ALLUSION
Allusion. (^Littérature.) Uallusion est une figure de rhëtorique ^ par laquelle on dit une chose qui a du rapport à une autre , sans faire une mention expresse de celle à laquelle elle a rapport. Ainsi subir le Joug ^ est une allusion à l'usage des anciens , de faire passer leurs ennemis vaincus sous une traverse de bois portant sur deux montans, laquelle s'appelait yi^z/TTi. Ces sortes d'allusions, quand elles ne sont point trop obscures , donnent de la noblesse et de la grâce au discours*
H y a une autre espèce d'allusion qui consiste dans nu )eu de mots^ fondé sur la ressemblance des sons , telle que celle que disaient les Romains sur le nom de l'empereur Tiberius Nero , qu'ils appelaient Bïberiua Mero^ ou celle qu'on trouve dans Quintilien sur le nom d^un certain Placidus y homme aigre et caustique, dont en ôtant les deux premières lettres on fait acidus. Cette seconde sorte d^allusion est ordinairement firoide et insipide.
( L'abbé ALULLET. )
Une observation à £aire sur les allusions en général , c est qu on ne doit jamais les tirer que de siqets connus , en sorte que les auditeurs ou les lecteurs n'aient pas besoin de contention desprit pour en saisir le rapport ; autrement elles sont en pure pote pour oelni qui parie ou (pii écrit»
DB L^BNCYCLOPÉDIE. 187
L'allusion est encore l'application personnelle d'un trait de louange ou de blâme.
Diogène reprochait à Platon de n'avoir jamais offensé personne. Grâce aux allusions , il est peu d'écrivains célèbres de nos jours qui aient le même reproche à craindre.
Rien de plus odieux sans doute que la satire personnelle ; quoique on puisse imaginer un degré de dépravation des moeurs publiques, où le vice impuni, toléré, allant partout la tète haute , ferait souhaiter qu'il s'élevât un homme pour l'insulter en face et le flétrir , ce vengeur ne laisserait pas d'être encore un personnage détestable.
Que chacun , dans la société , se fasse raison par le mépris , et par un mépris éclatant , du vi«e insolent qui le blesse ; rien de plus noble et de plus juste. Mais le métier d'exécuteur, quoique très-utile, est infâme; et s'il se trouvait un homme doué d'un génie ardent, d'une éloquence impétueuse , du don de peindre avec vigueur , et que cet homme eût commis un crime digne de la rigueur des lois, c'est lui qu'il faudrait condamner à la satire personnelle»
Mais autant la satire personnelle est odieuse , autant la satire générale des mauvaises mœurs est honnête. Celle-ci diffère de l'autre à peu près comme le miroir diffère du portrait : dans le miroir , malheur à celui qui se reconnaît : la b&nte n'en, est qu'à lui seul.
La satire, me dira-t-on, porte avec elle tme ressemblance. Il est- vrai; mais cette ressemblance est celle du vice , à laquelle il dépend de vous qu'on ne vous reconr naisse pas*
C'est-là cependant cette espèce de satire innocente et
l8S ESPRIT
juste 9 qu'on trouve le moyen de rendre criminelle , par la méthode des allusions.
On sait tout le çh^grî];! qu'elles ont fait à Fënélon. Heureusement; 1^ Yerl|yiÇU][( Montai^ier fut ilattë quç. 1'^^ crût qu'il ressemblait ^u Mi^^nthrop^^ heureusement ilnç dépendit pas de quelques puissans personnages de f^ire brûler , comme ils l'timraient youIu^ le Tartufe $iyec son auteur.
C'est une façon 4^ nuire, a^s^i )>assç qu'^e est commune ^ que d's^ppliquer s^insi des tre^ts, qv» par euxmêmes n'ont rien dç personnel, pour f^irç: un crime à l'écrivs^iu do l'inljention qu'on l^i suppo^, L'enyie et la m^li^té y trouve^t d'avit^t nûeu^ leur compte, que c'est \m fer à deux tranchans.
