Tome i
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Bichardson , par exemple , clans sa Description des ta^ bleaux ( Tome III, part. /), nomme une belle allégorie, certain tableau d'Augustin Garracbe , qui n'est rien moins qu'une allëgwiej c'est un hiéroglyphe , un rébus , un simple jeu de mots* Le tableau représente le dieu Pan vaincu par l'Amour; pour exprimer cette propositi(m générale , V Amour triomphe de tout. Toute l'invention de Carrache roule sur l'équivoque du mot Pan , qui en grec signifie tout.TSe. tels hiéroglyphes n'appartiennent pas àrallégorîe.
Cependant, pour nous rapprocher de l'usage reçu, e^ peut-être aussi pour céder un peu à la nécessité , nous ne prendrons pas les termes à la rigueur. Plusieurs images hiéroglyphiques sont depuis si long-tems rangées dans la classe des allégories, qu'on les croit réellement allégoriques. La figure d'une femme armée qui tient une lance et un bouclier, et qui a un hibou sur son casque , n'est point le signe naturel de la sagesse ; ce n'est donc point une véritable allégorie : elle est néanmoins adoptée comme telle depuis un tems immémorial. Plusieurs signes purement hiéroglyphiques, que nous tenons de lantiquité, passeront toujoiu's pour de véritables images allégoriques \ parce que^ accoutumés à les voir dès l'enfance , nous les prenons en eflPet pour des signes naturels de ce qu'ils expriment.
H faut remarquer ici ime différence entre les arts de la parole et ceux du dessin , par rapport au but dans lequel ils emploient l'allégorie ; d'où il résultera que la peinture peut se permettre quelques libertés qu'on n'accorderait pas à la poésie ou à l'éloquence. Rien n'empêche que dans le discours on ne se serve du terme propre ; il ne faut donc a'en écarter, que lorsqu'il y a un avantage marqué à ysubstituer une expression figurée : c'est même un défaut dans
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le discours de recourir au langage allégoricjue , dès qu'il ne renchérit point sur l'effet du langage ordinaire. Il n'en est pas ainsi dans la peinture. Les arts du dessin n'ont point de langage affecté aux notions générales ; il doit donc leur c'tre permis de se servir de l'allégorie , lors même qu'elle n'ajoute rien à la force de l'expression, et qu'elle ne dit que ce que le langage ordinaire pourrait également dire. Quand , par exemple , on voit sur une ancienne médaille lempire. Romain représenté sous la figure d'une personne tombée par terre , que Vespasien relève , il est clair que cette allégorie ne dit précisément, et n'exprime qu'avec le même degré de force ce que le langage ordinaire eut rendu tout simplement t J^espaaien a rétabli V empire qui était tombé en décadence sous ses prédécesseurs. Mais il faut ici tenir compte au dessinateur d'un mérite qui n en serait pas un pour l'orateur. Ainsi , ce qui dans le discours ne serait encore que le langage ordinaire , est déjà une allégorie permise dans la peinture. Ilest vrainéan-< moins que, même dans les arts du dessin, pour qu'une allégorie mérite une attention distinguée, ce n'est pas assez qu'elle exprime intelligiblement une notion générale 5 elle doit encore la rendre arec beauté et avec énergie.
Examinons présentement les divers genres d'allégories. On peut, d'après leur signification , les réduire à deux espèces; l'une , que nous nommerons images allégoriques , n'exprime qu'un objet indivisible, une notion, une propriété,un être incorporel;l'autre, qu'on peut nommer repre- ^entation allégorique , réunit plusieurs de ces objets, pour exprimer une action , un événement, ou luie combinaison d'idées. D'après la manière de s'énoncer , l'allégorie est encore de deux espèces ; l'une emprunte immédiatement ses
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images de la mture, conUne lorsqu'on désigne l'ambur du travail par la figure d'une abeiUe ; c'est Vemblèrm : l'autre invente ses images en tout ou en partie , et cette dernière espèce est l'allégorie proprement dite.
Considérons d'abord les images allégoriques , soit qu'on s'y serve d^emblèmes ou d'allégories. L'espèce la plus commune est celle qui ne produit d'autre effet, que celui de rendre la pensée inteUlglble. Elle ne fait que ce que ferait un terme emprunté du latin , lorsque ce terme manque dans notre langue. La figure d'une femme qui porte une couronne fermée sur sa tête , et unmanteau parsemé de lys sur ses épaules , ne dit, par exemple, rien de plus que ce que renferme le mot France. Quelquefois cette allégorie désigne immédiatement le nom de la chose , comme la grenouille et le lésard sculptés sur deux volutes antiques, qui, suivant Winckelman, désignent les deux architectes Batrachus et Saurus. ^
D'autres fois , l'allégorie indique la chose par quelqu une de ses propriétés : c'est ainsi que la viUe de Damas est représentée sous la figure d'une femme qui tient des prunes dans sa main. Il y a une infinité d'allégories dans ce goût : ce ne sont au fond que des hiéroglyphes ; mais le besoinles a introduites , et l'on ne saurait s'en passer.
