ECONOMIE POLITIQUE
Economie politique. {HUt. PoL Rel. anc, etmod. ) C'est l'art et la science de maintenir les hommes en so«* ciété, et de les y rendre heureux; objet sublime, le plus utile et le plus intéressant qu'il y ait pour le genre hu«r main. . .
Nous ne parlerons point ici de ce que font ou de ce que devraient faire les puissances de la^terre : instruites par les siècles passés , elles seront jugées par ceux qui nous sui<> vront. Renfermons-nous donc dans l'exposition historique des divers gouvememens qui ont successivement paru , et des divers moyens qui ont été employés pour conduire les nations.
L'on réduit communément à trois genres tous les gouvememens établis : i^ le despotique y où lautorité réside dans la volonté d'un seul; le.républicain^ qui se gouverne par le peuple | ou par les premières classes du peuple;
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et 5* le mondl^hique y où là ^pttMiaMe fl^ ^SCMmBrain unique est tempërëe par des lôis^^t-pMr tàes tov^xno^ê que ia sagesse^des monarques et (pi^le ré^tit ttes peuples otit rendu sacrées et inviolables , ^pftrce qu^ikis auii um et %tàc ^autres , elles affermissent ^h 'tiéue ^ dtfoMkiit k ^ueé, et prot^ëht les sujets.
Â^s trdî&gdtMfFteifeieiis, âouss^i^ ^voïis )oiaâf€ im quatrième , c'est le théocratique , que les 'éttb<nÂïai poKtiques 'di^toiâ>Ii<é^â^^c5dhsidërer. Sans doute qu'ils ont iXi yptiKarriMMuSa de doimer un rang sur la terre à un ^onrernement où des officiers et des ministres commandent au nom d'une puissance et îd'iùi être invIsiMe 4/^eul-étre cette administration leur a-t-elle paru trop, particulière et trop surnaturelle pour la meftrenm nombre des gouvememcns politiques* Si ces écrivains eussent cependant fixe des re* Igards'pltis'î^flëchts sur les pretnierstaMeatix que présente ftnfi^té , et* s'âs eussent cohibicfé et rapprééhé %oiis les f}agmensMq[m nous restent de nson histoire , ils auraient fécoimu^é'cètte' théocratie ,- quoique surnaturelle , a été non -seulement un des premiers gouvernemens que les honmiés se'sont dtotoé, hiais que-eeufx^qife nous Tenons Ile nomteer eu' tout sttéceséîvémeiit soi^tis,'^ entmt été le5 àtdtes'nécessàiiies 5 et qu^'commenccr ^ ce terme, ils sont toms'îléspar'Uiïe cbaîne-d'évéHemetis Continus , qui emkrasseût presque'totrtes les ' grandes tévdlutioBs ^i -sont irtiYées 'dans ?e"inOn:3e pôKtrqne' et dans^le itKhi9e moral
La théocratie que nous avons ici particulièreittettt en vUen*est'poîrit, toetme on pourrait d'âlord'le^user , la ihéocratve moadùpie y 'uabvune autre -plus ancienne et ^lus étendue, qui a été 'la source 4e quelques liens et de ]^W gramOs maiix /et Hotkt'la théocr^ie des Hébreux n a
DB l'encyclopédie. 98^
été dans son tems qu'un renouvcUeoient et qu'ui^ç q^gf réforme , qui les a séparés du genre humain , que ]es abu^ de la première avaient rendu idolâtre, H est vrai que cett« théocratie primitive est presque ignoré^ , et que le ch^Ut venir s'en était même obscurci dans la mémqire dei v^-r ciens peuples ; mais l'analyse que pous allops (^îre 4? l'histoire de l'homme en société, pourra la f^ire ^utr^voiiset mettre même sur là vpie de la découvrir tout-è-fait ceux qui voudront par la suite étiidiçr et considérer atteutîver ^ ment toMs les objets divers de l'immense carrière que nous ne pouvooiç ici que légèrement parcourir*
Si nous voulions chercher l'origine des soeiétés et des gouvernemens en métaphysiciens, nous irions ti*ouver l'homme des terres australes. S'il nous convenait de parler en théologiens sur notre état primitif^ nous ferions paraître l'homme dégénéré dé sa première innocence; mais, pour npus conduire en simples historiens, nous considérerons l'homme échappé de^ malheurs du monde , après les dernières révolutions de la nature. Voilà la seule et l'unique époque où nous puissions remonter $ et c'estlà le seul homme que nous devions consulter sur l'origine et les principes des sociétés qui se sont formées depuis c^ évéaenu^ns destructeurs. Malgré l'obscurité où il. parait que l'on doive nécessairement tomber en franchissant les bornes des tems historiques , pour aller chercher aurdelà et dans 1^ espaces ténébreux, des faits naturels et des ins« titutiofis humaines, nous n'avons point cependant man«qué de guides et de flambeaux. Nous nous sommes tran»portéa au milieu des anciens témoins des calamités de l'univers* Nous avons examiné commeuf ils en étaient touchés > et quellas étaient les impressions que ces €ala«<»
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mités faisaient sur leur esprit, sur leur cœur et sur letif caractère. Nous avons cherche à surprendre le genre humain dans l'excès de sa misère; et pour l'c^tudier', tioui nous sommes étudiés nous-mêmes, singulièrement pré-» venus q^ue , malgré la différence des siècles et des hom**mes , il y a des sentimeus communs et des idées tinifor^ mes , qui se réveillent universellement par les cris de la nature^ et même par les seules terreurs paniques^ dont certains siècles connus se sont quelquefois effrayés* Après l'examen de cette conscience conmiune , nous avons réfléchi sur les suites les plus naturelles de ces impressions , et sur leur action à l'égard de la conduite des hommes; et nous servant de nos conséquences comme de principes » nous les avons rapprochées des usages de l'antiquité , nous les avons comparées avec la police et les lois des premières notions , avec leur culte et leur gouvernement ; nous avons suivi d'âge en âge les diverses opinions et les coutumes des hommes , tant que nous avons cru y cbnnattre les suintes , ou au moins les vestiges des impressions primitives > et partout en effet il nous a semblé apercevoir dans les annales du monde une chaîne continue , quoique ignorée , une unité singulière cachée sous mille formes ; et dans nos principes, la solution d*une multitude d'énigmes et de "problèmes obscurs qui concernent l'homme de tous les tems , et ses divers gouvernemens dans tous les siècles*
Nous épargnerons au lecteur l'appareil de nos recher-ches ; il n'aura que l'analyse de notice travail ; et si nous ne nous sommes pas fait une illusion, il apprendra quelle a • été l'origine et la nature de la théocratie primitive. Aux biens et aux maux qu'elle a produits^. il reconnaîtra Fâge d'or et le règne des dieux ; il en verra naître successive-
DE l'encyclopédie. SSg
ment la vîc sauvage , la superstition et la servitude , Fidolâ trie et le despotisme; il en remarquera la réformation chez les Hébreux : les républiques et les monarchies pa* raîtront ensuite dans le dessein de remédier aux abus des premières législations. Le lecteur pèsera l'un et l'autre d« ces deux gouvernemens ; et s'il a bien suivi la chaîne des /événemens j il jugera, ainsi qne nous , que le dernier seul a été YeSet de l'extinction totale des anciens préjugés , le fruit de la raison et du bon sens j et qu'il est l'unique gou*' vemement qui soit véritablement fait pour l'homme et pour la terre,
II faudrait bien peu connaître le genre humain pour douter que dans ces tems déplorables où nous nous suppo*sons avec lui , et dans les premiers âges qui les ont suivis, il n'ait été très-religieux, et que ses malheurs ne lui aient alors tenu lieu de sévères missionnaires et de puissans législateurs , qui auront tourné toutes ses vues du c6té du ciel et du côté de la morale. Cette multitude d'institutions austères et rigides , dont on trouve de si beaux vestiges dans l'histoire de tous les peuples fameux par leur anti^ quité 9 n'a été sans doute qu'une suite générale de ces pre^ mières dispositions de l'esprit humain.
Il en doit être de même de leur police. C'est sans doute à la suite de tous les événemens malheureux qui ont au^ trefois ruiné l'espèce humaine , son séjour et sa subsis-^ tance , qu'ont dû être faits tous ces réglemens admirables, que nous ne retrouvons que chez les peuples les plus an* ciens , sur l'agriculture, sur le travail , sur Tindustrie , sur la population , sur l'éducation , et sur tout ce qui concerne Ve'conomîe publique et domestique.
Ce fut nécçssairement sous cette époque que l'unité d«
5§à £si*ntT
toriméîpei. d^objèt et d^acticn s'étaftt rétablie parmi \eê moti^i réduits & petits nombres et pressés des mêmes besoittS) ce fat alors que les lois domestiques de?inrelit la iMise dés lois , M p^ur mieux dire 9 leà senleè lois des sociétés , ain^i que toutes leé plus Antiques législations nous le prouvent.
Comme la guerre forme des généraux et des soldats, de même les maux extrêmes du genre bumain et la grandeur de ses nécessités ^ ont donné lieu en leur tems liux lois les plus simples et les plus sages , et aux législations primitives ^ qui , dans les choses de police 9 ont eu Bouverainemeùt pour objet le véritable et le seul bien de l'humanité. L'hoâfime alors ne s'est point laissé conduire par h. coutume; il n'a pas été chercher des lois chez ses voisins s jBKaU il les a trouvées dans sa raison et dans ses -besoiiiSb
Que le spectacte de ceS? premières sociétés devait être louchant! kixssi pures dans leur morale, que régulières demsleUr discipline , animées d'une fervente charité les unes ^ebVérâ les ëUtneis, rhutuellement sensibles et étroitement «Uies^ évitait alors qne l'égalité brillait, et que l'équilé rcgnait sur la terre. Plui de lien , plus de mien : tout ap- 'pârtenait i la sodiélé > qui n'avait qu'un cœuT et qu'un 'c^ritv JE rat terra labii unitta , et semwnum eorumdem,
Ge n'est donc point une fable dépourvue de toute réalité , que la fiible de l'âge d'or , tant célébrée par nos pères. Il a dû fexîster vers les premières époques un monde renouvelé', un tems, un ancien tems, où la justice, l'égalité, l'union et la paix , ont régné parmi les humains. S*il y & ^uelqte those à r^rancher des récits de la mythologie, ce
DR LENCYCLOPéDiE. 3ùl
n'est vralseoiblahlexaeDt que le riant t^l^l^çm <{u!eljb^ nf^tt^ . a fait de Theureux état de la qature ; çllç d^evi^t être iJeis bien oioios belle que le cœui: de Uboij^i^ç». Ir^ai Xçjf^ ^QÎ-. frait qu.'un désert rempli d'boxireuf c^t 4fi 9;iiA|9;ç.^^Je;( gendre ht^in^ui ue fut juste que. $ur les débrk d^ ipoiii|i^ Cette situatioa de \^ oajturç , à q^j. il fi^Uut fiiu^îfiurA^ siècle& poui? §e réparer , çt pquf cl^a^g^ IWe^^ ^ec^4f. de sa, rujue» en celui qw^ uou* Uw yp;ai|i^ aujf^if^d^ll^i^i^ fut ce qui retint lQng-teBi& le geoi;e |;)Lii|u^p, c^i^ cel 4^i presiq^ue si^ru^turel. La inoi:4e et le. g^Jtjqfç d^ vi^de ï^f dW n'ont |Mi régnef eQiSuite a^ milieu de^ $Q(4été$i 9p^^. dies, pa^rce qu'ils w cçijLvieunçnt pa^plus au lu;:f^,djç, |1^ nature qu'au luxe de Vbuma^it^ , qiu n'en 9. 4¥ ^ ||^ §iiite et l'effet* A mesuir^ que le sé|9ur de V}^piifï^e,sf^ embelli , à mesure que les ^ocàét^a §e $Qut luùl^tipli^e^, ejl^ qu'elle» ont fbrjpné de3 villçs et ifi& ^t^ts , le r.^e tp^QX^ & d^ iiéce«s»irein^9t faife pls^cç ^u vè^w polit^qifi^^. ft ^ tie^ et le mien ont dû para^U^ d^n^ le mpnânj jfpo, ^^ bord d'hoiume 4 â'bc9nme , ipais de famille k famiUe j) 1;^ de société à société^ parce qu'ib y sont devenu^ ii;idij;p^sabler» et qu'ils fo^t partie d^ cette iff^me hantiQ^e qi^ a du rentrer p^rnii les natioii; renpuY^é^s , CQtnm; ^hf est inggy>s i hle,ptfnt rentré^e dauis U nature £(prè$ le d^*^iei[ cbaos^ Cet âge d'or a doïjic été,u,ù'^at dç ç^intçté, ^]| état wniatYi»?l digue de ^ptoe ^i^vie , ^ qui 1^ jn^t^^ mérita tous les vefy^ 4^ l'aqMquité; Q^ud?^ ^>^f^!; Ifs. WgwMîpiis postérieures ^ qr^l ypulu ^dçpter \fs,i^^ç^ et 1^ {ifiuciipes «au» 4w wnieu^nt , le hi^ s'ç^t ifécpçwif wm^fo^t d»weé w Wf4 ^et IV Wijiawb. Pei^T^^rem^ n'y aWMtril jawfis eu d'Igç 4o f?^ I si Vw ft'eût ipojiij; u^ de Qf t $^ d V I lortf^'il pl'w ^«4t phi^ tew J c'^sl ce
Sg^ ESPRIT
dont on pourra bien juger par la suite de cet article.
Tels ont été les p'remiers , et nous pouvons dire les heureux effets des malheurs du monde. Ils ont forcé l'homme à se réunir 5 dénué de tout , rendu pauvre et misérable par les désastres arrivés, et vivant dans la crainte et l'attente de ceux dont il se crut long-tems encore menacé , la religion et la nécessité en rassemblèrent les tristes restes, et les portèrent à éti'e inviolablement unis , afin de seconder les effets de Faotivité et de l'industrie : il fallut alors met*tre en usage tous ces grands ressorts, dont le cœur humain n'est constamment capable que dans l'adversité : ils sont chez nous sans force et sans vigueur ; mais dans ces tristes siècles il n'en fut pas de même, toutes les vertus s'exaltèrent; et l'on vit le règne et le triomphe de l'humanité^ parce que ce sont-là ^e& instans.
INous n'entrerons point dans le détail de tous les moyens qui furent mis alors en usage pour réparer les maux du genre humain , et pour rétablir les sociétés : quoique l'histoire ne nous les ait point transmis , ils sont aisés à con-* naître ; et quand on copsulte la nature , elle nous les fait retrouver dans le fond de nos cœurs. Pourrait-on douter, par exemple , qu'une des premières suites des impressions que fît sur les hommes l'aspect de la ruine du monde^ n'ait été d'écarter du milieu des premières familles , et même du milieu des premières nations , cet esprit destructeur dont elles n'ont cessé par la suite d'être animées les unes contre les autres? La violence, le meurtre, la guerre, et leurs suites effroyables, ont dû être, pendant bien des siècles y inconnus ou abhorrés des mortels. Instruits, par la plus puissante de toutes les leçons , que la Providence a des moyens d'exterminer le genre humain en un clin
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d'iœil , sans doute qu'ils stipulèrent entre eux , et au nom de leurpostëritë, qu'ils ne répandraient jamais de sang sur la terre : ce fut là en effet le premier précepte de la l6i de la nature , où lés malheurs du monde ramenèrent né- 'cessairement les sociétés : requiram animam hominis de manufratria ejus quicumque effuderit humanum aari" guinerriy etc. ( Gen. ijp, à^6.) Les peuples quî, jusqu'aujourd'hui j ont évité comme un crime de répandre ou de boire le sang des animaux, nous offrent un Vestige de cette primitive humanité; mais ce n'en est qu'une ombre faible: et ces peuples, souvent barbares et cruels à l'égard de leurs semblables, nous montrent bien qu'ils n'ont cherché qu'à-éluder la première et la plus sacrée de toutes les. lois.
