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)> qu'elle ne demande pas, puisqu'elle n^a pu voir répandre )i le sang qu'elle avait demande par la voix même des ora-< » des* » Le tyran persiste. Oreste et Pylade abordent dans ses ëtats; ils sont arrêtés , conduits à l'autel; et le poëme est terminé par la tragédie d'Euripide , dont je n'ai fait Jusqu'ici que développer l'avant-scène.
On voit par cet exemple , que l'action de l'épc^ée n'est que l'action de la tragédie, plus étendue et prise déplus loin» Le Tasse ne pensait pas ainsi. Upoêma heroïco^ dit-il > € una ùnitatiône de attione illustrsy grande eperfetta^ fatta narrandocon altissimo verso ^ affine dimopergU animi con la maripigUa^ e di giopar dikttando. H regarde le merveilleux comme la source du pathétique de l'épopée ; et laissant à la tragédie la terreur et la pitié, il réduit le poëme héroïque à l'admiration, le plus froid des sentiméns de l'âme. S'il eut mis sa tkéorie en pratique, son poème n^aurait pas tant de charmes. Quelque admiration qu'inspire l'héroïsme , quelque surprise que nous cause le merveilleux répandu dans les fables d'Homère, de Virgile et du Tasse lui-même, l'intérêt en serait bien Ëuble sans les épisodes terribles et touchans qui le raniment par intervalle; et ces poètes l'ont si bien senti, qu'ils ont eu recours, à chaque instaitt, à quelque nouvelle scène tragique. Retranchez de Flliade les adieux d'^dromaque et âHector, la' douleur d'Adiille sur la mort de Patrode , et son entrevue avec le vieux Priam i retranchez de l'Enéide les épisodes de Laocoon et de ses enfans, de Didon, de Marcellus, d'Euriale, et de Pallas; retranchez de la Jérusalem la mort de Dndon , celle de Qorinde» l'amour et la douleur d'Armide, et voyez ce que devient l'intérêt de l'action principale» réduite à Fad-
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taïralion que peut causer le merveilleux des &ita ou la beauté des caractères. On se lasse bientôt d admilrer des héros que l'on ne plaint pas : on ne se lasse jamais de plaindre -des héros qu'on admire et qu'on aime» L'aliment de l'intérêt, soit épique, soit dramatique, est donc la crainte cft la pitié. Il est vrai* que la beauté des caractères y contribue , mais elle n'y suffit pas : Concorre la mi$eria dette attioni ineîeme con la bontà di€oaêumi.
La rè^e la plus sûre, dans le choix du sujet de l'^po^ pée , est donc de le supposer au théâtre , et de voir Tcffet qu'il y produirait. S'il est vraiment tragique et théâtral, son intérêt se répandra sur les épisodes; au lieu que, s'il n'avait rien de pathétique par lui-même, en vain les épisodes seraient intéressants, chacun d'eux ne communiquerait à l'action qu'une chaleur accidentelle, qui s'éteindrait à chaque instant, et qu'on serait obligé de ranimer sans cesse par quelque épisode nouveau.
C'est, direz-vous, donner à l'ëpopée des bornés trop étroites que de la réduire aux sujets tragiques Mais l'on verra que sans compter la tragédie grecque, celle , dis-je, où tout ^e conduit par la fatalité, j'en ai distingué trois genres, dans lesquels sont comfHris, je crois, tous les intérêts du cœur humain. Si ce n'est pas l'homme en proie â ses passions, ce sera l'innocence ou la vertu éprouvée par }e malheur , ou poursuivie par le crime ; ce sera k bonté mêlée de faiblesse , entourée des pi^es du plaisir et di^ vice , et obligée d'immoler sans cesse de doux penchans à de tristes devoirs. Or il y a peu de sujets intéressans qui me reviennent à l'une de ces trois situations, ou mieux encore à quelqu'unede celles qui résultent de leur mélange.
L'action de la tragédie doit être importante mémo-^
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rable; de même et plus essentiellement encore celle cle l'ëpopëe* Or cette impoîrtance consiste dans la grandeur des motifs, et dans l'utilitë de l'exemple.