Les images allégoriques , qui ne se bornent pas à indiquer simplement l'objet , mais qui le caractérisent en quelque façon , sont d'un grand prix. Elles ressemblent à ' ces termes riches qui , par leur étymologie , ou par leur composition, donnent en quelque manière la définition de la chose même, et en sont le signe naturel. Tel est, par exemple, l'emblème de l'âme , ou de l'immortalité, que les anciens désignaient par un papillon. Cet emblème n'au-
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Aonce pas simplement l'îmmortalitë; il fait de plus sentir que ce n'est qu'après s'être dépouillé de Tenveloppe grossière , que l'âme jouit de sa véritable vie. Telle est encore rimage allégorique de la Justice : le bandeau et la balance n'expriment pas uniquement le moijuatice, ils en indiquent le caractère essentiel ; l'impartialité , l'incorruptibilité , et la scrupuleuse exactitude.
n serait inutile de dire que des images de cette espèce sont de beaucoup à préférer à celles dont la signification se borne au mot : mais il est important de faire observer qu'un artiste qui aura du génie , peut donner à une image f d'ailleurs peu significative , un sens naturel ; à l'aide de quelques traits caractéristiques.C'est ainsi que Le Poussin a su ingénieusement désigner le Nil. La tête de ce fleuve est cachée dans les roseaux , pour marquer qu'on en ignore encore la source. C'est au moyen de ces traits particuliers , qu'on peut donner une signification plus précise aux images des choses qui ont des propriétés sensibles, comme sont les provinces , les villes , les fleuves. Cela peut même s'étendre aux images d'idées purement abstraites. Buphalus , artiste grec, avait ainsi désigné la Fortune d'une manière très-expr^sive : elle portait un cadran solaire sur la tête j et une corne d'abondance à la main. (JPausanias , JLiv. IV. ) Parmi les pierres gravées de Mariette, il y en a une qui pourrait passer pour une excellente allégorie de la Poésie. C'est im génie monté sur un griffon ; il appuie sa main droite sur une lyre : celle-ci est placée sur un trépié, qui est soutenu à son tour par une base de forme cubique. Le cube peut désigner la justesse des pensées ; le trépié^ l'inspiration , et la lyre, l'iiarmouie : les trois qualités es^ senticUes du poème»
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Les images allégoriques , qui pre'senlcnt des figures htrmaines, sont les plus propres à rendre l'allégorie parfaite j par l'attitude , le caractère et l'action de ces figures. C'est par-là que les emblèmes , d'ailleurs si peu significatifs , des nations et des villes , acquièrent l'expression la plus forte, lorsqu'on les applique à des cas particuliers, que l'artiste a la touche sûre , et qu'il a un peu de ce génie qui guidait Aristide , quand , par une seule figure , il sut exprimer le caractère distinctif des Athéniens. Que de force , et que de choses Appelles n'avait-il pas mis dans l'image de la Calomnie j dont Lucien nous a conservé la description ? Et quelle horreur n'inspire pas l'image de la Guerre dans Aristophane , quand Mars, dont la figure ne dit ordinairement rien de bien expressif, est représenté écrasant dans un énorme mortier, des villes, et réduisant en poudre des provinces entières?
Mais, pour trouver des allégories de l'espèce dont nous parlons , il faut sans doute être doué d^un génie qui n'est donné qu'aux artistes du premier ordre. Dans cette foule immense d'images allégoriques, qu'on voit sur des médailles antiques, il n'y en a que très-peu qui soient bien énergiques. Les plus parfaites de ce geve sont les images des divinités , qu'on peut, en quelque manière , mettre au rang des images allégoriques.. Le Jupiter de Phidias était proprement une image allégorique de la divinité ; et le fameux Apollon du Belvédère n'est autre chose qu^une allégorie parfaite du soleil , dont cette admirable image exprime à nos yeux l'étemelle jeunesse, la douceur attrayante, et l'infatigable activité.
Le vrai génie sait donc donner le plus haut degré d expression à des images qui d'elles - mêmes seraient peu ex
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pressives ; mais ce n'est pas en y joignant ces faibles indices, cju'on nomme des attributs , cpie Ton peut atteindre à ce degré d'énergie. On ne saurait trop répéter à l'artiste qu'il ne sufËt pas de mettre une baUnce dans la main de la justice ; il doit savoir donner à Thémis le caractère de divinité qui lui est propre , comme le Jupiter et l'ÂpoUon, dont nous venons de parler^ ont le leur. Lebel-^sprit qui ^aisit des ressemblances subtiles eft minutieuses , n'est pas ce qu'il faut ici : il n'y a qu'un grand génie capable d'exprimer chaque caractère de l'esprit, chaque sentiment de l'âme , qui puisse réussir dans des inventions de ce genre.
