‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 4)Chapitre 39 sur 62 · AFFLICTION · texte numérisé non relu

AFFLICTION

L'Affliction est au chagrin , ce que l'habitude «l à l'acte. La mort d'un père nous afflige ; la perte d'un procès nous donne du chagrin; le malheur d'ime personne de connaissance nous donne de la peine. L'affliction abat ; le chagrin donne de l'humeur ; la peine attriste pour un moment. L'affliction est cet état de tristesse et d'abattement où nous jette un grand accident y et dans lequel la mémoire de cet accident nou$ entretient. Les affligés ont besoin d'amis qui les consolent en s'affligeant avec eux : les personnes chagrines , de personnes gaies qui leur donnent des distractions : et ceux qui ont une peine , d'une occupation , quelle qu'elle soit, qui dëtoume leurs yeux de ce qui les attriste , sur un autre objet.

n y a des afflictions qui nous sont dispensées par la main de Dieu , comme des épreuves salutaires ; il en est d'autres qui sont une suite naturelle de nos péchés ^ ou qui peuvent être envisagées comme de justes châtimeus que Dieu nous inflige. Les unes et les autres n'ont rien qui ne soit exactement d'accord avec les perfections de Dieu , et la fin générale qu'il se propose dans cet univers , c'est-à-dire , la manifestation de sa gloire , et le plus grand bien de toutes les créatures intelligentes.

On n'est point surpris que des pécheurs , qui persévèrent volontairement déi^ l'habitude du crime, soient exposés à diverses afflictions, qui sont la juste rétribution

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de leur conduite vicieuse. Mais on trouve ëtrange que les gens de bien , que les fidèles qui ne pèchent que par surprise, par inadvertance y et qui se relèvent bientôt de leur péché par la repentance: on trouve , dis-je , étrange quHls soient aussi exposés à des afflictions, souvent même plus sensibles que celles dont les méchans sont visités. J'avoue que ce phénomène serait absolument inexplicable, si nous étions réduits à en chercher la solution dans un système purement mondain, qui ne présente que de mauvais côtés dans les souffrances de cette vie. Mais le système de l'Évangile, d'accord avec les lumières de la philosophie la plus pure , en nous faisant considérer notre intérêt spirituel et étemel, ou le salut de notre âme, comme notre grande fin , à laquelle toute autre chose doit être subor^ donnée, nous découvre dans les afflictions une source d avantages inestimables, qui compensent bien les disgrâces passagères qui les accompagnent.

Je ne nierai pas que les mau;x ne soient des maux. Si cependant un mal quelconque a des suites , ou produit des effets capables de dédommager avec avantage de ce qu'il a fait souffrir , ou ne niera pas qu'il ne puisse et ne doive être envisagé comme un bien réel, et que tout homme raisonnable n'aimât mieux l'avoir que de ne l'avoir pas.

Mais les afflictions peuvent avoir des suites de cette nature, parce qu'une prospérité constante endort les hommes; une chaîne de plaisirs qui se suivent sans interruption, rendent l'âme inaccessible à toute pensée sérieuse; un état opposé les fait rentrer en eux-mêmes , les dispose à penser , et leur dicte même e» quelque sorte les sujets sur lesquels il doivent arrêter leurs réflexions.

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Un homme qui souffre et qui sent ses maux , doit tout naturellement penser aux moyens de s'en dâivrer, parce qu'il s'aime lui-même. Ce dësir l'obligera de méditer sur la souFce et les causes de ses disgrâces. Si ses maux sont du genre de ceux qui sont une suite naturelle, une production nécessaire des fautes qu'on a commises , ne doitil pas se dire , pourquoi Dieu , qui est un être plein de bonté, a-t-il disposé les choses, de manière que le péché porte avec soi sa propre punition? N'est-ce pas pour en éloigner les hommes ? Mon sort fournit une preuve que Dieu ne voit pas leur conduite d'un œil indifférent : et quand ces maux ne seraient pas un effet naturel et nécessaire de la conduite qu'on a tenue , un homme qui croit à une providence , viendra aux mêmes conclusions ; il se Terra comme forcé de réfléchir siur ses actions ; et cet exa« men pourra dicter d'utiles réflexions , et inspirer de bon* nés résolutions.

Quoique en général toutes les afflictions disposent à réfléchir , elles ne donnent pas précisément les mêmes leçons. La perte de nos biens doit nous dire que ces avantages si recherchés , sont de nature à ne pouvoir s'y fier ; et comme les pensées naissent les unes des autres , cette première réflexion devrait donner lieu à cette autre. N'estil doncaucim bien solide , et qui mérite qu'on s'y attache? L'homme veut être heureux , ce désir ne le quitte jamais : s'il ne trouve pas ce bonheur si désiré dans de certains objets , il s'attache à d'autres ; et n'est-il pas naturel cni'en faisant les réflexions qu'on vient de proposer , on se dise tout de suite : il faut donc chercher en Dieu ce que ses créatures me refusent ^ le ciel me fournira ce que je ne ti'ouve pas sur la terre ?

