk redouter la peios <|aWseDt trèa^bieikaivoir iBérîrlée*Lavëritsbte inttépidliié est l'apansige die FlMNkime de bien,

Gecpik acbève dé ùàeé nakre des craintes^ c'est Fidéo i'un. danger présent» Un homme va narekeiï au eombat} il'Hft peut' se cacher àlui-'mème (piîilpevub ètoe^atteint d'aï» cattpi mortel ; quelle qpe soit sa valeur, la natnire fréwif k cette pensée ; et si à ces mouvemens naturels se joignent eeia delà superstitionr et d?U3ie mauvaise conscience, il ar'en faut pas davat^aige pouir causer du tx^ublie et l^QBir frapper rifliB^inatknw Geftimn^i Uu^ selon les appa-' reocea, ks causes du piétewlb pffês^ênÊinuni di^ tt^a* récbal da Saînt Astsi^éy sanii qpai'A mt^ âéceMlire de

faire venir une iaielligence qui lui ait parlé à l'oreille. Avouions , en finissant ces réflexions , qu'il y a aussi clés personnes ou naturellement craintives ^ ou dont Timagînation est aisément frappée. La moindre chose , la plus légère et la plus indifférente circonstance les émeut , les trouble ; et pour peu qu'il y ait dans les événemens quel* que chose qui puisse se rapporter à ces sentimens , dont leur caractère même est le principe ^ il n'en faut pas davantage pour les honorer du titre Ae preaseniùnent.

Le Cheffolier dk Jaucourt.

$MWVV¥^M^^V»^^^W^

Pressentiment. (Morale.) ( Voyez ci-dessus la défi* nition de ce mot. )

Une perception que j'ai eue se présente de nouveau à mon esprit ; je me la rappelle , ye reconnais que cette per-« ception est la même que celle que jai eue : voilà la^ rémi- Biscenoe et la mémoire. Lorsqu'on simplifie ces idées , il semble qu'on ne trouve dans les actes de ces facultés de notre âme , qu'une sensation continuée y mais obscurcie pendant un intervalle plus ou moins long. Qu'en serait-il de cet acte de l'âme qui se représente ime sensation future? Cet acte ne serait-il pas , à proprement parler, une sensation prévenue et anticipée qui ne diffère d'une sensation réelle , relativement à l'âme , que par le jugement qu'on en porte.

Nous avons vu ailleurs qu'il y a un point où la folie touche au bon sens , comme il y en a un où le sommeil touche au réveil y qu'un fou est un'hoBune qui rêve pendant qu'il veille, c'est-^-dire , qu'il ne distingue pas les sensations des fantômes de son imagination. Ici, noiis

DE i/eNCYCLOPÉDIB. Sj)

considérons Tbomme envisageant une représentation quelconque comme une sensation future , qu'il sait fort bien n'être point actuelle y mais qu'il regarde comme aussi certaine.

L'homme juge de son état présent et de son état passé, avec un degré presque égal de clarté et.de certitude : mais comment peut-il juger de même de son état à venir ou d'une partie de cet état ? Ce qui est à venir est sans doute une suite de ce qui est , de même que ce qui est doit être une suite de ce qui a été. Cette chaîne de causes et d'effets , qu'on ne peut détruire sans y substituer un fatalisme cent fois plus obscur , quelque difficile qu'elle soit à concilier avec la liberté , est si nécessaire y qu'il faudrait renoncer à tout raisonnement , si elle pouvait être contestée.

Il est même quelquefois assez aisé de montrer comment le présent est lié au passé. Quelque forte et extravagante que soit l'imagination d'un homme , il ne lui est pas bien difficile 9 s'il y fait attention , de découvrir la liaison de ses idées présentes avec ses idées passées.

Si donc la même chaîne, qui lie mon état actuel à tous les états précédens , le lie encore à tous les états futurs , il il est bien sûr que si mon état présent était différent de ce qu'il est , tous les états futurs par où ]e dois passer , seraient autres qu'ils ne seront effectivement. Donc mon état actuel, gros de tous mes états futurs, doit avoir en lui des raisons de tout j:e qui composera mon avenir. Si je voyais mon état actuel en entier, et l'état actuel de tous les êtres qui agissent et qui agiront sur moi, je verrais mon ëtat futur entièrement déterminé.

