‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 4)Chapitre 56 sur 62 · Tome i, tk · texte numérisé non relu

Tome i, tk

^go E&PRIT

des êtres intelligeiis. Si le cheval me porte et A le poulet me nourrit , ce sont bien là des effets qui se rapportent directement à mon corps ; mais ils se terminent à mon âme , parce que mon âme seule en recueille l'utilité. Le corps n'est que pour l'âme f les avantages du corps sont des avantages propres à l'âme; toutes les douceurs de la vie animale ne sont que pour elle , n'y ayant qu'elle qui puisse sentir, et par conséquent être susceptible de félicité. La question reviendra donc à savoir si l'âme du cheval j du chien 9 du poulet y ne peut pas être d'im ordre assez inférieur à l'âme humaine, pour que le Créateur emploie cellelà à procurer même la plus petite partie du bonheur de celle<;i, sans violer les règles de l'ordre et des proportions. On peut dire la même chose de la mouche à l'égard de l'hirondelle , qui est d'une nature plus excellente. Pour l'anéantissement , ce n'est point un mal pour une créature qui ne réfléchit ppint sur son existence, qui est incapable d'en prévoir la fin , et de comparer , pour ainsi dire , l'être avec le non «être , quoique pour elle l'existence soit u n bien •* parce qu'elle sent. La mort , à l'égard d'une âme sensitive , n'est que la soustraction d'un bien qui n'était pas dû; ce n'est point un mal qui empoisonne les dons du Crâiteur , et qui rende la créature malheureuse. Ainsi , quoique ces âmes et ces vies innombrables que Dieu tire tous les jours du néant , soient des preuves de la bonté divine , leur destruction journalière ne blesse point cet attribut : elles se rapportent au monde dont elles font partie ; elles doivent servir à l'utilité des êtres qui le composent ; il suffit que cette utilité n'exclue point la leur propre, et qu'elles soient heureuses en quelque mesure, en contribuant au bonheur d'autrui.

ï)iî l'encyclopédib, agi

\J amusement philosophique du P. Bougeant, jésuite, sur le langage des bétes y a eu trop de cours dans le monde pour ne pas mériter de trouver ici sa place. S'il n'est vrai , du moins il est ingénieux. Les bètes ont*elles une âme, ou n'en ont-elles point? question épineuse et embarrassante, surtout pour un philosophe chrétien. Descartes, sur ce principe qu'on peut expliquer toutes les actions des bêtes par les lois de la mécanique , a prétendu qu'elles n'étaient que de simples machines , de purs automates. Notre raison semble se révolter contre un tel sentiment : il y a même quelque chose en nous qui se joint à elle pour bannir de la société l'opinion de Descartes. Ce n'est pas un simple préjugé, c'est une persuasion intime , un sentiment dont voici l'origine. Il n'est pas possible que les honunes avec qui je vis soient autant d'automates ou de perroquets instruits à mon insu. J'aperçois dans leur extérieur des tons et des mouvemens qui paraissent indiquer une âme t je vois régner un certain fil d'idées qui suppose la raison : je vois de la liaison dans les raisonnemens qu'ils me font , plus ou moins d'esprit dans les ouvrages qu'ils composent. Sur ces apparences ainsi rassemblées , je prononce hardiment qu'ils pensent en effet. Peut-être que Dieu pourrait produire un automate en tout semblable au corps humain , lequel par les seules lois du mécanisme parlerait , ferait des discours suivis, écrirait des livres très-bien raisonnes. Mais ce qui me rassure contre toute erreur , c'est la véracité de Dieu, n me suffit de trouver dans mon âme le principe unique qui réunit et qui explique tous ces phénomènes qui me frappent dans mes semblables, pour me croire bien fondé à soutenir qu'ils sont honunes comme moi. Or les bêles sont par rapport à moi dans le même cas. Je vois un

