Tome t. 2S
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c(maéxpgat , faUait Die^^ V^sfie imiv€rsell£ du monde. Enfifii» l'antiquité aoiis ^p^xrend que ces deux philosophes pensaient qu'il y avait une âme imiverselle ^ et l'on doit observer que ce dogatàe est souvent aj^elé le dogme de rimniortalité.
Ainsi ces diffëcens passages, «t surtout celui de Gcéron , cotitienneiït un trait singoiier d'histoire , qui prouve nDai-««eulement ipie l'opinion d<e l'âme universeUe est une production des <]ci«GSy mais qui môme nous découvre quels en furent les auteurs : Sui^^s nous dît que Phérëcide n'eut de maître que lui*mème. L'autorité de Pjthagore répandit promptement cette opinion par toute la Grèce 5 et je ne doirte point qu'elle ne soH U cause que Phérécide^ qui n'eut point soin de la cacher^ compoîe |e fit son gn^ani disciple par le moyen de la double doctrine, ait été regardé eiNome athée.
Quoique, les- X^irecç aient été inventeurs de cette opi-^ mon, comme il est cependant très^certain qu'ils ont été redevables à l^Ë^pte de leurs premières connaissances , il est VKUàisemblable qu'ils furent conduits $l cette erreur par rabuB de quelques principes égyptiens.
Les Ëgypâens, txunme nous l'enseigne le témoi^pouige unanime de toute l'antiquité , furent les premiers i enseî— gner ^immortalité de Teme; et ils ne le fii^nt point dans l'esprit des sophistes grecs, uniquement pour spéculer, mais afin dfétaldir sdr ce fondement le dogme si utile des peines et des récompenses d'une autre yiet Toutes les pm<tiques et toutes, ies institutions des Egyptiens ayant pour objet ^l'e^<bîen de U société , Je dogme d'un .état futur servait iui-mèmè & prouver et à expliquer céli|i de la .providence divifae-: mais cela seul ne leur paraissait point suffi-
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sanl pour résoudre toutes les objections ,qui naissent de l'origine du mal j et qui attaquent les attributs moraux de la divinité, parce qu'il ne. suffit pas pour le bie^ d^ la société que l'on soit persus^é qu'il y a une providence d.ivine 9 si l'on ne croit en même tems ^e cette providence est dirigée par un être parfaitement bon et parfaitement juste : ils n'imaginèrent donc point de meilleur moyen pour résoudre cette difficulté , que la métempsycose ou la transmigration des âmes, sans laquelle , suivant l'opinion d'Hiéroclès , on ne peut justifier les voies de la Providence. La conséquence nécessaire de cette idée , c'est que l'âme est plus ancienne que le corps. Ainsi les Greps trouvant que les Égyptiens enseignaient, d'un côté, que l'âme est immortelle à ^orfepo*/, et qu'ils croyaient, d'un autre côté, que l'âme existait avant que d'être unie au corps, ils en conclurent, pour donner à leur système un air d'uniformité, qu'elle était étemelle à parte ante comme à parte post ; ou que devant exister éternellement, elle avait aussi existé de toute éternité*
Les Grecs , après avoir donné à l'âme un des attributs de la divinité , qn firent bientôt un Dieu parfait ; erreur où ils tombèrent par l'abus d'un autre principe égyptien. Le grand secret d^s mystères et le premier des mystères qui furent inventés en Egypte , consistait dans le dogme de l'imité de Dieu : c'était-là le mystère que l'on apprenait aux rois , aux magistrats et à un petit nombre choisi d'hommes sages et vertueux,; et en cela même cette pratique avait pour.objet l'utîlité de la société. Us représentaient Dieu, comme un esprit répandu dans tout le monde , et qui pénétrait la substance intime de toutes choses, enseignant dan$ un sens moral et figuré que Dieu e§t tout en
