‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 4)Chapitre 36 sur 62 · B8PRIT · texte numérisé non relu

B8PRIT

D'abord , elles sont la ruine de la fécondité : les femmes qui ne connaissent point de devoirs , aiment peu la <jQalité de mère, et s'y trouvent trop exposées; ou si eiles le deviennent, elles ne redoutent rien tant que le fruit de leur commerce. On ne voit qu'avec dépit ces malheureux ^i&ns arriver à la lumière : il semble qu'ils n'y aient point de droit, et l'on prévient leur naissance par des rem.èdes meurtriers; ou on les tue après qu'ils ont vu le jour; ou l'on s'en délivre en les exposant. H se forme de cet amas d'enfuis dispersés à l'aventure j une vile populace sans éducation , sans biens, sans profession* L'extrême liberté dans laquelle ils ont toujours vécu, les laisse nécessairement sans principes, sans règle et sans retenue. Souvent le dépit et la rage les saisissent , et pour se venger de l'abandon où ils se voient, ils se portent aux excès les plus funestes.

Le moindre des maux que puissent causer ces amours illégitimes, c'est de couvrir la terre de citoyens infortunés 9 qui périssent sans pouvoir s'allier , et qui n'ont causé que du mal à cette société, où on ne les a vus qu'avec — -^.m^rîs.

Bien n'est donc plus contraire à l'aocroissenient et an

repos de la société^ cp.e la^doctrine et le eélibat in£kne de

^ ^ i^-4 h\ \A., r \\ces faux philosophes , qu'on écoute dans le monde , et qui

l ne nous parlent que du bien de la société ^ pendant qu'ils

en ruinent en effet les véritables fondemens. D'une autre

.«-^ part, rien de si salutaire à un état, que la doctrine et le

zèle de ;rEgIise , puisqu'elle n'honore le célibat que dans

l'intention de voir ceux qui Pembrassent en devenir plus

( ^ -pariaits, et plus utiles aux autres; qu'elle s'i^lique à

inculquer aux grands comme aux petits, la dignité du

ï>B l'encyclopédie. 10/

mariage, pour les fixer tous dans une sainte et honorable société: puisque enfin c^est elle cpû travaille avec inquiétude à recouvrer, à nourrir, et à instruire ces enfans, cpi'une philosophie toute bestiale avait abandonnés.

{ L'abbé Yvov.)

Les anciens Romains n'avaient point de loi formelle contre l'adultère ; l'accusation et la peine en étaient arbitraires* L'empereur Auguste fut le premier qui en fit une g qu'il eut le malheur de voir exécuter dans là personne d^ ses propres enfans : ce fut la loi Julia , qui portait peine de mort contre les eoupables : mais , quoique en vertu de cette loi^ l'accusation du crime d'adultère fût publique et permise à tout le monde , il est certain néanmoins que l'adultère a toujours été considéré plutôt comme un crime domestique et privé, que comme un crime public; en sorte qu'on permettait rarement aux étrangers d'en poursuivre la vengeance 9 surtout si le] mariage était paisible , et que le mari ne se plaignît point.

Aussi quelques-uns des empereurs qui suivirent, abrogèrent-ils cette loi , qui permettait aux étrangers l'accusation d'adultère, parce que cette accusation ne pouvait être intentée sans mettre la division entre le mari et la femme , sans mettre l'état des enfans dans l'incertitude, et sans attirer sur le mari le mépris et la risée; car, comme le mari est le principal intéressé à examiner les actions de sa fenmie, il est à supposer qu'il les examine avec plus de circonspection que personne ; de sorte que quand îl ne dit mot, personne n'est en droit de parler.

Voilà pourquoi la loi , en certains cas , a établi le mari juge et exécuteur en sa propre cause, et lui a permis de

hoSt ESPRIT

se vaiger par tai*m£me de l'injure qui lui était faite , en surprenant dans l'action même les deux coupables qui lui ravissaient lliontieur. Il est vrai que quand le mari faisait un commerce infâme de la débauche de sa femme, ou que, téoioin de son désordre, il le dissimulait et le soufirait, alors l'adultère devenait un crime public , et la loi Julia décernait -des peines contre le mari même , aussi bien que contre la femme.