chien accourir quand je l'appelle , me caresser quand fè le flatte , trembler et fuir quand je le menace , m'obëîr quand je lui commande, et donner toutes les marques extérieures de divers sentimens de joie , de tristesse , de douleur , de crainte , de désir , des passions de l'amour et de la liaine 5 )e conclus aussitôt qu'un chien a dans lui-même un principe de connaissance et de sentiment quel qu'il soit. Il me suffit que l'âme que je lui suppose soit l'unique raison suffisante qui se lie avec toutes ces apparences et tous ces phénomènes qui me frappent les yeux , pour que je sois pej> suadé c[ue ce n'est pas une machine. D'ailleurs une telle machine entraînerait avec elle une trop grande composition de ressorts j pour que cela puisse s'allier avec la sagesse de Dieuqui agit toujours par les voies les plus simples. II y a toute apparence que Descartes y ce génie si supérieur , n'a adopté \xn système si peu conforme à nos idées que comme un jeu d'esprit , et dans la seule vue de contredire les péripatéticiens, dont en effet le sentiment sur la connaissance des bétes n'est pas soutenable. IL vaudrait encore mieux s'en tenir aux machines de Descartes , si l'on n'avait à leur opposer que la forme substantielle des péripatéticienSy qui n'est ni esprit ni matière. Cette substance mitoyenne est une chimère , un être déraison dont nous n'avons ni idée ni sentiment. Est-ce donc que les bètes auraient une âme spirituelle comme l'homme ? Mais si cela est ainsi , leur âme sera donc immortelle et libre; elles seront capables de mériter ou de démériter , dignes de récompense ou de châtiment; il faudra un paradis ou un enfer. Les bètes seront donc une espèce d'hommes, ou les hommes une espèce de bêtes ; toutes conséquences insoutenables dans les principes de la religion. Yoilà des diffi-

DE l'eKCYCLÔPÉDIE. ^ 2^3

cuhés à étonner les esprits les plus hardis 9 mais dat&t on trouve le dénouement dans le système de notre jésuite. En effet, pourvu qu'on se prête à cette supposition , que Dieu a logé des démons dans le corps des bêtes , on conçoit sans peine comment les bêtes peuvent penser , connaître , sentir, et avoir une âme spirituelle , sans intéresser tes dogmes de la religion. Cette supposition n'a rien d'absurde ; elle coule même des principes de la religion. Car enfin, puisqu'il est prouvé par plusieurs passages de l'Ecriture , que les démons ne souffrent point encore les peines dé l'enfer , et qu'ils n'y seront livrés qu'au jour du jugement dernier, quel meilleur usage la justice divine pouvait-elle feire de tant de légions d'esprits r^rouvés , que d'en feire servir une partie à animer Aes millions de bêtes de toute espèce y lesquelles remplissent l'univers , et font admirer la sagesse et la toute puissance du Créateur? Mais pourquoi les bêtes, dont l'âme vraisemblablement est plus parfaite que la nôtre, n'ont-elles pas tant d'esprit que nous ? Oh ! dit le P. Bougeant, c'est que dans les bêtes , comme dans nous, les opération» de l'esprit sont assujetties aux organes matériels de la machine , à laquelle il est uni 5 et ces organes étant dan* les bêtes plus grossiers et moins parfaits que dans' nous , il s'ensuit que la connaissance , les pensées^, et toutes les opé^ rations spirituelles des bêtes, doivent être atissi moins parfaites que les nôtres. Une dégradation si honteuse pour ces esprits superbes , puisqu'elle les réduit à n'être que des bêtes, est pour eux un premier effet de la vengeance divine, qui n'attend que le dernier jour pour se déployer sur eux d'une manière bien plus terriblev

Une autre raison qui prouve que lès bêtes ne sont que des démons métamorphosés en elles, ce sont les maux ex-

