PREUVE
r REUVE. ( Littérature* ) Dans un discours qui tend ou à persuader ou à dissuader l'auditeur , la preuve est l'em* ploi des moyens propres à opérer l'effet qu'on se propose* Soit que l'orateur attaque ou se défende ; qu'il affirme , ou nie et réfute ; que la question soit de droit ou de fait , ou seulement d'opinion i qu'il s'agbse de faire voir ce qui çst juste ou injuste, digne de peine ou de récompense, comme dans le genre judiciaire 5 ou ce qui est honnête ou honteux , digne de louange ou de blâme , comme dans le genre démonstratif; ou ce qui est honorable et utile , ou nuisible et déshonorant , comme dans le genre délibératif , la preuve est toujours la partie essentielle et indispensable du plaidoyer ou de l'oraison; et la première règle de l'art de persuader est de donner à ce qu'on affirme , ou d'ôter à ce q}ie l'on nie, le caractère de vérité, de certitude, ou de vraisemblance.
Il n'y a guère qu'un genre d'éloquence qui puisse constamment se passer de preuve : c'est celui qui n'a pour objet que des actions de grâces , des félicitations , ou des condoléances ; et c'est ce qui distingue la simple harangue de l'oraison et du plaidoyer» Par exemple , dans le discours' de Gicéron pour Marcellua ^ ^il ne s'agit que de rendre grâces à César du rappel de cet exilé ; au lieu que , dans' loraison pour Ligariusj il s'agit d'atténueir le crime de laccusé et d'en obtenir le pardon; et quoique Cicéfan^ Tome xih. 4
5o ÉSIrtitîT
€t par abandonner le coupable à la clémence de César , on le voit revenir ensuite^âtut inoycti^ de rendre Ligaritia le plus excusable qu'il est possible , et moins coupable que lui-même y à qui César a pardonné. On voit même que dans la harangue pour MarcellU8 , qui ne s'annonce que dôYntile l'éffiisïon de la reccmnaissaiice et de Fàditiiratioil pdHiquc pomt la clémencGf de Césaf, CîcAt)ii ne kîhé pâsf de prcndrerle tout persuasif, potir éiigagér Césai* à tfe rfew ilt?glîgef dé ce qui peut rtrettfe en sûreté sa vie; et eu. ïttî pifouvaût qtf il est de $a gloire et de so» devoir de se éôA^érver' pour îè bonbeur dô Rôffïé , il ettVëloppe adtoifétilent, &Ms eetter espèce d'adulatiôri , la Icçotr la pîttffitttportante: ttunô tibl ofnnid bélli nJultiéta cutdrtda simt
Ainsi, loutes les fois qu'il s*dgît de* persuatdéf ,. et ifaûs \eè sujets mêttté' leô plus éloignés déf totttc cïontrove^e, la pteupe peut ItottVer ssl placé. Mais tantôt elle est simplefflétit rhétoi'ïqiie , et tâiif 6t eBé est dtalectîqtte.
La preùre cjue ]*ap|)ellef rhétorique ne ôonsîsf e qtl'eii vécu , eu. explosé , eiï développement dû fait, ou dcf la v^ïfté qu'on ^é proposé d'établir. De ce genre est presque entièrement l'oraison pour la loi Manilid ; et de ce genre âùâsi sont tôlitéar tii^ OtâisoâB fun^res. Dans ces sujets il s^àgît moins de t^lsoniiér que de décrire , et Tàrt de Fora* iectt consisté à etpos^r avec clarté, à raconter rapidetttetrt,' à peindre avec chaleitf, aVee force, avec înlérét, selon que fe^tijét l'exïge. Dan^ tel discoure de cate nature, qui prdduit le plue grand effet; il n'y â pas un rôisoûnetnent.