Mais il faut bien se souvenir que Tintârét commun ne nous attache que par des affections personnelles; et dans une action publique, quelque importante qu'elle soit, il est plus avantageux qu'on ne pense d'introduire quelquefois des épisodes pris dans la classe des hommes obscurs : ' kur simplidté , noblement exprknëe , a quelque chose de plus toudiant que la dignité des mœurs héroïques. Qu'un héros fasse 'de grandes choses, on s'y attendait, on n'en est point surpris. IVIais que d'une âme vulgaire naissent des sentimens sublimes , la nature qui les produit seule s'en applaudit davantage, et l'humanité se complaît dans c^ exemples qui l'honcnrent.
Le moment le plus pathétique de la conjuration de Portugal , n'est pascelui où tout un peuple , armé dans un instant , se soulève et brise ses chaînes ; mais celui où une femme obscure parait tout à coup , avec ses deux fils , an milieu de l'assemblée des conjurés , tire deux poignards de dessous sa robe , les remet à ses deux enfâns , et leur dit : « ne me les rapportez que teints du sang des Espagnols »« Combien de traits plus courageux , plus honorables, plus touchans que ceux que consacre l'histoire, demeurent plongés dans l'oubli ! et quel trésor pour la poésie , si elle avait soin de les recueillir !
Indépendamment de ces exemples répandus'dans l'épopée, l'action principale doit se terminer par une moralité, dont elle soit le développement ; et plus cette vérité mo- j raie aura de poids , pks la fid>le aura d'importance.
( Marhontbl. )
DB L'BNCYCLÛPliUlU.
Action. [.Beaux ytrla.)Tia.ns]ii variété d'objets ipe les beauK-ûrts savent peindre, il n'y en a point du plusrcnuir- (^uultlc (pie rikonunet lorsque son activil<: est excïtf^ jtar quelque sujet intéressant. L'artiste qui suit p<;«»:trer ju*quVafond du coeur bunmiii, et qui, & cet «prit d'observation, joint, comme Homère, l'art de tout peindre des couleurs Itsplus vives, sMUi'B mettre sous nos yeux les hommes dt'ployant leur activité, de manière que daus leur acljon nous lûons distinctement leurg^nie, leur faconde peiist»', leur force, leur fàiblcsijc, en un mot tout ce qui tient à leur ûuractère. C'est ainsi que, grâces aux talena d'Homère , noua connaissons aussi bien les plus célèbres bù-os de lu Crècect de h l'brj-gic, que si nous avions viîcu de leur tcmstvt que nous eussions i-té les témoins de leurs exploit». Entre tous les ouvragi-s de l'art , le premier rang est d4 k amx ijui représentent ITiomiue eu action. De là \ieai que !m dcnx grand-i mliques, Ahdole et Horace, s'attacbent 11,1 N'i Ml . i\ wa\TagH dfi ce genre, loraqu'ila traî-
» entre Agamemnon et Achille, avec tant d aigreur, que » dernier est prêt à retourner dans sa patrie , et qu'il quitte D Farmée. Les assiégeans , affaiblis par cette retraite , crai- » gnent d'être réduits à lever le siège. On tente inutile- » ment de fléctir Achille , lorsqu'un événement particulier » le ramène tout-à-coup à Farmée, et anime son courage y» invincible d'une nouvelle ardeur. Ce retour conte la vie 7t à Hector; et la mort de ce héros, le plus ferme appui » de Troie , facilite la prise de cette ville ». Voîlà la fable de l'Iliade. L'action, c'est tout ce qui se passe , tout ce qui donne de la réalité à cette fable; la dispute entre AchUIe et Agamemnon; la retraite d'Achille, etc. Nous avons trois tragédies grecques sur une même fable ; « c'est Oreste » qui , après une longue absence , revient dans ta maison )» paternelle, et venge la mort de son père, par le meurtre j> d'Ëgiste et de Clytemnestre )» ; mais Faction est différente dans toutes ces trois pièces.
Les critiques ne distinguent pas toujours assez exactement les deux idées de la fable et de Faction. On exige souvent de celle-ci ce qui n'appartient qu'à Fautre. La fable est proprement Févénement même dont Fartîste se représente dans l'ordre successif, le commencement, le progrès et la fin. L'action est ce qui rend la fable possible y ce qui lui donne son commencement , son progrès et sa fin. Nous bornerons ici nos remarques à ce qui concerne Faction.