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tant qu'il est présent à tout, et que sa providence est aussi particulière qu'universelle. Leur opinion , comme Ton voit , était fort différente de celle des Grecs sur l'âme universelle du monde ;. celle-ci étant aussi pernicieuse à la société, que l'athéisme direct peut l'être. C'est néanmoins de ce principe que Dieu est tout, expression employée figurément par les Égyptiens, et prise à la lettre par les Grecs, que ces derniers ont tiré cette conséquence , que tout est Dieu : ce qui les a entraînés dans toutes les erreurs et les absurdités de notre spinosisme. Les Orientaux d'aujourd'hui ont aussi tiré originairement leiu* religion d'Egypte, quoiqu'elle soit infectée du spinosisme le plus grossier : mais ils ne sont tombés dans cet égarement que par le laps detems, et par l'effet d'une spéculation rafinée, nuDement originaire d'Egypte. Ils en ont contracté le goût par la communication des Arabes-Mahométans , grands partisans de la philosophie des Grecs , et en particulier de leur opinion sur la nature de l'âme. Ce qui le confirme , c'est que les druides , branche qui provenait également des anciens sages de l'Egypte , n'ont jamais rien enseigné de semblable, ayant été éteints avant que d'avoir eu le tems de spéculer et de subtiliser sur les hypothèses et sur les systèmes. Je sais bien que le dogme monstrueux de' l'âme du monde passa des Grecs aux Egyptiens ; que ces derniers furent infectés des mauvais principe^ des premiers : mais cela n'arriva que lorsque la puissance de l'Egypte ayant été violemment ébranlée par les Perses, et enfin entièrement détruite par les Grecs , les sciences et la religion de celte nation fameuse subirent une révolution générale. Les prêtres égyptiens commencèrent alors à philosopher à la inanière des Grecs; et ils en contractèrent une si grande
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habitude , qu ils en vinrent enfin à oublier la science simple de leurs ancêtres , trop négligée par eux. Les révolutions du gouvernement contribuèrent à celle des sciences : cette dernière doit paraître d'autant moins surprenante , que toutes leurs sciences étaient transmises de génération en génération y en partie par tradition , et en partie par le moyen mystérieux des hiéroglyphes , dont la connaissance fut bientôt perdue ; de sorte que les anciens qui depuis ont prétendu les expliquer^ nous ont appris seulement qu'ils n'y entendaient rien.
Les Pères mêmes ont été fort embarrassés à expliquer ce qui regarde l'origine de l'âme. TertuUien croyait que les âmes avaient été créées en Adam , et qu'elles venaient l'une de l'autre par une espèce de production: Anima a)elui surculus quidam ex inatrice Adxuniinpropaginem, de^ ducta^ et genitalibua semaine foueia coinmodata, Pullur' Uihit tam, intellectu quàm, et sensu. ( Tertull. de anima y ch. xix). J'ajouterai un passage de saint Augustin, qui renferme les diverses opinions de son tems , et qui démontre en même tems la difficulté de cette question. Harum, autem, sententiarum quatuor de anim/i, utrum deprchpagine veniant , an in singulis quibusqite nascentibus moxfianty an in corpora nascentiumjam alicubi existentés vel mittantur divinitiis , velsua sponte labantur^ nullam temerè affirmari oportebit', aut enim nondum ista quœstio à divinorum librorum caiholicis tractato^ ribusypro merito suœ obscuritatis et perplexitatis j evoluta atque illustrata est ^ aut sijam^factum, est y nondum in m^nus nostras hii/uscemodi litteroeprovenerunt. Origène croyait que les âmes existaient avant que d'être imies au corps I et que Dieu ne les y envoyait pour les animer i
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que pour les punir en même tems cle ce qu'elles avalent failli dans le ciel^ et dé ce qu'elles s'étaient écartées de tordre.
