‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 4)Chapitre 32 sur 62 · ADMIRATION · texte numérisé non relu

ADMIRATION

Admiration. ( Morale. ) Sentiment qu'excite en nous la présence d'un objet , quel qu'il soit, intellectuel ou physique^ auquel nous attachons quelques perfections. Si l'objet est vraiment beàu^ l'admiration dure; si la beauté n'était qu'apparente, l'admiration s'évanouit par la réflexion; si l'objet est tel que plus nous l'examinons, plus nous y découvrons de perfections, l'admiration augmente. Nous

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n'admirons guère que ce qui est au - dessus de nos forces ou de nos ccmnaissances. Ainsi , l'admiration est fille^ taxitôt de notre ignc»ance ^ tantôt de notre incapacité : ces principes sont si vrais, que ce qui est admirable pour l'uxi^ n'attire pas seulement l'attention d'un autre. Il ne faut pa3 confondre la surprise avec l'admiration. Une chose laide ou belle 9 pourvu qu'elle ne soit pas ordinaire dans son genre, nous cause de la surprise; mais il n'est donné qu'aux belles de produire en nous la surprise et l'admiration : ces deux sentimens peuvent aller ensemble et séparément. Saint - Evremont dit que l'admiration est la marque d'un petit esprit : cette pensée est fausse ; il eût fallu dire, pour la rendre juste, que l'admiration d'une chose commune est la marque de peu d'esprit : mais il y a des occasions où l'étendue de l'admiration est, pour ainsi dire , la mesure de la beauté de l'âme et de la grandeur de l'esprit. Plus un être créé et pensant voit loin dans la nature , plus il a de discernement , et plus il admire. Au reste n il faut un peu être en garde contre ce premier mouvement de notre âme à la présence des objets , et ne s'y livrer que quand on est assuré par ses connaissances , et surtout par des modèles auxquels on puisse rapporter l'objet qui nous est présent, n faut que ces modèles soient d'une beauté universellement convenue. Il y a des esprits qu'il est extrêmement diiBcile d'étonner ; ce sont ceux que la métaphysique a élevés audessus des choses faites; qui rapportent tout ce qu'ils voient, entendent , etc. , au possible , et qui ont en eux-mêmes un modèle idéal au-dessous duquel les êtres créés restent toujours.

(Diderot. )

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AdmiRAlTION. ( Beaux-'Arta» ) Cest un vsenlîment vif qui s'élève dans l'âme , à la . contemplation d'un objet qui surpasse notre attente. Si Fon y réfléclilt bien ^ on s'apercevra que l'admiration est toujours accompa* gnée d'une contention d'esprit, qui s'efforce de pénétrer la raison de la chose que nous admirons» Plus cette raison parait cachée , plus l'admiration redouble ; elle monte au plus haut degré , lorsque ce que nous voyons semble être contraire à nos conceptions. Si l'on veut distinguer avec Hume deux espèces différentes d'admiration, on peut nommer étonnement^ le sentiment que produit en nous un événement contraire à notre attente, et restreindre l'admiration au sentiment qui naît de la considération d'une force extraordinaire et inconiiue. Dans ce sens, Tadmiration pourrait être nommée une passion de l'esprit; car elle a ceci de commun avec les passions,, qu'elle est accom* pagnée d'un effort inquiet , qui tend à élever nos conceptions à la hauteur de l'objet qui nous occupe. C'est par cette considération sans doute que Descartes a mis l'admiration dans la classe des passions. Wolf , au contraire , l'en a exclue, par la raison que ce sentiment, malgré sa vivacité, n'est accompagné ni de désir, ni d'aversion pour l'objet quon admire 9 bien qu'il semble qu'on éprouve quelque cliose d'analogue.

Quoi qu'il en soit , il est incontestable que l'admiration est un sentiment très-vif, et qui par conséquent peut être du plus grand usage pour porter l'homme au bien , et le dé. tourner du mal. A cet égard, c'est un des sentimens que les beaux-arts doivent savoir exciter. Le mal , porté à un certain degré, est aussi propre que le bien à produire ce mou-

Yement. La méchanceté extraordinaire du satan deMîlton et de Kiopstock , ou celle de certains personnages tragi^ ques de Shakespear, excitent en nous une admiration toute aussi forte, que le caractère le plus sublime d'un héros vertueux pourrait le faire, La seule différence est dans l'effet : nous abhorrons et détestons les premiers • nous respectons et nous nous efforçons d'imiter celui - ci.

La règle qui résulte de ce que nous venons d'observer , c'est que l'artiste ne doit jamais négliger l'occasion d'exciter ce sentiment. Les occasions s'en offrent toutes les foi^ qu'on a lieu de représenter de grands caractères et de grandes actions : dans le poème épique , dans la tragédie, dans l'ode, dans les tableaux d'histoire, dans les portraits , soit au pinceau , soit au ciseau , et même dans la musique d'un genre grave et sérieux. Nous avons décrit ailleurs les diverses sources du merveilleux.

n ne suffit pas , au reste , pour qu'un artiste puisse exciter l'admiration , qu'il connaisse les sources du merveilleux; il faut encore qu'il sache lui-même penser et sentir dans le grand. Celui à qui la nature n'a pas accordé la grandeur d'âme , entreprendrait inutilement de nous inspirer de l'admiration. Ceux pour qui toute la nature rit et badine ; ceux qui ne voient dans les actions des hommes et dans les événemens du monde , que le côté burlesque • ceux qui veulent mettre partout de l'esprit, de la finesse et des jeux d'imagination ; ceux enfin qu'une jolie fleur , ou une contrée agréable touche plus qu'une onde bruyante, ou qu'un désert hérissé de rochers , ne réussiront jamais i exciter nos ravissemens. Ce don n'est réservé qu'à un artiste que la nature a doué d'une grande âme , qui a profondément médité sur le srands (objets de la nature et de

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la vie civile ; qui s'est beaucoup exercé à ramener tout à

de grands points de vue, et qui a fortifié s^ taleus par le

commerce des personnes à grands sentimens , et par une

élude sérieuse et soutenue des ouvrages les plus sublimes

de Tart.

( M, SuLZKR. Théorie des Beaux^Arts. )

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