Ce n'est point cependant encore dans ces premiers momens qu'il faut chercher ces divers gouvernemens politiques qui ont ensuite paru sur la terre. L'état de ces premiers hommes fut un état tout religieux ; leurs familles pénétrées de la crainte des jugemens d'en haut , vécurent quelque tems sous la conduite des pères qui rassemblaient leurs enfans , et n'eurent point entre elles d'autre lien que leurs besoins , ni d'autre roi que le Dieu qu'elles invoquaient. Ce ne fut qu'après s'être multipliées qu'il fallut un lien plus fort et plus frappant pour des sociétés nombreuses que pour des familles , afin d'y maintenir Tunité dont ou connaissait tout le prix, et pom* entretenir cet esprit de religion, d'économie , d'industrie et de paix, qui seul pouvait réparer les maux infinis qu'avait soufferts Isi nature humaine : on fit donc alors des lois; elles furent, dans ces commencemens , aussi simples que l'esprit qu^ les inspira : pour en faire le projet , il ne fallut point re-
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courir à des philosophes sublimes , ni k des poiitiq«et profonds ; les besoins de l'homme les dictèrent; et qnsnd on en rassembla tontes les parties , on ne fit sans doute qu'écrire, ou graver siir la pierre, ou sur le bois, ce qui avait éié fait jusqu'à ce tems heureux où la raison des particuliers n'ayant point été différente de la raison publique, avait été la seule et l'unique loi; telle a été l'origine des premiers codes ; ils ne changèrent rien aux ressorts primitifs* de la conduite des sociétés. Cette précaution nouvelle n'avait eu pour objet que de les fortifier, en raison de la grandeur et de l'étendue du corps qu'ils avaient à faire mouvoir, et l'homme s'y soumit sans peine ; ses besoins lui ayant fait connaitre de bonne heure qu'il n'était point un ètrç qui pût vivre isolé sur la terre , il s'était dès le commencement réuni à ses semblables , en préférant les avantagés d'un engagement nécessaire et raisonnable a sa liberté naturelle ; et l'agrandissement de la société ayant ensuite exigé que le contrat tacite que chaque particulier avait £iit avec elle en s'y incorporant , eut une forme plus solennelle^ et qu'il devînt authentique, il y consentit donc encore ; il se soumit aux lois écrites^ et i une subordination civile et. politique ; il reconnut dans ses anciens des supérieurs, des magistrats, des prfttres: bien plus, il chercha un souverain, parce qu'il connaissait dès-lors , qu'une grande société sans chef ou sans roi n'est qu'un corps sans tête , et même qu'un monstre à<mt les mouvemens divers ne peuvent avoir entre eux rien de raisonné ni d'harmonique.
Pour s'apercevoir de cette grande vérité, l'homme n'eut besoin que de jeter un coup d'œil sur cette société qui s'était déjà formée : nous ne pouvons ^ en effet , à l'aspect
»fî L'fiNCYCLOPÉDlË. 5qS
d'une assemblée (^elle qu'elle sQÎt , nous empêcher d'y chercher celui qui en est le chef ou le premier ; c*est utt senliment involontaire et vraiment naturel , qtii est une suite de Faltrait secret qu'ont pour nous la simplicitté et l'unité j qui sont les caractères de Tordre et de la vérité t c'est une inspiration précieuse de notre raison, par laquelle tel penchant que nous ayons tous vers l'indépendance y nous savons nous soumettre pour notre bien-être *ct pour l'amour de l'ordre. Loin que le spectacle de celui qui préside sur une société soit capable de causer aucua déplaisir à ceux qui la composent , la raison privée ne peut le voir $ans un retour agréable et flatteur sur ellemême , parce que c'est cette société entière , et nous-mêmes qui en faisons partie, que nous considérons dans ce chef et dans cet organe de la raison publique dont il e&t le miroir 9 l'image et l'auguste représentatioué La première société , réglée et policée par les lois » n*a pu sans doute se conteit^pler elle-même sans s'admirer*
L'idée de se donner un roi a donc été une des premières idées de l'homme sociable et raisonnable. Le spectack de l'uni vi^s seconda même la voix de la raison. L^omme ^ alors encore inquiet , levait souvent les yeux au ciel pour étudier le mouvement des astres et leur accord , d où dépendait la tranquillité de la terre et de ses habitans ; et remarquant surtout cet astre unique et éclatant qui semblis commander k l'armée des cieux et en être obéi, il crutTOÎr là-haut l'image d'un bon gouvernement , et y rcconnattrfe le module et le plan que devait suivre la société sur la terre , pour le rendue heureux et immuable par un sembhtble concert. La religion enfin appuya tous ces motifs. L'houuâe ne voyait dans toute la nature , qu'un sokil , U
ne connaissait dans l'univers qu'un être suprême; il vît donc par-là qu'il manquait quelque chose à sa législation; que sa société n'était point parfaite; en un mot, qu'il lui fallait un roi qui fût le père et le centre de cette grande famille et le protecteur et l'organe des lois.
Ce fiu'ent-là les avis^ les conseils et les exemples que la raison 9 le spectacle de la nature et la religion donnèrent Ymanimement à l'homme f dès les premiers tem3 ; mais il les éluda plutôt qu'il ne les suivit* Au lieu de se choisir ua roi parmi ses semblables , avec lequel la société aurait fait le même contrat que chaque particulier avait ci- devant fait avec elle , l'homme proclama le roi de l'âge d'or, c'està-dire, l'Être suprême; il continua de le regarder comme sou monarque; et le couronnant dans les formes, U ne voulut point qu'il y eût sur la terre , comme dans le ciel , d'autre maître, ni d'autre souverain.
On ne s'est pas attendu sans doute à voir de si près la chute et l'oubli des sentîmens que nous nous sommes pla à mettre dans l'esprit humain , au moment où les sociétés songeaient à représenter leur unité par un monarque. Si nous les avons fait ainsi penser, c'eat que ces premiers «entimens , vrais et pleins de sensibilité , sont dignes de ces âges primitifs , et que la conduite surnaturelle de ces sociétés semble nous indiquer qu'elles ont été surprises et trompées dans ce fatal moment. Peut-être quelques-uns soupçonneront^ ils que l'amour de l'indépendance a été le mobile de cette démarche , et que l'homme , en refusant de se donner un roi visible , pour en reconnaître un qu'il ne pouvait voir , a eu un dessein tacite de n'en admettre aucun. Ce serait rendre bien peu de justice à l'homme en général, et en particulier à l'homme échappé des malhenrs
DB l'encyclopédie* Sgi;
du monde, qui a été porté, plus que tous les autres, à faire le sacrifice de sa liberté et de toutes ses passions^ S'il fit donc en se donnant un roi , une si singulière application des leçons qu'il recevait de sa raison et de la nature entière c'est qu'il n'avait point encore épuré sa religion comme sa police civile et domestique, et qu'il ne l'avait pas dégagée de la superstition, cette fille de la crainte et de k terreur, qui absorbe la raison , et qui', prenant la place et la figure de la religion , l'anéantit elle - même pour livref l'humanité à la fraude et à l'imposture : l'homme alors en fut cruellement la dupe 5 elle seule présida à l'élection du dieu monarque , et ce fut-là la première époque et la source de tous les maux du genre humain^
Gomme nous avons dit ci-devant que les premières familles n'eurent point d'autre roi que le dieu Qu'elles invoquaient , et comme c'est ce même usage qui s'étant consacré avec le tems, porta les nations multipliées à métamor' phoser ce culte religieux en Un gouvernement politique , il importe ici de faire connaître quels ont été les préjugea que les premières familles joignirent à leur culte , parce que ce sont ces mêmes préjugés qui pervertirent par la suite la religion et la polioe de leur postérité^
Parmi les impressions qu'avait faites sur l'homme l'ébranlement de la terre et les grands changemeus arrivés dani la nature , il avait été particulièrement affecté de la crainte de la fin du monde ; il s^était imaginé que les jours de la justice et de la vengeance étaient arrivés; il s'était attendu de voir dans peu le juge suprême venir demander compte à l'univers , et prononcer ses redoutables arrêts que les Tnëcbans ont toujours craints, et qui ont toiiîours fait l'espérance et la coji$olatlort des justes. Enfin ^ rhomme
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en voyant le inonde ébranlé et presque détruit, n'ayait point douté que le règne du ciel ne fût très -prochain et que la vie future, que la religion appelle par excellence le royaume de Dieu y ne fût prêt à paraître. Ce sont -là de ces dogmes qui saisissent Thumanité dans toutes les révolutions de la nature, et qui ramènent au même point l'homme de tous les tems. Us sont sans doute sacrés , religieux et infiniment respectables en eux-mêmes; mais Thistoire de certains siècles nous a appris à quels faux principes ils ont quelquefois conduit les hommes faibles, lorsque ces dogmes ne leur ont été présentés qu'à la suite des terreurs paniques et mensongères.
Quoique les malheurs du monde , dans les premiers tems , n'aient eu que trop de réalité , ils conduisirent néanmoins l%omme aux abus des fausses terreurs^ parce ''qu'il 7 a toujours autant de différence entre quelque changement dans le monde et sa fin absolue dont Dieu seul sait les momens, qu'il y en a entre un simple renouvellement, et une création toute miraculeuse : nous conviendrons cependant que dans ces anciennes époques, où l'homme se porta à abuser de ces dogmes universels , qu'il fut bien plus excusable que dans ces siècles postérieurs , où la super^tion n'eut d'autre source que de faux calculs et de faux orades que l'état même de la nature eontredisait. Ce fut cette nature ell^-méme , et tput l'univers aux abois , qui séduisirent les hommes primitifs. L'homme aurait-il pu s'empèt^her, à laspect de tou^ \ei forqû^ables phénomènes d'une dissolution totale , de pe pas ae frapper de ces dogmes religieux dont U ne voyait pas , il est yrai « la fin précise, mais dont il croyait évidemment reocnntfStre^ous les signes et toutes les approches ? Ses yeux
DE L^BKCYCJLOPÉDIIS. Z^^
et sa mis(m semblaient Peu aTcrtir à chaque instant , et justifier ses terreurs t ses maux et ses misères , qui étaient à leur ccymble ^ ne lui laissaient pas la force d*en douter t les eensolations de la religion étaient son seul espoir ; il b'j Kyta sans reserve; il attendit avec résignation le jour fatal; fl %y p r é p ara , 1^ désira même, tant était déplorable son état sur la terre !
L'arrÎTée du grand juge et du royaume du ciel araient donc été , dans ces tristes circonstances , les «euls points de ▼ue que l%omme avait considérés avec une sainte avidité ; il s'en était entretenu perpétuellement pendant les fermen* tationsde son séjour; et ces dogmes avaient fait .sur lui de si profondes impressions , que la nature 9 qui ne se ré«* tablit 'satos doute que peu à peu , Tétait tout à fait lorsque llïomme attendait encore. Pendant 'les premières généra** tions, ces dispositions de Fesprit humain ne servirent qu'à pei^fectionner d autant plus sa morale , et firent Phéroïsme et k entêté deFâge d^or. Chaque famille , pénétrée de ces dogmes, ne représentait qu'une communauté religieuse^ qui dirigeait toutes ses démarches «tu* le céleste avenir', et qui , ne comptant plus sur la durée du monde^ vivait, en attendant tes événemens, sousies seuls liens de la religion. Les siècles inattendus, qui succédèrent à ceux qu'on avait cru les derniers, auraient dû, à ce qu'il semible, détromper l^omme de ce qu'il y avait de faux dans ses principes- Mais Fespérance se rebute-t-elle? La bonne foi et la simplicHé avaient établi ces principes dans les .premiers âges.; le prii^ugé et la coutume les perpétuèrent dans les suivans , et ils animaient encore tes'sociétésragrandies et multipliées , Wsqa^eHes commencèrent à donner une forme réglée & leur adntimitration civile et politique. Préoccupées du
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ciel y elles oublièrent dans cet instant qu'elles étslient en^ core sur la terre ; et au lieu de donner à leur état un lien fixe et naturel , elles persistèrent dans un gouYemement qui , n'étant que provisoire et surnaturel^ ne pouvait convenir aux sociétés politiques, ainsi qu'il avait convenu aux sociétés mystiques et religieuses. Elles s'imaginèrent sans doute , par cette sublime spéculation , prévenir leur gloire et leur bonheur , jouir du ciel sur la terre , et anticiper sur le céleste avenir. Néanmoins y ce fut cette spéculation qui fut le germe de toutes leurs erreurs et de tous les maux où le genre humain fut ensuite plongé. Le dieu monarque ne fut pas plutôt élu j qu'on appliqua les principes du règne d'en-haut au règne d^ici-bas 5 et ces principes se trouvèrent faux j parce qu'ils étaient déplacés. Ce gouvernement n'était qu'une fiction qu'il fallut nécessairement soutenir par une multitude de suppositions et d'usages conventionnels ; et ces suppositions ayant ensuite été prises à la lettre y il en résulta une foule de préjugés religieux et politiques , une infinité d'usages bizarres et déraisonnables , et des fables sans nombre, qui précipitèrent à la fin dans le chaos le plus obscur, la religion , la police primitive et l'histoire du genre humain. C'est ainsi que les premières nations, après avoir puisé dans le bon sens et dans leurs vrais besoins leurs lois domestiques et économiques y les soumirent toutes à un gouvernement idéal , que Thistoire connaît peu, mais que la mythologie, qui a recueilli les ombres des premiers tems , nous a transmis sous le nom de règne des dieux y c'est-à-dire, dans notre langage , le règne de Dieu ^ et en un seul mot , théocratie.