Leibnitz à siu: l'origine des âmes un sentiment qui lui est particulier. Le voici : il croit que les âiiLes ne sauraient commencer que par la création , ni finir que par l'annihilation ; et comme la formation des corps organiques animés ne lui paraît explicable dans l'ordre , que lorsqu'on suppose une préformation déjà organique, il en infère que ce que nous appelons génération cVun animal j n'est qu'une transformation et augmentation : ainsi, puisque le même corps était déjà organisé, il est à croire , ajoute-t-il, qu'il était déjà animé, et qu'il avait la même âme. Après avoir établi un si bel ordre , et dés règles si générales à l'égard des animaux , il ne lui paraît pas raisonnable que l'homme en soit exclu entièrement , et que tout se fasse en lui par miracle par rapport à son âme. II est donc persuadé que les âmes qui seront iin jour âmes humaines , comme celles des autres espèces, ont été dans les semences, et dans les ancêtres jusqu'à Adam , et ont existé par conséquent depuis le conunencement des choses , toujours dans une manière de corps organisés 5 doctrine qu'il confirme par les observations microscopiques de Leuwenhoek, et d'autres bons observateurs. Il ne faut pas cependant s'imaginer qu^îl croie qu'elles aient toujours existé comme raisonnables ; ce n'est point là son sentiment : il veut seulement qu'elles n'aient alors existé qu'en âmes sensitivesou animales,douées de perception et de sentiment j mais destituées de raison ; et qu'elles soient demeurées dans cet état jusqu'au tems de la génération de l'honune à qui elles doivent appartenir. Elles ne reçoiveïit donc^ dans ce système , la raison , que
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lors de la génération de l'homme ; soit qu'il y ait 1m moyen naturel d'élever une aine sensitive au degré d'âme raison* nable y ce qu'il est difficile de coneeroir; soit que Dieu ait donné la raison à cette âme par une opération particulière^ ou si TOUS voulez , par ime espèce de transcréation; ce qui est d'autant plus aisé à admettre , que la révélation enseigne beaucoup d^autres opérations immédiates dei)ieu sur nos âmes» Cette explication parait à Leibnitz leyer les embar* ras qui se présentent iei en philosophie ou en théologie : il est bien plus convmable à la justice divine de donner i Fâme déjà corrompue physiquement ou animal^nent par le péché d'Adam, une nouvelle perfection qui est la raison, que de mettre une âme raisonnable y par création où autrement y dans un corps où elle^doive être corrompue moralement.
La nature de l'âmë n'a pas moins exercé les philosophes anciens et modernes , que son origine : il a été et il sera toujours impossible de pénétrer comment eet être qui est en nous et que nous regardons comme nous-mêmes y est uni à un certain assemblage d'esprits animaux qui sont dans un flux continue^ Chaque philosophe a donné une définition différente de sa nature. Plutarque rapporte les senti-^ mens de plusieurs philosophes, qui ont tous été d'avis différons. Gela est bien juste , puisqu'ils décidaient positi-» vement sur tme chose dont ils ne savaient rien du tout. Yoici ce passage , trad. d'Âmyôt. a TUalès a été le premier qid a défini l'âme utie nature se mouvant toujours en soi- ^ même : Pythagore , que c'est un nombre se mouvant soimême; et ce nombre4à ^ il le prend pour l'entendement t Platon, que c'fst tme substance spirituelle se mouvant soi-même , et par un nombre harmonique : Âristote, cp»
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c'est Pacte premier d'un corps organique , ayant vie et puissance : Dicéarchus, que c'est l'harmonie et concordance des quatre élémens : Asclépiade le médecin , que c'est un exercice commun de tous les sentimens ensemble. Tous ces philosophes-là,. continùe-t'il 9 que nous avons mis cidevant , supnosent que l'âme est incorporelle , qu'elle se meut elle -mime y que c'est une substance spirituelle. » Mais ce quel^s anciens nommaient incorporel j ce n'était point notre spirituel , c'était simplement ce qui est composé de parties très -subtiles. En voici une preuve sans réplique. Aristote rapportant le sentiment d'Heraclite sur l'âme y dit qu'il la regardait conune une exhalaison ; et il ajoute que 9 selon ce philosophe , elle était incorporelle. Qu'est-ce que cçtte incorporéité , sinon une extrême ténuité qui rend J'âme impalpable et imperceptible à tous nos sens ? C'est à cela qu'il faut rapporter toutes les opinions suivantes. Pythagore disait