‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 4)Chapitre 7 sur 62 · XXXV) DISCOURS · texte numérisé non relu

XXXV) DISCOURS

la nature. Ses autres écrits sont formes sur le même plan ; tout, jusqu^à leurs titres, y annonce Thomme de génie , l'esprit qui voit en grand. Il yrecueille des faits, il y compare des expériences y il en indique un grand nombre à faire ; il invite les savans â étudier et à perfectionner le» arts, qu'il regarde comme la partie la plus relevée et la plus essentielle de la science humaine : il expose avec une simplicité noble ses conjectures et ses pensées sur les différens objets dignes d'intéresser les hommes; et il eût pu dire, comme ce vieillard de Térence , que rien de ce qui touche l'humanité ne lui était étranger. Science de la nature , morale , politique, économique, tout semble avoir été du ressort de cet esprit lumineux et profond ; et l'on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, ou des richesses qu'il répand sur tous les sujets qu'il traite, ou de la dignité avec laquelle il en parle. Ses écrits ne peuvent être mieux comparés qu'à ceux d'Hippocrate sur la médecine; et ils ne seraient ni moins admirés , ni moins lus , si la culture de l'esprit était aussi chère au genre humain que la conservation de la santé. Mais il n'y a que les chefs de secte en tout genre , dont les ouvrages puissent avoir un certain éclat; Bacon n'a pas été du nombre , et la forme de sa philosophie s'y opposait. Elle était trop sage pour étonner personne ; la scolastique qui dominait de son tems^ ne pouvait être renversée que par des opinions hardies

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et nouvelles ; et il n^y a pas d^apparcncc qu^un philosophe, qui se contente de dire aux hommes, voilà le peu que vous ctçez appris ^ voici ce qui vous reste à chercher^ soit destiné à faire beaucoup de bruit parmi ses contemporains. Nous oserions même faire quelque reproche au chancelier Bacon d'avoir été peut-être trop timide , si nous ne savions avec quelle retenue , et pour ainsi dire , avec quelle superstition , on doit juger un génie si sublime. Quoiqu'il avoue que les scolastiques ont énervé les sciences par leurs questions minutieuses, et que Tesprit doit sacrifier Fétude des êtres généraux à celle des objets particuliers, il semble pourtant, par l'emploi fréquent qu'il fait des termes de l'école, quelquefois même par celui des principes scolastiques, et par des divisions et subdivisions dont l'usage était alors fort à la mode, avoir marqué un peu trop de ménagement ou de déférence pour le goût dominant de son siècle. Ce grand homme , après avoir brisé tant de fers, était encore retenu par quelques chaînes qu'il ne pouvait ou n'osait rompre.

Au chancelier Bacon succéda l'illustre Descar- TES. Cet homme rare, dont la fortune a tant varié en moins d'un siècle, avait tout ce qu'il fallait pour changer la face de la philosophie ; une imagination forte, un esprit très-conséquent, des connaissances puisées dans lui - même plus que dans les livres) beaucoup de courage pour combattre les

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préjuges les plus gcuéralcTnent reçus, et aucune es^ f>èce 3e dépendance qui le forçàf à les ménager. Aussi éprouva- t-il, de son vivant même, ce qui arrive pour l'ordinaire à tout homme qui prend tin ascendant trop marqué sur les autres. Il fît quelques enthousiastes, et eut beaucoup d'ennemis. Soit qu'il connût sa nation ou qu'il s'en défiât seulement, il s'était réfugié dans un pays entièrement libre pour y méditer plus à son aise. Quoiqu'il pensât beaucoup moins à faire des disciples qu'à les mériter, la persécution alla le chercher dans sa retraite; et la vie cachée qu'il menait ne put Ty soustraire. Malgré toute la sagacité qu'il avait eriiployée pour prouver Texistence de l)ieu , il fut accusé de la nier, par des ministres, qui peut-être ne la croyaient pas. Tourmenté et calomnié par des étrangers, et assez mal accueilli de ses compatriotes, il alla mourir en Suède, bien éloigné sans doute de s'attendre au succès brillant que Ses opinion^ auraient un jour.

On peut considérer Descartes comme géomètre ou comme philosophe. Les mathématiques, dont il semble avoir fait assez peu de cas, font néanmoins aujourd'hui la partie la plus solide et la moins contestée de sa gloire. L'algèbre , créée en quelque manière par les Italiens, et prodigieusement augmentée par notre illustre VtETE , a reçu entre les mains de Descartes de nouveaux accroissemens. Un des plus considérables est sa rneyhode

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des indéterminées , artifice très-ingcnieux et trcssubtil, qa^on a su appliquer depuis à un grand nombre de recherches. Mais ce qui a surtout immortalisé le nom de ce grand homme, c'est Tapplication qu'il a su faire de l'algèbre à la géométrie ; idée des plus vastes et des plus heureuses que l'esprit humain ait jamais eues, et qui sera toujours la clef des plus profondes recherches , non-seulement dans la géométrie sublime , mais dans toutes les sciences physico-mathématiques.

Comme philosophe, il a peut-être été aussi grand, mais il n'a pas été si heureux. La géométrie qui, par la nature de son objet , doit toujours gagner sans perdre, ne pouvait manquer, étant maniée par un aussi grand génie, de faire à^s progrès très-sensibles, et apparenspour tout le monde. La philosophie se trouvait dans un état bien différent; tout y était à commencer : et que ne coûtent point les premiers pas en tout genre ! Le mérite de les faire, dispense de celui d'en faire de grands. Si Descartes, qui nous a ouvert la route, n'y a pas été aussi loin que ses sectateurs le croient, il s'en faut beaucoup que les sciences lui doivent aussi peu que le prétendent ses adversaires. Sa mélfiode seule aurait suffi pour le rendre immortel ; sa diopirique est la plus grande et la plus belle application qu'on eût faite encore de la géométrie à la physique ; on voit enfin dans ses ouvrages, même les moins lus maintenant, briller

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