A présent, dans la plupart des contrées. de l'Europe, Fadultère n'est point réputé crime public; il n'y a que le mari seul qui puisse accuser ;ia feoime ; le ministère public même ne le pourrait pas , à. moins qu'il n'y eût un grand scandale.

De plus , quoique le mari qui viole la £bi conjugale soit coupable aussi bien que la femme> il n'est pourtant point permis à celle-ci de l'en accuser , ni de le poujcsuivre pour raison de ce crime

Socrate rapporte que sous l'empereur Théodose, en l'année 38o, une femme convaincue d'adultère, fut livrée pour punition, à la brutalité de quiconque voulut l'outrager. . Lycurgue puuissait un bomme convaincu d'adultère comme un parricide 5 les Locriens lui crevaient ks yeux^ et la plupart des peuples orîen4^ux punissent ce crime très -sévèrement.

Les Saxons, anciennement, brûlaient la femme adultère et sur ses cendiees ils élevaient un gibet où ils étranglaient le complice, fin Angleterre, le roi Edmond punissait l'adultère comme meurtre : mais Canut ordonna que la punition de l'homme serait d'être banni, et celle de la femme d'avoir le nez et les oreilles troupes.

Eu Espagne , on punissait le /coupable par le retranche»

DE L'a.VCTCLOPÉDIE. IO9

ment des parties (jui avaient été rinstniinent du crime» En Pologne , ataut que le christianisme y fût établi , on punissait TadiJtère et la fornication d'une façon bien singulière. On conduisait le criminel dans la place publique; là , on l'attachait avec un crQchet par les testicides , kii laissant un rasoir 4 sa portée $ de sorte qu'il fallait de toute nécessité qu'il se mutilât lui*méme pour se dégager « à moins qu'il n'aimât mieux périr dans .cet état.

Le Droit civil réformé par Justinien, qui, sur les remontrances dje sa femme Théodora , modéra la rigueur de la loi Julia , portait que la femme fut fouettée et enfermée dans un couvent pour deux ans : et si dm'ant ce tems n le mari ne voulait point se résoudre à la reprendre, on lui coupait les cheveux , et on l'enfermait pour toute sa vie. C'est-là ce qu'on appela authentique y parce que la loi qui contenait ces dispositions était une aiithentlque , ou novelle.

Les lois concernant l'adultère sont à présent bien mitigées. Toute la peine qu'on inflige à la femme convaincue d'adultère, c'est de la priver de sa dot et de toutes ses conventions matrimoniales, et de la reléguer dans un monastère. On ne la fouette même pas , de peur que si le mari se trouvait disposé à la reprendre, cet affront public ne l'en détournât.

Cependant les héritiers ne seraient pas reçus à intenter contre la veuve l'action d'adultère , à l'effet de la priver de ses cojiventions matrimoniales. Ds pourraient seulement demander qu'elle en fût déchue, si l'action avait été intentée par le mari : mais il leur est permis de faire preuve de son impudicité pendant l'an de deuil , à l'effet de la priver de son douaire.

illO B8PEIT

La femme condamnée pour adultère, ne cesse pas pour cela d'être sous la puissance du mari.

Il y eut un tems où les Lacédémoniens » loin de punir l'adultère j le permettaient y ou au moins le toléraient , à ce que nous dit Plutarque*

L'adultère rend le mariage illicite entre les deux cou* pables, et forme ce que les théologiens appellent impedir' mentum criminh.

Les Grecs, et quelques autres Chrétiens d'Orient y sont ^» *> m) ^ àajïs le sentiment que l'adultère rompt le lien du mariage;

en sorte que le mari peut , sans autre formalité , épouser

ime autre femme. Mais le concile de Trente, session

XXI f^y can. y j condamne ce sentiment, et anathéma-

tise en quelque sorte ceux qui le soutiennent.

/ En Angleterre 9 si une femme mariée abandonne son

} mari , pour vivre avec un adultère , elle perd son douaire ,

\ et ne peut pas obliger son mari à lui donner quelque

(autre pension:

SponU virum muiierjugiens , et adulierafacta y Dote suâ cartaif nisisponso sponte retracta»

(M. Toussaint.)