que l'âme était un détachement de l'air ^ Empédocle en faisait un composé de tous les élémens ; Démocrite, Leucippe, Parmenide , etc. ( Dioff^ Lcùért. lih. Vlll^ fig. 27. ) soutenaient qu'elle était de feu : Ëpithorme avançait que les dîmes étaient tirées du soleil :Plutarque rapporte ainsi l'opinion d'£picure« « Epicure croit que l'âme est un mélange , ime tempéra- 'ture de quatre choses ; de je ne sais quoi de feu , de ^e ne sais quoi d'air ,, dé je ne sais quoi de vent , et d'un autre quatrième qui n'a point de nom ( ubiauprà. ) » Anaxagore , Anaximène , Archélaùs , etc. ont cru que c'était un air subtil.. Hippon assura qu'elle était d eau , parce que , aelon lui > l'humide était le principe de toutes choses. Xénophane la composait d'eau et de terre; PaiTnenide, de (eu et de terre ; Boëce , d'air et de feu. Gr itius soutint que
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Vâme n'était que le sang; Hippocrate , que c'était un esprit dc^lié répandu par tout le corps. Marc Antonin , qui était stoïcien 9 était persuadé que c'était quelque chose de semblable au. vent. Critolaûs imagina que son essence était une cinquième substance. Ehcore aujourd'hui il y a peu d'honunes en Orient qui aient ime connaissance parfaite de la spiritualité. H J a là-dessus im passage de M. de Laloubère ( Voyage au royaume de. Siam , U I ^p. 36 f ) y qui vient ici fort à propos. « Nulle opinion, dit-il, n'a été si généralement reçue parmi les hommes, que celle de l'immortalité de l'âme : mais que l'âme soit immatérielle, c'est une vérité dont la connaissance ne s'est pas tant étendue; aussi est-ce une difficulté très-grande de donner à un Siamois l'idée d'un pur esprit ; et c'est le témoignage qu'en rendent les Missionnaires qui ont été le plus long-tems parmi eux. Tous le païens de l'Orient croient , à la vérité, qu'il reste quelque chose de l'homme après sa mort j qui subsiste séparément et indépendamment de son corps : mais ils donnent de l'étendue et de la figure à ce qui reste, et ils lui attribuent les mêmes membres et toutes les mêmes substances solides et liquides dont nos corps sont compo-< ses ; ils supposent seulement que nos âmes sont d'une matière assez subtile pour se dérober à l'attouchement et à la vue , quoiqu'ils croient d'ailleurs que si on en blessait quelqu'une , le sang qui coulerait de sa blessm'e pourrait paraître. Telles étaient les mânes et les ombres des Grecs et des Romains ; et c'est à cette figure des âmes , pareille à celle des corps , que Virgile suppose qu'Enée reconnut Palinure , Didon et Ânchise dans les enfers. » Aux païens anciens et modernes , on peut joindre les anciens docteurs des Juifs f et même les Pères des premiers siècles de l'é-
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gUse ( I ). Beatiâobré a prouvé démonstrativement dans le second tome de son histoire du manichéisme , que les notions de création et de spiritualité ne se trouvent point dans l'anfeienne théologie judaïque, tour les Pères, rien h'est plus aisé que d'alléguer des témoignages de leur hétérédoxie sur ce sujet. Saint Irénée ( lib. II ^ c. xxxi'v^ Uhn /^4 c. vij , et pasêim ) dit que Tâïne est un soui&e , qu'elle n'est incorporelle qu'en comparaison des corps f grossiers , et qu'elle ressemble au corps qu'elle a habité. Tertullien suppose que l'âme est corporelle 5 definimus ahimam, Dei statu natam itnpiortalem , corporalem, effir giatam,.iî)e anima, cap. xxij.) Saint Bernard, selon l'aveu du P. Mabillon , enseigna à propos de l'âme , qu'après la mort eUe ne Voyait pas Dieu dans le ciel> mais qu'elle conversait setdement avec l'humanité de Jésus-Christ (2). /'' Il est donc bieti démontré que tous les anciens philosophes ont cru l'âme matérielle. Parmi les modernes qui se déclarent pour ce sentiment, on peut compter Averroës, Galdcrin, Politien, Pomponace , Bembe , Cardan, . Césalpiû , TaureH , Cremonin , Berigard), Viviani, Hobbes , etc. On peut aussi leur associer ceux qui prétendent que notre âme tire son origine des pèr^ et des mères par
■Mb
(i) n fàht bien se ^garder d^accuser tous les ^ëres des premiers siècles dliétérodone sur te spiritualité de Pane. Plusieurs savans même ont soatenit que ceux 4111 ont paru regarder Pâmé comme une substance corporelle , entendaient qu^elle n^étaît pas douée d^une spiritualité semblable à celle de Dieu ; qu'elle ne tirait pas son origine de la substance même de Dieu , et qu^elle était destinée k £tre unie au corp» , etc.