Les historiens ayapt mépi^isé , et presque toujours avec raison, les fables de l'antiquité, la théocratie primitive est
un àes âges du monde les plus suspects ; et si nous n avioDS ici d'autres autorités <]ue celle de la mythologie, tout ce que nous pourrions dire sur cet antique gouveme* ment paraîtrait encore sans vraisemblance aux yeui^ du plus grand nombre; peut-être aurions -nous les suffrages de quelques-uns de ceux dont le génie, soutenu de cau<naissances , est seul capable de saisir l'ensemble de toutes les erreurs humaines , d'apercevoir la preuve dW fait ignoré dans le crédit d'une erreujr imiVerseUe^ et de t^ monter ensuite de cette erreur aux vérités ou aux événe-^ mens qui l'ont fait naître , par la cosrd>inaison réfléchie de tous les différeus aspects de cette même erreur ; mais les bornes de notre carrière ne nous permettant pcÂnt d'employer les matériaux que peut nous founiir la mythologie 9 nous n'entreprendrons point ici de réédifier les an* nales théocratiques. Nous ferons seulement remarquer que si l'universalité et si l'uniformité d'une erreur sont capà** blés de faire entrevoir aux esprits les plus inteUigens qud* qucs principe» de vérité , où tant d'autres ne voient oé« pendant que les effets du caprice dt de l'imagination des anciens poètes , on ne doit pas totarement rejeter les tra* ditions qui concernent le règne des dieux, puisqu'elles sont iiAÎverseUes , et qu'on les retrouve chez toutes les ni* tions , qui leur font succéder les demi - dieux , et enspite les rois , eja distinguant ces trois règnes comme trois gouveraern^Bs différeus. Egyptiens, Qmldéens, Perses, Indiens 9 Chinois » Japonais, Grecs ^ Romains , et }usqu'aux Amiérieaîas mêm^ 9 tous ces peuples ont également conservé le souvenir ténébreux d'un tems où les dieux sont descendais sur la terre pour rassembler 4es hommes , pour les gouverner, et pour les rendre heureux, en leur doa- ToME v. 36
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nant des lois, et en leur apprenant les arts utiles. Chez tous ces peuples j les circonstances particulières de la descente de ces dieux sont les misères et les calamités du monde. L'un est venu, disent les Indiens, pour soutenir la terre ébranlée , et celui-là pour la retirer de dessous les eaux ; un autre pour secourir le soleil , pour faire la guerre au dragon, et pour exterminer des monstres. Nous ne rappellerons pas les guerres et les yictoires des dieux grecs et égyptiens sur les Typhons , les Pythons , les Géans et les Titans. Toutes les grandes solennités du paganisme en célébraient la mémoire. Vers tel climat que l'on tourne les yeux , on y retrouve de même cette constante et singulière tradition d'un âge théocratique ; et l'on doit remarquer tpi'indépendamment de l'uniformité de ces préjugés , qui décèle un fait quel qu'il puisse être , ce règne surnaturel y est toujours désigné comme ayant été voisin des anciennes révolutions, puisqu'en tous lieux le règne des dieux y est orné et rempli des anecdotes littérales ou allégoriques de la ruine ou du rétablissement du monde. Voici , je crois , une des plus grandes autorités qu'on puisse trouver sur un sujet si obscur.
ic Si les hommes ont été heureux dans les premiers lems , dit Platon , /F"* ftV. des loia , s'ils ont été heureux et justes, c'est qu'ils n'étaient point alors gouvernés comme nous le sommes aujourd'hui, mais de la même manière que nous gouvernons nos troupeaux ^ car comme nous u^établissons pas un taureau sur des taureaux , ni une chèvre sur un troupeau de chèvres, mais que nous les mettons sous la conduite d'un homme qui en est le berger ; de même Dieu , qui aime les honunes , avait mis nos ancêtres sous la conduite des esprits et des anges, b
Ï)E L^BNCTCLOPÉDIE. 4t>5
Ou Je me Iroiîipe , ou voilà ce gouvernement stirhaturel qui a donné lieu aux traditions de l'âge d'or et du règne des dieux. Platon a été amené à cette tradition par ime route assez semblable à celle que )e suis. Il dit ailleurs^ qu'après le déluge , les bommes vécurent sous trois états successifs : le premier , sur les montagnes > errans et iso« lés les uns des autres; le deuxième^ en familles dans les vallées voisines , avec un peu moins de terreur que dans le premier état ; et le troisième y en sociétés réunies dans les plaines , et vivant sous dies lois. Au reste> si ce gouvernement est devenu si généralement obscur et fabuleux ; on ne peut en accuser que lui-même. Quoique forhié sous les auspices de la religion y ses principes surnaturels le conduisirent à tant d'excès et à tant d'abus , qu^l se défi-^ gura insensiblement , et fut enfin méconnu; Peut-être cependant l'histoire qui l'a rejeté , Pa-t-elle admis en par-» tie dans ses &stes , sous le nom de règne éacerdotaL Ce règne n'a été dans son tems qu'une des suites du premier^ et l'on ne peut nier que cette administration n'ait été J:etrouvée cbez diverses nations fort historiques.
Pour suppléer à ce grand vidé îles annales du monde par une autre voie que la mythologie , nous avons téfléchi sur l'étiquette et sur les usages qui ont dû être pro** près à ce genre de gouvernement; et après nous en être fait un plan et un tableau , nous avons encore (cherché à les comparer avec les usages politiques et religieux des nations. Tantôt nous avons suivi l'ordre dbs siècles, et tantôt nous les avons rétrogrades , afin d'éclaircir l'ancien par le moderne ^ connue on éclaircit le moderne par l'ancien. Telle a été notre méthode pour trouver le connu par l'incontiU; on jugera de sa justesse ou de son inexacte*
tilde par quelque* exemples, et par le résultai dont Tolci
l'analyse.
Le gouvamemeut surnaturel ayant obligé les nations à llMOUrk à ^itie Baultîtude d'usages et de suppositions pour en soutenir rextérieiar ^ ua de leur^ premiers soins fut de rappréseutor au milieu' d'elles la maison de leur monarque , 4e lui âever un trâne et de lui donner des officiers et des ^ijiistriBs. Considérée Gomni« un palais civil, celte maison était sans doute- de trop sur la terre ; mais ensuite, considérée comot^ ua tfimpie , eUe ne put suiEre au culte public de toute uue iviiion. D'abord on voulut que cette maison fût seule 0t usique 9 parce que le dieu monarque était seul et umque; mais toutes les différentes portions de la sociéjbé ne pouvant s'y rendre aussi souvent que le culte )Oui:nalier q^ est dâr à la divimilé l'exige, les parties les plus éc£uc4ées de la société t^mbèsent dans une anarcbie Religieuse et politique y pu se rendirent rebelles et cou* p^les, en multipliant le dieu monarque avec les maisons q&'eUea voi|lur69<t aussi lui élever. Peu à peu les idées qu'on devait avoir de la divinité ae rétrécirent; au lieu de regarder ce temple comme des lieux d'assemblées et de prières publiques, infiniment respectables par cette desti* nation., les ho^unes y cbercbèront le maîtife qu'ils ne pou* vaiient y voir , eï lui doivoèrent à la fin.iuie figure et une fysTùi^ sensible, hi^ sigpe de l^ajutocîté et le sceptre de l'empire furent mis entre des main^ particulières; on les déppsa dans cette maison et isur le siège da céleste moi^ar<[ue , c'€st-à-dire , dan3 un temple et dans le lieale plus respe^blc de ce temple, c'est-à-dire, dans le sanctuaire. Le sceptne et les autres marques de l'autorité royale n'ont été dans les premiers tems que des bâtons et des rameaux.
les temples que des cabftnee , et le sanctuaire (jn^vaie oor^ bellle et qu'un eoffpet. G^est ee qui se trouve dans toute Tantiquité; mais par l'abus de ces usages, la religion absorba la police ;tet le règne du cid lui donna le règne de la terre , ce qui pervertit l*un et l'autre.
Le code des lois ciyiles et religieuses ne fat point nu« non plus entre les mains du magistrat , on le déposa dans le sanctuaire; ce fut à ce lien sacré qu'il fallut avoir recours pour connaître ces lois et pour s'instruire de ses devoirs. Là elles s'y ensevelirent avec le tems, le genre humain les oublia , peut-être même les lui fit-on oublier. Dans ces fôtes , qui portaient chez les anciens le nom de fêtes de la législation , comme les^ palélies et les thésmo* phories , les p^s saintes vérités n'y étaient plus communiquées qtte sous le secret à quelques initiés, et Ton j faisait aux peuples un mystère de ce qu'il y avait de plus simple dans la police , et de ce qu'il y avait de plus utile et de plus vrai dans la religion.
La nature de la théocratie primitive exigeant nécessairement que le dépôt des lois gardé dans le sanctuaire parût émané de Dieu même , et qu'on fût obligé de croire qu'il avait été le législateur des hommes comme il en était le monarque ; le tenis et l'ignorance donnèrent lieu aux ministres du paganisme d'imaginer que des dieux et de^ déesses les avaient révélés aux anciens législateurs , tandià que les seuls besoins et la seule raison publique des pre-< mières sociétés en avaient été les uniques et les véritables sources. Par ces affreux mensonges» ils ravirent à l'homme l'honneur de ces lois si belles et si simples qu'il avait faites primitivement , et ils affaiblirent tellement les ressorts et [a dignité de sa raison» en lui faisant faussement accroire
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qu'elle n'avait point été capable de les dicter^ qu'il la méprisa, et qu'il crut rendre hommage à la Divinité, en ne se servant plus d'un don qu'il n'avait reçu d'elle que pour en faire un constant usage. ^
Le dieu monarque de la société ne pouvalkt lui parler m lui commander d'une façon directe , on se mit dans la nécessité d'imaginer des moyens pour connaître ses ordres et ses volontés. Une absurde convention établit donc des signes dans le ciel et sur la teire , qu'il fallut regarder et qu'on regarda en effet coomie les interprètes du monarque : on inventa les oracles, et chaque nation eut les siens. On vit paraître une foule d'augures , de devins et d'aruspices; en police^ comme en religion, l'homme ne consulta plus la raison , mais il crut que sa conduitc^ses entreprises et toutes ses démarches devaient avoir pou^uide un ordre ou un avis de son prince invisible ; et comme la fraude et l'imposture les dictèrent aux nations aveuglées, elles en furent toutes les dupes , les esclaves , les victimes.
De sembla}3les abus sortirent aussi des tributs qu^on crut devoir lui payer. Dans les premiers tems où la religion ni. la police n'étaient point encore corrompues par leur faux appareil, les sociétés n'eurent d'autres charges et d autres tributs à porter à l'Être suprême que les fruits et les prémices des biens de la terre ; encore n'était-ce qu^uu hommage de reconnaissance , et non un tribut civil dont le souverain dispensateur de tout n'a pas besoin. Il n'en fut plus de même lorsque d'un être universel chaque nation en eut fait son roi particulier : il fallut lui donner une maison , un trône , des officiers , et enfin des revenus pour les entretenir. Le peuple porta donc chez lui la dlrrie de ses biens y de ses terres et de ses troupeaux ; il
DE l'encyclopAdtb. 4©;^
savait qu'il tenait tout de son divin roi , que l'on juge de la ferveur avec laquelle chacun vint offrir ce qui pouvait contribuer à Féclat et à la magnificence de son monarque. La pieté généreuse ne connut point de bornes; on en vint jusqu'à s'offrir soi-même , sa famille et ses enfans; on crut pouvoir 9 sans se déshonorer, se reconnaître esclave du souverain de toute la nature , et l'homme ne se rendit que le sujet et l'esclave des officiers theocratiques.
A mesure que la simplicité religieuse s^éteignit , et que la superstition augmenta .avec l'ignorance , il fallut par gradation renchérir sur les anciennes offrandes et en cher-» cher de nouvelles : après les fruits, on offrit les animaux; et lorsqu'on se fut familiarisé par ce dernier usage avec cette cruelle idée que la divinité aime le sang , il n'y eut plus qu'un pas à faire pour égorger des hommes, afin de. lui offrir le sang le plus cher et le plus précieux qui soit sans doute à ses yeux. Le fanatisme antique n'ayant pu s'élever à un plus haut période, égorgea donc des victimes humaines ; il en présenta les membres palpitans à la divinité comme une offrande qui lui était agréable; bien plus , l'homme en mangea lui-même ; et après avoir d'a*^ bord éteint sa raison , il dompta enfin la nature pour participer aux festins des dieux.
U n'est pas nécessaire de faire une loi^gue application de ces usages à ceux de toutes les nations païennes et sauvages qui les ont pratiqués. Chez toutes, les sacrifices sanglans n'ont eu primitivement pour objet cpie de couvrir la table du roi théocratique 9 comme nous couvrons la table de nos monarques. Les prêtres de JBelus £aiisaient accroire aux peuples d'Assyrie que leurs divinités man-* geaient elles-mêmes les viandes qu'on leur présentait sur
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leurs autels; et les Grecs et les Romains ne manquaient jiEimais dans les tems de calamités d'assembler dans la place publique leurs dieux et leurs déesses autour d'une table magnifiquement servie, pour en obtenir, par un festin extraordinaire , les grâces qui n'avaient pu être accor^ dées aux repas réglés du soir et du matin, c'est-à-dire aux «iacrifices journaliers et ordinaires; c'est ainsi qu'un usage originairement établi pour soutenir dans tous ses points le eérémonial figuré d*un gouvernement surnaturel , fut pris à la lettre , et que la divinité , se trouvant en tout traitée comme une créature mortelle, fiit avilie et perdue de vue.
L'anthropophagie qui a régné et qui règne encore dans une moitié du monde , ne peut avoir non plus une autre 80iu*ce que celle que nous avons fait entrevoir : ce n'est pas la nature qui a conduit tant de nations à cet abominable excès ; mais égaré , perdu par le surnaturel de ses principes, c'est pas à pas et par degrés qu'un culte insensé et cruel a perverti le cœur humain* 11 n'est devenu an^ thropophage qu'à l'exemple et sur le modèle d'une divinité qu'il a cru anthropophage.
Si l'humanité se perdit, à plus forte raison les mœurs furent-elles aussi altérées et flétries. La corruption de l'homme théocratique donna des femmes au dieu monarque; et comme tout ce qu'il y avait de bon et de meilleur lui était dû , la virginité même fut obligée de lui faire son ofirande. De là les prostitutions religieuses de Babylone et de Paphos; de là ces honteux devoirs du paganisme qui contraignaient les filles à se livrer à quelque çLivinité avant que de pouvoir entrer dans le mariage ; de 4à enfin , tous ces enfans des dieux qui ont peuplé la m vthologie et le ciel poétique^
DE L'BPfCYCLaPÉDIE. ^09
Nous ne suivrons pas plus loin Fëtiquette et le cërémoniai de la cour du dieu monarque ; chaque usage fut un abus , et chaque abus en produisit mille autres. Considéré comme un roi, on lui donna des chevaux, des chars, des boucliers , des armes , des meubles y des terres , des troupeaux , et un domaine qui devint^ avec le tems , le patrimoine des dieux du paganisme; considéré comme un homme, on le fit séducteur , colère, emporté, jaloux, vindicatif et barbare ; enfin on en fît l'exemple et le modèle de toutes les iniquités dont nous trouvons les afireuses légendes dans la théogonie païenne.
Le plus grand de tous les crimes de la théocratie primitive a sans doute été d^avoir précipité le genre humain dans l'idolâtrie par le surnaturel de ses principes. H est si difficile à l'homme de concevoir un être aussi grand, aussi immense , et cependant invisible , tel que l'être suprême , sans s'aider de quelques moyens sensibles, qu'il a fallu presque nécessairement que ce gouvernement en vint à sa représentation. H était alors bien plus souvent question de l'être suprême qu'il ne l'est aujourd'hui : indépendamment de son nom et de sa qualité de dieu, il était roi encore. Tous les actes de la police , t;omme tous les actes de la religion , ne parlaient que de lui ; on trouvait ses ordres et ses arrêts partout; on suivait ses lois; on lui payait tribut ; on voyait ses officiers, son palais, et presque sa place ; elle fut donc bientôt remplie.
Les uns y mirent une pierre brute, les autres une pierre sculptée; ceux-ci l'image du soleil, ceux-là de la lune; plusieurs nations y exposèrent un bœuf, une chèvre ou Un chat , comme les Egyptiens : en Ethiopie , c'était un l^biep ; et ces signes représentatifs du monarque furent
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chargés de tous les attributs symboliques d'un dieu et d'un roi, ils furent décorés de tous les titres sublimes qui convenaient à celui dont on les fit les emblèmes ; et ce fut devant eux qu'on porta les prières 'et les offrandes , qu'on exerça tous les actes de la police et de la religion , et que l'on remplit enfin tout le cérémonial théocratique.