Parmi les causés qui concourent k déterminer les diffé-;

4<St EâPBIT

r^m éUiis pav où je pas^e , il y en a de plus composëes Wa ^IM4 que les autces. Un même effet 9 produit par le cou?- Q^f;^ 4^ lîlusieairiS eau^s^, ponvrirait, avec d'autres dr* constances , l'être par une seule ou par le moyen d'un pluA. I^tit noisj^re de ça^8es• Plus ces causes productrices sont çiMl^Qs^, moinA aussi est-il aisé de juger Feffet qui ent ^u}teca. Voilà pourquoi l'événement tjcoioipe les hommes. l^M plusi prudens ; la complication des causes, est trop. g^^de^Télat d'tmétre quelconque» sur-tout d!ttn être c^^son^ble , est un état sur leiiquel influe uu tre{>, grand s^ç^iç^ ^e ça^s^8u Up bomme tient à tout^

C^pueipi^cUiit il y a des causes* prépondéranleis 5 il y ea a qui ag^^9t si forteme;it, quia lea causes concomitwtes n'y infant pas beaucoup. S'il arrî^ye alors queceS) causes concourent à produire un même effet , il semble qu^il n'y en. ait ç^ qu.'u|ne seigle entre elles qui ait étéaçtiye» : si , au G9A^rairç9 eUes te^denjii à produire des effets opposés ^ la 'gfj^j^o]Çidéîiamç^ 4^ l'uu^. de ces caisses est s^sez grande fo^ que l'activité des ai^re$ soit imperceptibJie, Q suffira donc en pareil ca^ de connaître cette causée pr^ondé* i^te pour prévoir 1,'effet. Cfçst sàf^i que le sentiment ]feD),pprt^nt sat le 5a>iso^nement , que les passions subjufg^iftt W^ goAtfi^ et les pencban^ naturels., U noua est assez, aisé à^ i^g^c ce (|u^..i^i:ont 9 d^ns de certaines ciroonatanqq^^ deSihownes.qi^ie noAiiS connaissona beaucoup»

Ce^ qvp 9pu0 préyoyo^^s , en noua représentant clairen^eal^J'effet et les cajusies , est un. vaisonnemeut , o^esjb pi^é- ^^irnce; Thabitud^ de cojiif<>rmer noa actions àceAite mai^r^^ d^ prévoir , c'est pi;ud£nc6 : ici c'est laraison.^ aidée de l'expërience, qui , faisant attention aux circoofitoncês acMMtte»» dçA(ii^e.OM prévoit l'événement qtà'eUes prépa-

DE l'encyclopédie. 4i

rent ou amëDent. Mais il en est bien autrement de ce» soupçons, qui sont ou ies espérances ou des craintes; ils ne sont pas Teffet d'un raisonnement^ ce ne sont pas des id^adiatinctes qui les ont fait apercevoir, ce S0nt des idëes GotBiuses , enfans de l'imagination qui les- ont produits. Ce soupçon qu'on a de quelque événement futur y sans qu'on puisse en déterminer les causes ,, est le fruit d'un peneiumt,pJiu& ou mains, décidé à s'occuper de l'avenir.

Il n'est pas difficile de concevoir comment les hommes, tou)Qiirs €tceupâ» de désics , toujouiFs gouvernés par les pQs$i(Mi&, et tou^ma trop pairesseux ou tvop faibles pour tâGbe]^ d^ rendre dbtinfitea cea idées confuses qui le^ inquiètent ^ilnr'esA: pas difficile, drîs-rje, de concevoir comment de» hommes prennent pour pres9&ritiment Fappvébenâdtt oui le désir coofus d'u» événement possible. Ce sonJt desen&iiis qui s'occupent d'un fantôme , dont ils n'osent approeher; ik diésxvent, ils espèrent^ ils craignent, sans ei savoir la vsérLbable cause : éprouvewl-ils après eela quelqwi chose d^extiaorddinaire , ils ont deviné juste , ils ont eu un pressentiiiicnt de oe qui leur est arrivé, c'était une iuspivaAioa ^ ckinuèi» ^al il est difficile de laii^e revenir (;euîiqiij: nese sont pas femiliarisés. avec un certain raisonneou^nl que je seirais tenté d'appder^roâ2^ c'es4>-à-dire , av/ec cette manière de raisonner qui écaote les images que prài^nAe) l'imagination. Il est bien naturel que ceux qui ^Wupeul) beaucoup de l'avenir se contentent à& se repiésester des événemens futurs^ sans^onger aux causes qui peUiKnt les. produire , et à^ la nature de ces causes , pour jiilgeB de la probabilit'é: ici l'imagination ne fait que pein- <iK4.fe comparerais volontiers ces hommes, appliqués à devînex; l'avenir , àdes gens qui, fixanl? les yeux sur un ciel

43 ESPKir

couvert de nuag/Bs , y croient découvrir des figures de toutes e.<%pèces; elles n'y sont que pour eux.

