‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 4)Chapitre 45 sur 62 · ALLUSION · texte numérisé non relu

ALLUSION

Allusion. (^Littérature.) Uallusion est une figure de rhëtorique ^ par laquelle on dit une chose qui a du rapport à une autre , sans faire une mention expresse de celle à laquelle elle a rapport. Ainsi subir le Joug ^ est une allusion à l'usage des anciens , de faire passer leurs ennemis vaincus sous une traverse de bois portant sur deux montans, laquelle s'appelait yi^z/TTi. Ces sortes d'allusions, quand elles ne sont point trop obscures , donnent de la noblesse et de la grâce au discours*

H y a une autre espèce d'allusion qui consiste dans nu )eu de mots^ fondé sur la ressemblance des sons , telle que celle que disaient les Romains sur le nom de l'empereur Tiberius Nero , qu'ils appelaient Bïberiua Mero^ ou celle qu'on trouve dans Quintilien sur le nom d^un certain Placidus y homme aigre et caustique, dont en ôtant les deux premières lettres on fait acidus. Cette seconde sorte d^allusion est ordinairement firoide et insipide.

( L'abbé ALULLET. )

Une observation à £aire sur les allusions en général , c est qu on ne doit jamais les tirer que de siqets connus , en sorte que les auditeurs ou les lecteurs n'aient pas besoin de contention desprit pour en saisir le rapport ; autrement elles sont en pure pote pour oelni qui parie ou (pii écrit»

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L'allusion est encore l'application personnelle d'un trait de louange ou de blâme.

Diogène reprochait à Platon de n'avoir jamais offensé personne. Grâce aux allusions , il est peu d'écrivains célèbres de nos jours qui aient le même reproche à craindre.

Rien de plus odieux sans doute que la satire personnelle ; quoique on puisse imaginer un degré de dépravation des moeurs publiques, où le vice impuni, toléré, allant partout la tète haute , ferait souhaiter qu'il s'élevât un homme pour l'insulter en face et le flétrir , ce vengeur ne laisserait pas d'être encore un personnage détestable.

Que chacun , dans la société , se fasse raison par le mépris , et par un mépris éclatant , du vi«e insolent qui le blesse ; rien de plus noble et de plus juste. Mais le métier d'exécuteur, quoique très-utile, est infâme; et s'il se trouvait un homme doué d'un génie ardent, d'une éloquence impétueuse , du don de peindre avec vigueur , et que cet homme eût commis un crime digne de la rigueur des lois, c'est lui qu'il faudrait condamner à la satire personnelle»

Mais autant la satire personnelle est odieuse , autant la satire générale des mauvaises mœurs est honnête. Celle-ci diffère de l'autre à peu près comme le miroir diffère du portrait : dans le miroir , malheur à celui qui se reconnaît : la b&nte n'en, est qu'à lui seul.

La satire, me dira-t-on, porte avec elle tme ressemblance. Il est- vrai; mais cette ressemblance est celle du vice , à laquelle il dépend de vous qu'on ne vous reconr naisse pas*

C'est-là cependant cette espèce de satire innocente et

l8S ESPRIT

juste 9 qu'on trouve le moyen de rendre criminelle , par la méthode des allusions.

On sait tout le çh^grî];! qu'elles ont fait à Fënélon. Heureusement; 1^ Yerl|yiÇU][( Montai^ier fut ilattë quç. 1'^^ crût qu'il ressemblait ^u Mi^^nthrop^^ heureusement ilnç dépendit pas de quelques puissans personnages de f^ire brûler , comme ils l'timraient youIu^ le Tartufe $iyec son auteur.

C'est une façon 4^ nuire, a^s^i )>assç qu'^e est commune ^ que d's^ppliquer s^insi des tre^ts, qv» par euxmêmes n'ont rien dç personnel, pour f^irç: un crime à l'écrivs^iu do l'inljention qu'on l^i suppo^, L'enyie et la m^li^té y trouve^t d'avit^t nûeu^ leur compte, que c'est \m fer à deux tranchans.