On croit déjà , sans doute , que c'est là l'idolâtrie ; non , ce ne Test pas encore, c'en est seulement la porte fatale. Nous rejetons ce sentiment affreux que les bommes ont été naturellement idolâtres , ou qu'ils le sont devenus de plein gré et de dessein prémédité : jamais les bommes n'ont oublié la divinité^ jamais dans leurs égaremens les plus grossiers ils n'ont tout-à-fait méconnu son excellence et son unité , et nous oserions même penser en leur faveur qu'il y a moins eu une idolâtrie réelle sur la terre qu'une profonde et générale superstition ; ce n'est point non plus par un saut rapide que les bommes ont passé de Padoration du Créateur à l'adoration de la créature ; ils sont devenus idolâtres sans le savoir et sans vouloir l'être ; comme nous verrons ci-après , qu'ils sont devenus esclaves sans jamais avoir eu l'envie de se mettre dans l'esclavage. La religion primitive s'est corrompue , et l'amour de l'unité s'est obscurci par l'oubli du passé et par les suppositions qu'il a fallu faire dans un gouveroement surnaturel qui confondit toutes les idées en confondant Jia police avec la religion : nous devons penser que dans les premiers tems où cbaque nation se rendit son dieu monarque sensible y qu'on se compoi*ta encore vis-à»vis de ses emblèmes avec une circonspection religieuse et intelligente ; c'était moins Dieu qu'on avait voulu représenter que le monarque , et c'est ainsi que dans nos tribunaux ,
DE l'exctclopédie. 4i l
nos magistrats ont toujours devant eux l'image de leur souverain, qui rappelle à chaque instant, par sa ressemblance et par les ornemens de la royauté , le véritable souverain qu'on n'y voit pas, mais que l'on sait exister ailleurs. Ce tableau , qui ne peut nous tromper , n'est pour nous qu'un objet relatif et commémoratif , et telle avait été sans doute l'intention primitive de tous les symboles représentatifs de la divinité : si nos pères s'y trom^ pèrent cependant , c'est qu'il ne leur fut pas aussi facile de peindre cette divinité qu'à nous de peindre im mortel. Quel rapport en eflFet put-il y avoir entre le dieu régnant et toutes les différentes effigies que l'on en fit? Ce ne put être qu'un rapport imaginaire et de pure convention, toujours prêt, par conséquent, à dégrader le dieu et le monarque, sitôt qu'on n'y joindrait plus une instruction convenable ; on les donna sans doute ( ces instructions ) dans les premiers tems , m^is par là le culte et la police , de simples qu'ils étaient , devinrent composés et allégoriques ; par là l'officier théocratique vit accroître le besoin et la nécessité que l'on eut de son état ; et comme il devint ignorant lui-même , les conventions primitives se changèrent en mystères , et la religion dégénéra en une science merveilleuse et bizarre , dont le secret devint impénétrable d'âgé en âge , et dont l'objet se perdit à la fin dans un labyrinthe de graves puérilités et d'importantes bagatelles.
Si toutes les différentes sociétés eussent au moins pris pour signe de la divinité régnante , un seul et même symbole , l'unité du culte, quoique dégénérée, aurait encore pu se conserver sur la terre ; mais , ainsi que tout le monde sait, les uns prirent une chose ^ et les autres une
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autre ; l'Être suprême , sous mille formes différentes , fut adore partout sans n'être plus le même aux yeux de l'homme grossier. Chaque nation s'habitua à considérer le symbole qu'elle avait choisi comme le plus véritable et le plus saint.
L'unité fut donc rompue : la religion générale ëtaqt éteinte ou méconnue , une superstition générale en prit la place, et dans chaque contrée elle eut son éteudard particulier , chacun regardant son dieu et son roi comme le seul et le véritable , détesta le dieu et le roi* de ses voisins. Bientôt toutes les autres nations furent réputées étrangères , on se sépara d'elles , on ferma les frontières , et les hommes devinrent ainsi par naissance , par état et par religion , ennemis déclarés les uns des autres.
Jndefuror vidgo , çuad numina vicînorum Odii uterque locus , cum solos credai habendog Esse deos , quos ipse colU,
Tel était l'état déplorable où les abus funestes de la théocratie primitive avaient déjà précipité la religion de tout le genre humain, lorsque Dieu, pouX conserver chez les hommes le souvenir de son unité , se choisit enfin un peuple particulier , et donna aux Hébreux un législateur sage et instruit pour réformer la théocratie païenne des nations. Pour y parvenir , ce grand homme n'eut qu'à la dépouiller de tout ce que l'imposture et l'ignorance y avaient introduit : Moyse y détruisit donc tous les emblèmes idolâtres qu'on avait élevés au dieu monarque , et il supprima les augures , les devins et tous les faux interprètes de la divinité , défendit expresséiâent à son peuple
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de jamais la représenter par aucune figure de fonte ou de pierre , ni par aucune image de peinture ou de ciselure ; ce fut cette dernière loi qui distingua essentiellement les Hébreux de tous les peuples du monde. Tant (ju'ils Tobservèrent , ils furent vraiment sages et rdigieux ; et toutes les fbis qu ils la transgressèrent ^ ils se mirent au niveau de toutes les autres nations ; mais telle était encore dans ces anciens tems , la force des préjugés et l'excès de . la grossièreté des bommes ^ que ce précepte , qui nous semble aujourd'hui si simple et si conforme à la raison j fut pour les Hébreux d'ime observance pénible et diiEcile; de là leurs fréquentes rechutes dans Fidolâtrie ^ et ces perpétuels retours vers les images des nations , qu^on n'a pu expliquer jusqu'ici que par une dureté de cœur et un entêtement inconcevable , dont on doit actuellement* retrouver la source et les moti£s dans les anciens préjugés et dans les usages de la théocratie primitive.
Après avoir parcouru la partie religieuse de cet antique gouvernement jusqu'à l'idolâtrie qu'il a produit et jusqu'à sa réforme chez les Hébreux , jetons aussi quelques regards sur sa partie civile et politique, dont le vice s'est déjà fait entrevoir. Quelque grand et quelque sublime qu'ait paru dans son tems un gouvernement qui prenait le ciel pour modèle et pour objet, un édifice politique construit ici-ba» sur une spéculation a dû nécessairement s'écFouler et produire de très-grands maux; entre cette foule de fausses opinions, dont cette théocratie remplit l'esprit humain , il s'en éleva deux fortes, opposées l'une à l'autre , et toutes deux cependant également contraires au bonheur des sociétés. Le tableau qu'on se fit de la félicité du rè^e céleste , fit nattre sur la terre de fausses idées sur la
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liberté; siir l'égalité et sur Tindépendance ; d'un autre côté 9 l'aspect du dieu monarque , si grand et si immense^ réduisit l'homme presque au néant , et le porta à se mépriser lui-même et à s'avilir volontairement par ces deux extrêmes : l'esprit d'humanité et de raison qui devait faire ce lien des sociétés, se perdit nécessairement dans une moitié du monde ; on voulut être plus qu'on ne pouvait et qu'on ne devait être sur la terre; et dans l'autre, on se dégrada au-dessous de son état naturel ; enfin on ne vit plus l'homme , mais on vit insensiblement paraître le sauvage et l'esclave.
Le point de vue du genre humain avait été cependant de se rendre heureux par la théocratie , et nous ne pouvons douter qu'il n'y ait réussi au moins pendant untemSé Le règne des dieux a été célébré par les poètes ainsi que Page d'or , comme un règne de félicité <5t de liberté. Chacun était libre dans Israël, dit aussi l'Ecriture, enjparlant des commencemens de la théocratie mosaïque; chacun faisait ce qu'il lui plaisait^ allait où il voulait, et vivait alors dans l'indépendance : unusquîsque , quod sibi rectum videhatur, hocfaciebat. xvij , 6, Ces heureux tems, où l'on doit apercevoir néanmoins le germe des abus futurs , n'ont pu exister que dans les abords de cet âge mystique , lorsque l'homme était encore dans la ferveur de sa mprale et dans l'héroïsme de sa théocratie ; et sa félicité aussi-bien que sa justice ont dû être passagères , parce que la ferveur et l'héroïsme , qui seuls pouvaient souteoir le surnaturel de ce gouvernement , sont des vertus momentanées et des saillies religieuses qui n'ont jamais de durée sur la terre. La véritable et la solide théocratie n'est réservée que pour le ciel 5 c'est-là que l'homme ^ un jour,
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sera sans passion comme la divinité : mais il n'en est pas de même ici-bas d'une théocratie terrestre, où le peuple ne peut qu'abuser de sa liberté sous un gouvernement provisoire et sans consistance, et où ceux qui commandent ne peuvent qu'abuser du pouvoir illimité d'un dieu monarque , qu'il n'est que trop facile de faire parler. Il est donc ainsi très-vraisemblable que c'est par ces deux excès que la police tbéocratique s'est autrefois perdue : par l'un, tout l'ancien Occident a changé sa liberté en brigandage et en une vie vagabonde ; et par l'autre, tout l'Orient s'est vu opprimé par ses tyrans.
L'état sauvage des premiers Européens connus et do tous les peuples de l'Amérique, présente des ombres et des vestiges encore si conformes à quelques-uns des traits de l'âge d'or, qu'on ne doit point être surpris si nous avons été portés à chercher l'origine de cet état d'une grande partie du genre humain , dans les suites des mal* heurs du monde , et dans l'abus de ces préjugés théocratiques qui ont répandu tant d'erreurs par toute la terre. En effet, plus nous avons approfondi les différentes traditions et les usages des peuples sauvages, plus nous y avons trouvé d'objets issus des sources primitives de la fable et des coutumes relatives aux préventions universelles de la haute antiquité; nous nous sommes même aperçus quelquefois que ces vestiges étaient plus purs et mieux motivés chez les Américains et autres peuples barbares ou sauvages conune eux, que chez toutes les autres nations de notre hémisphère. Ce serait entrer dans un trop vaste détail , que de parler de ces usages ; nous dirons seulement que la vie sauvage n'a été essentiellement qu'une suite de l'impression qu'avait fait autrefois, sur
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une partie des hommes, le spectacle des malbeurs du monde , qui les en dégoûta et leur en inspira le mépris. Ayant appris alors quelle en était l'inconstance et la fragilité, la partie la plus religieuse des premières sociétés crut devoir prendre pour base de sa conduite ici-bas , que ce monde n'est qu'un passage ; d^où il arriva que les sociétés en général , ne s'étant point donné un lieu visible , ni un ckef sensible pour leur gouvernemait dans ce monde, elles ne se réunirent jamais parfaitement^ et que des fa^ milles s'4sn séparèrent de bonne heure, et renoncèrent tout à fait à l'esprit de la police humaine 9 pour vivre en pèlerins, et pour ne penser qu'à un avenir qu'elles désiraient et qu'elles s'attendaient de voir bientôt paraître.
D'abord , ces premières générations solitaires furent aussi religieuses qu'elles étaient misérables ; ayant toujours les yeux levés vers le ciel , et ne cherchant à pourvoir qii'à leur plus pressant besoin , elles n'abusèrent point sans doute de l^ur oisiveté ni de leur liberté. Mais à mesure qu'en se multipliant elks s'éloignèrent des premiers tems et du gros de la société , elles ne form^ent plus alors que des peuplades errantes et djes nations mélancoliques , qui peu à peu se sécularisèrent en peuples sauvages et barbtdres. Tel a été le triste abus d'un dogme très-saint en lui-'^néme. Le monde n'tot qu'un passage , il est vrai, et c'est une vérité des plus utiles à là société , parce cpne ce passage conduit à une vie plus exceUente , que chacun doit dierch^ à mériter en remplissant ici-^bas ses devoirs ; cependant une des plus grandes fautes de la pcJioe primitive , est de n'avoir pas mis de sages bornes à ses effets. Ils ont été infiniment pemicieia an bien^tre des sodétes , toutes les fois que des éténemens ou des terreurs générales
DB l'enctclopédie. 4xf
ont fait subitement oublier à Thomme qu'il est dani eè monde parce que Dieu l'y a placé, et qu'il n'y est placé que pour s'acquitter envers la société et envers lui-même de tous les devoirs où sa naissance et le nom d'homme rengagent. En contemplant une vérité , on n'a jamais dû faire abstraclion de la société. Le dogme le plus saint n'est vrai que relativement à tout le genre humain ; la vie n'est qu'un pèlerinage, mais un pèlerin nest qu'un fainéant, et l'homme n'est pas fait pour l'ctrc; tant qu'il est sUr ta terre , il y a un centre unique et commun auquel il doit être invinciblement attaché, et dont il ne peut s'écartet sans être déserteur, et un déserteur très-criminel qufe la police humaine a droit de réclamer. C'est ainsi qu'aurait dû agir et penser la police primilive, mois l'esprit théôlcratique qui la conduisait pouvait-il Être capable de précaution à cet égard ? 11 voulut s'élever et se précipita. Il voulut anticiper sur le règne des justes et n^engendra qùfe des barbares et des sauvages , et l'humanité se perdit enfia parce qu'on ne voulut plus être homme sur la terre. C'est ici sans doute qu'on peut s'apercevoir qu'il en est dto erreurs humaines, dans leur marche, comme des planètes dans leur cours ; elles ont de môme un orbite immctise à parcourir , elles y sont vues sous diverses phases et sous differens aspects , et cependant elles sont toujours les mômes, et reviennent constamment au point d'où elles sont parties pour recommencer une nouvelle révolutiôil.
Le gouvernement provisoire, qui conduisit à la vl^ sauvage et vagabonde ceux qui se séparèrent des premier res sociétés , produisit un effet tout contraire sur teut qifi y restèrent: il les réduisit au plus dur esclavage. Cotitniù les sociétés n'avaient été dans leur origine que des faùriMes
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plutôt soumises à une discipline religieuse qu'à une policé civile , et que l'excès de leur religion , qui les avait port^ à se donner Dieu pour monarque, avait exigé avec le mépris du monde le renoncement total de soi-même et le sacrifice de sa libef té , de sa raison , et de toute propriété; il arriva nécessairement qUe ces familles s'étant agran'lies et multipliées dans ces principes, leur servitude reli** gieuse se trouva changée en une servitude civile et poli'h tique; et quau lieu d'être le sujet du dieu monarque ^ Ihomme ne fut plus [que Tesclave des officiers qui coni'mandèrent en son nom.
Les corbeilles, les coffres et les symboles, par lesqueb on représentait le souverain n'étaient rien, mais les ministres qu'on lui donna furent des hommes , et non des êtres célestes incapables d'abuser d'une administration qui leur donnait tout pouvoir. Comme il n'y a point Je traité ni de convention à faire avec un Dieu ^ la théocratie où 11 était censé présider a donc été par sa nature un gou-
Ternement despotique , dont TEtre suprême était le sultan invisible, et dont les ministres théocratiqnes ont été les visirs, c'est-à-dire, les despotes réels de tous les vices politiques de la théocratie. Voilà quel a été l'état le plifi fatal aux hommes > et celui qui a préparé les voies au despotisme oriental.