(2} Le Père Mabillon , dans la préface du tome III , pag. 714 » ^t ^nc Si» Bernard donne le délai de la Tision de Dieu pour une pure opimon.
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la vertu séminale 5 <jue d'abord elle n'est que vëgëtatire et semblable à celle d'uneplante ; ciu'ensuite elle devient sensitive en se perfectionnant ; et qu'enfin elle est retldue raisonnable par la coopération de Dieu. Une cluosé corporelle ne peut devenir incorporelle : si Fâme raisonnable est la même que la sensitive, mais plus épurée , elle est alors matérielle nécessairement. C'est-là le système des Épicuriens; à cela près que l'âme , chez les philosophes païens , avait en elle la faculté de se perfectionner , au lieu que chez les philosophes chrétiens , c'est Dieu qui par sa puissance la conduit à la perfection : mais la matérialité de l'âme est toujours nécessaire dans les deux opinions. Ceux qui disent que Tembryon est animé jusqu'au quarantième jour, tems auquel se fait la conformation des parties , prêtent , sans le vouloir , des armes à ceux qui soutiennent la matérialité de l'âme. Comment se peut-il faire que la vertu séminale , qui n'est secourue d'aucun principe de vie , puisse produire des actions vitales ? Or sî vous accordez , continuent-ils , qu'il y a un principe de vie dans les semences, capable de produire la confor* mation des parties , d'agir, de mouvoir , en perfectionnant ce principe et lui donnant la liberté d'augmenter et d'agir ibrement par les organes parfaits , il est aisé de voir qu'il peut et doit même devenir ce qu'on appelle âme , qui par conséquent est matérielle.
Spinosa , ayant une fois posé pour principe qu'il n'y a
qu'une substance dans l'univers., s'est vu forcé par la suite de ses principes à détruire la spiritualité de l'âme. U ne trouve entre elle et le corps d'autre diiFérence que celle qu'y mettent les modifications diverses, modifications qui sortent néanmoins d'une même source , et possèdent
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un même sujet. Comme il est un de ceux qui parait avoir le plus étudié cette matière , qu'il me soit permis de donner ici un précis de son système , et des raisons sur lesquelles il prétend l'appuyer. Ce philosophe prétend donc qu'il y a une âme universelle répandue dans toute la matière , et surtout dans Fair , de laquelle toutes les âmes particulières sont tirées; que cette âme universelle est composée d'ime matière déliée et propre au mouvement , telle qu'est celle du feu ; que cette matière est toujom-s prête à s'unir aux sujets disposés à recevoir la vie , comme la matière de la flamme est prête à s'attacher aux choses combustibles qui sont dans la disposition d'être embrasées.
Que cette matière unie au corps de l'animal y entretient , du moment qu'elle y est insinuée jusqu'à celui qu'elle l'abandonne et se réunit à son tout , le double mouvement des poumons dans lequel la vie consiste, et qu* est la mesure de sa durée.
Que cette âme ou cet esprit est constamment , et sans variation de substance , le même en quelque corps qu'il se trouve, séparé ou réuni 5 qu'il n'y a enfin aucune diversité de nature dans la matière animante , qui fait les âmes particulières raisonnables , sensitives , végétatives , conmtie il vous plaira de les nommer; mais que la différence qui se voit entre elles ne consiste que da^s celle de la matière qui s'est trouvée animée , et dans la différence des organes qu'elle est employée à mouvoir dans les animaux , ou dans la différente diposition des parties de l'arbre ou de la plante qu'elle anime; semblable à la matière de la flammie uniforme dans son essence , mais plus ou moins brillante ou vive y suivant la substance à laquelle'elle se trouve féunie ;
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en effet , elle paraît belle et neite , lorsqu'elle est attachée vc une bougie de cire purifiëe ; obscure et languissante , lorsqu'elle est jointe à une chandelle de suif grossier. Il ajoute que même parmi les cires , il y en a de plus pures ; qu'il y a de la cire jaune et de la cire blanche.
n y a aussi des hommes de différentes qualités ; ce qui seul constitue plusieurs degrés de perfection dans leur raisonnement, y ayant une différence infinie là-dessus. On peut même , ajoute-t-il, perfectionner en l'homme les puissances de l'âme ou de l'entendement , en fortifiant les organes par le secours des sciences , de l'éducation , de l'abstinence de certaines nourritures ou boissons ; ou les dégrader par une vie déréglée , par des passions violentes , les calamités , les maladies , et la vieillesse : ce qui est même une preuve invincible, que ces puissances ne sont que l'effet des organes du corps , constitués d'une certaine ma- ,
nîère.