Les attributs servent néanmoins aussi dans l'all^orie ' pour en faciliter l'intelligence , et pour conduire à l'essentiel. Nous ne désapprouvons pas le croissant sur le front de Diane ^ il nous explique le sujet : mais l'artiste ne doit pas croire que cet attribut suffise pour remplir' l'allégorie , ou qu'il puisse être placé indifféremment sur toute figure de femme. Ces signes , qui ne sont que parlans , sans aucune énergie , sont d'autant plus nécessaires ici , que l'allégorie la plus énergique laisse souvent en doute sur le véritable sens , lorsque ce sont les arts du dessin qui la présentent* Quand même l'artiste réussirait parfaitement à exprimer l'idée du ternsdans l'image de Saturne, il ne sera que bon qu'il y joigne un sablier ou quelque autre signe de cette natm-e : c'est en quelque manière écrire le nom de l'image , dont ensuite on doit pouvoir reconnaître les caractères en elle-même. Le dessinateur est ici incomparablement plus borné que le poëte. Ce dernier présente son allégorie dans une connexion qui indique aisément le sens. L'autre, au contraire , est souvent réduit à ne donner qu'une image
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isolée ; rien autour d'elle ne peut aiâer à deviner sa sîgnî^ fîcatîon* L^artiste est alors dans la nécessité de recourir à des accessoires qui y suppléent 5 mais , nous le répétons encore ^ il ne doit pas se contenter de ces petits signes accessoires, il doit s'exprimer dans le grand. Si ce qu'on rapporte de ITiabileté des anciens peintres et sculpteurs est vrai , plusieurs d'entre eux ont eu le talent de faire des images telles que nous les exigeons 5 et rien ne leur a du être impossible , même dans la partie la plus difficile de leur art, dans l'allégorie. Quel tableau allégorique eut été impossible à Euphranor , s'il a su peindre Paris , de manière qu'on démêlait en lui le juge de la beauté., le ravisseur d'Hélène et le meurtrier d'Achille ? Euphranoris ( dit Pline 9 Liv. XXXI J^^ 8, ) Alexander P^aris est^inquo îaudatur qubd omnia sÎTnulintelliganturJudexrdearumy amator Hehnœ^ et tamen Achillis interfector. Mais quoi qu'il en soit , il est certain que le génie peut aller au-delà de ce que la raison conçoit : et il est bon d'exciter les artistes modernes par l'exemple des productions des anciens, fussent-elles exagérées.
A la suite des simples images allégoriques , viennent les tableaux qui représentent allégoriquement une maxime , ou une proposition générale. C'est ici qu'il faut appliquer la décision d'Horace, qu'on cite souvent mal à propos.
Segnius irritant animos demissa per aurem , Quam quœ suai oculis subjecta fideiibus»
Quand un tableau allégorique n'exprimerait pas une vérité avec beaucoup plus d'énergie que ne le ferait le simple discours , on aurait néanmoins l'avantage d'être plus vivement affecté , parce qu'on voit intuitivement ce que le
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discours ne montre qu'à l'entendement , ou tout au plus à l'imagination, qui n'est aux sens que comme l'ombre est au corps. Mais si , à cet avantage, le tableau réunît encore une perfectior^ intrinsèque, son effet l'emportera de beaucoup sur toute l'énergie de la poésie , et l'on aur» atteint le plus grand but que l'art puisse se proposer.
Qu'il nous soit permis de faire ici une remarque, sur laquelle on ne saurait trop insister. C'est un grand abus en matière de peinture , que , jusqu'à présent , on exalte généralement beaucoup plus la beauté du pinceau, que celle de l'invention ; c'est préférer les moyens à la fin. La plupart des connaisseurs ressemblent à l'avare qui met sa félicité à posséder un moyen dont il n'a aucun dessein de faire usage.
Llieiureuse invention d'une allégorie intéressante , doit donner plus de prix à un tableau , que ne lui en donnerait le pinceau du Titien même , s'il n'était accompagné d'aucun autre mérite. Mais cette carrière n'est ouverte qu'aux génies du premier ordre ; peu- d'artistes y ont réussi : c'est la partie faible des dessinateurs modernes , c'est aussi celle des amateurs. On continue d'admirer les chétives inventions d'Otto Venius : il dessinait bien , mais ses emblèmes d'Horace sont pitoyables, et quelques-unes même puériles.
On peut distinguer trois sortes de tableaux allégoriques , selon la nature du sujet , qui est ou physique , ou moral , ou historique. Les saisons , les parties du jour , les trois règnes de la nature , la nature elle-même , appartiennent à la première classe. De tels tableaux représentent allégoriquement quelques-unes des principales propriétés de l'objet. Ce sont des poèmes peints , dont le sujet est pris de la nature visible , et entremêlé d'objets pathétiques et
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moraux. Un bel exemple à produire en ce gem*e , serait le plafond du château de Beinsberg, où Pesne a représente* le jour naissant 9 si , comme ce célèbre artiste se le propo^ sait , il avait fait graver ce tableau.
, ■ La seconde classe contient les représentations de vérités générales , et de maximes relatives aux mœurs. De ce genre est cette pierre gravée si connue , qui représente l'Amour à cbeval sur un tigre ou sur un lion , pour exprimer que cette passion adoucit les caractères les plus farouches. Le tableau de la Calomnie, dont nous avons déjà parlé, est plus détaillé ; il fait sentir , par divers^ traits marqués , toute la laideur de ce vice. Ces tableaux ne différent de l'allégorie du discours , qu'en ce qu'ils disent immédiatement aux yeux ce qu'à l'aide des mots , le discours dit à l'imagination. L'observation attribuée à Pythagore, que lorsqu'un état a joui quelque tems d'une heureuse abondance , le luxe s'y introduit insensiblement , puis le dégoût, ensuite des excès monstrueux, et enfin la ruine totale : cette observation est un tableau tout fait. Le peintre n'a qu'à le porter de l'imagination sur la toile.
La troisième classe enfin renferme les représentations historiques, soit qu'elles indiquent simplement les faits , ce qui constitue l'allégorie historique la plus commune, telle qu'on la voit sur tant de médailles antiques et modernes 5 soit qu'elles circonstancient les événemens : ce qui constitue l'allégorie sublime du genre historique, telle qu'on l'admire dans les tableaux de Le Brun, où les grandes actions de Louis XIV sont représentées.