Ce serait encore une erreur bien grossière que de croire avoir eu un pressentimentXjouXesles fois qu'un événementi qu'on a craint ou espëré^ vient à avoir lieu : un homme qui ne vit que dans les momens ^ où il espère de vivre encore y ne doit pas croire qu'il ait eu quelque pressentiment, si , entre une foule de conjectures frivoles y il a deviné juste uoe fois.

Les extrêmes se ressemblent quelquefois : je dirai de ceux qui écartent constamment l'avenir de leur esprit j ce que j'ai dit de ceux qui s'en occupent trop ; s'il reste dans leur âme une représentation confuse d'un événement à venir, malgré les soins qu'ils se donnent pour l'écarter , qu'ils ne disent pas que c'est un pressentiment. Un jeune homme, qui s'est aveuglé autant qu'il lui a été possible, aurait-il eu un pressentiment des maux qui viennent l'accabler , si , s'étant efforcé de s'étourdir sur les suites fu« nestes de ses égaremens , il n'était jamais parvenu à étouffer entièrement toute espèce de crainte de l'avenir ?

J appelle pressentiment la r^résentation d'un événement à venir , dont les causes , qui pourraient le produire , sont ou obscurément , ou clairement aperçues , et qu'un sentiment intérieur nous fait regarder comme prochain : quelquefois la crainte, quelquefois l'espérance, quelquefois même l'indifférence accompagne ce sentiment. Cet état se distingue de celui où l'on prévoit un événement par une connaissance exacte du présent , à peu près comme Tespérance frivole du joueur , qui attend et espère un coup de dez heureux , se distingue de l'espérance bien fondée d'un habile joueur d'échecs, qui conduit son adversaire

DE l'encyclopédie. 43

là où il le veut avoir. Aux ëchecs l'habile joueur peut se rendre raison de ce qui lui persuade qu'il gagnera la parsie : aux dez le joueur ne peut avoir aucune raison pour croire que le hasard amènera le coup qu'il attend.

Il n'est pas bien difficile de se faire une idée de la manière dont notre âme peut pressentir l'avenir. L'âme est une force représentative de l'univers relativement à la place qu'elle y occupe : elle se représente une foule d'é-^ vénemens possibles ; ces possibles , pour être actuels ou le deyenir , ont besoin d'être déterminés de toute manière , et les déterminations doivent avoir des causes qui les produisent. L'âme se représente, il est vrai , bien des causes différentes; mais ces causes peuvent être suffisantes ou insuffisantes.

Pour les distinguer, nous n'avons qu'un certain calcul de probabilité, que nous faisons quelquefois fort vite et même sans nous en apercevoir. Ces causes clairement ou obscurément aperçues font impression sur nous ; elles déterminent le degré de foi que nous ajoutons à l'espèce de prédiction que nous nous faisons. Cette impression ne nous doit point paraître étrange : ne nous arrive-t-il pas dans le sommeil d'être frappés vivement , et de croire quelquefois , même après le réveil , que ce que nous avons vu en songe existe réellement?

Combien de représentations obscures et .confuses qui agissent sur nous ! mille obstacles empêchent qu'elles ne deviennent claires et distinctes : des sensations trop vives , une méditation profonde , une idée dont l'esprit est trop occupé, tant d'autres raisons font évanouir des représentations très-claires en les obscurcissant : des intervalles de tranquillité pourront peut-être les mettre dans

un plus grand )our ; mai» si ces intervalles sont courts , ce ne sera plus^qu'un tableau qui passera rapidement, qu'<»x aura vu , qu'où se rappellera à peine , et qu'une nuit pro-^ fonde nous dérobeta de nouveau. Cependant, ces repré* senAatious qui n'ont point été clairement aperçues , ou qui ne l'ont été qu'un instant, agissent sur nous, souvent même avec une force étonnante , faut-il en alléguer îles exemples? Purlen de spectres à des âmes feibles , ou à wn poltron qui doit coucher seul dans un endroit reculé : aUee , à ka honte de Fesprit humain , entende quelques mauvais sermon», et vous voyez ces esprit» fîrappéis, étonna , saisis , représenter le triete spectacle des ftii&lesses de Fesprit humain. Quand te fort de l'impression est passe , l'âme est comme un homme éveillé qui ne se rappelle un; songe qu'imparfaitement; la tranquillité renatt. Mai» si une semblable impression» été accompagnée d^ Fidée d'un^ é^uement à venir, prochain ou éloigné, alors Fâfme conserve un sentiment d^ëspé^nce ou- de crainte, suivant que cet évéqement est a désirer ou à craindre.