La portion de l'âme universelle qui aura servi à animer un corps humain , pourra servir à animer celui d'une autre espèce, et pareillement celle dont les corps d'autres animaux auront été animés , et celle qui aura fait pousser un arbre ou une plantç , pourra être employée réciproquement à animer des corps humains ; de la même manière que les parties de la flamme qui auraient embrasé du bois, pourraient aussi embraser une autre matière combustible.
Ce philôlosophe moderne pousse cette pensée plus loin, et il prétend qu'il n'y a pas de moment où les âmes particulières ne se Renouvellent dans les corps animés , par des parties del'âiiie uiiiverselle qui succèdent aux âmes particulières; ainsi que les particules de la lumière d'une bou-
gie ou d'ttD;e autre flamme sont suppléées par [d'autres qui les chassent, et sont chassées à leur tour par d'autres.
La réunion des âmes particulières à la générale 9 à la
mort de l'animal , est aussi prompte et aussi entière que
le retour de la flamme à sou principe , aussitôt qu elle est
séparée de la matière à laquelle elle était unie. L'esprit de
vie dans lequel (les âmes consistent , d'une nature encore
plus suhtile que celle de la flamme , si elle n'est la même ,
n'est ni susceptible d'une séparation permanente de la
matière dont il est tiré, ni capable d'être mangé, et est
ifomédiatement et essentiellement imi dans l'animal yi-
yajpit avec l'air, dont sa respiration est entretenue* Cet
esprit est porté sans interruption dans les poumons de
l'animal avec l'air qui entretient leur mouvement : il est
poussé avec lui dans les veines par le souffle des poumons ;
il est répandu par celles-ci dans toutes les autres parties
du corps : il fait le marcher et le coucher dans les unes 5
le voir, l'entendre , le raisonner dans les autres : il donne
lieu aux diverses passions de l'animal : ses fonctions se
perfectionnent et s'afiaiblîssent , selpn l'accroissement ou
la diminution des forées dans les organes 3 eUes cessent
totalement , et cet esprit de vie s'envole et se réunit au
général , lorsque les dispositions qu'il maintenait dans le
particulier viennent à cesser.
Avant de bien pénétrer le système de Spinosa , il faut remonter jusqu'à la plus haute antiquité , pour savoir ce me les anciens pensaient de la sul^stance. D parait qu'ils n'admettaient qu'une seule subçl^nce , nat):(relle , infinie , et , ce qui surprendra le plus , indivisible , quoique pourtant divisée en trcis parties ; et ce sont elles , qui ^ réunies et jointes ensemble ^ forment ce que Pythagore appelait
SB l'encyclopédie. 325
le tout y hors duquel il p'y a rien. La pi^mière partie cle cette 9ub3tanee y ixiacoeasiblis aux regards de tous 1^ hommes , est {^oprement ce cjai détermine Tesseuce de Dieu ^ des anges et des génies ; elle se répand de là sur tqute I^ nature. La seconde partie compose les globes célestes ^ Iç soleil 9 les-étoiles fixea, les planètes , et ce qui brille d'une lumière primitive et originale. La troisième enfin compose ]£^ corps 9 et généralement tout Fempire sublunaire, que Platon , dans k Timée , nomme & séjour du change^ mentf la mère et Içl nourrice du sensible* Voilà , en gros , quelle idée on avait delà substance unique dont on croyait que les êtres tiraient le fond même de leur nature, chacun suivant le degré de perfection qui lui convient. Et comme cette substance passait pour indivisible j quoiqu'elle fut divisée en trois parties , de même elle passait pour im« muable ^ quoiqu'elle se modifiât de différentes manières. Mais ces modifications, étant de peu de durée ^ on les comptait pour rien 9 même on les regardait commp non existantes 9 et cela par rapport au tout^ qui seul existe véritablement. Ce qu'on doit observer avec soin : la substance )ouit de l'être 9 et «es modifications e^èrent en jpuir, sans jamais pouvoir y arriver.