C'est le point le plus haut et le plus difficile de Fart; il n'y a que des peintres du premier rang, qui puissent y atteindre. Déjà dans les arts de la parole , rien n'est plus
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dî (Belle que de saisir un événement mémorabl«, ou une grande action par son côté le plus saillant , pour l'énoncer en une seule période , de manière que de ce point de vue principal on puisse découvrir tous les détails à la fois.
Pour réussir dans ce genre , il faut non-seulement savoir, à l'exemple de l'orateur, concentrer une' multitude de choses en un petit espace , il faut encore avoir l'art de le rendre bien visible , et c'est-là ce qui rend si rares les allégories excellentes dans ce genre. La représentation allégorique d'un événement ne renferme proprement rien d'historique ; car c'est moins le fait qu'elle doit présenter, qu'une remarque importante et féconde en application sur le fait ; de ces remarques telles qu'un grand historien pourrait les faire pour montrer un événement sous un point de vue qui frappe , comme quand Tacite dit : brèves et infaiistoapopuU RoTuani aniores. Annal II, 42. Le but d'un tableau allégorique n'est nullehient de transmettre l'histoire à la postérité: il y a des moyens plus simples, et plus sûrs de remplir cet objet; son but est de mettre les faits dans le point de vue le plus éclatant : ce qui n'est rien moins que facile. H faut pour cet effet que l'histoire qu'on a en vue soit très-connue , et que de plus elle' renferme ou par les desseins qui l'on fait naître , ou par les circonstances qui l'ont accompagnée , ou par les suites qui en ont résulté , quelque chose de généralement mémorable 5 c'est cette généralité qui fait proprement l'essence de l'allégorie.
Le premier soin de l'artiste sera donc de découvrir l'âme dans le matériel d'un événement qu'il veut allégoriser; et son second soin doit être de le rendre visible. Ainsi le tableau allégorique des conquêtes d'Alexandre ne représen-
lerait pas des expéditions militaires 9 ni des batailles ; îl exprimerait ou le noble désir de venger , sur un monarque enivré de sa puissance y les injures d'un peuple libre 5 ou l'ambition effrénée et ses funestes suites , dans un prince qui unit les plus grands talens à un pouvoir assez considérable ; ou enfin quelque auti'e pensée de cette nature qui nous plaçât d'abord dans le point de vue convenable. Quand l'artiste aura trouvé l'esprit de son histoire , il ne lui sera pas difficile dlnventer les caractères propres à marquer le fait. Il est aisé de faire connaître les tems , les lieux 9 et les personnages.
S'il est vrai , comme les anciens l'ont rapporté, qu'Aristide ait ipu dans une seule figure exprimer parfaitement le caractère des Athéniens^ caractère si singulièrement contrasté 5 pourquoi ne pourrions-nous pas attendre de l'art perfectionné, des tableaux vraiment allégoriques? Tels seraient, par exemple, Finfluence du rétabKssement des sciences sur les mœurs; la découverte de l'Amérique, figurée par quelques-uns des plus importans efiets qu'elle a produits , etc.
Après avoir vu la nature de l'allégorie, ses diverses espèces et son prix , il nous reste à faire quelques remarques sur son invention et ses usages.
La perfection de l'allégorie dépend en grande partie de l'heureuse invention des images particulières. Une collection ^des meilleures images allégoriques actuellement inventées , serait d'un grand secours aux artistes , si elle était accompagnée d'une critique saine et judicieuse. Winckelman a commencé ce recueil , mais on n'a point d'ouvrage encore qui développe des principes lumineux sur l'invention de ces images. Nous allons donner quelques obsena-
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lions qui pourront aider sans doute à cett^ recherche. De simples hiéroglyphes , auxquels le besoin oblige de recourir ^ sont d'une invention assez facile ; un «Jeu blasonnë y ou quelque autre signe visible y peut suffire. Il en faudrait néanmoins exclure les allusions qui ne roulent cjue sur le nom , quoique elles soient autorisées par l'usage, et qu'on trouve souvent sur des antiques , un homme à clieval pour désigner le nom de Philippe. Cela pouvait être bon , dans le tems où l'on ignorait encore l'art de l'écriture 9 et ne saurait être excusé aujourd'hui que dans les cas qui n'admettent aucune autre ressource. Entre les hiéroglyphes qu'on peut utilement employer dans l'allégorie , il faut encore ranger certains signes , qui , sans avoir de signification naturelle, en ont une de convention, qui est fondée sur l'usage 5 de ce genre sont les sceptres et les couronnes , pour désigner les rois et les souverains ; les tètes de bélier , et les patères sur la frise de l'ordre dorique , pour désigner un temple ; les trophées sur des arsenaux , etc. Pour inventer de tels emblèmes , il suffit de connaître les mœurs et les usages des nations.