B est bieti fkcile, disait ISocfate , de louer les Athéniens devant les Atbi^ens : ticSi devautt les IiacëidéidûiOAiens que tiAi sTeMit difflc3e«
DE l'encyclopédie. $ |
Mêiê comiM les faits 3ur lesquels porte la louange^ sont coBimvntfiDepI avoués et déjà connus de l'auditoire , 1 ani-« plifieatioa est l'espèce de preuve qu'Âristote attribue à no {enra d'éloquence } aptior ad demoiutratwaa amplifia*. ça$k>. Les exemples 9 dit-il , soûl plus convenables au déti« bératif; et la raison qu'il en donne, c'est que le plus sou^ vent l'avenir ressemble au passé ; utiliora ad concludém^ dum e«émpla\ êimilia enim pUrumque futura prq^ Uritiê.
n&at observer cependant que le meilleur usage & faire, de l'exemple , c'est d'en appuyer le raisonnement f et en-» ire les choses les plus semblables 9 il y a presque toujours sssez de différence pour éluder la conclusion.
La plus grande force de lè,pr0uue est donc dans le rai^^ «tonemetit. Âristote le regarde comme le moyen domixMiii de l'éloquence du barreau^ et en général ^ lorsquei l'objet dont il s'agit est contesté, ou qu'il peut l'être, et; ^e le simple exposé du fait, ou du droit, pu de l'opinion,, as 1^6 met pas en évidence, ca moyen est indispensable;; et c'est alors que la preuve est dialectique , mais sous les formates Oratoires»
La logique est le squelette de l'éloquence ; et ee sont les parties de ce s€[uelette qu'Âristote , dans ses Topi^ fU0ê, et Cîcérte r dans l'extrait qu'il en a fait, x^ous ont décrites avee UM de soin , et nous ont appris i placer*
Que les disciples de l'éloquence ne dk^daignent pas ees théories^ e'est k raison qui se r^Kt compte k eUe-mém» de Ses procédés et de ses moyens. On y voit comment Fo« rateur peut tirer du fond de son sujet ou de la cause qu'il igil^f ces argnmens, ces formes de pensée, d'eâscistioD et dt réCnttttioD , qiû doivent composer la pteiiré 1 on y vot%
il ESrWTT
comment , au besoin , il peut les tirer du dehors : aui ex 9ud êumi re algue naturd^ aut asaumiforia. ( De Orat. ) On y voit comment se décident ces trois grandes ques* lions qui embrassent tout : an ait^ quid eit, quale aii^ comment la nature des choses se développe et se fait connaître par la définition j par la division du genre en ses espèces, du tout en ses parties, par les similitudes et par les difierences , par les causes et les effets , par l'opposition des contraires; comment Fexistence des faits se prouve ou se débat par les indices , les témoignages , les circonstances qui ont précédé , accompagné^ suivi le fait'dont il s'agit; par la nature du fait mème^ ou par le caractère de la personne à laquelle il est imputé : comment l'espèce et la qualité du fait se détermine, ou par lui-même, ou par les circonstances qui le caractérisent , et qui font voir quelle en est la malice, l'iniquité , l'indignité; ou la bonté^ Féquité, l'innocence. Lois, exemples, autorités, usages, opinion commune , moeurs publiques , moeurs^ person* nelles , caractère et génie national , tout peut contribuer à la preuve et y trouver place.
Mais on sent bien qu'elle diffère d'elle-même , selon le genre du discours et la nature du sujet : qiie , par exemple, dans ces trois questions , an ait , quid ait, quale ait^ qui conviennent également et à la thèse philosophique et à l'hypothèse oratoire, la preuve agit différemment; par conjecture dans la première , par définition dans la seconde, et par discussion du droit dans la troisième: Aorum'primum conjeciurdy aecundum definitione ^ ter-^ tiutnjuria et injuriœ diatinctione explicatur.
On sent de même que, dans les causes conjecturales, selon le point dont il s'agit et selon l'état de la cause »
DB l'encyglopéoix. 5S
iiine atiquid^ undè orttmi eit^ quœ id causa effecerit^ la preuve doit cliaDger de procédés et de moyens : que, s'il s'agit seulement de savoir quelle est la qualité morale d une chose » ou s'il s'agit de la comparer avec une antre ^ et de déterminer laquelle des deux, par exemple, est la plus honnête, la plus utile, ou la plus juste; la preuve embrasse plus ou moilis d'étendue: que, dans les questions de droit, c'est de l'équité qu'il s'agit, et naturdet inatituto ; que , dans les causes personnelles , c'est de la volonté, de Fintentiou, de l'imprudence, du hasard, de la nécessité ou de la liberté , de la nature et des circonslaaces de l'action , des moeurs , des habitudes, des qualités de la personne que l'accusation et la défense tirent 1 forces de la preuve.