Sans doute que dans les premiers tems les minisires visibles ont été dignes par leur modération et par leur vertu de leur maître invisible, par le bien qu'ils auront d'abord fait aux hommes , ceux-ci se seront accoutumés à reconnaître en eux le ppuvoir divin , par la sagesse de leurs premiers ordres et par Futilité de leurs premier» iCoussils, on se sera habitué à leur obéir, et Tçui^^Mrsera
BB l'encyclopédie. 4i9
/soumis sans peine à leurs oracles : peu à pen une con-* fiance extrême aura produit une crédulité extrême p:ir laquelle riiomme , prévenu que c'était Dieu qui parlait, que c était un souverain immuable , qui voulait , qui commandait et qui m.enaçait, aura cru ne devoir point résister aux organes du ciel , lors morne qu^ils ne faisaient plus quje ^u mal. Arrivés par cette gradation au point de déraison de méconnaître la dignité de la nature humaine , l'homme dans sa misère n'a plus osé lever les yeux vers le ciel , et ^encore moins sur les tyrans qui le faisaient parler; fancitique en tout , il adora son esclavage , et crut enfin devoir honorer son Dieu et son monarque par son néant et par son indignité. Ces malheureux préjugés sont encore la base de tous les senti mens et de toutes les dispositions des Orientaux envers leurs despotes. Ils s^imaginent que ceuxci ont de droit divin le pouvoir de faire le bien et le mal, et qu'ils ne doivent trouver rien d'^impossîble dans l'exéeulion de leur volonté. Si ces peuples souffrent , s'ils sont malheureux par les caprices féroces d'un barbare , ils adorent les vues d'une Providence impénétrable , ils reconnaissent les droits et les titres de la tyrannie dans la force ^t dans la violence , et ne cherchent la solution des pro^ jcédés illégitimes et cruels, dont ils sont les vietimes, que dans des interprétations dévotes et mystiques, ignor rant que ces procédés n'ont point d'autres sources que l'oubli de la raison, et les abus d'un gouvernement surnaturel qui s'est éternisé dans ces climats , quoique sous un ^utre appareil.
Les théocraties étant ainsi devenues despotiques , à l'abri des préjugés dont elles aveuglèrent les nations, cou^ ^rireiit U terrée de tyrai)s ; leurs ministres pendant bieç
4ao &5PfifT
i^ç^c » ^ ri^ n^ Içn^r résksiant , ik dî^posèpent dbs bûenSf 4e j'booi^/e^r ei de la \\n des homis^s, comme iU avaîient 4fiSjà cUspo^ d^ leur raison et de leur esprit. Lestems qui APUS oi|t dérobé ]iliisioir^ de cet ancien gouverDcment, jN^rce cju'il n'a été qu'u^ii Age d'ignorance profonde et d« mensonge» ont à la vérité jeté un voile épais sur les excèi ^ ^es oiSci^s ; in9is la théocratie judaïque , quoique ré« fermée dans sa religion, n'ayant pas été exempte des abui politiques, peut -nous servir à en dévoiler une partie ( , HS^niièrt nous expose elle-même quelle a été l'abominable <B0pduit^ des enfans d' Héli et de Samuel , et nous appnend qu^ ont ^Lé les crimes qui ont mis fin à cette théocratie ftartipulière où régnait le vrai Dieu. Ces indignes descen* dan3 d'Aaron et de Lévi ne rendaient plus la justice fi^I p^Mples^ l'argent rachetait auprès d'eux les coupa-» blçs, pn n^ pouvait les aborder sans présens, leurs passions aeules étaient et leur loi et leur guide, leur vie n'était qu'un brigandage, ils enlevaient de force et dévoraient 1^ victimes qu'on destinait au Dieu monarque , qui n'é* tait pins qu'un prète-nom ; et leur incontinence égalant leur avarice et leur voracité, ils dormaient , dit la Bible ^ avee les fenmies qui veillaient à l'entrée du tabernacle. ( /. Ub. Reg. , cap. ij. )
jLi'Ecriture passe modestement sur cette demière anecdote que l'esprit de vérité n'a pu cependant cacher. Mais fii les ministres du vrai Dieu se sont livrés à un tel excès, les ministres théocratiques des anciennes nations l'avaient en cela emporté sur ceux des Hébreux par Pimposture avec laquelle ils pallièrent leurs désoidres. Ils en vinrent partout à ce comble d'impiété et d'insolence de couvrir
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jasqu*à leurs débauches du manteau de la divinité. C'est d'eux que sortit un nouvel ordre de créatures y qui , dans Fesprit des peuples imbécilles, fut regardé comme une race particulière et divine. Toutes les nations virent alort paraître les demi -dieux et les béros dont la naissance illustre et les exploits portèrent enfin les hommes à alié^ rer leur premier gouvernement , et à passer du règne de ces dieux qu ils n'avaient jamais pu voir, sous celui de leurs prétendus enfans qu'ils voyaient au milieu d^eux. C'est ainsi que l'incontinente théocratie commença à se donner des maîtres , et que ce gouvernement fut ooccduM à sa ruine par le crime et l'abus du pouvoir. .
L'âge des demi - dieux a été un âge aussi réel que cekii des dieux ; mais presque aussi obscur , il a été nécessavr^^ ment rejeté de l'histoire, qui ne reconnaît que les feitS'et les tems transmis par des annales constantes et continues^ A en juger seulement par les ombres de cette mythol(^6f universelle qu'on retrouve chez tous les peuples^ il pai^alt que le règne des demi - dieux n'a point été aussi suivi ni aussi long que l'avait été le règne des dieux , et qu^ lefut ensuite le règne des rois 9 et que les nations n'ont pas tou* jours été assez heureuses pouf avoir de ces hommes extraordinaires. Comme ces enfans théocra tiques ne pou«^ vaient point naître tous avec des vertus héroïque» qui répondissent à ce préjugé de leur naissance, le plus grand nombre s'en perdait sans doute dans la foule, et ce n'était que de tems en tems que le génie , la naissance et le coa-*^ rage réciproquement secondés , donnaient à l'univers lan^ guîssant des protecteurs et des- maîtres utiles. Â en juger par les traditions mythologiques, ces enfans illustres firent la guerre aux tyrans, exterminèrent les brigands, purgè-^
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rent la terre des monstres qui Tinfestaient , et furent ad preux incomparables qui , comme les paladins de no9 antiquités gauloises , couraient le monde pour Vamour du grnie humain ^ afin d'y re'tablir partout le bon ordre , la jiolicc et la sûreté» Jamais mission sans doute n^a clé plus belle et plus utile ^ surtout dans ces lems où la thi'ocralic primitive n'avait produit dans le monde que ces maut extrêmes 4 Fanarcbie et la servitude*
La naissance de ees demi^dieux et leurs exploits con-^ tourent ainsi à nous montrer quel était de leur tems Taf-' freux désordre de la police et de la religion parmi le genre bumain ! chaque fois qu^il sVlevait un héros, le sort des * 6ociélés paraissait se rallier et se fixer vers Tunité ; mais aussitôt que tes personnages illustres n'étaient plus , les sociétés retournaient vers leur première théocratie et retombaient dans de nouvelles misères jusqu'à ce quun tiouveau libérateur vînt encore les eti retirer*
Instruites, cependant, par leurs fréquentes rechutes et par les biens * qu'elles avaient éprouvés toutes les fois qu'elles avaient eu un chef visible dans la personne de quelque demi-dieu, les sociétés commencèrent enfin à duvrir les yeux sur lé vice essentiel d'un gouvernement qui n'avait jamais pu avoir de consistance et de solidité, parce que rien de constant ni de réel n'y avait représent<5 l'unité ) ni réuni les hommes Vers un centre sensible et bommuuk l»e règne des demi-dieux commença donc à hufaianiser les préjugés primitifs, et c'est cet état moyen tjui conduisit les nations à désirer les règties des fois; elles ke dégoûtèrent insensiblement du joug des ministres théo-» Pratiques qui n'avaient cessé d'abiiscr du pouvoir deé lUieuk qu^ou leur avait mis en main ^ et lorsque l'indigna^
DE l'encyclopédie. 4^5
clique fut montée à son comble, elles se soulevèrent , contre eux , et placèrent enGn un mortel sur le trôçe du (iieu monarque, qui jusqu'alol*s n'avait été représenté que par des symboles muets et stupides.
Le passage de la théocratie à la royauté se cache, ainsi que tous les faits précédens, dans la nuit la plus sombre ; mais nous avons encore les Hébreux dont nous pouvons (examiner la conduite particulière dans une révplutiou iscmblable, pour en faire ensuite l'application à ce qui s'était fait antérieurement chez toutes les nations , dont les usages et les préjugés noqs tiepdrQi^t lieu d'annales et de mouumens»
Nous avons déjà remarqué une des causes de la ruine de la théocratie judaïque dans les désordres de ses minis-^ très , nous devons y en ajouter une secende , c'est le mal* heur arrivé dans le même tems à l'arche d'alliance qui fut prise par les Philistins, Un gouvernement sans police et sans maitre ne peut subsister sans doute; or, tel était, dans ces derniers instans , le gouvernement des Hébreux z l'arche d'alliance représentait le siège de leur suprême souverain , en paix comme en guerre*
Elle était son organe et spn bras , elle marchait à la tête des armées , comme le char du dieu des combats ; on la suivait comme un général invincible , et jamais, à sa suite, on n avait 'douté de la victoire. Il n'en fut plus de même ^près sa défaite et sa prise ; quoiqu'elle fût rendue à soa peuple , la confiance d Israël s'était affaiblie , et les désor^ (dres des ministres ayant encore aliéné l'esprit des peu«ples , ils se soulevèrent et cpntraignirent Samuel de leur (donner un roi qui put marcher à la tête de leurs armées ^ ^t Içur rendre la justice. A cette demande du peuple » on
4t4 KtPRrr
^i\ quelle fui] alors la répcmse de Samuel et le taUeaa l^ray^nl <|u'il fit au peuple de rénorme pouvoir et des 4rQiU d^ la souveraine puissance. La f|atierie et la bassesse y ont trouvé un vaste chnmp pour faire leur cour aux tyrans; la superstition y a vu des objets dignes de ses rêveries mystiques, mais aucun n'a peut-être reconnu l'esprit tbéocratique qui ledicta^ dans le dessein d'effrayer les peuples et les détourner de leur projet. Comme le gouvernement qui avait été un règne où il n'y avait point eu de milieu entre le dieu monarque et le peuple , où le monarque était tout , et où le sujet n'était rien ; ces dogmes religieux, changés avec le tems en préjugés politiques, firent qu'on appliqua à l'homme monarque toutes les idées qu'on avait eues de la jouissance et de l'autorité suprême du dieu monarque. D'ailleurs, comme le peuple cherchait moins à changer la théocratie qu'à se dérober aux vexations des ministres théocratiques qui avaient abusé des oracles et des emblèmes muets de la divinité , il fit peu d'attention à Fodieux tableau qui n'était fait que pour l'effrayer; et content d'avoir à Favenir un emblème vivant de la divinité, il s'écria : n'importe^ il nous faut un roi qui marche devant nous , qui commande nos armées et qui nous protège contre tous nos ennemis.
Cette étrange ccmduite semblerait ici nous montrer qu'il y aurait eu des nations qui se seraient volontairement soumises à l'esclavage par des actes authentiques , si ce détail ne nous prouvait évidemment que , dans cet instant, les nations, encore animées de toutes les préventions religieuses qu'elles avaient toujours eues pour la théocratie , furent de nouveau aveuglées et trompées par ses Saux principes. Quoique dégoûté' du ministère sacerdotaf,
DE L'ENCYCLOPéDIE. 4-^
rhomme , en demandant un roi , n'eut aucun dessein d a« broger son ancien gouvernement ; il crut en cela ne faire qu'une réforme dans Timage et dans l'organe du dieu mo*narque ^ qui fut toujours regardé comme l'unique et véritable maître, ainsi que le prouve le règne des rois hébreux , qui ne fut qu'un règne précaire, où les prophètes élevaient ceux que Dieu leur désignait , et comme le confirme sai^ peine ce titre auguste qu'ont conservé les rois de la terre» d'image de la divinité.
La première élection des souverains n'a donc point été une véritable élection , ni le gouvernement d'un seul un nouveau gouvernement. Les principes primitifs ne firent que se renouveler sous un autre aspect, et les nations n'ont crû voir, dans cette révolution, qu'un changement et qu'une réforme dans l'image théocralique de la divinité. Le premier homme dont on fit cette image n'y entra pour, rien , ce ne fut pas lui que Ton considéra directement ; ou en agit d'abord vis-à-vis de lui comme on en avait agi orfginai renient avec les premiers symboles de fonte ou de métal, qui n^avaient été que des signes relatifs et l'esprit et l'imagination des peuples restèrent toujours fixés sur ïe monarque invisible et suprême ; mais ce nouvel appareil ayant porté ks hommes à faire une nouvelle application de leurs faux principes et de leurs anciens préjugés, les conduisit à de nouveaux abus et au despotisme absolu. Le premier âge de la théocratie avait rendu la terre idolâtre, parce qu'on y traita Dieu comme un homme'; le second la rendit esclave , parce qu'on y traita l'homme comme un dieu. La même imbécillité qui avait donné autrefois une maison ^ une table et des femmes à la divinité , en donna les attributs , les rayons et le foudre à un simple mortel î
4a« pspm?
coptfaste bizarre et conduite toujours déplorable, ^i4 firent 1^ hoptp et Iç malh(;ur de ce3 sociétés qui continuèF jrpi)t toujours ^ chercher les principes de la police ha-inaine ailleurs que dans la nature et dans la raison,
Xia ^pule précaution dont les hommes s'avisèrent , lorsqu'ils commencèrent à représenter leur dieu monarque par i\ïï d^ leurs semblables , fut de chercher l'homme Iç plus bçau et le plus grand ; c'est ce que Ton voit par l'bîs» toirq de toutes les anciennes nations ; elles prenaient biep plps garde à la taille et aux qualités du corps qu'à celles de l'esprit , parce qu'il ne s'agissait uniquement dans ces pripfiiliyes élections que de représenter la divinité sous une apparence q\ii répondît à l'idée quon se formait d'elle; et qu'à l'égard de la conduite du gouvernement, ce u'ét^it point sur l'esprit du représentant , maïs suç ï'^sprit de l^înspiration du dieu monarque que l'on comp^ tait toujours. Ces nations s'imaginèrent qu'il se révélerait ^ ççs, pouvcau:^ symboles, ainsi qu'elles pensaient qu'il g'tîlait révélé aux anciens. Elles ne furent cependant pas ^sses ^tupides pour croire qu'un mortel ordinaire pût Jtypir par lui-même le grand privilège d'être en relatiou HYÇC la divinité; mais comme elles avaient ci-devant in- Veuté des usages pour faire descendre sur Iç* symboles de pierre ou de métal une vertu particulière et surnaturelle , elles crurent aussi devoir les pratiquer vis-à-vis des syin* boles humains ; et ce ne fut qu^après ces formalités que tout leur paraissant égal et dans l'ordre, elles ne virent plus dans le nouveau représentant qu'un mortel changé, et qu uu homme extraordinaire dont on exigea des oracles , et qui devint l'objet de l'adoration publique.