2^4 «ftfHit

ce^fii auxquels b plupart d'entre elles sont exposées ^ et qu'elles souffi*ent réellement. Que les chevaux sont à plaindre , disons-nous , à la Tue d'un cheyal qu'un impitoyable charretier accable de coups! qu'un chien qu'on dresse à la chasse est misérable ! que le sort des bétes qui vivent dans les bois est triste I Or si les bètes ne sont pas des dëmoDSy qu'on m'explique quel crime elles ont commis pour naUre sujettes à des maux si cruels ? Cet excès de maux est dans tout autre système un mystère incompréhensible | au lieu que dans le sentiment du Père Bougeant, rien de plus aisé à comprendre. Les esprits rebelles méritent un châtiment encore plus rigoureux : trop heureux que leur supplice soit différé^ en un mot, la bonté de Dieu est justifiée; Thomme lui-même est justifié. Car quel droit aurait-il de donner la mort sans nécessité , et souvent par pur divertissement y à des millions de bêtes , si Dieu ne l'avait autorisé? et un Dieu bon et juste aurait-il pu donner ce droit à l'homme , puisque après tout , les bètes sont aussi sensibles que nous-mêmes à la douleur et à la mort ^ si ce n'étaient autant de coupables victimes de la vengeance divine ?

Mais écoutez, continue notre philosophe, quelque chose de plus fort et de plus intéressant. Les bètes sont naturellement vicieuses : les bêtes carnassières et les oiseaux de proie sont cruels; beaucoup d'insectes de la même espèce se dévorent les uns les autres; les chats sont perfides et ingrats; l^s singes sont malfaisans; les chiens sont envieux; toutes sont jalouses et vindicatives à l'excès ; sans parler de beaucoup d'autres vices que nous^ leur connaissons. U feut dire de deux choses l'une : ou; que Dieu a pris plaisîr à former les bètes aussi» vicieuses qu'elles sont, et à nous

DE L'EXCYCLOPjèDIE. 3)5

donner dans elles des modèles de tout ce qu'il y a de plus honteux; ou c[u'elles ont conune l'homme un pëchë d'origine, qui a perverti leur première nature. La première de ces propositions fait une extrême peine à penser, et est formellement contraire à l'Ecriture-sainte, qui dit que tout ce qui sortit des mains de Dieu à la création du monde , était bon et même fort bon. Or si les bètes étaient telles alors qu'elles sont aujourd'hui, comment pourrait*on dire qu'elles fiissent bonnes et fort bonnes ? Où est le bien qu'un singe soit si malfaisant, qu'im chien soit si envieux ^ qu'un chat soit si perfide? Il faut donc recourir à la seconde proposition , et dire que la nature des bêtes a été comme celle de l'homme , corrompue par quelque péché d'(M'igine ; autre supposition qui n'a aucuu fondement, et qui choque également la raison et la religion. Quel parti prendre? Admettez le système des démons changés en bêtes , tout est expliqué. Les âmes des bêtes sont des esprits rebelles qui se sont rendus coupables envers Dieu. Ce péché dans les bêtes n'est point un péché d'origine; c'est un péché personnel qui a corrompu et perverti leur nature dans toute sa substance : de là tous les vices que nous leur connaissons.

Vous êtes peut-être inquiet de savoir quelle est la destinée des démons après la mort des bêtes. Rien de plus aisé que d'y satisfaire. Pythagore enseignait autrefois qu'au moment de notre mort nos âmes passent dans un corps , soit d'homme , soit de bête , pour recommencer une nouvelle vie , toujours ainsi successivement jusqu'à la fin des siècles. Ce système qui est insoutenable par rapport aujt hommes, et qui est d'ailleurs proscrit par la religion, couvient admirablement bien aux bêtes , selon le Père Bour

^eant, et ne choque ni la religion, ni la raison. Les démons "destinés de Dîeu à être des bêtes, survivent nécessairement à letir corps , et cesseraient de remplir leur destination , si lorsque leur premier corps est détruit, ils ne passaient aussitôt dans un autre pour recommeiicer à vivre sons une autre forme.