C'est pfiu* aUnsion que , dans la tragédie ^OEdipe^ ou voulnt rendre répréhensibles ces vçrs ,

N99 prêtres ne ^oqt pas cç gu^iq vain peuple pense ; Ifotrc crédulité fait toute leur science*

Un ]Qur , au speotaele , un de ces misémbles, qui sont payés pour nuire , faisant remarquer un vers qui attaquait fortement )e ne sais quel vice , s'écria que Valfuswn était punUâahle, Très-punûaable ^ lui dit quelqu'un qui l'avait entendu; mais c'eai ^imua qui la faites.

L'allusion est surtout dangereuse , lorsqu'elle rend personnelle aux souverains ou aux hommes en place , une peinture générale des faiblesses et des erreurs où peuvent tomber leurs pareils.

Malhew au gouvernement sous lequel il ne serait permis ni de blâmer le vice , ni de louer la vertu.

Rien de plus effrayant alors , et de plus nuisible ^ effet pour IiGts lettres , que cette manié des allusions. De peur

d^y donrier lîeu , on n'ose èaractétiseraveGfofèe nî le vice tti la vertu 5 on se r^and dans le vâg^; on ^9se légèrement sur tout èe qui peut res^mbteir^ 'OU nepeiid; plus son siédeç on craint même béWv^enl de peindl^ à grande traits la nature ;'0n n ose dire ni bien ni mal ^ «qtte de loin^ à perte de vue ; et alors on mérite le reproche que irtiocion faisait à l'oFateur Lëoslbène , qne ses pte'opofi reSsettuUaient aux cyprès , qui ^bnt, disait-il , beaux et àPCfit^^ mais qrd ne partent aiùjun fndt.

U serait digne des hommes en place de répondis aulc vils délateurs tjui leur dénonoemt les traits de blâme ^iâ peuvent les regarder , oe^qu'tm roi philosophe ( Ardiélaus^ roi de Macédoine), sur <|ui qiielcfu'un, de sa fenêtre, avait laissé tomber de Teau ^ répondît à ses couTtisaoïs ^ qai l'ex^ citaient à l'en pnaîr : Ce n^eét pa» sur moi qvHlajeté de Feauj mais sur celui qui passait* dda serait noble *€t iusrt;e; et ce serait alors que 1-homme de iettres, avec h/ franchise et <la séonrité deTisnooence^ pourrait , «blâmet le vice , et louer la verta, dans que personne prit la stftire pour im affront , ni l'éloge pour une insulte.

Quant aux allusions qu'on fait soi-même ^ en parlant ou en écrivant j c'est quelquefois ce qu'il y a de plus fin dans le langage et dans le style. Un«<ddat salue en espagnol le ^maréchal» de *Berwick, « Gamatrade , lui dit le mare- )> chai , où as-tu appris l'espagnol? » A Almanza^ mjon général.

Onrparlait de- généalogie devant M. de Gatinat. <( Pour moi, dit-il en souriant., )e descends de Gatilina. » De Catorh^ monseigneur*, lui répondk quelqu'un. L^ieureus» répartie I

 la rçprésentation d'une pièce nouvelle, que proté-

igo KSPRIT

geait le. grand Condé ^ on faisait du bruit au parterre* Le prince , qui était sur le théâtre y crut distinguer le cabaleur; et, le montrant du doigt , il dit : « Que l'on prenne cet homme-là* » Mais l'homme désigné se sauvant dans la foule : On ne me prend point , dit-il au prince ,7a m'appelle Ijérida»

Un.-de nos ministres des finances ayant fait donner une déclaration] qui alarmait le clergé , l'abbé C... était un de ceux qui s'en plaignaient le plus hautement. « Vous sonnez 1q tocsin 9 » lui dit le ministre. JEn étea-^voua surpris f répondit l'abbé, quand vous mettez le feu partout?

