‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 4)Chapitre 34 sur 62 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

g8 ESPRIT

tique actuelle des Orientaux. Num. mx. »6* Isaïe xxif^ 2i. Rom* xiy. Galat. iy. »â* JSphea. iv* i4'. Colosa. iij, lOé Calmet, DicU de la Bible , tome /• lettre  , poff. 69.

La coutume d'adopter ëtait très-commune chez les anciens Romains , qui avaient une formule expresse pour cet acte: elle leur était venue des Grecs qui l'appelaient Sfcodeç , filiation.

Comme l'adoption était une espèce d'imitation de la nature 9 inventée pour la consolation de ceux qui n'avaient point d'en&ns y il n'était pas permis aux Eunuques d'adopter, parce qu'ils étaient dans l'impuissance actuelle d'avoir des enfans.

11 n'était pas permis non plua d'adopter plus âgé que soi ; parce que c'eût été renverser l'ordre de la nature : il fallait même que celui qui adoptait eût au moins dix-huit ans de plus que celui qu'il adoptait» afin qu'il y eût du moins possibilité qu'il fût son père naturel.

Les Romains avaient deux sortes d'adoptions ; l'une qui se faisait devant le préteur ^ l'autre par l'assemblée du peuple y dans le tems de la république ; et dans la suite, par un rescrit de lempereur.

Pour la première, qui était celle d'un fils de famille , son père naturel s'adressait au préteur, devant lequel il déclarait qu'il émancipait son fils , se dépouillait de Tautorité paternelle qu'il avait sur lui , et consentait qu^il passât dans la famille de celui qui l'adoptait.

L'autre sorte d'adoption était celle d'une personne qui n'était plus sous la puissance paternelle , et s'appelait ac&i>gation.

La personne adoptée changeait de nom et prenait le pré* nom , le nom ^ et le surnom de la personne qui l'adoptait*

DB L^ENCfCLOPlÈBIfi. 9$

L^adoption ne 6e pratique pas en France. Seulement il y a quelque chose qui y ressemble , et qu'on pourrait appeler une adoption honoraire i c'est l'institution d'un hé« ritier universel , à la char|;e de porto* le nom et les armes de la famille.

Les Romains avaient aussi cette adoption testamentaire : mais elle n'avait de force qu'autant qu'elle était confirmée par le peuple.

Dans la suite il s'introduisit une autre sorte d'adoption « qui se faisait en coupant quelques cheveux à la personne 9 et les donnant à celui qui l'adoptait.

Ce fut de cette manière que le pape Jean YIII adopta Boson y roi d'Arles ; exemple tmique , peut-être , dans l'histoire 9 d'une adoption faite par un ecclésiastique ; l'usage de l'adoption établi à l'imitation de la nature , ne pa-r raissant pas l'autorber dans des personnes k qui ce serait un crime d'engendrer naturellement des enfans.

M. Boussac, dans ses Noctea TheohgiccBj nous donne plusieurs formes modernes d'adoption 9 dont quelques unes se Élisaient au baptême , d'autres par l'épée.

La demande en adoption, ndmmée adrogatio , était conçue en ces termes : VeUtis^ jubeatia ittiZâ. f^alerius Lucio Tioio tam legejurequefiUuaaibiJietj quam si ex €0 pâtre matreque famiUas gtia natua esaety utique ei vitœ neciaque in eum potestas fiet utipariundojilio est. Hoc ita , ut dixiy ita vos, Quirites , rogo. Dans les derniers tems, les adoptions se faisaient par la concession des enaperemrs. Qles se pratiquaient encore par testament , In imi cerd C. OctcMfiwn infamiliam nomenque adop^ tapit n Les fils adoptife prenaient le nom et le surnom de celui qui les adoptait; et ccnni&e ils abandonnaient en

