CXV) DISCOURS
décrié par quelques Français 9 et estimé de toute PEurope. D'excellens auteurs ont écrit Thistoire ; des esprits justes et éclairés Font approfondie: la comédie a acquis un nouveau genre , qu^on aurait tort de rejeter , puisqu'il en résulte un plaisir de plus, et qui n'a pas été aussi inconnu des anciens qu'on voudrait nous le persuader; enfin nous avons plusieurs romans qui nous empêchent de regretter ceux du dernier siècle.
Les beaux-arts ne sont pas moins en honneur dans notre nation. Si j'en crois les amateurs éclairés, notre école de peinture est la première de l'Europe , et plusieurs ouvrages de nos sculpteurs n'auraient pas été désavoués par les anciens. La musique est peut-être de tous ces arts celui qui a fait, depuis quinze ans, le plus de progrès parmi nous. Grâces aux travaux d'un génie mâle, hardi et fécond, les étrangers, qui ne pouvaient souffrir nos symphonies, commencent à les goûter, et les Français paraissent enfin persuadés que Lulli avait laissé dans ce genre beaucoup à faire. Rameau, en poussant la pratique de son art à un si haut degré de perfection, est devenu tout ensemble le modèle et l'objet de la jalousie d'un grand nomdre d'artistes, qui le décrient en s'efforçant de l'imiter. Mais ce qui le distingue le plus particulièrement , c'est d'avoir réfléchi avec beaucoup de succès sur la théorie de ce même art; d'avoir su trouver dans la base fondamentale le principe de
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rharmonie et de la mélodie ; d'avoir réduit par ce moyen , à des lois plus certaines et plus simples ; une science livrée avant lui à des règles arbitraires ou dictées par une expérience aveugle. Je saisis avec empressement Foccasion de célébrer cet iartiste philosophe , dans un discours destiné principalement à réloge des grands hommes. Son mérite, dont il a forcé notre siècle de convenir, ne sera bien connu que quand le tems aura fait taire l'envie ; et son nom , cher à la partie de notre nation la plus éclairée , ne peut blesser ici personne. Mais dût-il déplaire à quelques prétendus Mécènes, un philosophe serait bien à plaindre, si même en matière de science et de goût, il ne se permettait pas de dire la vérité.
Voilà les biens que nous possédons. Quelle idée ne se formera-t-on pas de nos trésors littéraires, si Ton joint aux ouvrages de tant de grands hommes les travaux de toutes les compagnies savantes, destinées à maintenir le goût des sciences et des lettres, et à qui nous devons tant d'excellens livres! De pareilles sociétés ne peuvent manquer de produire dans un état de grands avantages, pourvu qu'en les multipliant à l'excès , on n'en fjacilite point l'entrée à un trop grand nombre de gens médiocres ; qu'on en bannisse toute inégalité propre à éloigner ou à rebuter des hommes faits pour éclairer les autres; qu'on n'y connaisse d'autre supérioritéque celle -du génie; que la considération
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y soît lé |)i:k du travail ; enfin que les récompenses y vieiinent cherchelr les talens, et tie leur soient poifit ékilevëes par Tintrigue. Car il ne faut pas s'y ttoïttper : Oft ttuit plus aux progrès de l'esprit en plaçatit iïialles récompenses qu'en les supprimante AvoUdhS même à l'hottheur des lettres , que les savans n'ont pas toujours besoin d'être récompensés pour se multiplier. Témoin l'Angleterre, à qui les sciences doivent tant^^sans que le gouvernement fasse rien pour ellîes. Il est vrai que la nation les éonsidère^ qu'elle les respecte même ; et cette esjj^èce de Srécompense, supérieure à toutes les autres, lest sàn^ doute le moyen le plus sûr de faire flfeùrîr les I Sciéiices et les arts ; parce que c'est le gouvetnemenjt qui donne les places, et le public qui distribue l'eàtime. L'amour des lettres qui est tïï èiérîté (chfei ttos voisins, n'est çncore à la vérité qti^ihe thodé parmi nous, et ne sera peut-être jajftiàîS autt^ chose; mais quelque dangereuse que iBoit cette mode, qui, pour uta Mécène éclairé, produit cerît amÂteurs igiiorans et orgueilleux, peutêtre lui sommes nous redevables de n'être pas encore tombés dans la barbarie où une foule de circonstances tendent à rious précipiter.
On peut regarder comme une des principales » cet sfmoùr du faux bel-esprit , qui protège Tignorance , qui s'en fait honneur, et qui le répandra universellement tôt ou tard. Elle sera le fruit et le terme du mauvais goût ; j'ajoute qu'elle en sera
prAlukiinaire. ctix
le remède. Car tout a des révolotiQns réglées , et r(^scttrité se terminera par un nouyeau siècle de lumière. Nous serons plus frappés do grand jour après avoir été quelque tems dans les ténèbres. Elles seront comme une espèce d^anarchie trèsfuneste par elle-même , mais quelquefois utile par ses suites. Gardons- nous pourtant de souhaiter une révolution si redoutable ; la barbarie dure des siècles, il semble que ce soit notre élément ; la rai-* son et le bon goût ne font que passer.
Ce serait peut-être ici le lieu de repousser les traits qu'un écrivain éloquent et philosophe a lancés depuis peu contre les sciences et les arts, en les accusant de corrompre les mœurs. Il bous sié-i rait mal d^étre de son sentiment à la tête d'un ou** vrage tel que celui-ci; et Thomme de mérite dont nous parlons semble avoir donné sou suffrage à notre travail par le zèle et le succès avec lequel il y a concouru. Nous ne lui reprocherons point d V Yoit confondu la culture de Tespritavec Fabus^ c^'on en peut faire; il nous répondrait sans doute que cet abus en est inséparable : mais nous le prie^ rons d'examiner si la plupart des maux qu'il attril^ue {A» sciences et enàK «rts, ne sont point dus à des causes toutes différentes , dont l'énumération serait aussi longue que délicate.' Les lettres contrit buent certainement à rendre la société plus aimable; il serait difficile de prouver que les hommes en sont meilleure, et la vérité plus commune; mais
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c'est un privUége qu'on peut disputer à la morale même. Et pour dire encore plus, faudra-t-il proscrire les lois , parce que leur nom sert d'appui à quelques crimes dont les auteurs seraient punis dans une république de sauvages ? Enfin , quand nous ferions ici , au désavantage des connaissances humaines , un aveu dont nous sommes bien éloignés , nous le sommes encore plus de croire qu'on gagnât à les détruire : les vices nous resteraient], et nous aurions l'ignorance de plus. < Finissons cette histoire des sciences, en remarquant que les différentes formes de gouvernement qui influent tant sur les esprits et sur la culture des lettres, déterminent aussi les espèces de connaissances qui doivent principalement y fleurir , et dont chacune a son mérite particulier. Il doit y avoir en général dans une république plus d'orateurs y d'historiens et de philosophes ; et dans une monarchie , plus de poètes , de théologiens et de 'géomètres. Cette règle n'est pourtant pas si absolue^ qu'elle ne puisse être altérée et modifiée par une
infinité de causes, (i)
( d'Alembebt. )
(i) Il est peut-être nécessaire de piëvenir le Lecteur que cet OuTiege n'étant destiné à lui présenter que les parties de VEnûyelopédic qui se trouvent encore au nireau des connaissances du siècle , nous avons cru devoir supprimer de ce Discours prëliminaîre tout ce qui était relatîf<au& SeicHccs , aux Arts et Métiers f et ce qui concernait le matériel de Tou-
(Notcd^i'Éditno'.i
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