ADMIRATION
Admiration. ( Morale. ) Sentiment qu'excite en nous la présence d'un objet , quel qu'il soit, intellectuel ou physique^ auquel nous attachons quelques perfections. Si l'objet est vraiment beàu^ l'admiration dure; si la beauté n'était qu'apparente, l'admiration s'évanouit par la réflexion; si l'objet est tel que plus nous l'examinons, plus nous y découvrons de perfections, l'admiration augmente. Nous
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n'admirons guère que ce qui est au - dessus de nos forces ou de nos ccmnaissances. Ainsi , l'admiration est fille^ taxitôt de notre ignc»ance ^ tantôt de notre incapacité : ces principes sont si vrais, que ce qui est admirable pour l'uxi^ n'attire pas seulement l'attention d'un autre. Il ne faut pa3 confondre la surprise avec l'admiration. Une chose laide ou belle 9 pourvu qu'elle ne soit pas ordinaire dans son genre, nous cause de la surprise; mais il n'est donné qu'aux belles de produire en nous la surprise et l'admiration : ces deux sentimens peuvent aller ensemble et séparément. Saint - Evremont dit que l'admiration est la marque d'un petit esprit : cette pensée est fausse ; il eût fallu dire, pour la rendre juste, que l'admiration d'une chose commune est la marque de peu d'esprit : mais il y a des occasions où l'étendue de l'admiration est, pour ainsi dire , la mesure de la beauté de l'âme et de la grandeur de l'esprit. Plus un être créé et pensant voit loin dans la nature , plus il a de discernement , et plus il admire. Au reste n il faut un peu être en garde contre ce premier mouvement de notre âme à la présence des objets , et ne s'y livrer que quand on est assuré par ses connaissances , et surtout par des modèles auxquels on puisse rapporter l'objet qui nous est présent, n faut que ces modèles soient d'une beauté universellement convenue. Il y a des esprits qu'il est extrêmement diiBcile d'étonner ; ce sont ceux que la métaphysique a élevés audessus des choses faites; qui rapportent tout ce qu'ils voient, entendent , etc. , au possible , et qui ont en eux-mêmes un modèle idéal au-dessous duquel les êtres créés restent toujours.
(Diderot. )
DE l'encyclopédie. g5
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AdmiRAlTION. ( Beaux-'Arta» ) Cest un vsenlîment vif qui s'élève dans l'âme , à la . contemplation d'un objet qui surpasse notre attente. Si Fon y réfléclilt bien ^ on s'apercevra que l'admiration est toujours accompa* gnée d'une contention d'esprit, qui s'efforce de pénétrer la raison de la chose que nous admirons» Plus cette raison parait cachée , plus l'admiration redouble ; elle monte au plus haut degré , lorsque ce que nous voyons semble être contraire à nos conceptions. Si l'on veut distinguer avec Hume deux espèces différentes d'admiration, on peut nommer étonnement^ le sentiment que produit en nous un événement contraire à notre attente, et restreindre l'admiration au sentiment qui naît de la considération d'une force extraordinaire et inconiiue. Dans ce sens, Tadmiration pourrait être nommée une passion de l'esprit; car elle a ceci de commun avec les passions,, qu'elle est accom* pagnée d'un effort inquiet , qui tend à élever nos conceptions à la hauteur de l'objet qui nous occupe. C'est par cette considération sans doute que Descartes a mis l'admiration dans la classe des passions. Wolf , au contraire , l'en a exclue, par la raison que ce sentiment, malgré sa vivacité, n'est accompagné ni de désir, ni d'aversion pour l'objet quon admire 9 bien qu'il semble qu'on éprouve quelque cliose d'analogue.
Quoi qu'il en soit , il est incontestable que l'admiration est un sentiment très-vif, et qui par conséquent peut être du plus grand usage pour porter l'homme au bien , et le dé. tourner du mal. A cet égard, c'est un des sentimens que les beaux-arts doivent savoir exciter. Le mal , porté à un certain degré, est aussi propre que le bien à produire ce mou-
Yement. La méchanceté extraordinaire du satan deMîlton et de Kiopstock , ou celle de certains personnages tragi^ ques de Shakespear, excitent en nous une admiration toute aussi forte, que le caractère le plus sublime d'un héros vertueux pourrait le faire, La seule différence est dans l'effet : nous abhorrons et détestons les premiers • nous respectons et nous nous efforçons d'imiter celui - ci.
La règle qui résulte de ce que nous venons d'observer , c'est que l'artiste ne doit jamais négliger l'occasion d'exciter ce sentiment. Les occasions s'en offrent toutes les foi^ qu'on a lieu de représenter de grands caractères et de grandes actions : dans le poème épique , dans la tragédie, dans l'ode, dans les tableaux d'histoire, dans les portraits , soit au pinceau , soit au ciseau , et même dans la musique d'un genre grave et sérieux. Nous avons décrit ailleurs les diverses sources du merveilleux.
n ne suffit pas , au reste , pour qu'un artiste puisse exciter l'admiration , qu'il connaisse les sources du merveilleux; il faut encore qu'il sache lui-même penser et sentir dans le grand. Celui à qui la nature n'a pas accordé la grandeur d'âme , entreprendrait inutilement de nous inspirer de l'admiration. Ceux pour qui toute la nature rit et badine ; ceux qui ne voient dans les actions des hommes et dans les événemens du monde , que le côté burlesque • ceux qui veulent mettre partout de l'esprit, de la finesse et des jeux d'imagination ; ceux enfin qu'une jolie fleur , ou une contrée agréable touche plus qu'une onde bruyante, ou qu'un désert hérissé de rochers , ne réussiront jamais i exciter nos ravissemens. Ce don n'est réservé qu'à un artiste que la nature a doué d'une grande âme , qui a profondément médité sur le srands (objets de la nature et de
DE l'encyclopédie» 9$
la vie civile ; qui s'est beaucoup exercé à ramener tout à
de grands points de vue, et qui a fortifié s^ taleus par le
commerce des personnes à grands sentimens , et par une
élude sérieuse et soutenue des ouvrages les plus sublimes
de Tart.
( M, SuLZKR. Théorie des Beaux^Arts. )