On sent enfin , et ceci regarde tous les genres d'âo*quence, qiie c'est toujours au point de la difficulté, au point où l'adversaire ou l'incrédule est en défense, in quo primum inaislit , quaai ad repugnandum , con» greaaa dejensio , et qu'on a appelé pour cela statua , la station ou Vétai de la cause ; que c'est là , dis-je , que la preuve doit se diriger toute entière; car c'est une déda-» mation oiseuse, une rhétorique perdue ,.que de prouver ce dont l'auditoire ne doute pas ou dont l'adversaire coUr vient; et c'est non-seulement un vice assez commun de Téioquence de la chaire, mais du langage du barreau ; cl où il arrive que dans un long discours tout est prouvé » hormis ce qui a besoin de l'être.
Quant aux formes d'argumentation dont la preuve oratoire est susceptible, elle n'en refuse aucune; mais elle les déguise toutes , eu les enveloppant,, qu'on me passe le terme, des draperies de l'éloquence. Ce n'est pas que l'o*.
rateur n'insiste quelquefois, dans une discussion vétii" mente , à k manière du dialecticien ; et alors plus le raisonnement est serre, plus il est pressant : mais un discours où la crudité de l'argumentation ne serait jamais adoucie , rebuterait son auditoire avant de l'avoir convaincu. îl est donc nécessaire de polir les formes logiques , mais il faut les laisser sentir , et ne jamais les énerver ; ce sont elles qui donnent a l'tHoquence une stature ferme , solide ti régulière. Un corps désossé n'est qu'une môle de chair. îl en serait ainsi de l'éloquence à laquelle une logique austère ne prêterait pas ses appuis , ses mobiles et ses ressortSé
Mais quoique toutes les formes logiques , animées par les peintures et les mouvemens oratoires, détielôppées par t'amplification , revêtues des omemens d'un style 6guré, Itarmonieux , sensible, appartiennent à l'éloquience ^ il en est cependant qui semblent lui être plus favorables. Ten Indiquerai quelques-unes.
L'énuméralion exclusive, et que les mathânatfciens «ppellent la preupc par épuisement : Vous voulez être tieufeux , et vous ne le serez ni par Tarabition m par l'a- ^f îce , nî par la volupté , ni par l'indolence , etc. , etc. ; essayez donc an moins de l'être par le travail et la vertu.
L'éhum^alîon collective : Demandez à tous les peuples flti monde , au Gaulois , au Germain , au dartliaghiois , «te. , quel est celui que chacun d'eux estime îe plus après lui -même ; tous vous répondront, les Romains.
L'opposition : Si fkotrtme faible et malheureux est un %tet sacré pour Thom^ne, celui qui l'insulte ou qui l'acèable n'est paa seulement inhumain , il est impie fet sacri-
del'encyclopédib. 5$
L'altemative contradictoire , et à laquelle il d y a pwit de milieu ( ce que les anciens appelaient diletniWf e| figur^ment le bélier ^ con^ne l'argcùnent le plos forL } A^insi iprgçsQs, en plaidant la cause d'Opimius, qui 9 eu ei^éof^ktipii d'un décret du sénat , avait fait tu(?r J'ainé 4ci Gracques. jiut aènatid parendutn de salute reipuhlief^ fuit f ai44 ajiud con$ilium in^tituendum , fSfU 4u4 éponfç Jkciendumi alitldcQiuiUum ^uperbum^ 8uumarrog(V3e, U$f^pm igitur conailio senatus* ( De Orat« )
}^a force du dilemme consiste 4 ne pas admettre de milieu, comme dans cette réponse de Xénoplitne k cgjf^ d!£)M^9 qui demandaient s'il allait être en deuil €91 sa- 4cri%nt k Leucotl^ié, Si tous la croyez déesse « leur ditil ^ pourquoi jU pleurer ? Si elle n^ été ^ç morUlk 9 |ipurquoi lui sacrifier?