Si les bètes ont de la connaissance et du sentiment, elles doivent conséqucmment avoir entre elles pour leurs besoins mutuels \m langage intelligible. La chose est possible ; il ne faut qu'examiner si elle est nécessaire. Toutes les bétes ont de la connaissance : c'est un principe avoué; et nous ne voyons pas que l'auteur de la nature ait pn leur donner cette connaissance pour d'autres fins que de les rendre capables de pourvoir à leturs besoins, à leur conservation , à tout ce qui leur est propre et convenable dans leur condition et la forme de vîe qu'il leur a prescrite. Ajoutons à ce principe , que beaucoup d'espèces de bêtes sont faites pour vivre en société^ et les autres pour vivre du moins en ménage , pour ainsi dire, d'un mâle avec une femelle , et en famille avec leurs petits , jusqu'à ce qu'ils soient élevés. Or, si l'on suppose qu'elles n'ont point entre elles un langage , quel qu'il soit , pour s'entendte les unes les autres, on ne conçoit plus comment leur société pourrait subsister : comment les castors, par exemple, s'aideraient^ils les ims les autres pour se bâtir un domicile, s'ils n'avaient un langage très-net et aussi intelligible pour eux que nos langues le sont pour nous ? La connaissance sans une commimicatîon réciproque par un langage sensible et connu, ne suffit pas pour entretenir la société, ni pour exécuter une entreprise qui demande de l'union et de Tintelligence. Gomment les loups concerteraient-ils ensemble

DB l'encyclopédie. 397

des i^es de guerre dans la chasse qu'ils font aux troupeaux de moutons , s'ils ne s'entendaient pas ? Gomment enfin des hirondelles ont-elles pu sans se parler j former toutes ensemble le dessein de claquemurer un moineau qu'elles trouvèrent dans le nid d'une de leurs camarades , voyant qu'elle^ ne pouvaient l'en chasser? On pourrait rapporter mille autres traits semblables pour appuyer ce raisonne* ment. Mais ce qui ne souffre point ici de difficulté , c'est que si la nature les a faites capables d'entendre une langue e'trangère, comment leur aurait-elle refiisé la faculté d'entendre et de parler une langue naturelle? car les bètesnous parlent et nous entendent fort bien.

Quand on sait une fois que les bètes parlent et s'en-* tendent, la curiosité n'en est que plus avide de connaître quels sont les entretiens qu'elles peuvent avoir entre elles. Quelque difficile qu'il soit d'expliquer leur langage et d'en donner le dictionnaire , le Père Bougeant a osé le tenter. Ce qu'on peut assurer, c'est que leur langage doit être fort borné , puisqu'il ne s'étend pas au-delà des besoins de laf vie; car la nature n'a donné aux bêtes la faculté de parler, que pour exprimer entre elles leurs désirs et leurs sentimens , afin de pouvoir satisfaire par ce moyen à leurs besoins et à tout ce qui est nécessaire, pour leur conservation : or tout ce qu'elles pensent^ tout ce qu'elles sentent , se réduit à la vie animale. Point d'idées abstraites, par conséquent, point de raisonnemens métaphysiques, point de recherches curieuses sur tous les objets qui les environnent, point d'autre science que celle de se bien porter, de se bien conserver, d'éviter tout ce qui leur nuit, et de se procurer du bien. Ce principe une fois établi , que les connaissances , les désirs , les besoins des bétes p et par

99S sspaiT

cirnséquent leurs expressions, sont bomëes à ce qui est utile ou nécessaire pour leur conservation ou la multiplication (Je leur espèce , il n'y a rien de plus aisé que d'eutendre ce qu'elles veulent se dire* Placez -vous dans les diverses circonstances oii peut être quelqu'un qui ne connaît et qui ne sait exprimer que ses besoins : et vous trouverez dans vos propres discours l'interprétatkm de ce qu'elles se disent. Comme la chose, qui les toucbe le plus , est le désir de multiplier leur espèce, ou du moins den prendre les moyens , toute leur conversation roule ordinairement sur ce point. On peut dire que le Père Bougeant a décrit avec beaucoup de vivacité leurs amours , et que le dictionnaire qu'il donne de leurs phrases tendres et voluptueuses , vaut bien celui de l'opéra. Voilà ce qui a révolté dans un )ésuite, condamné par état à ne jamais abandonner son pinceau aux mains de l'amour. La galanterie n'est pardonnable dans un ouvrage philosophique ^ que lorsque l'auteur de l'ouvrage est homme du monde ; encore bien des personnes l'y trouvent-elles déplacée. En prétendant ne donner aux raisonnemens qu'un tour léger et propre à intéresser par une sorte de badinage , souvent on tombe dans le ridicule ; et toujours on cause du scandale, si l'on est d'un état qui ne permet pas à l'imagination de se livrer à ces saillies. Il parait qu'on a censuré trop durement notre jésuite , sur ce qu'il dit que les bétes sont animées par des diables. 11 est aisé de voir qu'il n'a jamais regardé ce système que comme une imagination bizarre et presque folle. Le titre à! amusement qu'il donne à son livre • et les plaisanteries dont il l'égaie ,' font assez voir qu il ne le croyait pas appuyé sur des fondemens assez solides pour opérer une vraie persuasion. Ce n'est pas que ce systèttie