Le trop fameux Spiqosa, en écrivant à Henri Oldenbourg ysecrétaite de la société royale de Londres, convient que c'est p^rmi Ijss anciens philosophes qu'il a puisé son système 9 ju'il .n'y a qu'une substai^ce dans l'univers. Mais il ajoute qu'il a pris les choses dhin biais plus Êivorable, soit en proposant de nou^trelles preuves, $oit en leur donnant Uifoçne proposée par les géomètres. Quoi qu'il en soit 9 i|on système ^'est point devenu plujs probable , les contradictions n'y sont pas mieux sauvées. Les ancien
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coufonclaient quëlq[uefois la matière avec la substance tûii-* que j et ils disaient conséquemment que rien ne lui est essentiel que d'exister ; et que si l'étendue convient à quelques unes de sfcs parties , ce n'est que lorsqu'on les considère par abstraction. Mais le plus souvent ils bornaient l'idée de la matière.à' ce qu'ils appelaient eux-mëtnes Vempire sublunaire j la nature corporelle* Le corps, selon eux, est ce qu'on conçoit par rapport à lui seul, et en le détachant du tout dont il fait partie. Le tout ne s'aperçoit que par l'entendement , et le corps que par l'imagination aidée des sens. Ainsi les corps ne sont que des modifications qui peuvent exister ou non exister , sans faire aucun tort à la substance; ils caractérisent ou déterminent la matière ou la substance , à peu près comme les passions caractérisent et déterminent un homme indifférent à être mû ou à rester tranquille. Eu conséquence, la matière n'est ni corporelle ni incorporelle ; sans doute parce qu'il n'y a qu'une seuje substance dans l'univers, corporelle en ce qui est corps , incorporelle en ce qui ne l'est point. Ils disaient aussi y selon Proclus de Lycie , qne la matière est animée; mais que les corps ne le sont pas, quoiqu'ils aient un principe d'organisation , un je ne sais quoi de décisif qui les distingue l'im de l'autre ; que la matière existe par ellemême , mais non les corps , qui changent continuellement d'attitude et de situation. Donc on peut avancer beaucoup de choses des corps , qui ne conviennent point à la matière; par exemple , qu'ils sont déterminés par des figures , qu'ils se meuvent plus ou moins vite , qu'ils se corrompent et se renouvellent, etc. ; au lieu que la matière est une substance de tous points inaltérable. Aussi Pythagoreet-Pktbn conviennent-ils l'un et l'autre que Dieu existait avant
DB L^ISNCYCLOPÂDIK. SsS
i|ull y eût de la matière, Viàée de la matière ne demandant point TeKistence actuelle du corps*
Mais pour percer ces ténèbres , et pour se faire jour k travers, il £ftut demander à Spinosa ce qu'il entend par cette seule substance qu'il a puisée chez les anciens* Car , ou cette substance est réelle , existe dans la nature et hors de notre esprit ; ou ce n'est qu'une substance idéale y mé-taphysique et abstraite. S'il s'en tient au premier sens , il avance la plus grande absurdité du monde } car i qui per«suaderart-il que le corps ui qui se meut vers l'Orient, est k même «ub^tance numérique que le corps J3 qui se meut vers l'Occident ? A qui fera-t-il croire que Pierre qui pens^ aux propriétés d'un triangle , est précisément le mélne que Paul qui médite sur le flux et reflux de la mer? Quand oti presse Spinosa pour savoir si l'esprit humain est la inèmé chose que le corps , il répond que l'an et l'autre sont le même sujet, la même matière qui a différentes môdifiea^ tions ; qu'elle est esprit en tant qu'on la considère comme pensante , et qu'elle est corps en tant qu (m se la représente comme étendue et figurée. Mais je voudrain bien savoir ce qu'aurait dit Spinosa à un homme assez ridicule poux affirmer qu'un cercle est un triangle, et qui aurait répondu à ceux qui lui auraient objecté la différence des définitions et des propriétés du cercle et du triangle , pour prouver que ces figures sont différentes, que c'est pourtant la même figure, mais diversement modifiée; que quand on la considère comme une figure qui a tous les côtés de la circonférence également distans du centre, et que cette circonférence ne touche jamais une ligne droite ou un plan que par uil point, on la nomme cercle $ mais que quand on la considère comme figure tomposée de trois angles et '