AFFIRMATION
Affirmation. (Logique^ Psychoh) Te^me abstrait quî^ étant employé pour exprimer ce qui se passe dans l'âme, doit désigner l'état de Famé c[ui voit, et qui sent qu'elle voit^ qu'une idée est renfermée dans une autre idée; que l'idée de bonté, par exemple, est renfermée dans l'idée de Dieu; que l'idée de désordre moral, est renfermée dans l'idée de mensonge : c'est-là précisément ce qui faitl'essence de l'affirmation: elle n'est pas une action , un mouvement volontaire de l'âme, mais elle en est un sentiment , qui, dans son essence , emporte aussi peu un acte de l'âme , que la connaissance, l'idée, la perception d'une chose qui lui est présente , ou le sentiment de ce qui se passe en elle. Une boule de cire, parfaitement blancbe et exactement ronde s'ofire à ma vue, je la vois blancbe , je la vois ronde ; je sens que je la vois telle , j'y découvre ces deux propriétés, ou autrement je sens qu'elles font sur moi ime impression qui me prouve leur existence. Dans le fond , c'est-là ce qui s'appeUe un jugement affirmatif , tant que par ces mots je veux désigner uniquement ce qui se passe dans mon âme» Un jugement affirmatif, ou une affirmation, n'est donc dans mon âme qu'une connaissance intuitive , ou un sentiment dair de Pexistence* d'une idée dans une autre idée , ou de l'objet dWe idée dans l'objet d'une autre idée- La négation , ou le jugement négatif pris dans le méoie sens y ne sera donc que la connaissance intuitive, ou le
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sentiment clair de Tabsence ou non-existence d^une idée dans une autre iàée ^ ou de l'objet d'une idée dans l'objet d'une autre idée. Je vois , je connais , je sens que la droiture n'est pas dans la trahison ^ que l'idée d'équité n'est pas renfermée dans l'idée de larcin , que l'objet de l'idée d'étendue n'est pas renfermé dans l'objet de l'idée de pensée.
L'affirmation , sous ce point de vue y n'est connue que de moi seul j si je veux la faire connaître aux autres , je dois l'exprimer par des mots qui indiquent aux autres ce que je vois, ce que je connais, ce que je sens 3 les mots par lesquels je l'exprime , forment ce qu'on nomme ime proposition qui est affirmative , si je vois une idée renfermée dans ime autre idée ; négative au contraire , si je vois une idée absente d'une autre idée 9 et non renfermée en elle. Le jugement affirmatif exprimé, ou cette affirmation manifestée au dehors par la parole , n'emporte d'autre action de l'âme que celle qui met en mouvement les organes de la parole , pour prononcer ce que je viens de nommer une proposition.
A certain égard , cependant , l'affirmation , aussi bien que la négation , c'est-à-dire , tout jugement peut dépendre de la volonté , et exiger, pour avoir lieu , un acte libre et volontaire de l'âme : mais c'est uniquement dans des cas où ni l'une, ni l'autre idée ne's'est offisrte assez clairement à l'esprit, pour qu'il ait vu d'abord ce qui en était 3 dans ce cas , il peut dépendre de ma volonté d'examiner mieux chacune de ces idées , jusqu'à ce que je voie , que je connaisse , que je sente réellement que telle idée en renferme une autre 3 mais dès qu'une fois j'ai vu , connu et senti , î'ai aussi jugé et affirmé ; l'affirmation , le jugement et la vue
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ne sont ainsi dans mon âme qu'une seule et unique chose^ à laquelle y mal à propos, on a donné différens noms. L'affirmation exprimée dépend alors de la volonté; je puis dire, ou ne pas dire, ce que je vois être , selon que )e le veux; mais ma volonté ne change rien à ce que \e vois réellement. J'ai fait un crime digne de cbâtiment , en vain je dis , j'affirme qu'il est injuste de me punir , mon âme confirme le contraire , c'est-^-dire , voit l'idée de justice renfermée dans l'idée de ma punition, et il ne dépend pas de moi de ne le point voir.
On ne doit pas définir l'affirmation un acte de l'âme qui juge , mais l'état de l'âme qui voit que telle chose est. Dans ce sens, il vaudrait mieux employer le moi. àejuffementy et se souvenir que juger ce n'est pas agir , mais sentir et voir, et que la volonté n'y a d'autre part que de nous faire examiner avec attention les choses sur lesquelles il nous importe de voir la vérité.
Dans le raisonnement, l'affirmation est, tout comme dans le jugement , la vue réelle ou crue telle , la connais^ sance , le sentiment intime qu'une idée est renfermée dans une autre , avec cette différence , que dans ce dernier en voyant l'une on voit l'autre la contenir , ou y être conte^ nue ; au lieu que dans le raisonnement, je vois la troisième dans la seconde , et la seconde dans la première. La seconde sert à l'âme de moyen de voir la troisième idée dans la première : je vois l'idée de la figure sphérique renfermée dans ridée d'une surface dont tous les points sont également éloignés du centre , et je vois l'idée de tous les points de la surface également éloignés du centre dans une inass« de cire : je vois donc l'idée de la figure sphérique renfcr* niée dans la masse de cire en question , sitôt que ce rap*
DB L^BNCYCLOPéDXB. IsS
port est mis devant mes jeviX , qu'on l'a fait conhaitre à mon âme , je n'ai pu m'empécher de voir que cette masse de cire ëtait sphérique. Je dirai donc ici du raisonnement ce que j'ai dit plus haut sur le jugement : l'afEmiation en elle-même est un ëtat, une vue^ une connaissance ^ un sentiment involontaire de l'âme qui voit le vrai. Exprimer un raisonnement ne sera qu'indiquer le rapport que l'âme voit ^ et la manière par le secours de laquelle l'âme voit le rapport entre trois idées dont la troisième est contenue dans la seconde , et celle-ci contenant la troisième y est comprise dans la première*
n ne faut donc pas parler de l'affirmation comme d'une action libre de l'âme ^ mais comme d'un état de l'âme, qu'elle peut , si elle veut , manifester au dehors , ou déguiser par un discours qui l'exprime y ou qui ne le représente pas. Je n'ajoute plus siur ce sujet qu'une remarque : c'est que par la définition même de l'affirmation , elle ne peut avoir lieu qu'autant que nous avons au moins deux idées dans l'esprit, dont l'une renferme l'autre, et que nous voyons ou croyons voir l'une renfermée dans l'autre, pour ne faire ensemble , par rapport à l'âme , qu'un seul tout, im seul objet d'idées composées ; tandis dpxe pour les sens qui voient le jugement écrit ou qui l'entendent prononcer , elles forment un assemblage de pièces séparées , mais liées ensemble par une copule.
( Uabbé M AXiLET. )