Il y a plus d'art à trouver des images allégoriques qui expriment bien les propriétés de la chose signifiée. Il faut pour cet effet savoir développer distinctement les notions que cet objet renferme ; avoir le don de les simplifier , et surtout de saisir au juste ce qui est exclusivement propre à cette chose. Chaque vertu , par exemple, outre ce qu'elle a de commun avec les autres , a , ou dans son origine , ou du moins dans ses effets^ quelque chose de caractéristique qui lui est propre , et" qui sert à la distinguer. C'est là ce qui doit être représenté par l'image que l'artiste inventera«
Il y a des images allégoricjues qui tiennent de la nature de l'exemple; c'est ainsi qu'Oreste et Pilade sont une image de Famitië. D'autres sont des comparaisons, comme lorsqu'on emploie un vaisseau qui a le vent en poupe pour désigner un heureux succès. D'autres enfin sont de véritables allégories ; tel est le crible employé à puiser l'eau, pour exprimer une entreprise vaine. C'est aux circonstances particulières à déterminer le choix de l'une de ces trois espèces ; les images proprement allégoriques doivent être liées à quelque objet bien choisi qui en fixe la signification. Ainsi l'image d'un papillon que Socrate contemple avec attention , exprime assez clairement les méditations de ce philosophe sur Timmortalîté de Fâme. Ainsi des têtes de pavots entrelacées en guirlande autour des tempes d'une personne qui repose , représenteront très-bien le sommeil; mais dans une autre composition, ces mêmes pavots pourraient aisément être l'image de la fécondité.
C'est donc le but précis qu'on se propose, qui doit guider dans le choix eX l'invention des images ; celles qui peuvent se lier à des figures humaines , en forme d'attributs 9 ou de marques caractéristiques, sont les plus convenables, parce que l'action qui les accompagne donne plus de clarté et même plus d'énergie à leur signification. La vanité d'attirer sur soi les regards du peuple, est, par exemple, bien exprimée par l'image du paon ; mais l'allégorie acquiert une application plus étendue^ si l'on choisit une figm-e de femme qui tienne ou porte des plumes de cet oiseau. On peut , au moyen de cette figure , rendre Fallégorie beaucoup plus précise, et plus expressive, parle caractère de la personne, par son attitude et par son action; c'est cette considération sans doute qui a fait inventer
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aux artistes de l'ancienne Grèce , tant de personnages allé, gorîques ; celui de la Nécessité que nous avons rapporté d'après Horace , en est un très-bel exemple.
C'est de l'heureuse invention des images isolées , c[Ue dépend l'invention du tableau entier, moral , physique ♦ ou historique. Ces tableaux exigent nécessairement des personnages ; car une représentation qui ne serait composée que de simples signes , à l'imitation des hiéroglyphes qu*on voit sur les monumens de l'ancienne Egypte , ne mériterait pas le nom de tableau allégorique.
Reste à parler de l'usage de l'allégorie. Cet usage est d'une grande étendue. L'architecture emploie l'allégorie pour donner à ses ouvrages l'empreinte de leur destination. Des ornemens allégoriques, qui enrichissent diverses parties d'un édifice , eu annoncent l'usage précis , et servent à caractériser un temple, un arsenal, le palais d'un monarque. Des statues et des tableaux placés dans les églises , dans les coiurs de justice , dans d'autres bâtimens publics , peuvent y être d'un grand usage pour concourir au premier but que les beaux-arts doivent se proposer.
Les anciens ont très -souvent employé l'allégorie à caractépser leurs meubles. Les chandeliers , les lampes , les tables , les chaises , les vases de toute espèce , étaient ornés de figure* allégoriques. Cet usage n'était pas , à la vérité , d'une grande importance, mais il donnait néanmoins un certain intérêt aux choses les plus communes ; l'imagination était réveillée au milieu des occupations les plus indifférentes , et c'est là encore un des buts des beaux - arts. D'ailleurs ces ornemens hiéroglyphiques et allégoriques des ustensiles ordinaires , ont le grand avantage d'aider le peintre à caractériser aisément les personnages et les objets;
qui entrent dans les tableaux d'une composition ëtendue. Une simple houlette, couchée sur un tombeau , suiEt pour désigner la personne que ce tombeau renferme; et souvent ime minutie dans oc genre peut donner l'inteUigence d un tableau qui , sans ce secours , aurait été énigmatîque.
C'est dans les médailles qu'on fait l'usage le plus fréquent de l'allégorie 5 c'est là néanmoins où l'on a pu s'en dispenser plus aisément, dès que l'art d'écrire a été inventé. Car, pour l'ordinaire, une courte légende exprime mieux ce qu'on a à dire, que les figures tracées ne peuvent le faire. Les médailles allégoriques ne. sont intéressantes que lorsque l'artiste a été assez heureux pour trouver une allégorie énergique qui exprime avec plus de vivacité et dans une signification plus étendue ce que l'inscription ne pourrait qu'indiquer ; mais ces images sont bien ra^es.
Il en faut dire autant sur l'usagé de l'allégorie dans les monumens; si elle ne sert qu'à indiquer quelques faits historiques, l'inscription est préférable à l'emblème. Le nom de Diogène , gravé sur sa tombe , s'y fût aussi bien conservé que la figure d'un chiçn, et eût mieux désigné le philosophe. U n'y a qu'un respect superstitieux pour l'antiquité qui puisse faire admirer de telles allégories sur les monumens anciens. On en trouve un grand nombre dans ce goût , rapportées par Pausanias.
L'allégorie servait encore, chez les païens, à exprimer leurs idées sur divers attributs de la divinité , par les statues de leurs dieux. Ce n^étaient que des images symboliques^ placées ou dans des temples, ou dans des lieux publics , pour servir à quelque but déterminé.
(M. SULZEB.)