C'est pfiu* aUnsion que , dans la tragédie ^OEdipe^ ou voulnt rendre répréhensibles ces vçrs ,
N99 prêtres ne ^oqt pas cç gu^iq vain peuple pense ; Ifotrc crédulité fait toute leur science*
Un ]Qur , au speotaele , un de ces misémbles, qui sont payés pour nuire , faisant remarquer un vers qui attaquait fortement )e ne sais quel vice , s'écria que Valfuswn était punUâahle, Très-punûaable ^ lui dit quelqu'un qui l'avait entendu; mais c'eai ^imua qui la faites.
L'allusion est surtout dangereuse , lorsqu'elle rend personnelle aux souverains ou aux hommes en place , une peinture générale des faiblesses et des erreurs où peuvent tomber leurs pareils.
Malhew au gouvernement sous lequel il ne serait permis ni de blâmer le vice , ni de louer la vertu.
Rien de plus effrayant alors , et de plus nuisible ^ effet pour IiGts lettres , que cette manié des allusions. De peur
d^y donrier lîeu , on n'ose èaractétiseraveGfofèe nî le vice tti la vertu 5 on se r^and dans le vâg^; on ^9se légèrement sur tout èe qui peut res^mbteir^ 'OU nepeiid; plus son siédeç on craint même béWv^enl de peindl^ à grande traits la nature ;'0n n ose dire ni bien ni mal ^ «qtte de loin^ à perte de vue ; et alors on mérite le reproche que irtiocion faisait à l'oFateur Lëoslbène , qne ses pte'opofi reSsettuUaient aux cyprès , qui ^bnt, disait-il , beaux et àPCfit^^ mais qrd ne partent aiùjun fndt.
U serait digne des hommes en place de répondis aulc vils délateurs tjui leur dénonoemt les traits de blâme ^iâ peuvent les regarder , oe^qu'tm roi philosophe ( Ardiélaus^ roi de Macédoine), sur <|ui qiielcfu'un, de sa fenêtre, avait laissé tomber de Teau ^ répondît à ses couTtisaoïs ^ qai l'ex^ citaient à l'en pnaîr : Ce n^eét pa» sur moi qvHlajeté de Feauj mais sur celui qui passait* dda serait noble *€t iusrt;e; et ce serait alors que 1-homme de iettres, avec h/ franchise et <la séonrité deTisnooence^ pourrait , «blâmet le vice , et louer la verta, dans que personne prit la stftire pour im affront , ni l'éloge pour une insulte.
Quant aux allusions qu'on fait soi-même ^ en parlant ou en écrivant j c'est quelquefois ce qu'il y a de plus fin dans le langage et dans le style. Un«<ddat salue en espagnol le ^maréchal» de *Berwick, « Gamatrade , lui dit le mare- )> chai , où as-tu appris l'espagnol? » A Almanza^ mjon général.
Onrparlait de- généalogie devant M. de Gatinat. <( Pour moi, dit-il en souriant., )e descends de Gatilina. » De Catorh^ monseigneur*, lui répondk quelqu'un. L^ieureus» répartie I
 la rçprésentation d'une pièce nouvelle, que proté-
igo KSPRIT
geait le. grand Condé ^ on faisait du bruit au parterre* Le prince , qui était sur le théâtre y crut distinguer le cabaleur; et, le montrant du doigt , il dit : « Que l'on prenne cet homme-là* » Mais l'homme désigné se sauvant dans la foule : On ne me prend point , dit-il au prince ,7a m'appelle Ijérida»
Un.-de nos ministres des finances ayant fait donner une déclaration] qui alarmait le clergé , l'abbé C... était un de ceux qui s'en plaignaient le plus hautement. « Vous sonnez 1q tocsin 9 » lui dit le ministre. JEn étea-^voua surpris f répondit l'abbé, quand vous mettez le feu partout?