DE l'encyclopédie. 29g

ne réponde à bien des difEcultés^ et qu'il né fût assez difficile de le convaincre de faux : mais cela prouve seulement qu'on peut assez bien soutenir ime opinion chimérique , pour embarrasser des personnes d'esprit , mais non pas assez bien pour les persuader. « H n'y a , dit Fontenelle^ » dans une occasion à peu près semblable, que k vérité qui )) persuade, même sans avoir besoin de paraître avec toutes )) ses preuves ; elle entre si naturellement dans l'esprit , » que quand on l'apprend pour la première fois, il semble » qu'on ne fasse que s'en souvenir »• Pour moi , s'il m'est permis de dire mon sentiment , je trouve ce petit ouvrage charmant et très-agréablement tourné. Je n'y vois que deux défauts; celui d'être l'ouvrage d'un religieux ; et l'autre, le bizarre assortiment des plaisanteries qui y sont semées, avec des objets qui touchent à la religion , et qu'on ne peut

jamais trop respecter.

( L'abbé YvoN. )

âc

AMENITE.

Aménité. C'est, dans le caractère, dans les mcQurs^ ou dans Je langage , une douceur accompagnée de politesse et de grâce. L'aménité prévient , elle attire, elle engage; elle fait souhaiter de vivre avec celui qui en est doué.

Un peuple sauvage peut avoir de la douceur 5 mais l'aménité n'appartient qu'à un peuple civilisé.

La société des hommes entre eux , et sans les femmes » aurait trop de rudesse : ce sont elles qui , par l'émulation

d'agrëmens qu'elles leur inspirent , donnent de Yaméniié^ Aménité se dit aussi , et dans le même sens , du style d'un écrivain; et cette qualité convient particidièrement au familier noble et aux ouvrages de sentiment. Le style d'Ovide , celui d'Anacréon , celui de Fontenelle est plein d'aménité. On peut aussi le dire du style héroïque ; et c'est une des qualités de la prose de Téléjnaque. . Un modèle, d'aménité chez les anciens , ce sont les dialogues de Cicéron sur Torateur. Il n'y eut jamais d'entretien littéraire plus animé; ^i^'y ^"^ ^^^ jamais de plus doux; c'est à la fois un monument d'éloquence et d'urbanité. Qui peut , en lisant ces dialogues , ne pas sentir un désir trèsvif d'être sous ce platane, sous ce portique de Tusculum , où les plus éloquens des Romains s'expliquent sur leur art, chacun avec une modestie aimable en parlant d'eux-mêmes, et avec une estime sentie et motivée , quelquefois avec un enthousiasme sincère , quand ils parlent de leurs rivaux ? Partout de la chaleur , partout de la lumière. C'est enfin , ce qui est si rare , de la contrariété sans aigreur et sans amertume , de la politesse sans fard , de la louange sans fadeur. Que n'avons-nous sur l'art du théâtre un pareil entretien entre Corneille , Molière et Racine , composé par Voltaire ! Cet ouvrage apprendrait aux jeunes gens à travailler et à disputer.

( Marmontel, )

DB l'encyclopédie. 5oi

Page 1