Allégorie. ( Belleè-Lettres, ) On n^a pas 0»^ cUrtjiHT gué ralL^gorie dWec l'apologiue ^ ou lia UhU .^OdorAlç*
Le mérite de l'apdlogue est de icacber lis «osas moraï^ ou la yérité j^'U reoleriiie 9 jusqu'au momoitt de la eeiè^ dusion qu'on ^pelle inoraliiéi
Le mérite de l'allégorie eat de n'«^4>ir pa^ besiom d?ex*pliquer la vérité qu'elle enveloppe; eHe la fait «èntir à chaque trait^ par la j.Ustesae de ses raippofis.
L'apokigue , j>ar sa naïveté , dpit resa^aUkr à um ocotie puérile 9 afin d'étonner davanitage Jc^^^'U èsiit par étqe une grande leçon. Son airtifice ooqsiste à d^uifiet^^ aaa dessein, et à nous présenter des vérités utiles » spi^f^pit d'un mensonge frivole et amusant. C'est Socrajbe qui joué l'homme simple j au lieu de se donner pour sage^
L'allégorie ^ avec moins de finesse 9 se propose ^ non pas de déguiser , mais d'embellir la vérité , et de la rendre plus sensible. C'est, comme on Fa très-bien dit, une Tné" taphore continuée. Qv j une qualité essentielle de la méta^ pbore est d'être transparente ; il faHait donc aussi donner pour qualité distinctive à l'allégorie, cette clarté, cette transparende qui laisse voir la vérité et qui ne l'obscurcit jamaos.
Les détours, comme je l'ai dît, sont convenables à Fapologae : sans perdre son objet de vue ^ il feint de s'amixser et de s'égarer en chemin; il fait même quelque* fois semblant de s'occuper sérieusement de détails qoi ii'ont aucun trait. au sens morad qu'il se .propose; c'est le grand aft de La 'Fontaine.
Il n'en est pas de même de i'aHégorie i^on la •voit sanf
T0IUI4 ai
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cesse occupëe à rendre son objet sensible , écartant comme des nuages , tout ce qui altère la justesse de l'allusion et des rapports.
Quelquefois 9 dans l'apologue, la justesse des rapports est aussi précieuse que dans l'allégorie ; mais alors en se rapprochant de celle-ci, l'apologue s'éloigne de sonvrai caractère j qui consiste à faire un jeu d'une leçon de sagesse , et à ne laisser apercevoir son but qu'au moment qu'on y est arrivé.
L'allégorie est quelquefois aussi une façon de préscmter avec ménagement une vérité qui offenserait si on l'exposait toute nue; mais elle la déguise moins. C'est un conseil discrètement donné , mais dont celui qu'il intéresse ne peut manquer de sentir à chaque trait l'application. L'ode d'Horace , tant de fois citée ^
0 naQÎSy réfèrent in mare ie noçi Flucius? etc.
en est l'exemple et le modèle. Entre un vaisseau et la république 7 entre la guerre civile et une mer orageuse , tous les rapports sont si frappons , que les Romains ne pouvaient s'y méprendre 5 et la vérité n'eut jamais de voile plus fin , ni plus clair.
C'est ainsi que l'allégorie, par la justesse de ses rapports , doit toujours laisser entrevoir la vérité qu'elle enveloppe. Son objet est manqué , si l'esprit , satisfait d'en apercevoir la surface , ne désire pas autre chose , et ne pénètre pas le fond.
C'est ce qui arrive toutes les fois que l'allégorie peut être elle-même une vérité assez intéressante, pour laisser croire que le poète n'a voulu dire que ce qu'il a dit : car
ri
rienn'empèche alor« l'esprit de s'y arrêter ; sans rien soup-* conner au-<lelà5 et c'est pourquoi il est souvent si difficile de décider si la fiction est allégorique , ou si elle ne 1 est pas.
Que de l'exempk d'une action épique, il y ait quelque vérité morale à déduire (ce qui arrive naturellement sans que le poëte y ait pensé ) , le père Le Bossu en infère que la fable du poëme épique est une allégorie » un apologue. Il va plus loin : il veut que la vérité morale soit d'abord inventée ^ qu'e^rès cela on imagine un fait qui en soit la preuve et l'exemple, et qu'on ne nomme les personnages qu'après avoir disposé l'action. Âssuréjqdent ce n'est pas ainsi qu'Homère et Virgile ont conçu l'idée et le plan de leurs poèmes.
Plutarque a raison de comparer les fictioQ3 poétiques aux feuilles 4e vi^e sous lesquelles le raisin doit être caché ^ mais , toutes les fois que le sujet en lui?même a. son utilité morale , c'est un rafinement puérile que d'y chercher un sens mystérieux.
Ce n'est pas que àan$ les poèmes épiques • et particur Hèrement dans ceux d'Homère , il n'y ait bien des détails où l'allégorie est sensible 3 et alors la vérité voilée y perce de façon à frapper tous les yeux. Telle est l'image des Prières, tel est l'ingénieux épisode de la ceinture de Vénus. Mais regarder l'Iliade comme une allégorie continue, c'est attribuer à Homère des rêves qu'il, n'a jamais faits.
C'est particulièrement dans les présages, dans, les songes, dans le langage prophétique, que les poètes emploient l'allégorie. Dans miade, tandis qu'Hector et Polydamas attaquent le camp des Grecs ^ un aigle audacieux vole à leur gauche , tenant dans se^ serres un énorme dragon , qui ,
iS6 fasMuT
{i^Ipîlant €% eûsàA^iÈiYé , c»ë c^ynf^itiSè ^ se ^6^è et blesse soii vàîù<fuenr '; IVn^èàu sâftiré Ikièl^ tôâibèr sa pi^ie*
C'ieft 'de cette image ^îi'Horacè '8éi(râ)lé aVôÎP pris la comparaison de l'aiglon avec le jeune Drusus : quakm fnïhiistrUrftfhIminiè alttem , etc.