DE l'encyclopédie. m

■X— 8SI ' 1 ■ t

affectation-

Affectation', ( BeUe&^Lettres. ) L'affectation est une

manière trop étudiée, trop recherchée de s'exprimer i vice ordinaire aux gens qu'on appelle beaux-parleuran

L'affectation est dans la pensée , dans l'expression ^ dans le choix des mots, des tours , ou des images. Quand on a ridée de l'affectation dans la contenance, dans la démarche, dans la parure , on a l'idée de l'affectation dans le style.

L'affectation est quelquefois jusque dans le soin trop marqué d'être naturel, dans la familiarité, dans la négligence.

L'affectation de Pline, de Voiture, de Balzac, de Le Maître, de Fontenelle, de La Motte , de Marivaux , n'est pas la même.

Voiture, en parlant d'une expression recherchée de Pline le jeune , « ne m'avouerez-rous pas , dit-il , que cela » est d'un petit esprit , de refusev un mot qui se présente, )> et qui est le meilleur, pour en aller chercher, avec soin, » un moins bon et plus éloigné ? »

Cette critique semble annoncer l'homme du monde le plus naturel dans sa façon de penser et d'écrire. C'est pourtant ce même Voiture qui, écrivant à mademoiselle Paulet, qu'il s'est embarqué sur un navire chargé de sucre, lui dit que, s'il vient à bon port, il arrivera confit^ et que, si d'aventure il fait naufrage], il aura du moins la consolation de mourir en eau douce. Le maréchal de Vivonne disait

à son cheval au passage du Rhin : JeanAe-BlanCy ne souffrez pas qu'un général des galères soit noyé dans Veau douce ; mais ceci est de meilleur goût*

C'est ce même Voiture qui ëcrit à une femme ije crois que vous savez la source du Nil^ et celle d'où vous tirez toutes les choses que vous dites , est beaucoup plus cachée et plus inconnue.

C'est lui qui dit de Balzac : il a inventé un potage que j'estime. plus que le panégyrique de Pline et que la plus longue harangue d'Isocrate*

C'est lui qui, félicitant Codeau des fleurs qui naissent dans son esprit , lui dit qu'il en a reçu un bouquet sur '^des bords où Une croît pas un brin d'herbe i Et il ajoute : l'Afrique ne m'a rien fait voir de plus nouveau que a^os ouvrages : en les lisant, à T ombre de ses palmes, je vous les ai toutes souliaitées; et en même tems que je me considérais avoir été plus avant qu'Hercule , je nus suis vu bien loin derrière vous*

C'est ce même Voiture qui écrivait à Costard,. quil voulait s'abstenir de recevoir de ses lettres , à cause qu'on était en carême « et que , pour un tems de pénitence , c'étaient de trop grands festins* Pour vous ^ vous pouvez sans scrupule recevoir ce que je vous envoie , ajoutait-il, àpeine ai-je de quoi vous faire une légère collation /e ne vous servirai que des légumes '^ et dans

le même sens figuré, vous faites des sauces avec lesquelles on mangerait des cailloux.

Comment le même homme qui , dans sou style , employé des tours si recherchés, des jeux de mots si étudiés , des rapports si singuliers et si faux entre les idées, en un mot une plaisanterie si peu naturelle et si froide; comment peut-

DB L^BNCYCLOPÉDIX. tl5

être blesse de Taffectation de Pline le jeunt, mille fois moins affecte que lui? en voici la raison.

L'affectation de Voiture n'était pas celle qu'il reprochait à Pline. D ne voyait dans celui-ci que la recherche de l'expression , sans même être blessé du tour antithétique et artificiellement compassé que Pline avait dans son éloquence. Mais si Pline avait lu Voiture, il eût été blessé de même du rapport forcé des idées et des images qu'il emploie , et surtout de la peine qu'il se donne, pour traiter familièrement les grands sujets , et plaisamment les choses les plus graves.

Balzac , dont l'affectation est encore d'une autre sorte , car elle consiste dans la recherche d'un style périodique et soutenu avec dignité, ou, conmie il l'a dit de lui-même ^ dans une gravité tendue et composée^ ou, comme Boîleau en a jugé, à ne savoir dire simplement les choses j ni descendre de sa hauteur y Balzac ne laisse pas de donner aussi quelquefois dans le faux bel-esprit de Voiture.

n écrit à im homme affligé , 'votre éloquence rend a)otrô douleur vraiment contagieuse i et quelle glace je ne dis pas de Lorraine , mais de Norvège et de Moscovie ne fondrait à la chaleur dea)os belles larmes? Ce n'est point la de la froide plaisanterie , comme dans Voiture , mais un sérieux du plus mauvais goût.