Catulus accusait de péculat , devant le peuple , tin Romain jappelé Philippe , lequel , l'interrompant , lui dit : <( Tu aboies, Catulus. » J'aboie ^ répondit QidXxAus ^ parce que je vois un voleur. (Il faut savoir qu'en ktin catulus veut dire , un petit chien. )

C'est un exemple ingénieux de cette justesse d'allusion, que le petit dialogue fait à l'installation du pape Urbain YUI , Barberin, dont les armoiries étaient des abeilles.

G ail. Gallîs mellà âahunt^ Hispanis $p\cula figent, Hisp • Spicula si figant , emorieniur apes. Ital. Melia dabuni cuncUs ; ntiUi sua Sfncida figeni : Spicula nam princeps figere nesdl apum,

^ En voici une; qui, dans son espèce, est aussi rare qu'elle est plaisante. Des chasseurs affamés n'avaient à leur dîner que des côtelettes fort dures. C'est ici y dit Fun d'eux , le coifihat des voraces contre les coriaùes. Euripide , et , mieux que lui Racine , indique , par allusion , Tobjet du délire de Phèdre : c'est un trait de génie. IHcux , que ne suis-je asnse à l'omhre des for6ts 1

DE l'eNCYCLÛPÉDIB. 19I

QoaDd pourrai- je' y àu travers d'une noble poussière » Suivre 'de l'oeil un' char courant dans la carrière f

C'est par allusion quTJl J^sse, dans le 1 3* livre des Métamorphoses, reproche à Âjax d'avoir eu dans sa famille un banni pour le crime de fratricide.

Mihi Laëries paierest; Arcetius^ ilU ;

Jupiter 9 huic; usque in his qtdsquam damnatus et exuL

L'allusion est propre surtout à la comédie et à la satire. L'une des plus comiques est celle que fait le Misanthrope à la querelle qu'il vient d'avoir avec Oronte.

Oo n'a point à louer In vers de messieurs tels.

Mais de tous les poètes , La Fontaine est celui <jui fait le plus d'allusions. Je ne parle pas de cette allusion générale des animaux à nous , qui est de l'essence de l'apologue ; je parle de miUe traits répandus dans ses Fables y qui touchent plus expressément à quelque particularité de langage, de caractère, d'usage, de condition, de mœur^ locales, d'opinion, d'érudition, etc.

Ratopotis était bloquée*. .•••

Thémis n'avait point travaillé ^

JJe mémoire de Hnge , .è fait plus embrouillé

Don Pourceau raisonnait en subtil personnage......

Certain renard gatcon , d'autres disent nomuind

Quand il eut ruminé toui le eat dans sa tête

Le loup en fait sa eour , daube ou eotioher du roi

Son camarade absent

Le renard dit , branlant la tête 9 Têts orpheUnSf seigneur « ne me font point pitié.. ..

Faite8>en tes feux dès ce soir ;

£t' cependant viens recevoir

Le émU§r de jfaim CntenieDe«.'4«* Chacun fut de l'avis de monsieur 4b d4>ffmk»»*u Ui^ lièvre > apercevant l'ombre de tes oreilles*

Giaignit que quelque infvi^Uêair n'allât interpréter à eomet leur longueur. •••••

Miraud sur leur odeur fhiiosofhe

Le maître du logis «n evdomie aotremeiit.,..

J'ai passé les déserts ; mais no%u n'y ^Ùmes poùUm:4

Je sais que 4a ^fsmgstmee *BU «M vmimask de^vi.; ear vous «îves «m dismatm,*.*

Il leur apprit à leurs dépens , Que l'on oe doit jamais anroir .de confiance

Sa ceux qui sont mangemrs de gens,.^*

Ces traits , dis-)e , et une infinité d'autres , aussi fins et aussi rapides^ ré¥eillent^n laissant une mukitnde d*idëes y qui rendent le plaisir de cette lecture inépuisable ' et c'est , dans les fables de La Fontaine , un genre d'agrément , dont Ésope et Phèdre n'avaient pas soupçonné que l'apologue fât susceptible.

(Mabxontsl.)

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DB l'ekctclopédie.

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