C'est proprement Faction , et non la fable , qui donne à un ouvrage de la grandeur et du prix. Cequirendlllîade un poème grand et intéressant, ce n'est pas le sujet en luimême, ce n'est pas la brouillerîe d'Agamemnon et d'Achille, ( te, mais c'est que les choses soient arrivées comme
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le poète les décrit; c'est que Faction soit telle qa'elle est.
aucune des trois tragédies , dont nous avons parlé , n'est marquable du côté du sujet ; le même fait aurait pu être présenté de manière à n'intéresser personne. Mais l'ao-
tlon y ce qui réalise le fait , la façon de le réaliser , c'est ce
qui donne de l'intérêt à ces tragédies.
La première qualité de l'action 9 et la plus indispensa-
I)le, c'est d'être vraisemblable et naturelle; que chaque événement ait sa cause da^s ce qui a précédé; que les faits soient liés entre eux d'une manière intelli^le» et qui n'exige aucune supposition forcée. Si la pièce est en dé- &iit à cet ^ard , l'attention se perd, et l'intârêt cesse. On )uge 9 ou que l'artiste veut nous en imposer , ou que c'est un visionnaire dont l'imagination est déréglée. Il &ut donc que dans toute la durée de l'action , il ne se passe rien qui ne soit fondé sur le caractère des personnages, et sur la situation du moment. Cela suppose sans doute, dans l'artiste , une profonde connaissance de Thomme. L'imagination la plus vive, et l'enthousiasme le plus fort, n'y sauraient suj^léer. La vérité de l'action est une affaire de l'entendement et des lumières de l'esprit. L'histoire fournit pour l'ordinaire le sujet ou la fable à l'artiste; ou bien celui-ci l'a imaginée et disposée dans sa tête avant de songer à l'action. Mais s'il n'a ni le génie ni le jugement requis pour traiter son sujet de manière que sa fable telle qu'il l'a conçue, se développe naturellement, et se déduise intelligiblement des causes actuelles; il aura fait une horloge qui paraîtra avoir toutes se3 pièces , et qui néanmoins manquera de mouvement.
Dans toute action, et dans chaque partie de l'action , Il ^a des forces, c'est-à-dife , des causes qui agissent, et des.
effets qtii doivent leur être exactement proportionnés. Oit ne doit pas rassembler d'ënormes forces pour opérer de petits effets 5 mais il ne faut pas non plus faire résulter de grands effets d'une petite force. H est vrai que dans ITlîade, l'absence d'un seul homme expose l'armée des Grecs au danger d'une perte totale ; mais cet homme , c'est Achille. Si le poëte n'avait pas eu assez de génie pour peindre ce héros aussi grand qu'il nous le montre, tout était manqué; l'action de llliade cesserait d'être naturelle.
La seconde qualité qu'on exige de l'action, c'est qu'elle soit intéressante; il faut que l'esprit et le coeur de celui qu^ y assiste soient dans une activité soutenue que rien n'interrompe. H y a plus d'un moyen d'obtenir cet effet. L'affaire qui est agitée peut être si importante par elle-même, que les personnages qu'on y fait agir en acquièrent nécessairement le plus haut degré d'activité ; comme lors , par exemple, qu'il serait question des grands intérêts d'ime nation entière; ou bien le sujet peut devenir important , par rapport aux personnages qui s'y trouvent intéressés , et qui attirent notre attention , soit par leur rang ou par leur caractère; enfin, des causes accidentelles peuvent exciter la curiosité pour un sujet peu intéressant par luimême: il suffit 9 pour cet effet, d'un obstacle imprévu, d'une intrigue singulière , ou de quelques incidens remar^ quables.
Des actions qui, par elles-mêmes, sembleraient peu dignes d'attention, deviennent très -intéressantes, grâce à l'heureux génie de l'artiste. Quelques fugitifs de Troie s'embarquent pour aller chercher un nouvel établissement ailleurs -• ce n'est là qu'une action très - peu considérable en soi ; mais ♦ dans le point de vue d'où Virgile Tenvisage^
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il la rend infiniment grande et importante. Ce petit nombre d'aventuriers compose les ancêtres d'une nation future, qui Ta dominer sur tout l'univers; qui arrachera un jour l'empire du monde à un autre peuple alors florissant , et )ouissant de la protection singulière de quelques divinités. Considérée de ce côté-là, l'action de l'Enéide acquiert une grandeur qui étonne^ mais à laquelle le poète, dont le gënie était plutôt beau que grand , n'a pas su atteindre. Que n'eût pas été l'Enéide sous la plume d'un Milton ou d'un Klopstock !