Si nous youlions donc fouiller dans les titres de cei
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ftU^ctbes despotes de l'Asie, qui ont si souvent fait gémii? la nature humaine , nous ne pourrions en trouver que de honteux et de déshonorans pour eux. Nous verrions dans les monumens de l'ancienne Ethiopie , que ces souverains ^ qui ^ selon Strabon , ne se montraient à leur peuple que derrière un voile, avaient eu pour prédécesseurs des chiens auxquels on avait donné des hommes pour officiers et pour ministres; ces chiens, pendant de longs âges, avaient été les rois théocratiques de cette contrée ^ c'est-à dire , les l'eprésentans du dieu monarque , et chutait dans leurs crîs^ leurs allures et leurs divers mouvemcns qu'on cherchait les ordres et les volontés de la suprême puissance dont où les avait fait le symbole et l'image provisoire. Telle a sans doute élé la source de ce, culte absurde que TKgyple a rendu à certains animaux; il n'a pu être qu'une suite de cet antique et stupide gouvernement: Tidolâlrie d'Israël dans le désert semble nous en donner une preuve évidente. Comme ce peuple ne voyait point revenir son don-» ducteur ^ qui faisait une longue retraite sur le mont Sinaï^ il le Cï^ut perdu tout-à-fait ; et coûtant vei*i Aaron , il lui dit : faites -nous un veau qui marche devant lions, cai^ nous iie savons ce qu'est devenu ce Moyse qui nous a tir<^ d'Egypte t raisonnement bizarre, dont le véritable esprit ti'a point encore été connu ^ mais qui justiGe*, ce semble^ pleinement l'origine que nous donnons à l'idolâtrie et ail despotisme; c'est qu'il y a eu des tems où un chien, tiïi veau ou un homme placés à la tetc d'une société ^ fa'biil été pour cette société qu'utje seule et même chose , et t)ù Ton se .portait vers l'un ou vers l'autre symbole , suivâht tjue les circonstances le demandaient^ sans que l^oil (fil'&t )^ut 6ela rieU inhovei^ dans le systètne dû gôuvertàéfiiëht*
'Cest dans ce même esprit que les Hébreux retoumèrent si constamment aux idoles pendant leur théocratie, tdtttes les fois qu ils ne voyaient plus au milieu d eux quelque )uge inspiré ou quelque homme suscité de Dieu. Il fallait alors retourner vers Moloch ou vers Chamos pour y chercher un autre représentant y comme on avait autrefois couru au veau d'or pendant la disparition de Moyse.
Présentement arrivés où commence l'histoire dos teins connus, il nous sera plus facile de suivre le despotisme et d'en véri6er l'origine par sa conduite et par ses nsageâ. L'homme élevé à ce comble de grandeur et de gloire, dV tre regardé sur la terre comme Torgane du dieu monarque, et à cet excès de puissance de pouvoir agir, Touloir et commander souverainement en son nom , succomba presque aussitôt sous un fardeau qui n'est point fait pour l'homme. L'illusion de sa dignité lui fit méconnaître ce qu*il y avait en elle de réellement grand et de réellement vrai ; et les rayons de l'être suprême dont son diadème fut orné Téblouirent à un point qu'il ne vit plus le genre humain, et qu^il ne se vit plus lui-même. Abandonne de la raison publique , qui ne voulut plus voir en lui un mortel ordinaire, mais une idole vivante inspirée du ciel, il au* rait fallu que le seul sentiment de sa dignité lui eut dicté l'équité, la modération^ la douceur: et ce fut cette dignité même qui le porta vers tous les excès contraires. Il aurait £bJ1u qu un tel homme rentrât souvent en lui-même ; mais tout ce qui Tenvironnait l'en faisait sortir et l'en tenait éloigné. Eh ! comment un mortel aurait-il pu se sentir et se reconnaître? il se vit décoré de tous les titres sublimes dus à la divinité , et qui avaient été ci-devant portés par les idoles et ses autres emblèmes. Tout le cérémonial du
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BU dieu monarque fut rempli devant l'homme monarque ; comme celui dont il devint à son tour le représentant, il fut de même regardé comme infaillible et immuable; tout l'univers lui dut, il ne dut rien à l'univers. Ses volontés devinrent les arrêts du ciel , ses férocités furent regardées comme dès jugemens d'en-haut ; enfin cet emblème vivant du dieu monarque surpassa en tout FalFreux tableau qui ça avait été fait autrefois aux Hébreux ; tous les peuples souscrivirent ^ comme Israël , à leurs droits cruels et à leurs privilèges insensés. Us en gémirent tous par la suite , mais ce fut en oubliant de plus en plus la dignité de la nature humaine, et en humiliant leur front dans la poussière, ou bien en se portant vers des actions lâches et atroces , méconnaissant également cette raison , qui seule pouvait être leur médiatrice. Il ne faut pas être fort versé dans l'histoire pour reconnaître ici le gouvernement de l'Orient depuis tous les tems connus. Sur cent despotes qui y ont régné, à peine, en peut -on trouver deux ou trois qui aient mérité le nom d'homme ; et , ce qu'il y a de plus extraordinaire , c'est que les antiques préjugés qui ont donné naissance au despotisme subsistent encore dans l'esprit des Asiatiques , et le perpétuent dans la plus belle partie du monde , dont ils n'ont fait qu'un désert malheureux. Nous abrégerons cette triste peinture; chaque lecteur instruit , en se rappelant les maux infinis que. ce gouvernement a faits sur la terre, retrouvera toujours cette longue chaîne d'éyénemens et d'erreurs , et les suites funestes de tous les faux principes des premières sociétés s c'est par eux que la religion et la police se sont insensiblemcx^t changés en fantômes monstrueux qui ont en* l^ndré l'idoUtrie et le despotisme , dont la fiaternité est
é5o ESPRIT
jsi étroite , qu'ils ne sont qu'une seule et même cbos^; Voilà quels ont été les fruits amers des sublimes spécula-r lions d'une théocratie chimérique, qui, pour anticiper sur le céleste avenir, a dédaigné de penser à la terre , dont «lie croyait la fin prochaine.
Pour achever de constater ces grandes vérités , jetons jin coup d'œil sur le cérémonial et sur les principaux usages des souverains despotiques, qui humilient encore la plus grande partie des nations; en y faisant reconnaître les usages et les principes de la théocratie primitive, ce sera sans doute mettre le dernier sceau de l'évidence à ces annales du genre humain : cette partie de notre carrière serait immense si nous n'y mettions des bornes , ainsi que nous en avons mis à tout ce que nous avons déjà parcouru. Historiens anciens et modernes, voyageurs, tous concourent à nous montrer les droits du Dieu monarque dans la cour des despotes; €t ce quil y a de remarquable, c'est que tous ces écrivains n'ont écrit ou n'ont vu qu'en aveugles les différens objets qu'ils ont tâché de nous représenter.
Tu ne paraîtras jamais devant mol les mains vicies (^ Exode xxiij^ i5), disait autrefois aux sociétés théocratiques , le Dieu monarque par la bouche de ses officiers. Tel est sans doute le titre ignoré de ces despotes asiatiques , devant lesquels aucun homme ne peut se présenter sans apporter son offrande. Ce n'est donc point dans l'orgueil ni dans Tavarice des souverains, qu'il faut chercher l'origine de cet usage onéreux, mais dans les préjugés primitifs qui ont changé une leçon de morale en une étiquette politique. C'est parce que toutes choses viennent ici-b^s de l'Etre suprême, qu'un gouvernement religieux
De L^ENCYCLOPÈDlÈi iSi
Avait exige qu^on fît à châqUe instant Thomniage des bieiiéf que Ton tenait de lui : il fallait mônie s'offHr soi-même i car quel est riiomtile qui ne soit du domaine de son créa-: teur? Tous les Hébreux ^ par exemple, se regardaient comme les esclaves nés de leui* suprême monat'cjlie i loùsi ceux que j'ai tirés des misères d'Egypte , leur disait il sont ^ tnes esclaves : ils sont à moi $ c'est mon bien et mon bérilage : et cet esclavage élait si téel , qu'il fallait racheieir les premiers nt's des hommes , et payer un droit de l'achat au ministère public. Ce précepte s'étendait aUssi sut* leâ animaux ; l'homme et la bète devaient être assujettis à là môme loi, parce qu'ds nppartenaieht également au mo-* narque sUprème. Il en a été de même des autres lois tbéociatiques, moralement Vraies, et politiquement faussés J leur mauvaise application eïi fit dès les premiers ieriis les principes fondamentaux de la future servitude des dations. Ces lois iiMnspi raient que terrcUi*, et ne parlaient que châtiment , parce qu'on ne pouvait, qiie par dé èoiitinuels efforts , maintenir les sociétés dans la sphère sùr^ naturelle où l'on avait porté leur police et leur gouvernement. Le monarque,, thet les Juifs endurcis et chez toutes les autres nations , était moins regardé comme un père et comme un Dieu de paix , que comuie un atige exterminateur. Le mobile de la théocratie avait tlônc été la (irainté; elle le fut aussi du despotisme : le dieu des Scythes était représenté par une épée. Le vrai Dieu, chez les Hébreux, était aussi obligé , à cause de leUr caractère , de les tnchai-. ccr perpétuellement : tremble^, devant mon sanctuaire* leur dit-il; quiconque approchera du lieu où je réside, sera puni de mort; et ce langage, vrai quelquefois daiis 1» bouche de la religion^ fut ensuite ridiculement adopié
45l ESPRIT
des despotes asiatiques, afin de contrefaire ea tout la Divinité. Chez les Perses et chez les Mèdes , on ne pouvait voir son roi comme on ne pouvait voir son dieu, sans mourir : et ce fut là le principe de cette invisibilité que les princçs orientaux ont affecté dans tous les tems.
La superstition judaïque, qui s'était imaginé qu'elle ne pouvait prononcer le nom terrible de Jeho\fah y qui était le grand nom de son monarque 9 nous a transmis par-là une des étiquettes de cette théocratie primitive^ et qui s'est aussi conservée dans le gouvernemeut oriental. On y a toujours eu pour principe de cacher le vrai nom du souverain; c'est un crime de lèze-majesté de le prononcer à Siam; et dans la Perse, les ordonnnances du prince ne commencent point par son nom ainsi qu'en Europe, mais par ces mots, ridicules et emphatiques ^ un commandement est sorti de celui auquel l'univers doit obéir (Chardin), En conséquence de cet usage théocratique, les princes orientaux ne sont connus de leurs sujets que par des surnoms ; jamais les historiens grecs n'ont pu savoir autrefois les véritables noms des rois de Perse , qui se cachaient aux étrangers , comme à leur sujets , sous des épithètes attachées à leur souveraitie puissance. Hérodote nous dit , /rVre P^ , que Darius signiGait exterminateur , et nous pouvons Ten croire; c'est un vrai surnom de despote.
Comme il n'y a qu'un Dieu dans l'univers, et que c'est une vérité qui n'a jamais été totalement obscurcie, les premiers mortels qui le représentèrent ne manquèrent point aussi de penser qu'il ne fallait qu'un souverain dans le monde ; le dogme de l'unité de Dieu a donc aussi donné lieu au dogme despotique de l'unité de puissance ^
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c est-4-dire , au titre de monarque universel^ que tous les despotes se sont arrogé, et qu'ils ont presque toujours cherché à réaliser^ en étendant les bornes de leur empire ^ en détruisant autour d'eux ce qu'ils ne pouvaient possé* der, et en méprisant ce que la faiblesse de lem*s bras ne pouvait atteindre sous ce point de vue ; leurs vastes conquêtes ont été presque toutes des guerres de religion y et leur intolérance politique n'a été dans son principe qu'une intolérance religieuse.
Si nous portons nos yeux sur quelques'-uns de ces état« orientaux, qui ont eu pour origine particulière la sécula-^^ risation des grands prêtres des anciennes théocraties , qui en quelques lieux se sont rendus souverains héréditaires p nous y verrons ces images théocratiques affecter jusqu'à Téternité même du Dieu monarque dont ils ont envahi le trône. C'est un dogme reçu en (certains lieux de l'Asie » que le grand lama des Tartares , et que le kutucha des Calmoucs ne meureQt jamais^ et qu'ils sont immuables et étemels, comme l'Être suprême dont ils sont les 'or« ganes. Ce dogme , qui se soutient dans l'Asie par l'impos^ tare depuis une infinité de siècles, est aussi reçu dans TÂbyssinie^mais il ye*t spirituellement plus mitigé, parce qu'on y a éludé l'absurdité par la cruauté ; on y empêche le chitomé ou prêtre universel , de mourir naturellement; s'il esl^ malade on l'étouffé $ s'il est vieux on l'assomme ; et en cela il est traité comme l'Apis de l'ancienne Memphis« que l'on noyait dévotemeut dans le Nil lorsqu'il était ca^ duc, de peur sans doute que par une mort naturelle il ne choquât l'éternité du Dieu monarque qu^il représen-* tait. Ces abominables usages nous dévoilent quelle est lantiquité de leur origine : contraires au bien*étre des
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souverains, ils ne sont donc point de leur invention. Si les despotes ont hérité des suprêmes avantages de la théocratie, ils ont aussi été les esdaves et les victimes des ridicules et cruels préjugés dont elle avait rempli l'esprit des nations. An royaume de Saba , dît Diodore, on lapidait les princes qui se montraient et qni sortaient de lenrs palais; c'est qu'ils manquaient à l'étiquette de l'invisibilité ; nouvelle preuve de ce que nous venons de dire- Mais quel contraste allons-nous présenter? ce sont tous les despotes commandans à la nature même; lA ils font fouetter les mers indociles , et renversent les montagnes qui s'opposent à leur passage. Ici, ils se disent les maîtres de toutes les terres , et de toutes les mers, et de tous les fifenves, et se regardent comme les dieux souverains de tous les dieux de l'univers. Tous les historiens moralistes qui ont remarqué ces traits de l'ancien despotisme , n'ont vu dans ces extravagances que les folies particulières de quelques princes insensés ; mais pour nous , nous n'y devons ¥oir qu'une conduite autorisée et reçue dans le plan des aaciens gouvememens. Ces folies n'ont rien eu de personnel, mais elles ont été l'ouvrage de ce vice universel ^i avait infecté la police de toutes les nations.
L'Amérique, qui n'a pas moins conservé que l'Asie une mndtiftude de ces erreurs tbéocratiques , nous en présente ici uoie des plus remarquables *dans le serment que les souverains du Mexique faisaient à leur couroimement, et dans l'engagement qu'ils ocmtractaient lorsqu'ils m<»toient sur le trône. Ils juraient et promettaient que piendant la durée de leur règne , les pluies tomberaient à propos dans leur empire; que les fleuves ni les rivières ne se «déborderaient point ; que les campagnes seraient fer-
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tiles , et que leurs sujeU ne recevraient du ciel ni clu to« leil aucune maligne influence. Quel a donc été l'éiioriiM fardeau dont Thomme se trouva chargé ausaitôt qt]*à la place des symboles brutes et inanimés de la première théocratie , on en eut fait l'image de la Divinité ? Il fallut donc <|H'il fut le garant de toutes les calamités naturolka qu'il ne pouvait produire ni empêcher, et la source des biens qu'il ne pouvait donner : par-là les souverains $é virent confondus avec ces vaines idoles qui avaient encore eu moins de pouvoir qu'eux y et Les nations imbécile» les obligèrent de même à se comporter en dieux , lorsqu'elles n^auraient du, en les mettant à la tète des sociétés ,. qu'exiger qu'ils se comportassent toujours en hommes ^ et qu'ils n'oubliassent jamais qu'ils étaient, par leur nature et par leurs faiblesses , égaux à tous ceux qui se soumet-^ taient à eux sous l'abri commun de l'humanité , de la rai* son et des lois.
Parce que ces anciens peuples ont trop demandé à leurs^ souverains , ils n'en ont rien obtenu : le despotisme est devenu une autorité sans bornes^ parce qu'on a exigé deft choses sans bornes; et l'impossibilité où il a été de faire les biens extrêmes qu'on lui demandait, n'a pu lui laisser d'autre moyen de manifester son énorme puissance, que celui de faille des extravagances et des maux mitrémes*; Tout ceci ne prouve*t-îl pas ^core que le despotisme n'est qu'une idolâtrie aussi stupide devant l'homme rai<^ sonnabk , que criminelle devant l'homme religieux ?L'j^ mérique pouvait tenir cet Uj^ge de l'Afrique, oià tous les despotes sont encore des dieux de plein exercice^ ou d^s» royaumes de Totoea, d'Âgag , de Monomotapa » dt LoangQ i etc. C'est à leurs souverains que ks peuples.tat
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recours pour obtenir de la pluie ou de la sécheresse ; c'est eux que l'on prie pour éloigner la peste ^ pour guérir les maladies, pour faire cesser la stérilité ou la famine; on |es invoque contre le tonnerre et les orages , et dans toutes les circonstances enfin où l'on a besoin d'un secours surnaturel. L'Asie moderne n'accorde pas moins de pouvoir à quelques-uns de ses souverains ; plusieurs prétendent encore rendre la santé aux malades ; les rois de Siam commandent aux élémens et aux génies malfaisans; ils leur défendent de gâter les biens de la terre ; et comme quelques anciens rois d'Egypte, ils ordonnent aux rivières débordées de rentrer dans leurs lits , et de cesser leurs ravages.