Catulus accusait de péculat , devant le peuple , tin Romain jappelé Philippe , lequel , l'interrompant , lui dit : <( Tu aboies, Catulus. » J'aboie ^ répondit QidXxAus ^ parce que je vois un voleur. (Il faut savoir qu'en ktin catulus veut dire , un petit chien. )
C'est un exemple ingénieux de cette justesse d'allusion, que le petit dialogue fait à l'installation du pape Urbain YUI , Barberin, dont les armoiries étaient des abeilles.
G ail. Gallîs mellà âahunt^ Hispanis $p\cula figent, Hisp • Spicula si figant , emorieniur apes. Ital. Melia dabuni cuncUs ; ntiUi sua Sfncida figeni : Spicula nam princeps figere nesdl apum,
^ En voici une; qui, dans son espèce, est aussi rare qu'elle est plaisante. Des chasseurs affamés n'avaient à leur dîner que des côtelettes fort dures. C'est ici y dit Fun d'eux , le coifihat des voraces contre les coriaùes. Euripide , et , mieux que lui Racine , indique , par allusion , Tobjet du délire de Phèdre : c'est un trait de génie. IHcux , que ne suis-je asnse à l'omhre des for6ts 1
DE l'eNCYCLÛPÉDIB. 19I
QoaDd pourrai- je' y àu travers d'une noble poussière » Suivre 'de l'oeil un' char courant dans la carrière f
C'est par allusion quTJl J^sse, dans le 1 3* livre des Métamorphoses, reproche à Âjax d'avoir eu dans sa famille un banni pour le crime de fratricide.
Mihi Laëries paierest; Arcetius^ ilU ;
Jupiter 9 huic; usque in his qtdsquam damnatus et exuL
L'allusion est propre surtout à la comédie et à la satire. L'une des plus comiques est celle que fait le Misanthrope à la querelle qu'il vient d'avoir avec Oronte.
Oo n'a point à louer In vers de messieurs tels.
Mais de tous les poètes , La Fontaine est celui <jui fait le plus d'allusions. Je ne parle pas de cette allusion générale des animaux à nous , qui est de l'essence de l'apologue ; je parle de miUe traits répandus dans ses Fables y qui touchent plus expressément à quelque particularité de langage, de caractère, d'usage, de condition, de mœur^ locales, d'opinion, d'érudition, etc.
Ratopotis était bloquée*. .•••
Thémis n'avait point travaillé ^
JJe mémoire de Hnge , .è fait plus embrouillé
Don Pourceau raisonnait en subtil personnage......
Certain renard gatcon , d'autres disent nomuind
Quand il eut ruminé toui le eat dans sa tête
Le loup en fait sa eour , daube ou eotioher du roi
Son camarade absent
Le renard dit , branlant la tête 9 Têts orpheUnSf seigneur « ne me font point pitié.. ..
Faite8>en tes feux dès ce soir ;
£t' cependant viens recevoir
Le émU§r de jfaim CntenieDe«.'4«* Chacun fut de l'avis de monsieur 4b d4>ffmk»»*u Ui^ lièvre > apercevant l'ombre de tes oreilles*
Giaignit que quelque infvi^Uêair n'allât interpréter à eomet leur longueur. •••••
Miraud sur leur odeur fhiiosofhe
Le maître du logis «n evdomie aotremeiit.,..
J'ai passé les déserts ; mais no%u n'y ^Ùmes poùUm:4
Je sais que 4a ^fsmgstmee *BU «M vmimask de^vi.; ear vous «îves «m dismatm,*.*
Il leur apprit à leurs dépens , Que l'on oe doit jamais anroir .de confiance
Sa ceux qui sont mangemrs de gens,.^*
Ces traits , dis-)e , et une infinité d'autres , aussi fins et aussi rapides^ ré¥eillent^n laissant une mukitnde d*idëes y qui rendent le plaisir de cette lecture inépuisable ' et c'est , dans les fables de La Fontaine , un genre d'agrément , dont Ésope et Phèdre n'avaient pas soupçonné que l'apologue fât susceptible.
(Mabxontsl.)
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DB l'ekctclopédie.
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