‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 4)Chapitre 9 sur 62 · PRÉLIMINAIRE. XCJ · texte numérisé non relu

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vclle que sa physique , a eu le même sort à peu près ; et c'est aussi à peu près par les mêmes rai-, sons qu'on peut la justifier ; car , telle est aujourd'hui la fortune de ce grand homme, qu'après avoir eu des sectateurs sans nombre, il est presque réduit à des apologistes. Il se trompa sans doute en admettant les idées innées : mais s'il eût retenu , de la secte péripatéticienne , la seule vérité qu'elle enseignait sur l'origine des idées par les sens , peut-être les erreurs qui déshonoraient cette vérité par leur alliage, auraient jeté plus difficiles à déraciner. Descartes a osé du moins montrer aux bons esprits à secouer le joug de la scolastique, de Topinion, de l'autorité, en un mot des préjugés et de la barbarie , et par cette révolte, dont nous recueillons aujourd'hui les fruits, la philosophie a reçu de lui un service plus difficile peutêtre à rendre que tous ceux qu'elle doit à ses illustres successeurs. On peut le regarder comme un chef de conjurés, qui a eu le courage de s'élever le premier contre une puissance despotique et arbitraire , et qui , en préparant une révolution éclatante „ a jeté les fondemens d'un gouvernement plus juste et plus heureux, qu'il n'a pu voir, établi. S'il a fini par croire tout expliquer, il a du moins commencé p3r douter de tout ; et les armes dont nous nous servons pour le combattre ne lui en appartiennent pas moins, parce que nous les tournons contre lui. D'ailleurs, quand les opinions

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absurdes sont invétérées, on est quelquefois force , pour désabuser le genre humain, ùe les remplacer par d'autres erreurs, lorsqu'on ne peut: mkux faire. L^incertitude et la vanité de Tesprit sont telles, qu'il a toujours besoin d'une opinion à laquelle il se fixe : c'est un enfant à qui il faut présenter un jouet pour lui enlever une arme dangereuse; il quittera de lui-même ce jouet quand le tems de la raison sera venu. Exi donnant ainsi le change aux philosophes ou â ceux qui croient l'être, on leur apprend du moins à se défier de leurs lumières; et cette disposition est le premier pas vers la vérité. Aussi Descartes a-t-il été persécuté de son vivant^ comme s'il fût venu l'apporter aux hommes.

Newton , à qui la route avait été préparée par UiJTGHENS, parut enfin 5 et donna à la philosophie une forme qu*elle semble devoir con&erver. Ce grand génie vit qu'il était tems de bannir de la physique les conjectures et les hypothèses vagues , ou du moins de ne les donner que pour ce qu^ellcs valaient, et que cette science devait être uniquement soumise aux expériences de la géométrie. C'est peut-être dans cette vue qu'il commença par inventer le calcul de l'infini et la méthode des suites , dont les usages si étendus dans la géométrie même, le sont encore davantage pour déterminer les effets compliqués que l'on observe dans la nature , où tout semble s'exécuter par des es-

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pèccs de progressions infinies. Les expériences de la pesanteur, et les observations de Kepler^ firent découvrir au philosophe anglais la force qui retient les planètes dans leurs orbites. Il enseigna tout ensemble , et à distinguer les causes de leurs mouvemens» et à les calculer avec une exactitude qu^on n^aurait pu exiger que du travail de plusieurs siècles. Créateur d'une optique toute nouvelle, il fit connaître la lumière aux hommes en la décomposant. Ce que nous pourrions ajouter à réloge de ce grand philosophe, serait fort audessous du témoignage universel qu^on rend aujourd'hui à ses découvertes presque innombrables, et à son génie tout à la fois étendu, juste et profond. £n enrichissant la philosophie par une grande quantité de biens réels, il a mérité sans doute sa reconnaissance; mais il a peut-être plus fait pour elle en lui apprenant à être sage, et à contenir, dans de justes bornes, cette espèce d'audace que les circonstances avaient'furcé Descartes à lui donner. Sa Tfiéorie du monde (car je ne veux pas dire son Système) est aujourd'hui si généralemcnt^reçue, qu'on commence à disputer à Fauteur l'honneur de l'invention, parce qu'on accuse d'abord les grands hommes de se tromper, et qu'on finit par les traiter de plagiaires. Je laisse à ceux qui trouvent tout dans les ouvrages des anciens, le plaisir de découvrir dans ces ouvrages la gravitation des planètes? quand elle n'y serait pas ; mai#

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en supposant même que les Grecs en aient etj ridée, ce qui n'était chez eux qu'un système hasardé et romanesque, est devenu une démonstration dans les mains de Newton ; cette démonstration, qui n'appartient qu'à lui, fait le mérite réel de sa découverte, et l'attraction, sans un tel appui, serait une hypothèse comme tant d'autres. Si quelque écrivain célèbre s'avisait de prédire aujourd'hui, sans aucune preuve, qu'on parviendra un jour à faire de l'or, nos descendans auraient-ils droit, sous ce prétexte, de vouloir ôter la gloire du grand œuvre à un chimiste qui en viendrait à bout? Et l'invention des lunettes en appartiendrait-elle moins à ses auteurs , quand même quelques anciens n'auraient pas cru impossible que nous étendissions un jour la sphère de notre vue?

D'autres savans croient faire à Newton un reproche beaucoup plus fondé, en l'accusant d'avoir ramené dans la physique les cpialitefs occultes des scolastiques et des anciens philosophes. Mais les savans dont nous parlons sont -ils bien sûrs que ces deux mots , vides de sens chez les scolastiques , et destinés à marquer un Etre dont ils croyaient avoir l'idée , fussent autre chose chez les anciens philosophes, que l'expression modeste de leur ignorance? Newton qui avait étudié la nature , ne se flattait pas d'en savoir plus qu'eux sur , la cause première qui produit les phénomènes ;

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maïs il n'employa pas le même langage , pour ne pas révolter des contemporains qui n^ auraient pas manqué d^ attacher une autre idée que lui. Il se contenta de prouver que les tourbillons de Descartes ne pouvaient rendre raison du mouvement des planètes; que les phénomènes et les lois de la mécanique s'unissaient pour les renverser; qu^il y

a une force par laquelle les planètes tendent les unes vers les autres , et dont le principe nous est entièrement inconnu. Il ne rejeta point l'impulsion; il se borna à demander qu'on s'en servît plus heureusement qu'on n'avait fait jusqu'alors , pour expliquer les mouvemens des planètes : ses désirs n'ont point encore été remplis, et ne le seront peut-être de long-tems. Après tout, quel mal aurait - il fait à la philosophie , en nous donnant lieu de penser que la matière peut avoir des propriétés que nous ne lui soupçonnions pas , et en nous désabusant de la confiance ridicule où nous sommes de les connaître toutes?

A l'égard de la métaphysique, il paraît que Newton ne J' avait pas entièrement négligée. Il était trop grand philosophe pour ne pas sentir qu'elle est la base de nos connaissances, et quMl faut chercher dans elle seule des notions nettes et exactes de tout : il paraît même, par les ouvrages de ce profond géomètre , qu'il était parvenu à se faire de telles notions sur les principaux objets qui l'avaient occupé. Cependant, soit qu'il fût peu

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