Nous pouvons mettre aussi au rang des privilèges insensés de la théocratie Tabus que les souverains orientaux ont toujours fait de cette faible moitié du genre humain qu'ils enferment dans leurs sérails , moins pour servir & des plaisirs que la polygamie de leur pays semble leur permettre, que conune une étiquette d'une puissance plus qu'humaine et d'une grandeur surnaturelle en tout. En se rappelant ce que nous avons dit ci-devant des femmes que l'incontinente théocratie avait données au dieu monarque, et des devoirs honteux auxquels die avait asservi la virginité , on ne doutera pas que les symboles dieux n'aient aussi hérité de ce tribut infime, puisque, dans les bides, on marie encore solennellement des idoles de pierre, et que, dans l'ancienne Lybie, au rapport jlUérodote , les pères qui mariaient leurs filles étaient obligés de les amener au prince la première nuit de leurs DOceB j pour lui offrir le droit du seigneur.
Ces deux alieodotes suffisent sens doute pour montrer
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l'origine et la succession d'une étiquette que les despotes ont nécessairement; dû tenir d'une administration qui avait, avant eux, perverti la morale et abusé de la nature humaine.
La source du despotisme ainsi connue, il nous reste/ pour compléter aussi l'analyse de son histoire, de dire quel a été son sort et sa destinée vis-à-vis des ministres théocratiques qui survécurent à la ruine de leur première puissance. La révolution qui plaça les despotes sur le trône du dieu monarque , n'a pu se faire, sans doute, sans exciter et produire beaucoup de disputes entre les anciens et les nouveaux maîtres ; l'ordre théocratique dut y voir la cause du dieu monarque intéressée. L'élection d'un roi pouvait être regardée en même tems comme une rébellion et comme une idolâtrie. Que dé fortes raisons pour inquiéter les rois, et pour tourmenter les peuples! Cet ordre fut le premier ennemi des empires naissans et de }a police humaine. U ne cessa de parler au nom du mo* narque invisible, pour s'assujettir le monarque visible ; et c'est depuis cette époque que l'on a souvent vu les deux dignités suprêmes se disputer la primauté, lutter l'une contre l'autre, dans le plein et dans le vide , et se donner alternativement des bornes et des limites idéales qu'elles ont alternativement franchies, suivant qu'elles ont été plus ou moins secondées des peuples indécis et flottans entre la superstition et le progrès des connaissances.
Un reste de respect et d'habitude ayant laissé subsister les anciens symboles de pierre et de métal qu'on aurait du supprimer, puisque les symboles humains devaient en tenir lieu, ils restèrent sousJa direction de leurs anciens officiers , qui n'eurent plus d'autre occupation que cell^
de les faire valoir de leur mieux , afin d'attirer de leur côté 9 par un culte religieux, les peuples cpi'on culte politique et nouveau attirait puissamment vers un autre objet. La diversion a dû être forte sans doute, dès les eommencemens de la royauté^ mais les désordres des princes ayant bientôt diminue l'affection qu'on devait à leur trône, les hommes retournèrent aux autels des dieux et aux autres oracles , et rendirent à l'ordre théocratique presque toute sa première autorité. Ces ministres dominèrent bientôt sur les despotes eux-mêmes : les symboles de pierre commandèrent aux symboles vivans; la constitution des états devint double et ambiguë, et la réforme que les peuples avaient cru mettre dans leur premier gouvernement ne servit qu'à placer une théocratie politique à côté d'une théocratie religieuse, c'est-à-idire, qu'à les rendre plus malheureux en doublant leurs chaînes avec leurs préjugés.
La personne même des despotes ne se ressentit que trop du vice de leur origine } si les nations se sont avisées quelquefois d'enchaîner les statues de leurs dieux, elles en ont aussi usé de même vis-à-vis des symboles humains; c'est ce que nous avons déjà remarqué chez les peuples de 6aba et d'Abyssinie, où les souverains étaient le jouet et la victime des préjugés qui leur avaient donné une exis- :tenCe funeste par ses faux titres. De plus, comme l'origine des premiers despotes , et l'origine de tous les simulacres dés dieux était la même, les ministres théocratiqttes les regardèrent souvent comme des meubles du sanctuaire, et les considérant sous le même point di^ vue que ces idoles primitives ^qu'ils décoraient à leur fantaisie et qu'ils faisaient paraître ou disparaître à leur gré, ils se crurent
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de même eu droit de changer sur le trône comme sur l'autel ces nouvelles images du dieu monarque , dont îis se croyaient eux seuls les vëritables ministres* Voilà quel a été le titre dont se sont particulièrement servis , contre les souverains de Tancienne Ethiopie , les ministres idolâtres du temple de Moroë.
« Quand il leur en prenait envie, dit Diodore de Sicile, lîp. III j ils écrivaient aux monarques que les dieux leur ordonnaient de mourir , et qu'ils ne pouvaient, san» crime y désobéir à un jugement du ciel. Ils ajoutaient i oet ordre plusieurs autres raisons qui surprenaient aiséoKiit des hommes simples , prévenus par ^antiquité de )a coutume, et qui n'avaient point le génie de résister à c^ commandemens injustes. Cet usage y subsista pendant une longue suite de siècles , et les princes se soumirei^t i toutes ces cruelles ordonnances, sans autre contrainte que leur propre superstition. Ce ne fut que sous Ptolomée II qu un prince nonuné Ergamènes , instruit dans la phUo^ Sophie des Grecs , ayant reçu un ordre semblable , osa 1« premier secouer le joug; il prit, continue notre auteur, une résolution vraiment digne d'un roi ; il assembla son armée et marcha contre le temple , détruisit l'idole avec ses ministres , et réforma leur culte. )>
C'est sans doute l'expérience de ces tristes excès qui avait porté , dans la plus haute antiquité , plusieurs peuples à reconnaître dans leurs souverains les deux dignités suprêmes , dont la division n'avait pu produire que des effets funestes. On avait vu, en effet, dès les premiers lems connus ^ le sacerdoce souvent uni à l'empire , et des nations penser que le souvei'ain d'un état en devait être le premier magistrat 5 cependant l'union du diadème et
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de Fautel ue fut pas^ chez les nations , sans vice et sans inoonvënîent j parce que chez plusieurs d'entre elles , le trône n'ëtait autre chose que l'autel même, qui s'était sécularisé, et que chez toutes, on cherchait les titres de cette union dans des préventions théocratiques et mjpstî* ques, toutes opposées au bien-être des sociétés.
Nous terminerons ici l'histoire du despotisme; nous avons vu son origine, son usage et ses faux titres 5 nous avons suivi les crimes et les malheurs des despotes , dont on ne peut accuser que le vice de l'administration surnaturelle qui leur avait été donnée.
La théocratie, dans son premier âge, avait pris les hommes pour des justes , le despotisme ensuite les a regardés comme des méchans ; l'une avait voulu afficher le ciel, l'autre n'a représenté que les enfers; et ces deux gouvernemens , en supposant des principes extrêmes qui ne sont point faits pour la terre, ont fait ensemble le malheur du genre humain , dont ils ont changé le caractère et perverti la raison. L'idolâtrie est venue s'emparer dû trône élevé au dieu monarque , elle en a fait son autel ; le despotisme a envahi son autel, il en a fait son trône; et une servitude sans bornes a pris la place de cette précieuse liberté qu'on avait voulu afficher et conserver par des moyens surnaturels. Ce gouvernement n'est donc qu'une. théocratie païenne, puisqu'il en a tous les usages^ tous les titres et toute l'absurdité.
Arrivé au terme où l'abus du pouvoir despotique va faire paraître en diverses contrées le gouvernement républicain , c'est ici que , dans cette multitude de nations anciennes qui ont toutes été soumises à une puissance unique et absolue , on va reconnaître dans quelques - unes cette
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actidn physique qui concourt à fortifier ou à afiâiblir les préjugés qui commandent ordinairement aux nations de la terre avec plus d'empire que leurs climats*
Lorsque les abus de la première théocratie avaient pro« duit l'anarchie et l'esclavage , l'anarchie avait été le partage de l'occident , dont tous les peuples devinrent errans et sauvages , et la servitude avait été le partage des nations orientales. Les abus du despotisme ayant ensuite fait gémir l'humanité, et ces abus s'étant introduits dans l'Europe par les législations et les colonies asiatiques qui y répandirent une seconde fois leurs préjugés et leurs faux principes, cette partie du monde sentit encore la force de son climat; elle souffrit, il est vrai, pendant quelque tems; mais à la fin, l'esprit de l'occident renversa dans la Grèce et dans l'Italie , le siège des tyrans qui s'y étaient élevés de toutes parts ; et pour rendre aux Européens l'honneur et la liberté qu'on leur avait ravie , cet esprit a établi partout le gouvernement républicain, le croyant le plus capable de rendre les hommes heureux et libres.
On ne s'attend pas sans doute à. voir renaître dans cette révolution les préjugés antiques de cette théocratie primitive ; jamiais les historiens grecs ou romains ne nous ont parlé de cette chimère mystique, et ils sont d'accord ensemble pour nous montrer l'origine des républiques dans la raison perfectionnée des peuples et dans les connaissances politiques des plus profonds législateurs : nous craindrions donc d'avancer un paradoxe en disant le contraire, si nous n'étions soutenus et éclairés par le fil naturel de cette grande chaîne des erreurs humaines que nous avons parcourue jusqu'ici avec succès , et qui va de
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même se prolonger dans les âgeâ que l'on a cra Ita plus philosophes et les plus sages. Loin que les prëjugés thëocratiques fussent éteints, lorsqu'cm chassa d'Athènes les Pisistrates et les Tarquins de Rome , ce fut alors qu'ils se réveillèrent plus que jamais ; ils influèrent encore sur le plan des nouveaux gouvernemens^ et conmie ils dictèrent les projets de liberté qu'on imagina de toutes parts , ils furent aussi la source de tous les vices politiques dont les législations républicaines ont été affectées et troublées. Le premier acte du peuple d'Athènes , après sa déll-
^ vrance, fut d'élever une statue à Jupiter et de lui donner le titre de roi, ne voulant point en avoir d'autres à l'a* venir ; ee peuple ne fit donc autre chose alors que rétablir le règùe du dieu monarque, et la théocratie lui parut donc le véritable et seul nloyeu d« faire revivre cet ancien âge d'or, où les sociétés heureuses et libres n'avaient eu d'autre souverain que le dieu qu'elles invoquaient.
Le gouvernement d'un roi théocratique , et la nécessité de sa présence dans toute société tenait tellement alors à
^ la religion des peuples de l'Europe , que , malgré l'horreur qu'ils avaient conçue pour les rois , ils se crurent néanmoins obligés d'en conserver l'ombre lorsqu'ils en anéantissaient la réalité. Les Athéniens et les Romains en relë* guèrent le nom dans le sacerdoce; et les uns, en créant un roi des augures , et les autres un roi des sacrifices , s'imaginèrent satisfaire par-là aux préjugés qui exigeaient que telles ou telles fonctions ne fussent faites que par des images théocratiques. Il est vrai qu'ils eurent un grand besoin de renfermer dans des bornes très-étroites le pouvoir de ces prêtres rois^ on ne leur donna qu'un faux titre et quelques vaines distinctions $ mais il arriva que le
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peuple ne reconnaîasant pour maîtres que des dieux inrisiblefi f ne forma qu'une société qui n'eut de Funitë que sous une fausse spéculation, et que chacun en voulut être le maître et le centre $ et comme ce centre fut partout, il ne se trouva nulle part.
Nous dirons de plus que , lorsque ces premiers réptirblicains anéantirent les rois , en conservant cependant la royauté, ils y furent encore portés par un reste de ce préjugé antique , qui avait engagé les primitives sociétés à vivre dans l'attente du dieu monarque , dont la ruine du monde leur avait fait croire l'arrivée instante et prochaine; c'était cette fausse opinion qui avait porté ces sociétés à ne se réunir que sous un gouvernement figuré , et à ne se donner qu'une administration provisoire. Or , on a tout lieu de croire que les républicains ont eu dans leur tems quelque motif semblable , parce qu'on retrouve che2 eux toutes les ombres de cette attente chimérique. L'oracle de Delphes promettait aux Grecs un roi futur , et les sibylles des Romains leur avaient aussi annoncé, pour l'avenir, un monarque qui les rendrait heureux et qui étendrait leun domination par toute la terre. Ce n'a même été qu'à l'abri de cet oracle corrompu, que Aome marcha toujours d'un pas ferme et sûr à l'empire du monde , et que les Gé« sars s'en emparèrent ensuite. Tous ces oracles religieux n'avaient point eu d'autres principes que l'unité future du règne du dieu monarque , qui avait jeté danç toutes les sociétés cette ambition turbulente qui a tant de fois ravagé l'univers , et qui a porté tous les anciens conquérans à se regarder comme des dieux ou coiiime les enfans des dieux.
Après la destruction des rois d^sraè'l et de Juda et le
retour de la captivité, les Hébreux en agirent à peu près comme les autres républiques ; ils ne rétablirent point la royauté , ni même le nom de roi ; mais ils en donnèrent la puissance et l'autorité à l'ordre sacerdotal, et du reste, ils vécurent dans l'espérance qu'ils auraient un jour un monarque qui leur assujettirait tous les peuples de la terre; mais ce faux dogme fut ce qui causa leur mine totale. Ds confondirent cette attente chimérique et charnelle avec l'attente particulière où ils devaient être de notre divin Messie, dont le dogme n'avait aucun rapport aux folies des nations. Au lieu de n'espérer qu'en cet homme de douleur et ce dieu caché qui avait été promis à leurs pères, les Juifs ne cherchèrent qu'un prince , qu'un conquérant et qu'un grand roi politique. Après avoir troublé toute l'Asie pour trouver leur fantôme, bientôt ils se dévorèrent les uns les autres , et les Romains indignés engloutirent enfin ces faibles rivaux de leur puissance et de leur amhition'religieuse. Cette frivole attente des nations n'ayant été autre , dans son principe , que celle du • dieu monarque , dont la descente ne doit arriver^qu'à la fin des tems , elle ne manqua pas de rappeler par la suite les autres dogmes qui en sont inséparables , et de ranimer toutes les antiques terreurs de la fin du monde : aussi viton dans ces mêmes circonstances , où la république ro-* maine allait se changer en monarchie, les devins delà Toscane annoncer, dès les tems de Sylla et de Marins, l'approche de la révolution des siècles ; et les faux oracles de l'Asie, semer parmi les nations ces alarmes et ces fausses terreurs qui ont agi si puissamment sur les premiers siècles de notre ère , et qui ont alors produit des effets assez semblables à ceux des âges primitif.