Lorsque Balzac veut être plaisant, iï est encore plus forcé que Voiture. Il écrit à madame de Bambouillet , qui lui a envoyé des gants : « Quoique la grêle et la gelée aient » vendangé nosr vignes au mois de mai ; quoique les blés » n'aient pas tenu ce qu'ils promettaient, et que la belle » espérance à^s moissons se trouve fausse dans la récolte; » quoique les avenues de l'épargne se soient rendues »«

TOHS I« 1 ^

1 14 B5HaT

> trèmtmeiit âlfiSeUes, etc., tons ces malheurs ne me tôii- » chent point; et tous êtes cause que je ne me plains, ni 7^ de l'indëmence du ciel, ni de la stérilité de la terre, » ni de laYarioe de Fëtat* Par TOtre moyen, madame, j» jamais année ne me fiit meilleure, ni plus heureuse que » celle-ci ». C'est dire avec bien de Femphase qu'on est flatté d'avoir reçu des gants; et il faut avouer que le style de Charlevaly dllamilton, de Voltaire, dans le genre l^er , est de meilleur goût que tout cela.

Le faux bel-esprit n'était naturel ni à Balzac ni à Toiture. Balzac en prenait le ton par complaisance , Yoiture par contagion , par vanité , par habitude. L'hôtel de Rambouillet l'avait gâté. On dit qu'une lettre leur coûtait souyent quinze jours de travail; ils auraient mieux £iit en un quart-^lieure, s'ils avaient bien voulu s'abandonner à leur génie.

Balzac, stoïden par humeur et par principes, avait de l'élévation dans l'esprit et dans l'âme« On trouve dans ses lettres des mots dignes de IVIontaigne.

ybus m'avouerez, dit-il à madame des Lc^es, que Taheencej qui sépare ceux qui mvent de ceux qui ne 'vivent plus y est trop courte pour mériter une longue plainte.

Cela peut être mis à côté de ce grand mot cité par luimême : il riy a que la première nwrty non plus que la première nuity qui ait mérité de Fétonnement et delà

n ne manquaità Voiture cja'une société moins gâtée du c6té du goût , pour faire de lui un exceDent écrivain* Voyez 6a lettre sur la prise de CQrbie,oùd''unstyIe véhément et simple^ en donnant au canlinal de Bidieliea de grandes

louanges t il lui dozme encore de plus grandes lé^ns. Quelle distance de cette lettre à ce qu'on admirait de lui dans le cercle de Rambouillet !

C'est le mauvais goût de ce tems-là que Molière a tourné en ridicule, dans les Précieuses et dans les Femmes «avantes j et dont il a dit , dans le Misanthrope :

Ce n'est que {eui de moto » qu'affeotation pure ; Et ce o'eit point aioii que parle la nature.

L'affectation est un Prothëe dont les métamorphoses se varient à Tinfini. Celle de Tavocat Le Maître et de^ orateurs de son tems, consistait à aller chercher, le plus loin qu'il était possible de leur sujet , des figures et des exemples.

Le Maître, dans son plaidoyer, /^owr une fille désavouée, dit que son père a été pour elle un ciel d'airain^ et sa mère une terre de fer. Prendra-t^n, dit-il encore en parlant de la jalousie du père, pour un astre du ciel cette funeste compte de l'air, si féconde en maux et en désordres ?î[ dit, en parlant des larmes que la mère laissa échapper en désavouant sa fille , cette partie si tendre (le cœur) étant blessée , pousse des larmes comme le sang de sa plaie. Il dit de la jeune fille , que le soleil de la providence s'est levé sur elle; que ses rayons, qui sont comm£ les mains de Dieu , Vont conduite. Il dit , à propos des moyens qu'avait employés un clerc pour séduira une servante , qui ne [sait que Vamour est le pire des inventions; qu'il anime dans V Iliade toutes lès actions merveilleuses des héros; que Sapho rappelait le grand architecte des paroles, et le premier rhaître de rhétorique ; qu'Jgathon le surnommait le plus savant dsê

ry

IjÇ ESPRIT

diMVM, et âOuUnaii qu'il n'était pa^ seulement poëte^ mais qu'il rendait les amoureux capables de faire des wrs$ que Platon a remarqué qu'Apollon n'a nwntré aux hommes à tirer de l'arc qu'à cause qu'il était blessé de la flèche de l'amour, ni enseigné la médecine qu'étant agité de cette o^iolente mxiladie, ni inventé la dwinatwn que dans l'excès du mêm£ transport?