L^art de l'àllégôriè éoÀsîste à peindre vivemetÀ W; cor- ^ctèmfeht> ^d'^Ves -ridée où h sentiment, !a chose ^non ^érs(Mïi6e , comiriè fc Renommée , daiw V'Énéide de Virpè 5 l'Envie , dànà lès Métcthiàrphôées dX)vidè et dàBs la WéhrHculei les Fri&es et llnjùre, dans VTUade «Tlo- Yhèfe',etc.
S'il est pénfhis ie nàW le pl^aïft kH Étàiiihe% Vûîn l'éjAtàphe ^'tfh librtiîrè ^e Bo^toû, ccWxpôSéé ptfr luimême , et dont l'allégorie est remai'^fable ptûr sa justesse 'et par sa 'singularité :
'«*Ci ^t, comihe ttn \iëtùi lîVrfc à tellure usée et dé- )> ^(îWîllée'aè tiftpés et d'ornemeôs , le ccaçs de-Ben. Fnm- » \ïh , imjiriBieur. ïl devient l'aliment dtes vers , mais le )) livre ne périra pas : il paraîtra 'èiidore mie fôis> dans » une lic/itvdie et'trés-bedlè édition , revu et cdmgé par ^> l'aftïteur. >>
Des ihodëles parfaits de l'allégorie en action, sont la fabledet^7toi/r et de là Fdltè , dans la Fontaine; l'épi- "sode de îa Haiile , dkns Topéfa d^JlrmiBéi k Mollesse, dàlnsle JLtitrih. Mkis qtiëlle fjue belle que sdit l'aUt^rie • ellfe^Siètâitfroide'si elle était Icin^e. Un po&ne toift alléger i^e n^ seréit ^a^s sduténable, ëut-fl 'd'alltéiirs mille beatités.
'T^esque toute la ^ihythologic desGfécs, éoBiîne céDe des Égyptiens, est alI^ôH^iie;'et'ces fiétidifs étaient peutitî^, dans kur nouVeaitté, cls que Tesprit'hutaâin a jamais
Inventé de plus ingénieux. Mais à présent; ({U'^s iont rebattues y la poésie descriptive a bien pli:^ de^m^r^te e^ d^ gloire 11 peindre la pâture toute nu^e, qu'i rç^ys^pp^çr de ces voiles depuis long-texns ^é^ Celuji qui ^v^% ^H« jourdliui que le soleil va se plopge^ à^m VpjD^4e f t reposer dans le sein de Thétis y dirait une cbose commune 3 et celui qui y avec les couleurs de la nature , aurait peint le premier soleil couchant 9 à demi plongé dans des nuages d'or et de pourpre, et laissant voir encore au-dessus de ces vagues enflammées la moitié de son globe édatant^ celui qui aurait exprimé les aceîdens de sa lumière sur le sommet des montagnes y et le jeu de ses rayons à travers le feuilTage des forêts y tantèt imitant les couleurs de l'arc-en ciel y tantôt les flainmes d'im incendie y celui - là serait peintre et poète.
Les emblèmes ne sont que des all^ories que peut exprimer le pinceau. C'est ainsi qu'on a représenté le Nil la tête voilée pour faire entendre que la source de ce fleuve était inconnue. C'est ainsi que pour désigner la paix y on a peint les colombes de Vénus faisant leur nid dans le casque de Mars^
C'est un^ idép assez heureuse pour exprimer U crainte des maux d'imagination , que l'allégorie d'un enfant qui souffle en l'air des bi41es de savon , et qui, s'jpffrayanj; ^e leur chute , ii^plf'ie Ja paên^e fr^yeijr à une fo.ule (d'autres enfans sur qui ces bplles vont toml^çr.. ^insi les peintres, à Vexemple des poètes, font quelquefois ^age de cqs Çctio^is allégoriques , mais rarement avf c succès.
Lucîei^ uoiis a transmis l'idée d'ufi tablea,u allégorique des noces d'Alexandre et de Roxan^, le peintre éjaît Action^ Son tableau, qu'U exposa dan^ lei jeux plympîcjues, fît l'aiJ^
iSî ESP Ait
miratîon de la Grèce assemblée f et Rapliaêl Fa dessmé te] que Lucien Ta décrit.
Le sonnet de Grudeli pour les noces d\tne dame de Milan , serait le sujet d'un joK tableau 5 c'est la Virginité qm parle à la nouvelle épouse*
Bel leito nuzzial quest é la sponda :
Più non lice seguird : lo porto : addi»* Ti fui compagna dalT età pià bionda ^ Eper te gloria crebbe al regno mio,
Sposa e madré or sarai 1 se il ciel secoadu La nostra speme^ ed il comun desio^- Cià pezzegiando ti carpisce^ e sfronda Que^ g^gli Amor , che di sua mono ordia*
Disse f e disparue in un balen la dea ^ E in wm tre çoîte la chiamè la bella Vergine^ che di lei pur anche ardea^
Scese fraUanio sfidgorando in visa Fecondiià , la man le prese , e diella Al caro sposo ^ e il duol cangiossi in riso.