Il serait à souhaiter, pour l'utilité des beaux-arts, qu'un habile homme prît la peine de rechercher par combien de divers artifices les grands artistes ont su rendre intéressantes dés actions en elles-mêmes très-^eu considérables ; car c'est là où le génie se montre dans son plus beau jour. Combien d'actions très - ordinaires le génie créateur de Shakespear n'a-t*il pas &u présenter sous le point de vue le plus intéressant ? Des artistes bornés tâchent ordinairement d'intéresser, à force de complications et d'intrigues. Ce sont de très-faibles ressources; elles peuvent , à la vérité^ servir a occuper l'imagination; mais elles laissent dans une inaction totale les forces les plus essentielles de l'âme, l'entendement et le cœur. Ce n'est pas dans les horsd'œuvre de l'action , c'est dans l'esprit et dans le caractère interne du sujet qu'il faut placer l'intérêt. Si l'on examine avec soin les ouvrages les plus câèbres de l'art chez les anciens et chez les modernes, et surtout les ouvrages dramatiques, on trouvera que les meilleurs sont précisément ceux où l'action est la plus simple
Une troisième qualité essentielle de l'action, c'est qu'elle soit entière et complète. On doit pouvoir y observer dis-
^ KSPRIT
tinctement le commencement précis; connaître les motifs qui font agir les personnages ; sentir le vrai point de rue où il faut se placer pour suivre l'action; en remarquer clairement le progrès ; et, enfin, en voir si évidemment la catastrophe, qu'on n'ait plus à s'attendre à rien au-delà. B faut qu'on sente qu'aucun des acteurs n a plus rien à faire à cet ^ard. Cela n'est pas aisé; et les grands maîtres eux-mêmes n'ont pas toujours réussi à terminer complètement l'action. Enfin, Faction doit être une. Cette unité d'action, dans un ouvrage de quelque étendue qu'il pubse être , est une qualité si évidemment nécessaire , qu'il serait superflu d'y insister, si les auteurs dramatiques ne péchaient si souvent coptre cçtte règle. Ce n'est pas même assez , pour qu'ua drame soit parfait , que l'action soit exactement une ; îl faudrait encore qu'il n'y entrât point d'épisodes : les petites actions épisodiques , quelque bien liées qu^elles puissent être avec l'action principale , ne laissent pas de nuire sensiblement au tout. Les ouvrages les plus parfaits sont , sans contredit , ceux où l'attention demeure fixée depuis le commencement jusqu'à la fin, sur un seul objet, sans en être distraite par aucun incident étranger.* C'est en quoi les tragédies anciennes ont une supériorité bien décidée sur la plupart des pièces modernes ; l'oeil y est attaché des l'entrée, sur un objet qu'il ne perd plus de vue^ et dont rien ne le détourne, pas même un instant. De même qu^un peintre intelligent distribue les jours de manière que l'œil ne s'attache qu'aux personnages principaux ; il faut que, dans chaque action ^ tout ce qui ne tient pas à l'objet principal soit placé dans l'ombre , en sorte qu'il ne puisse être aperçu quVutant qu il contribue à faire ressortir Tensemble.
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On dit d'un ouvrage 9 qu'il y entre peu d'action, quand il remue plus l'imagination que le cœur; car rien n'est proprement action que ce qui agit sur le cœur. On pourrait transformer llliade en une narration , où tout ce qui est action disparaîtrait. Quand on n'observe que ce qui se passe, on ne voit point l'action, le jeu des forces; on ne voit que Fëvënement qui en résulte. Mais, quand nous entrons dans la situation d'esprit des personnages qui agissent, nous sentons leurs désirs, leurs espérances, leurs agitations, leurs efforts; c'est alors seulement que nous les voyons agir.
Lies beaux -arts nous offrent plusieurs manières différentes d'exprimer ime action ; et chaque manière a ses règles particulières à l'égard de la grandeur, de la forme et de l'arrangement total de l'action* Le poème épique, le drame j l'apologue, la peinture , le ballet, ont chacun une maniève propre de traiter l'action.
(M. SuLZER, Théorie des beaux-^rté^)