Au contraire le vice du dilenmie est de laisser UM Jsi^ lipu è$^ l'alternative ^ comme daus eelui-ci : il n'y a pçint 41bupmin^ libre au pionde ; car tout bonupe lest esday e on d^ ^Ifss passions ou de la fortune^ à quoi l'on répond que te ^ffi ^'est esclave ni de la fortune, ni de ses passioiis.
Tput raisonnement conditionnel est vicieux de même, si de l'antécédent au conséquent la liaison n'est pas nécea- ^ire , jBt s'il peut y avoir un milieu* Ainsi , ni l'un , ni IVutre de ces deux Athéniens, dont l'un conseillait 1 ^n fils de ne pas se mêler des affiiires publiques , et l'antre de s'en mêler ,^ n'était bon dialecticien* Si iupropospu de9 ^Qseajuatesj disait l'un , tuseras haï des hommes; si des ^œes jjyustesj tfi le ^eras des dieux. Si tu proposes des choses jf4Jiteaj disait l'antre, i^ q^as les pUeme pgur é9mi*9 si dfis choses injustes^ tu quras ptnfr ^ijm ^ hommes.
Observons l'ci comme une heureuse hardiesse , que Ci-' céron, qui avait bien lu Aristote^ emploie en faveur de Milon le même sophisme qu'Aristote donne pour tel , et qu'il condamne dans cet exemple , « S'il méritait la mort^ c'est donc avec justice qu'il a été tué. » Si Juste nwrtuuéTy etiam Juste occisus est. Et sa réponse est précisément celle qu'on devait faire à Cicéron : (( Oui, mais ce n'était pas à Milon de le tuer. » Verùm fortassè , non à te.
Les autres formes dont la preuve oratoire est le plus susceptible, sont la comparaison , la supposition , Pin^ duction j le syllogisme , et Tenthymème.
La comparaison simple, comme Achille dans l'TZZocfe r (( Pourquoi les Grecs font-ils la guerre aux Troyens? n'est-ce pas pour faire rendre Hélène à Mélénas ? Et n'y a-t-il donc au monde que les Atrides qui aiment leurs femmes?»
Le comparaison du plus faible au plus fort : « Si tout homme , pour sa propre défense , a droit d'ôter la vie à son agresseur ; combien plus à un scélérat , à un sacrilège, à l'ennemi des hommes et des dieux , tel que l'a été Glodins? » Cuif^ nihil nef as unquàm,fuit^ nec in facinore nec in libidine.
« Quelle fidélité peux- tu attendre des étrangers , si tu es l'ennemi de tes proches? » disait Micipsa mourant à Jugurtha. Quern alium Jidum invenies , si tuis hostis fueris ? ( Sallustb. )
Le vice de cette espèce d'argumentation est dans le manque de parité , comme si l'on disait : Puisqu'il n'est pas honteux d'emprunter à usure , il n'est pas honteux de prêter ; ou dans la fausse supposition de supériorité qu'on doone à une chose sur une autre, comme si l'on disait :
DE l'encyclopédie. 5j
Puisqu'il est prodigue 9 il sera libéral; il sera vaillant^ puisquMl est témëraire.'
La supposition, que Cicéron regarde comme un des moyens les plus féconds , et dont se servit Démosthène avec tant de force pour justifier ses confseîls : « Si ^ par UDC lumière prophétique, tous les Athéniens avaient d^ mêlé les événemens futurs , et que tous les eussent prévus, et que vous , Eschine, vous les eussiez prédits et certifiés avec votre voix de tonnerre ; Athènes, même dans ce cas, aurait dû faire ce qu'elle a fait, pour peu qu'elle eût res» pecte' sa gloire, et ses ancêtres , et les jugemens de la postérité. »
C'est par cette même forme de raisonnement que Cicéron presse les juges de Milon , en plaidant sa cause. Si cruentuni gladium tenens clamaret Titus Anniua ( Milo ) .• jideste^ quœao atque audite , cives. P. Cïbdium interfecii ejus furores , quos nullis jani legibus^ nullisjudiciis frenare poteramus , hocferro et Jidc dex" tard à cervicibus vestris repuU\per me unum , ut jus y œquitaSj leges , libertas^ pudor ^ pudicitia ^ in cipitate marièrent : essetne metuendum qvonam rnodo idferret civitas (/)? Et plus bas : Fingite... cogitatione imagi^ nem hiifus conditionis meœ , sipossim efficere ut Miloriem absolvatis , sed itd , si P. Clodius revixerit. Quid?
