‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 4)Chapitre 37 sur 62 · AFFECTION · texte numérisé non relu

AFFECTION

JL'Affection. se peut prendre , en généra), pour Tîmpression que les êtres qui sont ou au dedans de nous , oa hors de nous, exercent sur notre âme. Mais l'affection se prend plus communément pour ce sentiment vif déplaisir ou d'aversion que les objets , quels qu'ils soient , occasionnent en nous 5 on dit d'un tableau qui représente des êtres qui dans la nature (Pensent les sens , qu'on en est affecté désagréablement. On dit d'une action héroïque , ou plutôt de son récit , qu'on en est affecté délicieusement.

Telle est notre construction , qu'à l'occasion de cet état de l'âme dans lequel elle ressent de l'amour ou de la haine, ou du goût ou de l'aversion , il se fait dans le corps des mouvemens musculaires, d'où, selon toute apparence 9 dépend l'intensité , ou la rémission de ces sentimens. La joie n'est jamais sans une grande dilatation du cœur , le pouls «'élève , le cœur palpite, jusqu'à se faire sentir 5 la transpi" ration est si forte qu'elle peut être suivie de la dc&illance et même de la mort. La colère suspend ou augmente tous les mouvemens , sur-tout la circulation du sang ; ce qui r«id le corps chaud , rouge , tremblant , etc..^. or , il est

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éyident que ces symptômes seront plujs ou moins yiolens ^ selon la disposition des parties et le mécanisme du corps. Le mécanisme est rarement tel que la liberté de l'âme en soit suspendue à l'occasion des impressions* Mais on ne peut douter que cela n'arrive quelquefois : c'est dans le mécanisme du corps qu'il faut chercher la cause de la différence de sensibilité dans différens hommes , à l'occasion du même objet. Nous ressemblons en cela à des instrumens de musique dont les cordes sont diversement tendues; les objets extérieurs font la fonction d'archets sur ces cordes , et nous rendons tous des sons plus ou moins aigus. Une piquure d'épingle fait jeter des cris à une femme mollement élevée ; un coup de bâton rompt la jambe i Epictète sans presque l'émouvoir. Notre constitution ^ notre éducation , nos principes , nos systèmes , nos préju-' gés , tout modifie nos affections y et les mouvemens du corps qui en sont les suites. Le commencement de l'affection peut être si vif , que la loi qui le qualifie de; premier mouvement, en traite les effets comme des actes non libres. Mais il est évident , par ce qui précède , que le premier mouvement est plus ou moins durable ^ selon la différence des constitutions j et d'une infinité d'autres circonstances. Soyons donc bien réservés à juger les actions occasionnées par les passions violentes. Il vaut mieux être trop indulgent que trop sévère ; supposer de la faiblesse dans les hommes que de la méchanceté ^ et pouvoir rapporter sa circonspection au premier de ces sentimens plutôt qu'au second : on a pitié des faibles ; on déteste les méchans , ei il me semble que l'état de la commisération est préférable à celui de la haine.

( DiDIîROT. )

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