' L'affectation de Marivaux ne ressemble ni à celle de Pline, ni à celle de Voiture, ni à celle de Balzac, ni à celle de Le Maître* Elle consiste , du côté de la pcnsëe, dans des efforts continuels de discernement pour saisir des traits fugitifs , ou des singularités imperceptibles de la nature; et du côté de l'expression, dans ime attention curieuse à donner aux termes les plus commims une place nouvelle et un sens imprévu , souvent aussi dans une continuité de métaphores familières et recherchées où. tout est personnifié , jusqu'à un oui qui a \ai physionomie d'un non. C'est un abus continuel de la finesse et dé la sagacité

de l'esprit.

On a été trop sévère lorsqu'on a dit de Marivaux , qu'iZ s'occupait à peser des riens dans des balances de toile d'araignée \ mais lorsqu'on a dit de lui qu'en observant la nature avec un microscope , il faisait 'voir des écailles sur la peau, on n a dit que la vérité, et on l'a dite de la manière la plus ingénieuse. Pour bien peindre la nature aux yeux des autres , il faut ne la voir qu'avec ses yeux , ni de trop près , ni de trop loin. C'est avoir beaucoup d'esprit , sans doute , que d'en avoir trop , mais c'est n'en pas avoir assez.

L'affectation de Fontenelle, la plus séduisante détentes, consiste à rechercher dea tom» ingénieux et singuliers.

DB L'bNCYCLOPÉDXB* tlf

qui donnent à la pensée un air de fausseté , afin qn'dlt ait plus de finesse. Ce mot de lui , pour exprimer la ressemblance du portrait d'un homme taciturne j on dirait qu'il se tait y et celui-<i au cardinal Dubois : vous apex travaillé dix ans à vous rendre inutile ; et celui - ci , en louantLa Fontaine, il était si bête qu'il ne sapait pa^ qu'il valait mieux qu'Esope et Phèdre , font sentir ce que je yeux dire. Le mot de ChariUus à un Dote » si je v^ étais pas en oolère,je te ferais nwurir sur Tlieure , et celui d'un autre Lacédëmonien qui revenait d'Atbènes , et à qui on demandait comment tout y allait, le mieux du monde ^ tout y est honnête \ et ce mot de Pyrrhus , après avoir battu deux fois les Romains , et perdu ses meilleurs capi taines, si nous gagnons encore une bataille^ nous sommes perdus j sont des mots digues de Fontenelle. On lui a re proche, en général, lesoin d'aiguiser ses pensées et de bril* lanter ses discours , en ménageant pour la fin des périodes un trait saillant et inattendu. Mais cette affectation , qui n'en était plus une , tant l'habitude lui avait rendu ce tour d'esprit familier et facile , ne peut pas être celle de tout le monde : Marivaux , avec bien de l'esprit , s'était perdu le goût en voulant l'imiter.

Ce que Fontenelle parait avoir recherché avec tant de soin , c'est cette simplicité délicate et fine] qu'on attribuait à Simonide , et à propos de laquelle M. Lefevre a dit : il faut vieillir dans le métier, pour arriver à cette admirahle , à cette bienheureuse ei divine facilité. Ni liermogêne^ ni Longiny ni Quintilien , ni Denis encore ne feront cette grande affaire • Il faut que le ciel s'en mêle , et que la nature commence ce que l'art achevei^a peut être un jour.

Il8 M^Wl'

' La 'Motte ^it moins étudié c[ue Fontenelle cUtu( sa

{nrose^ nais dans ses fables toutes les fois qu'il a voulu être

naïf, il a été maniéré : c'est que la naïveté ne lui était pas

tiaturelle^ et que tout l'esprit du monde ne peut suppléer

au talent.

( Marmontel. )

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