Lors donc qu on a une représentation d'un événement auquel ou s'attend plus ou moins , sans qu'on puisse donnep d'autres raisons de cette attente que l'attente même j. ouïe sentiment èe eraàute en d'espérance qui' Faccompa-gne, on a ce qu'on appelle un preâsrentiment. Là oùPâone oespe de prévoir en raisonnant , là oA Fesprit cesse de voir avec une cerifitude morale , là commence le presseuFtime nV.

Lfkvenir n'est point entièrement caché à l'homme dans le fems qu'il raisonne; il ne l'est pas à l'homme lorsqu'il ne raisonne pas : celui qui raisonne voit quelquefois dans la liaison du passé avec le présent , ce qui sera présent à

DE l'encyclopédie. 45

son tour : s'il le voyait avec une certitude complète , il le verrait avec un degré de clarté supérieur , il connaîtrait les difilfrens chaînons d'une partie de la chaîne immense des futurs contingens ; et si c'est Dieu même qui , agissant sur soli âme, lui dévoile l'avenir, même le moins vraisemblable, il sera prophète inspiré par le Saint-Esprit* Mais l'homme , laissé à ses facultés naturelles , ne peut voir ainsi l'avenir. Réduit aux conjectures , faute de connaître parfaitement le passé et le présent , il n'a que cette prévoyance humaine si fort sujette à nous égarer.

L'homme qui ne raisonne pas , obsédé de représentations confuses , n'a qu'un sentiment confus d'un événe-* ment possible ; et si ce sentiment est l'effet d'idées qui représentent les vraies causes de cet événement, cet événement doit arriver nécessairement.

Je comparerais assez volontiers le pressentiment à ce qu'on appelle sens morale comme aussi à ce que nous appelons tact dans les affaires de goût, adresse, savoirfaire et talent, par rapport à l'exécution : je m'explique. On juge le plus ordinairement de la moralité des actions par un sentiment confus , plus vif ou plus fréquent dans les uns que dans les autres , suivant que les idées claires sur la nature, l'importance et la nécessité de nos devoirs, ont été plus ou moins présentes à l'esprit ,. et y ont fait plus oU moins d'impression. Si ces idées ont été retracées dans notre ame , l'impression n'a pu s'en effacer, elle renaît à chaque occasion : c'est une voix basse , mais si coimue, qu'on la distingue sans peine; c'est le regard â*UQ ami , qui d'un coup d'oeil nous découvre sa pensée. . Ce sens moral est &ible dans les hommes qui ont peu pensé à leurs devoirs ; les xiioUfs qui doivent nous porter

48 ESPniT

Une cause plus fréquente et pîus connue de Cette espèce de pressentiment se trouva dans le corps. Lorsqu'on a joui assez long-tems d'une bonne santé et d'un usage libre des organes , quelques obstructions dans les vaisseaux , ou une faiblesse dans les ressorts du mouveinent , ralentissant l'action ou la rendant plus pénible , sont très-capables d'inspirer une espèce de crainte : ce mal-aise devient insupportable pat la comparaison qu'on fait de l'état présent à l'état passé; celte situation , nouvelle pour nous, nous inquiète, et nous ne nous donnons pas la peine de chercher la raison de notre inquiétude. C'est ainsi que ces corps sensibles , qui souffrent à l'approche de l'orage, et semblent revivre au milieu de la tempête, pourraient prendre pour pressentiment cet état d'inquiétude , s'ils ne l'éprouvaient pas si souvent, et que la cause ne leur en fût pas connue. Le contraire arrive à ces hommes faibles , malingres , bu à qui de longues maladies ont appris à souffrir; s'ils recouvrent la santé , si à cet état de douleur succède un état de convalescence , ils éprouvent ce qu'ils avaient presque oublié; ce sentiment de joie et de contentement est le premier pas qu'ils font vers des espérances flatteuses ; les événemens possibles qui se présentent à leur esprit ne peuvent guère paraître vraisemblables s'ils ne sont agréables , et la joie qui est dans leur cœur est très-propre à faire naître en eux des prèsèentimena qui leur font plaisir. C'est surtout dans lé passage rapide du mal au bien , de la maladie à la santé ^ que cet état àt l'homme qui attend du bien ou du mal , sans trop savoir pourquoi , devient bien naturel.

( Cet article est tifé de Vune des éditions iitàngètés de P Encyclopédie. )

de' l'encyclopédie. 49

Page 1