(1) «Si MlIon , tenant son épée encore sanglante, s'écriait : Venez , citoyens, écoutez-moi. J'ai tué Glodins. Ses fureurs, que les lois et la crainte de»^ jugemens n'avaient jamais pu réprimer , ce bras, ce fer ^ les ODt repoussées et ont préservé vos têtes : par moi , et par moi seul, les lois, la justice, les tribunaux, la liberté , la pudeur, l'innocence, vont être en sûreté dans Rome ; serait-il à craindre que cet aveu n'obtint pas la faveur du peuple r>
fiS BaPHlT
vultu txtimuiaUa ? Qwmttm modo ille vm lâvut ^f0ceret, qui moriuua iaani cogitat'tort» ptrcuuitl QtUd? M ipëe Cn. Pompeiiu,... potuiaaet aut questlonem de morte Puh. Clodiifirre , aut ipaum ab infiiieexoitarm; vtmmputatia potiùtfacturum fuisse? etiamsi, pnq>ter amieiliam, veUetillu/n ah inferis evocare,propter rempublioam non feciaeet. EJus igitur mortta aedttis uIto~^ n» 4 et^us foitam , tiputctU per m» rtetiiui pome , ndieià {±)i
Mâû touteS'Oes focmes se néduùsiit à l'ÏBiInctîoD et mi
L'induction est une manière diîloumée et artifîoieosc «t'cineiier son adveruire oa ion auâibettr , de la conTLction d'une vérité reeomiae dstit oa le (ait «oiwemr , à U convictJOK d'une vMté dont il ne eonvient pas eneoret d «da par l Ando^e .et k reuenibtance jde l'une à l'ttutxe ; en Mrte qu'apiÂs aToir o^dé À c^le-U , il ne s«»t pin* possible de résister Taigoonaldemeat à eelle-eï.
il fmt , poiu: doDser jk riind«ctioa toute sa farce, sW nufr d'abord de pouvoir Rendre icteoatestable \epren^tt P^ifUt de la oon^raîwn, (OU, ce qtù est mieux encoM, le
jjj ^liBagUKipoar un mumcnt , liortiains , qu'il dépende lia DMM àe hlte ibtoudrc UitoD, en rcssu-cilanl Clodiua. Maïi quD voui CD effraie F Quelle imprc-sion <i:r3iL-II donc lurtt TivaDt, pulijue tout mort qu'il ai QUOI ! ù Pompée lui-mSmc jvuli c BKH't de Clodiu* ou de le rcn<l(u à gp'ilpaipidfiiiètCetlei, quand lU' Jjepppclci: deiaareripil a'un Tùt al Vou ài^ez donc pQui tc driu pM reedte 1* TÏe , loi
DB l'encyclopjêdib. ' Sg
choisir tel que , par l'opinioB déjà étabUe , il n'ait pas besoin de preureê : il faut de plus obsenrer avec soin que la nmiilitude soit parfaite ; car sans cela « nous eurions inutilement obtenu , dit Cicéron , que l'un des points nous fôt accordé, s'il n'avait pas assez de ressemblance avaecc» lui qui BOUS intéresse ; pour nous le faire «cccnrder -de néme ». Et comme il n'arrive presque jamais qu'une pv^ mière vérité soit d'un évidence irrésistible, il veut que lorateur, en proposant celle qui n'est pas de la cavae, ftais qui doit lui servir ie preiw^ , n'en laisse pas apercent le rappoit et la conséquence , et qu'il amène abm fècivevsaire & son but par un chemin qui lui soit inconnu. « Câst s'A csl; averti qu'en accordant ce qu^on lui propose d'abord, il s'engage inévitaUement à convenir ensuite de te qtti nuirait à sa causes il commencera par éluder la ^^etmère question , ou par y mal r^ondre )i.