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L<es maladies 9 comme toute autre affliction, ont de quoi liumilier. Mais elles ont ceci de propre, qu'elles rappellent une idée qu'on cherche à éloigner , c'est celle de la mort : et quels bons effets n'en devrait- on pas attendre? Voyez Ps, XC. 12^ Ecclésiaatique^ VII^ J7, £ccléâiaste, VII. u.

Les afflictions , en général , rendent l'homme compatissant. Celui qui n'a jamais connu de disgrâces, est peu touché de celles d'autrui : l'homme qui en a éprouvé , à la vue des malheureux, se rappelle ce qu'il a souffert luimême 5 il souffre à cet aspect ; c'est une espèce de soulagement pour lui que d'adoucir leur misère» Rien de mieux pensé que cette réflexion , tant de fois citée , que Virgile met dans la bouche de Didon :

Non ignora mali , miseris succurrere disco.

n semble aussi qu'un homme guéri de quelque vice par se.s afflictions , doit l'être plus radicalement , et plus à l'abri des rechutes, que s'ilTeût été de quelque autre manière. Son état lui donne , et même d'une manière si intelligible, cette leçon, qui se lit, Jean v. i4, qu'il semble impossible qu'elle ne produise quelque effet. Ce qu'il a souffert , doit le rendre circonspect , précautionné.

In pace lU sapiens apiabit idonea èello.

HoR. Sot. 2 , Idv. IL

Elles donnent lieu encore de pratiquer plusieurs vertus , dontl'exercicene saurait avoir lieu dans laprospérité.Icil'on pourra me dire , ]e l'avoue , que comjne on n'est pas coujjabla , en n« faisant pas ce qu'on n'a pas occasion de faire.

il §eralt plus heureux de n'avoir pas à courir le danger de ces épreuves : mais on ne pense pas qu'un homme de bien, pour mériter ce titre y doit être en état de remplir la généralité de ses devoirs , et disposé à faire, s'il le fallait, les choses les plus difficiles , si Dieu exigeait de lui ce témoignage de son amour. Et l'homme peut-il se connaître avant que d'avoir été éprouvé ? Après tout , si l'on s'en tire honorablement , la satisfaction que fait goûter une semblable victoire, est un riche dédommagement, et l'on sera daillieurs glorieusement récompensé dans le siècle à venir. Jac.J. X2.

Je sais que les afflictions ne produisent pas toujours ces bons effets. Quelquefois elles hébétent , et empêchent ceux qu'elles attaquent, de s'occuper de quoi que ce soit, que du sentiment de leurs maux. D'autres fois elles sollicitent l'honmie au murmure : d'autres sont tentés d'employer des moyens illégitimes / pour rendre leur condition meilleure. £n pareil cas, elles sont encore plus nuisible qu'elles ne le paraissent ; mais il suffit qu'elles puissent être utiles , et contribuer à notre bonheur , pour ôter tout prétexte d'accuser les voies de JDieu. On pourra applique^ ici la pensée d'un ancien , qui fait dire à Jupiter : leê hommes sont bien injustes à notre égard; ils nous imputent tous les maux qui leur arrivent^ lors mente qiL Us ne souffrent que par leur folie :

îcp^aev QCTaadaXc^dcv û^rep fxoXov âXyea izae/ti £pvà xàc vifA€pa(* ( Hes, )

n serait bon d'éoouter ceux qui ont passé par cet état , etquiontsule mettre à profit. David, loin de se plaindra,

DE i-'eHcyclopédib. â5i

mts$io de manu y « afiranchissement de Tautorîtë d'un maître. »

Les affranchis conservaient leur nom , et le joignaient au nom et au prénom de leur maître ; c'est ainsi (jue le poète Andronicus , affranchi de M. Livius Salinator , fut appelé M. Lipiua Andronœus* Les affranchis portaient aussi quelquefois le prénom de la personne à la recommandation de laquelle ils avaient obtenu la liberté. Ces nouveaux citoyens étaient distribués dans les tribus de la ville qui étaient les moins honorables 3 on ne les a placés que très-rarement dans les tribus de la campagne.

Dès l'instant de l'affranchbsement , les esclaves se coupaient les cheveux , comme pour chercher dans cette offrande une*]uste compensation du don précieux de la li*berté quHls recevaient des dieux , cette dépouille passant dans toute l'antiquité païenne pour un présent extrêmement agréable à la divinité.

C'était un des privilèges des esclaves devenus libres par leur affranchissement , que de ne pouvoir plus être appli'* qués à la question dans une affaire oii leiu' maître se serait trouvé impliqué. Milon , accusé du meurtre de Qodius ^ se servît de cette précaution pour détourner des déposî-* tions qui ne lui auraient pas été favorables. H aima mieux donner la liberté à des esclaves témoins du fait, que de s'exposer à être chargé par des gens d autant moins capables de résister à la torture ^ qu'ils étaient presque tou^ délateurs nés de leurs maîtres. La condition d'a&anchis était comme mitoyenne entre ceUe des citoyens par droit de naissance , et ceUe des esclaves 5 plus libre que celle-ci , mais toutefois moins indépendante qUe la première,

( L'abbé Mallbt et M. Touas aint. )

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