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qiielquft flocte la £eaniUe doat iU ^tiiient né» , les magistrats étaient chargés du soin des dieUx pénates de celui <jui ijaittait ainsi sa famille pour entrer dans une autre. Gamme l'adoption faisait suivre à l'enfant adoplif la condition de celui qui l'adoptait , elle donnait aussi droit au père adoplif sur toute la fionille de Ten&nt adopté. Le séx^t, au rapport de Tacite , condamna et défendit les adoptions feintes dont ceux qui prétendaieiit aux charges avaient introduit l'abus 9 afin démultiplier leurs cliens et de se faire élire avec plus de fa/cilité* L'adoption était absolument interdite à Athènes en faveur des magistrats ^ avant qu'ils eussent rendu leurs comptes en sortant de charge. . L'adoption est fort commune parmi les Turcs , et encore plus parmi les Grecs et les Arméniens* U ne leur est pas permis de léguer leurs biens à un ami , ou à un parent éloigné; mais pour éviter qu'ils n'aillent grossir le trésor du grand-seigneur 9 quand ils se voient sans espoir de lignée , ils choisissent dans une femille du commun , quelque bel en&nt de l'un ou de l'autre sexe > le mènent au cadi , et là , en présence et du consentement de* ses parens, ils déclarent qu'ils l'adoptent pour leur enfant.. £n ihème tems, les pire et mèi^ renoncent à tous leurs droits sur lui^ et les remettent à celui qui l'adopte ; on passe un contrat eu bonne forme , et dès4oFS Ten&nt ainsi adopté ne peut être déshérité. Milady Montaguë, qui rapporte cette forme d'adoption dans ses lettres , dit avoir vu plus d'un mendiant refuser délivrer ains^i leurs enfans & de riches Grecs, tant la nature a de pouvoir sur le cceur d'un père et d'une mère , quoique les pères adopbUs aient en général beaucoup de tendresse pour ces en&ns qu'ils appellent enfans d$ leur9 dme». Cette coutume serait beaucoup plus de mon

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goût , ajoute cette judicieuse. Anglaise 9 qae l'uaags -absurde où nous sommes de nous attacha à notre nom* Faire le bonheur d^un enfant que fëtère à nui mioiière!, ou ( pour parler turc ) eur mes genoux , que j'ai accoutumé à me respecter comme son père, est, sdbn moi, plus Gon£(Hine à la raison , c[ug d'enricbir quelqu'un qui tient y des lettres qui composent son nom , tout son rite et toute son affinité.

L'adoption par les armes a pris naissance chez quelques peuples du nord , ou parmi les Germains ; ce qui est à peu près la même chose , les uns et les autres ayant une même origine. Ces peuples rapportaient tout à la guerre , et ils ne quittaient point leurs armes. Cétaît dans une assemblée publique que l'un des chefs de la nation , le père ou quelque parent , armait pour la première fois l'enfant parvenu à l'âge de puberté. C'était cette cérémonie , dit Tacite , qui en faisait un citoyen , et elle tenait lieu de l'acte par lequel les Komains prenaient au même âge la robe virile.

Cette cérémonie a les caractères d'une adoption militaire , par laquelle les Germains étaient reconnus enfans de la république ; mais on y voit cette différence , qu'ici c'est une permission de porter les armes ; au lieu que les adoptions miKtaires étaient une récompense pour les avoir portées avec gloire.

C'est dans Thistolre des Goths et des Lombards qui s'établirent successivement en Italie , qu'il est plus souvent fait mention de cette adoption militaire, dont l'usage a pu pa^er par eux à la cour des empereurs Romains. Procope est le premier qui en ait parlé.

' • Gebftdes 5 roi de Perse , voulant placer sur te tr6n« . CôêtoëBf le plus jeune de ses trois fils , songea à lui procurer ^l'appui de l'empereur d'Orient , Justin. D proposa à œ •prince , contre lequel il était en guerre, d'adopter Cosroe^^ Justin aurait saisi arec joie cette occasion]de terminer une guerre fâcheuse , si on ne lui eut fait observer que radoj>— tion juridique des Romains donnerait à Gosroes des droite sur l'empire. On propos^ au Persan de l'adopter par les armes à la manière des Barbares , ce que Cosroës refusa avec mépris; et la guerre* continua.