On sent combien cet art de cacher son dessein à mi Adversaire attentif et clairvoyant, est difficile $ combien bailleurs une similitude, sans quelque différence, est rare; st combien par conséquent la méthode de l'induction est pileuse dans un genre d'éloqoenoe sujet à la discussion. Mais autant elle est peu favorable au barreau , autant elle ttt propre à la chaire, où, pour me servir de la métaphore ^ Zenon , l'éloquence a la main ouverte , au lieu que , dans hplaidoirie elle est souvent obligée d'avoir le poing fermé temme la dialectique. Ainsi autant l'induction , par sa latitude et sa fécondité, est favorable à l'éloquence, lorsqu'il IM s\^ que de rendre sensiblement une vérité morale ^jài^«fcguement aperçue; autant elle me semble trop faible pour démontrer une vérité, soit de fait, soit de droit, ou ^i^Mooinnue, ou méconnue, ou formellement constestée. La
6o xssrRiT
méthode du syllogisme est plus pressante i et l'on en v« juger par l'exemple même que Gicér on nous donne de Tune et de l'autre. Cet exemple est tiré d'une cause fort célèbre parmi les Grecs. Il s'agit de condamner ou d'absoudre Epaminondas d'avoir désobéi à la loi, qui, chez les ThébainSy ordonnait à un général décéder le commandement à celui que la république envoyait pour le remplacer; d'avoir, dis)e, retenu son armée, et d'avoir défait celle des Lacédémoniens.
L'accusateur, dit Cicéron, pourra défendre ainsi la lettre de la loi contre l'esprit de la loi même. «Magistrats, si ce qu'Ë^aminondas prétend que le législateur a sousentendu dans la loi , il prenait sur lui de l'y ajouter et d'écrire lui-même au bas , à moina que , pour le bien de la république^ le général destitué ne juge, à propos de re^ tenir le commandement de T armée ^ souffririez-vous qu'il l'écrivît? Je ne le pense point. Que si vous-mêmes , par égard pour lui , vous ordonniez ( ce qui est bien éloigné de votre religion et de votre justice ) , vous ordonniez que, sans l'aveu du peuple , cette exception fût ajoutée ; le peuple le souffrirait-il? Non , certes , il ne le souffrirait pas. Ce qu'on n'a donc pu ajouter sans crime à la lettre de la loî> on l'aura fait sans l'y avoir ajouté, et vous l'approuverez vous-mêmes! Non , Thébains^ non« je connais trop bien votre sagesse. Et en effet si, dans la volonté écrite du législateur , rien n'a pu être altéré ni par l'accusé ni par vous; combien ne serait-il pas plus honteux quun changement , qui dans les mots serait un crime^ se fût fait dans la chose même , et qu'il fut approuvé par votre jugement I »
Cicéron nous présente la m$me accusation sous la formje
DB L'EtrCYCLOPÉDIE. 6i
du syllogisme. «C'est de la loi, dit-il aux juges que vous avez juré d'être les organes ; vous devez donc obëir à la loi. Or, quel témoignage plus certain le législateur a-t*il pu laisser de sa volonté , que ce qu'il a écrit lui-même avec le plus grand soin et l'attention la plus sérieuse? Si la loi n'était pas écrite ^ nous souhaiterions qu'elle l'eût été , pour nous faire connaître plus ponctuellement la volonté du législateur ; et cependant nous n'aurions garde de permettre à Epaminondas , quand même i} serait hors de cause , d'interpréter à sa fantaisie l'intention et l'esprit de la loi. A plus forte raison , quand la loi est écrite et qu'elle est sous nos yeux , ne permettrons-nous pas qu'il l'interprète , non dans le sens de ce qui en est écrit avec la plus grande clarté , mais comme il convient à sa cause. Pour TOUS, organes de la loi, si vous avez juré de lui obéir , et si, par ce serment, vous êtes obligés de suivre ce qui en estécrit, quelle raison pourriez-vous avoir de ne pas juger qu Epaminondas a transgressé la loi et fait ce que la loi condamne! »
H est abé de voir que cette forme de raisonnement est plus pressante que la première. On va le mieux sentir encore dans la défense d'Épaminondas^ dont Cicéron nous a tracé le plan.
