AFFECTION
JL'Affection. se peut prendre , en généra), pour Tîmpression que les êtres qui sont ou au dedans de nous , oa hors de nous, exercent sur notre âme. Mais l'affection se prend plus communément pour ce sentiment vif déplaisir ou d'aversion que les objets , quels qu'ils soient , occasionnent en nous 5 on dit d'un tableau qui représente des êtres qui dans la nature (Pensent les sens , qu'on en est affecté désagréablement. On dit d'une action héroïque , ou plutôt de son récit , qu'on en est affecté délicieusement.
Telle est notre construction , qu'à l'occasion de cet état de l'âme dans lequel elle ressent de l'amour ou de la haine, ou du goût ou de l'aversion , il se fait dans le corps des mouvemens musculaires, d'où, selon toute apparence 9 dépend l'intensité , ou la rémission de ces sentimens. La joie n'est jamais sans une grande dilatation du cœur , le pouls «'élève , le cœur palpite, jusqu'à se faire sentir 5 la transpi" ration est si forte qu'elle peut être suivie de la dc&illance et même de la mort. La colère suspend ou augmente tous les mouvemens , sur-tout la circulation du sang ; ce qui r«id le corps chaud , rouge , tremblant , etc..^. or , il est
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éyident que ces symptômes seront plujs ou moins yiolens ^ selon la disposition des parties et le mécanisme du corps. Le mécanisme est rarement tel que la liberté de l'âme en soit suspendue à l'occasion des impressions* Mais on ne peut douter que cela n'arrive quelquefois : c'est dans le mécanisme du corps qu'il faut chercher la cause de la différence de sensibilité dans différens hommes , à l'occasion du même objet. Nous ressemblons en cela à des instrumens de musique dont les cordes sont diversement tendues; les objets extérieurs font la fonction d'archets sur ces cordes , et nous rendons tous des sons plus ou moins aigus. Une piquure d'épingle fait jeter des cris à une femme mollement élevée ; un coup de bâton rompt la jambe i Epictète sans presque l'émouvoir. Notre constitution ^ notre éducation , nos principes , nos systèmes , nos préju-' gés , tout modifie nos affections y et les mouvemens du corps qui en sont les suites. Le commencement de l'affection peut être si vif , que la loi qui le qualifie de; premier mouvement, en traite les effets comme des actes non libres. Mais il est évident , par ce qui précède , que le premier mouvement est plus ou moins durable ^ selon la différence des constitutions j et d'une infinité d'autres circonstances. Soyons donc bien réservés à juger les actions occasionnées par les passions violentes. Il vaut mieux être trop indulgent que trop sévère ; supposer de la faiblesse dans les hommes que de la méchanceté ^ et pouvoir rapporter sa circonspection au premier de ces sentimens plutôt qu'au second : on a pitié des faibles ; on déteste les méchans , ei il me semble que l'état de la commisération est préférable à celui de la haine.
( DiDIîROT. )
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