‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 5)Chapitre 16 sur 56 · DIALECTIQUE · texte numérisé non relu

DIALECTIQUE

Dialectique. (Philosophie.) C'est l'art de raisonner et de disputer avec justesse.

Ce mot vient du grec St(xktyoii(Xt y Je discours ^ qui est formé de Std y et },{y(o 9 dico , je dis.

Zenon d'Elée a été le premier qui a découvert la suite naturelle des principes et des conclusions que l'on observe en raisonnant ; il en fit un art en forme de dialogue , qui fut, pouj: cette raison, appelé dialectique.

La dialectique des anciens est ordinairement divisée en

DE LEirCTCLOPÂDIS. lo5

plusieurs espèces : la première fut celle de Zéuon d^EHée , appelée éléatique, eleatica; elle se divisait en trois, savoir : la dialectique des conséquences , celle des conversations et celle des disputes y conaecutionum , collocutio^ nurrij et contentionum. La première consistait dans les règles qui apprennent à tirer des conclusions ; la seconde dans Fart du dialogue , qui devint d'un usage si universel en philosophie , que tout raisonnement s'appelait une i/zterrogation. Les philosophes alors y laissant le syllogisme, ne firent plus usage que dq dialogue ; c' était au répondant à conclure et à discourir j en conséquence des différentes concessions qu'on lui avait faites. La dernière partie de la dialectique de Zenon, EpCatTciOj était contentieuse, ou l'ar^ de disputer et de contredire; quoiqu'il y ait des auteurs, et en particulier, Laërce, qui attribuent cette partie à Protagoras , un des disciples de Zenon.

La seconde est la dialectique mégarienne, dialectica megaricay dont Euclide est auteur; non pas Euclide le mathématicien, mais un autre Euclide de Mégare. Il s'attacha beaucoup à la méthode de Zenon et de Protagoras , quoiqu'il y ait deux choses qui le caractérisent; en premier lieu , il attaqua les démonstrations des autres , non par des assertions , mais par des conclusions : il n'allait que par inductions , de conséquence en conséquence.

En secoùd lieu, Euclide ne faisait jamais usage des argumens qui tirent leur force de quelque comparaison ou ressemblance ; il les croyait de nulle valeur.

Après lui vint Eubulide ,' auquel on attribue l'invention dangereuse de l'art du sophisme. De son tems, on divisait cet art en plusieurs espèces, comme mentiens y juliens ^ (kctray obpelatay acerualisy cornuta et cahatci.

La troisième est la dialectique de Platon , qu'il propose comme une espèce dWalyse pour diriger l'esprit humain, en divisant, en définissant et en remontant à la première vérité ou au premier principe. Platon faisait usage de cette analyse pour expliquer les choses sensibles , mais toujours dans la vue de revenir à la première vérité, à laquelle seule il pouvait s'arrêter. Telle est l'idée de l'analyse de Platon.

La quatrième est la dialectique d'Aristote, qui contient la doctrine des simples mots, exposée dans ses livres de^ prédicamens ; la doctrine des propositions, dans ses livres de interpretatione ; et celle des différentes espèces de syllogisme, dans ses livres des analytiques , topiques et élenchtiques.

La cinquième est la dialectique des stoïciens, quils appellent une partie de philosophie , et qu'ils divisent eu rhétorique et dialectique, auxquelles on ajoute quelquefois la définitive , par laquelle on définit les choses avec justesse; on y comprend aussi les règles ou le critérium de la vérité.

Les stoïciens ^ avant que d'arriver au traité des syllogismes , s'arrêtaient à deux objets principaux , sur la signification des mots , et sur les choses signifiées. A l'occasion du premier a^rticle , ils considéraient la multitude des choses qui sont du ressort des grammairiens , ce que l'on doit entendre par lettres , combien il y en a ; ce que c'est qu'un mot , une diction , une parole ou un discours, etc.

Quant au second article , ils considéraient les choses elles-mépies, non pas en tant qu'elles sont hors de l'esprit. poAÎs en tant qu'elles y sont reçues par le canal des sens ' ainsi lei^* premier principe est qu'il n'y a rien dans Tcu^

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tend^ent qui n'ait passé par les sens , nihil est in intellectu quod priua non fuerit in sensu ; et que cela vient , aut incursione sui, comme un objet que l'on voit; aut limilitudine, comme par un portrait; aut proportioae y soit par laugmentation comhie uu géant , soit par la dimiaution comme un pygmée; aut tranalatlone , comme un cyclope ; aut compoaitione , comme un centaure ; aut contrario, comme la mort} aut privatione, comme un aveugle.

La sixième est la dialectique d'Épicure; car quoiqu'il semble que ce philosophe ait méprisé la dialectique , il l'a cultivée avec beaucoup d'ardeur : il rejetait seulement celle des stoïciens , qui attribuaient , selon lui , à leur dialectique beaucoup plus qu'ib ne devaient, parce qu'ils disaient que le seul sage e'tait celui qui était bien versé dans la dialectique. Pour cette raison, Épicurc paraissant ne faire aucun cas de la dialectique cotniiiune, eut recours à un autre moyen, c'est-à-dire à certaines règles ou principes qu'il substitua en sa place , et dont la collection fut appelée canomca. Et comme toutes les questions en philosophie roulent sur les choses ou sur les mots, de re ou de WKe, il fit des règles particulières pour chacun de ces objets.

Chamberb.

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