« Magistrats , dit-il , toutes les lois doivent se rapporter à Futilité communef'^ et il faut les interpréter ; non à la lettre , mais dans leur esprit , dont l'objet est le bien public. Car telle a été la vertu et la sagesse de nos ancêtres , qu'en écrivant leurs lois , ils ne se proposaient que le salut ^ l'avantage de leur société politique; et non- seulement ils ne prétendaient lui rien prescrire à son préjudice , mais si j sans le savoir , ils lui avaient prescrit quelque chose.
Q% XSPRIY
^iri pàt Inî nuire, ik entenelaient qad, dèsqaoa Tauratt aperça 9 om corrigeât ce vice de I» loi* Personne» fSA effets ne peut vouloir que les lois subsisteoft pour l'amour de» lois mcmes , mais pour l'amour de la république » et parce que les républiques ne sont jamais si bien gouver** nées que par lesi lois. C'est donc par le même motif, qui rend les loi» inriolables , qu'on doit interpréter tout œ qui en est écrit ; et puisque tous nos intérêts sont subor* donnés à celui de l'État , c'est donc dans ce otimmun avantage que nous devons chercher l'intention des lois et les* prit qui les a dictées. On ne demande à la médecine rien que de salutaire au corps humain , parce que c'est pour lui qu'elle est mise en pratique : on ne doit présumer de m£me de l'intention des lois rien que d'utile au corps politique , puisque ce n'est qu'en vue de son utilité que les lois sont instituées. N'examinez donc plus , dans cette cause , quelle est la lettre de la loi ; mais voyez la loi même dans l'esprit d'équité et d'utilité commune qui l'anime, et qui seule a dû l'inspirer. 'Or , quoi de plus avantageux pour Tbèbes que d'accabler Lacédémone? Quoi de plus important pour Épaminondas, général desThébaiaSy que de donner la victoire aux Thébains ? Que devati-il avoir de plus cher et de plus sacré que d'assurer à sa patrie une ^oire si grande et un si beau triomphe? En laissant donc la lettre de la loi , Épominondas a suivi l'intention du législateur : il savait assez que les lois n'étaient faites qu'en &veur de la république; et il aurait regardé comme le ê6ilible de la démence , de ne pa^ expliquer , à Fa vantage de l'Etat , ee qui n'était écrit que pour le salut de PÉtat. Si donc toutes les lois doivent êe diriger à l'utilité publique comme à leur terme, si le salut commun
DE l'encyci-opédik. 65
e^ leor ptettâer ôbj^t , ÉpftftiiiioviâM Va reniptî. Ceftai-* nmmti il i/est po» possible que» par ta même adiôit , il ait &ille pltt» gràilià Inen à sat pairie » et quHI ait désoBéi àcn lois. ^
Mai» pour ne pas» citer tou^cfurs de rancien ^ Tôici uif etemple modenie qui ferât voir jusqu'où peut aller la force de l'induction , et qui fera sentir qu'elle n'est ellc'm£in« (fu'toi syllogisme adroitement tourné.
Un chanoine de Féglise de Paris avait un neveu pauifté|
mftis libertm , et qu'il avait abandonné. Ce neveu^ réduit
à la mendicité , s^adresse à un philosophe éloquent , et !e
eoiijare d'aller parler à son oncle et de le fléchir. L'homme
dont il stvatt imploré Fcntremise ne comiàissait pas le cira'
fioine. il Va p^UfrtanC le voir ; mais aux premiers mots qu'il
h» dit ett faveur du jeune homme » le chanoine s'irrite y
hû reproche dé s'intéresser pour un être indigne de sa
compassion ^ et lui raconte avec colère tcrus les chagrins
^ ce malheureux lui a donnés. Le solliciteur lui ayant
bissé répandre l'amertume de ses reproches, reprend : //
ïïii'a diitoiis èeé torta} il m^ert a même confesêé un que
'90m dièêimUlez. Quel est-il ? demanda le chanoine. De
^m apoir un jour attendu à la porte dé la sacristie ,
Att THùmeni que tfous descendiez de Pautel^ de ^vûtls
Avoir mis le cùuSeau sur la gorge j et étapoir voulu tous
<f9sassiner. Cela n'est pas vrai j s'écria le chanoine avec
Weur. Quand cela serait vrai, reprit l'homme élch-
^uent , il faudrait user de miséricorde envers ^otre në^
^9Uy ei lui donner du pain. A ces mots tout 1 emporte^
in^tdu chanoine fut étouffé; son âme s'amollit; quel-
^ties larmes coulèrent, et le jeune homme fut secouru,
Des deuSH tiiéthodes, celle de l'induction fut ceUe de
64 ESPKIT
Socrate et de ses disciples; elle est captieuse et subtile ^ mais elle est communément faible. Celle du syllogisme est celle d'Aristote^ et celle dont se servent le plus communément tous les bons orateurs ; car un plaidoyer bien composé n est souvent qu'un syllogisme développé.