Les adoptions militaires se faisaient par la tradition des armes , en donnant ou envoyant à celui qu'on adoptait différentes sortes d'armes ou d'instrumens de guerre, et quelque£[>is en le revêtant , ou le faisant revêtir par des ambassadeurs, d^une armure complète; car ces adoptions n'étaient en usage que cbez les souverains» Elles étaient ordinairement accompagnées de présens plus ou moins considérables, suivant la circonstance ou les personnes*

Elles donnaient les noms de père et de fils, comme Tadaption romaine , et l'on se faisait un honneur de prendre ces noms dans les souscriptions des lettres , et dans les actes publics. Telle était l'idée qu'on avait chez les Gotbs et chez les Lombards de cette adoption. EUe était regardée comme le premier degré d'honneur delà milice. Leurs rois n'admettaient point leurs fils à leur table, qu'ils n'eussent été adoptés par quelque prince étranger; et ceux-ci allaient chercher cçt honneur )usques chez les princes ennemis.

G*est ce que fit Âlboin^ fils d'Âudoin, roi des Lombards; il alla se faire adopter par le roi des Gépides , et devint son fils par la tradition dos armes. L'usage de cette adoption ,

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chez les Lombards; a fibii avec leur monarchie > dëtruite par Charlemagne ; mais depuis ce tem& on en trouve encore des traces chez les empereurs d'Orient.

GodefrQi, duc de la basse Lorraine^ conduisant , en 1096 , à la Terre-Sainte , une armée de croisés » se rendit au palais des Blaquemes, près de Constantinople , où l'empereur Alexis » pour l'attacher à ses intérêts , l'adopta pour son fils, en le faisant revêtir des habits impériaux, avec toute la solennité et la coutume du pays. La valeur de Godefroiy Tusage des empereurs d'Orient d'adopter ainsi les princes étrangers, les circonstances de l'entreprise de la croisade, tout annonce une cérémonie guerrière.

Le prince d'Eldesse adoptant de cette manière Baudouin y frère du même Godefroi ^ le fit entrer nu sous sa chemise , et le serra fortement entre ses bras , pour signin fier qu'il le tenait comme sorti de lui. Mais il n'est pas facile de décider si quelques rois des premières races ont été adoptés par les armes ^ par quelque autre prince, s'ils ont lait usage de cette adoption y et s'ils ont adopté euxmêmes des princes de leur sang ou des étrangers. On trouve difFérens monumens historiques, qui constatent que les rois de France ont été adoptés par des princes étrangers. On trouve une adoption militaire de Théodebert par Justinien y dans une médaille du premier.

À l'égard des adoptions fiiites par les rois de France , les historiens parlent distinctement de deux sortes d'adoptions dont ils firent usage 9 l'une par la barbe , l'autre par les cheveux. L'adoption par la barbe se faisait en touchant la barbe de celui qu'on adoptait , ou en en coupant Texlrémité.

Par un traité de paix entre Clovis et Alaric , il fut coa-,

clu qu'Aime toucherait la barbe de CloTÎs, et deviendrait par-là son parrain , ou son père adoptif. Cet accommode^ ment n'eut point lieu , parce que les Goths vinrent armés à la conférence , et Clovis continua la guerre. Ceci se passa i la bataille de Vouilté.

Les adoptions par les armes doivent leur origine aux Goths ou aux Lombards : l'usage en a cessé en Italie , à la destruction de leur monarchie, et il a duré en Crient, jusqu^au tems où commencèrent les ordres de chevalerie.

( Uahhé Mallet et M, Toussaint. )

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