Les philosophes eux-mêmes emploient souvent le style allégorique. Platon, que la nature avait £adt poète , exprime assez souvent ainsi les idées les plus sublimes. C'est lui qui a dit que la divinité est située loin de douleur et de volupté. On doitàXénopbonla belle allégorie du jeune Hercule , entre la Vertu et la Volupté, Mais qui avait imaginé celle des Furies nées du sang d'un père répandu par son fils , du sang de Célus mutilé par Saturne? Cette façon de s'énoncer fait le charme du style de Montaigne. Dans ses écrits l'idée abstraite ne se présente jamais nue: il voit tout ce qu'il pense; il peint tout ce qu'il dit.
DK l'encyclopédie. 185
Plus un peuple a l'imagination vive 9 plus Fallegorie lui est familière ; c'est à cette faculté de saisu: les rapports d^une idée abstraite avec un objet sensible 9 et de concevoir l'une sous la forme de l'autre , que l'on doit toute la beauté de la mythologie des Grecs , et à mesure que ce peuple ingénieux devint plus philosophe , ses allégories présentèrent lui sens plus juste et plus profond. Quoi de plus beau, par exemple, que d'avoir fait Gérés l'inventrice des lois? Quoi déplus sage dans les mœurs des Spartiates, que.desacrifier à Vénus armée?
Quoique l'allégorie semble être ime façon de s'#xprimer artificielle et recherchée , cependant elle est usitée même chez les sauvages.. Quand ceux de l'Orénoque veulent témoigner à un étranger que son arrivée leur est agréable , le chef lui dit dans sa harangue , qu'il 2^ vu passer sur sa cabane , un oiseau rçmarquable par la b^uté de ses couleurs ; ou qu'il a songé la nuit que les fqnU de la terre périssaient par la sécheresse, et qu'il est.siurenuune pluie abondante qui les a ranimés. i .
Rien de plus naturel , en effet, chez tous les peuples et
dans toutes les langues , que d'emprunter ainsi le^s coiileurs
des choses sensibles, pour exprimer par analogie , des
idées qui , sans cela , seraient vagues, faibles , confuses. Ce
qui ne se peint point à l'imagination échappe aisément à
l'esprit.
^ Marmontel. )
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AI^LÉGORIQUE,
Al^éOôHlOtTS. {Belles • Lettres , Poésie. ) Un person^ nage aiti^^rique est une {)âssion , une qualité de fâme , un âE^ciâent de la natture, nne idée abstraite personnifiée. Presque toutes les divinités de la fable sont allégoriques dand leW origine 3 k Beauté , rÀmoiu" , la Sagesse , le Tems , les Saison^ j les 0émens , la Paix , la Guerre , etc. : mais lôf j^qUe ce$ idées abstraites personnifiées ont été réellement Tobjet du cultfî d'une nation ; et que, dans sa croyance, élite ont eu Une existence idéale , elles sont mises , dans Tordife du merreilleux, au nombre Jes réalités^ et ce n'est J)lus ce qu'on appelle Ats personnages allégorique». Ainsi, étiXïà Homère 9 on distingue l'allégorie d'avec la fable : Vénus et Jupiter sont de la fable 5 llnjure et les Prières çont de Fallégorié. D est vf aîsemblable que , dans le langage des premiers poètes , l'allégorie fut la pépinière des dieux ; l'opinion en prit ce qu elle Voulut pour former la Mythologie , et laissa le reste au nombre des fictions.
Le même personnage est employé comme réel dans un poè'me , et comme allégorique dans un autre , selon que le système religieux dans lequel ce personnage est réalise'» convient, ou non, au sujet du poè'me, Ainsi^ par exemple, dans Vflnéide^ l'Amour est pris pour un être réel, et dans Ja Menvicid^ , ce n'est qu'un être allégorique j de la mêpi^ classe que la Politique et la Discorde.
Jyfps anciens poètes ont porté à l'excès l'abus des persofl*
DB l'ekgtclop£0ie. i85
tiages allégoriques; le roman de la Rose les avait mis en vogue : dans ce roman , l'on voit en scène , jalousie , hel cu:cueil^f(;iux''âemblant ^ etc.; et d'après cet exemple, on mettait sur le théâtre , dans les soties et les mystères , le tien^ le mien^ le bien^ le mal^ Teaprit^ la chair ^ le péché^ la îwnte , bonne compagnie , paaae - tema , je bois à vou9f etc., et tout cela était charmant; et, dans ce tems-lâ , on aurait juré que de si heureuses fictions réussiraient dans tous les siècles.
Non seulement on faisait des personnages , mais encore des mondes allégoriques , et l'on traçait sur des cartes , de poste en poste, la route du bonheur, le chemin de l'amour : par exemple, on partait du port d'Indifférence, on 3'embarquait sur le fleuve d'Espérance, on passait le détroit de Rigueur , on s'arrêtait à Persévérance, d'oit Ton découvrait nie de Faveur , où faisait naufrage Innocence. Ces curieuses puérUités ont été à la mode dans le siècle du belesprit et du précieux ridicule; le bon esprit les a réduites à leur juste valeur , et on n'en voit plus que sur des écrans ou dans quelques livres mystiques.
C'est là que peut être placée l'allégorie du Teros et k la Fortune, jouant au ballon avec le globe du mondç^
(MARMONTEI4. )
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