Gicéron divise le syllogisme en cinq parties , les deux prémisses , la conséquence , et les preuves des deux prémisses. Mais comme ou Tune ou Vautre des prémisses peut se passer de preuve, et qu'il peut arriver que ni l'une ni l'autre n'en ait besoin ; on peut fort bien ne pas regarder comme parties de l'argument^ les propositions auxiliaires , qui ne servent qu'à l'étayer ; on peut même sous- entendre l'une des deux prémisses^ lorsqu'elle est évidente ; et c'est ce qui fait l'enthymème , syllogisme abrégé y qui convient beaucoup mieux à un raisonnement rapide , et que préfère l'orateur , lorsqu'il veut être véhément et pressant.
L'enthymème 9 dit Aristote, est le syllogisme oratoire : Enihymema voco syllogismum oratorium. Et les exemples qu'il en donne y font voir qu'il le réduit , non-seulement à l'une des prémisses et à la conséquence, mais plus souvent^ encore à une seule proposition ^ tantôt simple , comme dans cet exemple : « Celui qui se réjouit du mal d'autrui , et Tenvieux , ne sont qu'un même caractère , » Idem est alienia malia gaudena et invidua ; tantôt composé, comme dans celui-ci : a Les jeunes gens sont miséricordieux par humanité , les vieillards par faiblesse, » Juvenea ob huTnanitaiem miaericordea ^ aenea ob imhecillitatem ; tantôt accompagné de sa raison : a II faut aimer son ami, comme devant l'être toujours, et non comme pouvant un jour cesser de l'être; car cette défiance
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tient de la perfidie : « Oporiet amare , non j ut aiunt y ianqiiàm osurum , sed tanquàm $emper amaturum : insidiatorem enim alterum est.
On voit que renthymème ainsi réduit, est ce qu'on appelle sentence, et que la sentence n'est qu'un syllogisme où dans une seule proposition se réunissent implicitement les prémisses et la conséquence. Ainsi , par ei[emple , au lieu de dire : Celui qui demande une garde pour sa personne, affecte la tyrannie; or, PIsistrate demande une garde, donc; etc.; l'orateur ne fera quVnoncer la première proposition, et laissera le soin À l'auditeur d'en déduire les deux suivantes. Ceci fait entendre pourquoi le style sentencieux convient mieux à un vieillard qu^à un jeune homme ; mieux à l'orateur consommé qu'à l'orateur nouveau^ dont la réputation n'est d'aucun poids encore : car l'un a plus de droit que l'autre de se dispenser quelquefois cle motiver ce qu'il avance ; et il peut poser en maxime ce que l'autre a besoin de fonder eu raisons*
Mais le vrai mérite de la sentence consiste à n'avoir pas besoin de l'autorité personnelle, et à porter en elle-même sa force comme sa lumière , par la justesse des rapports ou des résultats qu'elle énonce. Telle est cette pensée de La Bruyère i Un fort malhonnête homme n^ a jamais <i88ez d'esprit i et ccIIc-ci de Vauvenargues : La cons^ cience des mourans calomnie leur vie ; et cette maxime cle Corneille :
Et qui doit tout poavoîf ne doit pas tout omv.
Le sorite est une suite d'cntbymèmes encbalnés Pun à l'autre, comme dans cet exemple de Montaigne : Quiconque attend la peine la souffre^ et quiconque la mérite