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Pftr cette courte exposition d'une des grandes énigmes de l'histoire du moyen âge» l'on peut juger qu'il s'en fallait de beaucoup que les préjuges de Tancienne théocratie fussent effacés de l'esprit des Européens. En proclamant donc un dieu pour le roi de leur république naissante» ils ' adoptèrent nécessairement tous les abus et tous les ipsages qui devaient être là suite de ^e premier acte , et en le renouvelant, ils s'efforcèrent aussi de ramener les sociétés à cet ancien âge d'or , et à ce règne surnaturel de justice , de liberté et de simplicité qui en avait fait le bonheur. Us ignoraient alors que cet état n'avait été dans son tems que la suite des anciens malheurs du monde, et l'effet d'une vertu momentanée , et d'une situation extrême , qui n'étant point l'état habituel du genre humain sur la terre ^ ne peut faire la base d'une constitution politique, qu'on ne doit asseoir que sur un milieu fixe et invariable. Ce fut donc dans ces principes , plus brillans que solides, qu'on alla puiser toutes les institutions qui devaient doàner la liberté à chaque citoyen ; et l'on fonda cette liberté sur l'égalité de puissance , parce qu'on avait encore oublié que les anciens n'avaient e|i qu'une égalité de misère* Gonune on s'imagina que cette égalité^ que mille causes physiques et morales ont toujours écartée, et écarteront toujours de la terre; comme on s'imagina, dis-je, que cette égalité était de l'essence de la liberté , tous les membres d'une républ'que se dirent égaux , ils furent tous rois , ils furent tous législateurs ou participans à la législation. Pour maintenir ces glorieuses et dangereuses chimères, il n'y eut point d'état républicain qui ne se vit forcé de recourir à des moyens vîolens et surnaturels. Le mépris des riches*see , la communauté des biens » le partage des terres , la
suppression de 1 or et de l'argent monnayé y l'abolition des dettes, les repas communs, i^expulsion des étraB§er«f la prohibition du commerce , les fermes de la police et k vafeiir des toîx législatives; enfin une multitude de lois contre le luse et pour la frugalité publique, les occiqièrent et les divisèrent sans cesse* On édifiait aujourd'hui ce qu'il fiallait détruire peu après ; les principes de la soeiâté étaient toujours en contradiction avec son état , et les moyens qu'on employait étaient toujoursfaux , parée qu'où appliquait à des nations nombreuses et formées , des lois, ou plutôt des usages qui ne pouvaient convenir qu à un âge mystique, et qu'à des familles religieuses.
Les républiques se disaient libres , et la liberté fuyait devant elles; elles voulaient être tranquilles^ elles ne le furent jamais; chacun s'y prétendait égal, et il n'y eut point d'égalité : enfin, ces gouvememens pour avoir eu pour point de vue tous les avantages extrêmes des théoeraties et de l'âge d'or, furent perpétuellement ccmmie ces vaisseaux qui , cherchant des contrées imaginaires , s'exposent sur des mers orageuses, on après avoir été long-tems tourmentés par d'affireuses tempêtes^ vont échouer à la fin sur des éeueik, et se briser contre les rochers d'une terre déserte et sauvage. Le système républicain cherchait de même une contrée fabuleuse; il fuyait le despotisme, et partout le despotisme fut sa fin; telle était même la mauvaise constituticm de ces gouvememens jaloux de liberté et d'égalité , que ce despotisme qu'ils haïssaient en était l'asile et le soutien dans les tems difficiles : il a fallu bien souvent que Rome, pour sa propre conservation, se soumit volontairement à des dictateurs souverains. Ce remède violent , qui suspendait l'action de toute loi et de toute
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magistrature, fut la ressource de cette fameuse république dans toutes les circonstances malheureuses où le vice de sa constitution la plongeait. L'héroïsme des premiers tems le rendit d'abord salutaire , mais sur la fin cette dictature se fixa dans une fannille ; elle y devint héréditaire^ et ne produisit plus que d'abominables tyrans.
Le gouvemonent républicain n'a donc été dans -son origine qu'une théocratie renouvelée ; et comme il en eut le même esprit, il en eut aussi tous les abus, et se termina de même par la servitude* L'un et l'antre gouvernement eurent ce vice essentiel de n'avoir point donné à la société un lien visible et un centre commun qui la rappelât vers l'unité, qui la représentât dans l'aristocratie. Ce centre commua n'était autre que les grands de la nation en qui résidait 1 autorité 5 mais un titre porté par mille tètes ne pouvant représenter cette unité , le peuple indécis y fut toujours partagé en fiictions, ou soumis à mille tyrans.
La démocratie dont le peuple était souverain , fut un autre gouvernement aussi pernicieux à h société , et il ne faut pas être né dans l'orient pour le trouver ridicule et monstrueux. L^slateur , sujet et monarque à la fois , tantôt tout, et tantôt rien, le peuple souverain ne fut :amais qu'un tyran soupçonneux , et qu'un sujet indocile , qui entretint dans la société des troubles et des dissensions perpétuelles , qui la firent à la fin succomber sous les ^memts du dedans et sous ceux qu'on lui avait faits an dehors. L'inconstance de ces diverses républiques et leur covrte durée suffiraient seules , indépendamment du vice de leur origine y pour nous finre connaître que ce goûver* nement n'est point fait pour la terre , ni proportionné au caractère de l'homme , ni capable de faire ici-bas tout son
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bonheur possible. Les limites étroites des territoires entre lesquelles il a toujours &llu que ces républiques se renfermassent pour conserver leurs constitutions, nous montrent aussi qu'elles sont incapables de rendre heureuses les grandes sociétés. Quand elles ont voulu vivre exactement suivant leurs principes , et les maintenir sans altération , elles ont été obligées de se séparer du reste de la terre ; et en effet, un désert conviejit autant autour d'une république qu'autour d'im empire despotique, parce que tout ce qui a ^e& principes dans le surnaturel , doit vivre seul et se séparer du monde ; mais par une suite de cet abus nécessaire, la multitude de ces districts républicains fit qu'il j eut moins d'unité qu'il n'y en avait jamais eu parmi le genre humain. On vit alors une anarchie de ville en ville , comme on eu avait vu une autrefois de particulier à particulier. L'inégalité et la jalousie des républiques entre elles firent répandre autant et plus de sang que le despotisme le plus cruel; les petites sociétés furent détruites par les grandes, et les grandes, à leur tour se détruisirent elles-mêmes. ^
L'idolâtrie de ces anciennes républiques offrirait encore un vaste champ où nous retrouverions facilement tous les détails et tous les usages de cet esprit théocratique qu'elles conservèrent» Nous ne nous y arrêterons pas cependant; mais nous ferons seulement remarquer que si elles con« sultèrent avec la dernière stupidité le vol des oiseaux et les poulets sacrés , et si elles ne commencèrent jamais aucune entreprise, soit publique, soit particulière, soit en paix , soit en guerre , sans les avis de leurs devins et de leurs augures, c'est qu'elles ont toujours eu pour principe de ne rien faire sans les ordres de leur monarque théocra-
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iiqfie. Ces républiques n'ont été idolâtres que par là , et l'apostasie de la raison qui a fait le crime et là honte du paganisme , ne pouvait mancpier de se perpétuer par leur gouvernement surnaturel.
Malgré l'aspect désavantageux sous lequel les républiques viennent de se présenter à nos yeux , nous ne pouvons oublier ce <{\ie leur histoire a de beau et d'intéressant dans les exemples étonnans de force , de vertu et dé courage qu'elles ont toutes donnés, et par lesquels elles se sont immortalisées; ces exemples , en effet, ravissent encore notre admiration , et affectent tous les cœurs vertueux ; c'est là le beau côté de l'ancienne Rome et d'Athènes. Exposons donc ici les causes de leurs vertus , puisque nous avons exposé les causes de leurs vices.
Les républiques ont eu leur âge d'or, parce que tous les états surnaturels ont nécessairement dû commencer par, là. Les spéculations théocratiques ayant fait la base des spéculations ré}>ublicaines , leurs premiers effets ont dû élever l'homme au-dessus de lui-même, lui donïier une âme plus qu'humaine, et lui inspirer tons les senti-^ mens qui seuls avaient été capables autrefois de soutenir le gouvernement primitif qu'on voulait renouveler pour faire reparaître avec lui sur la terre la vertu , l'égalité et la liberté. 11 a donc fallu que le républicain s'élevât pendant un tems au-dessus de lui-même ; le point de vue de sa législation étant surnaturel , il a fallu qu'il fût vertueux pendant un tems, sa législation voulant faire renaître Fâge d'or qui avait été le règne de la vertu $ mais il a fiiUu à la fin que l'homme redevint homme, parce qu'il est fait poiur l'être.
Les grands mobiles qui donnèrent alors tant d'éclat aux' ToAUi v. u^
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f^nèteux efibrU de rbumâniU» furent niistî ks éâiuet dé leur courte durée* La ferveur de l'âgé d'ot sVtait fefloii<*- ▼«lée; mais elle fut encore passagère ; Fb^roïsme avait ns* paru dans tout son lustre, mais il s'éclipsa de médiet parce que les prodiges id^bas ne sont point ordinairei^ et que le surnaturel n'est poînt fait pour la terre. Quelques* uns ont dit que les vertus de ces anciens répnblicaitu n'avaient été que des vertus humaines et de failssea rtt» tas ; pour nous , nous disons le contraire : si elles ont éli fausses, c'est parce qu'elles ont été plus qu'humaines $ sans ce vice elles auraient été plus constantes et plua vraies.
L'état des sociétés ne doit point élre en effet étfid>ti tmt le sublime, parce qu'il n'est pas le point fixe ni le canietéiit moyen de l'hom^ne, qui souvent ne peut pratiquer la vertu qu'on lui prècbe, et qui plus souvent encore en abuse lorsqu'il la pratique, quand il a éteint sa raison, et lorsqu'il a dompté la nature. Nous avons toujours vu )usqu'ici qu'il ne l'a lait que pour s'élever au-dessus de l'bumanité^ et c'est par les mêmes principes que les ré* publiques se sont perdues, après avoir produit des ver** tus monstrueuses plutôt que de vraies vertus, et s'être livrées à des excès contraires à leur bonheur el â la tran^ q[uillité du genre humain.
Le sublime 9 ce mobile si nécessaire du gottvemeiiiént lépublicain et de tout gouvernement fondé sur des tuée plus .qu'humaines, est un ressort si disproportionné dene le monde politique, que dans ces austères républiques de le Grèce et de lltalle , souvent la pins sublime vertu y était punie , et presque toujours maltraitée : Kome et Mhènes nous en ont donné des preuves qui nous paraissent inconcevables ^ parce qu'on ne veut janu^ prendre l'homine
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pour ce qu?8' esl. Le plas grand' personnage, les meillfenr» citoyens , tous ceui enfin qui avaient le plus oblîgé'lteur pati'ie, étaient bannis ou se bannissaient d'eux-même^;^ c'est qiiih choquaient cette nature humaine qu^on mé- <ionnaissait';' c'est qu^ilis étaient coupables" envers Pé^liW publique par Heur trop èe vertu*. Nous- concluerony dbntrf par le bien et le mal extrême dont les républiques^ an^ eieunes^ont ctH? susceptibles-, que leur gouvernement était vicieuit en tout, parce que préoccupé dte principes tHéb-* cratiques , iï ne pouvait être que très-éloigné' dte cet état moyen , qui' seul peut sur la* terre arrêter et fixer à leur vérifefble degré la srureté , te repos* et le bonheur du* genre hutnaim
Les' excès d\i despotisme, les d^ger^ dies ré^ublîqtues", eli le (aixt de ces dteux gouvememens , issus d'une théo" <îra*ie chimérique, nous apprendraient cé que nous devons penser du gouvernement monarchique , quantï même ftt raii^ow seule ne le dicterait pas. Un* état politique où' fe trèné du monarque qut représente Funité a pour fondte^ Arenf les loi« de fe société sur laquelle il règtie , doit être le pJiis sage et fe pl'us heureux de tous. Les principes êfvfat teï gowemément sont pris dans la tteâvtre de Fhomrae et de la planète qu'il habite; il* est fait pour la terre, conrmief tme république et une vérîtablè théocratie ne sont faite* ijWiF* poiïr lé ciel y cl comme le cfespotîsme est fait pour les êDfers. L'ïiénneur et la raison, qui lui ont dolimé lY»tre, sont les vrais mobiles de l'homme , comme cette sublimé vei^ttt, dont lés république^ n'ont pu nous montrer qUe ies rayons passagers , sera le mobile constant dés justes de f*èinpyrée , ^t coitomè la craihfe des états despotiques sértk f «nique mobile àes méchans au fart are. C*est le gouver-
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nement monarchique qui seul a trouvf^ les vrais moyens Ae nous faire jouir de tout le bonheur poj^^le, de toute la liberté possible , et de tous les avantages dont l'homme en société peut jouir sur la terre. Il n'a point été, comme les anciennes législations , en chercher de chimériques dont ou ne peut constamment user, et dont ou peut abuser sans cesse.
Ce gouvernement doit donc être regardé comme le chef-d'œuvre de la raison humaine , et comme le port où le genre humain « battu de la tempête en cherchant une félicité imaginaire ^ a dû enfin se rendre pour en trouvez une qui fût faite pour lui. Elle est sans doute moins sublime que celle qu'il avait en vue , mais elle est plus solide , plus réelle et plus vraie sur la terre. C'est là qu'il a trouvé des rois qui n^aiEchent plus la divinité, qui ne peuvent oublier qu ils sont des hommes; c'est là qu'il peut les aimer et les respecter, sans les adorer comme de vaines idoles , et sans les craindre comme des dieux extermina-
leurs ; c'est là que les rois reconnaissent des lois sociales et fondamentales qui rendent leurs trônes inébranlables et leurs sujets heureux, et que les peuples suivent sans peine et sans intrigues des lois antiques et respectables que leur ont donné de sages monarques sous lesquels , depuis une longue succession de siècles, ils jouissent de tous les privilèges et de tous les avantages modérés qui distinguent l'homme sociable de l'esclave de l'Asie et du sauvage de l'Amérique.
L'origine de la monarchie ne tient en rien à cette chaîne d'événemens et de vices communs qui ont lié jusqu'ici les uns aux autres les gouvememens antérieurs, et c'est ce qui £ût particulièrement son bonheur et sa gloire. Comme les i
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âncieitô préjugés, qui faisaient encore partout le malheur du monde 9 s'étaient éteints dans les glaces du Nord, nos ancêtres , tout grossiers qu'ils étaient , n'apportèrent dan* nos dimats que le froid bon sens, avec ce sentiment d'honneur qui s'est transmis jusqu'à nous , pour être à jamais l'âme de la monarchie. Cet honneur n'a été et ne doit être encore dans son principe que le sentiment intérieur de la dignité de la nature humaine , que les gouvernemens théocra tiques ont dédaigné et avili, que le despotique a détruit , mais que le monarchique a toujours respecté, ^àtcé que son objet est de gouverner des hommes incapables àé cette vive imagination qui a toujours porté Iqs peuples du midi aux vices et aux vertus extrêmes. Nos ancêtres trouvèrent ainsi le vrai qui n'existe que dans un juste milieu; et loin de reconnaître dans leurs chefs des dons surnaturels et une puissance plus qu'humaine, ils se contentaient en les couronnant de les élever sur le pavoî et de les porter sur leurs épaules ^ comme pour faire connaître qu'ils seraient toujours soutenus par la raison publique, concluits par son esprit et inspirés par ses lois. Bien plus^ ils placèrent à cdt'é ^Vux des hommes sages, auxqueb ils donnèrent la drgïihÉlé de pairs , non poiu* les égaler aux rois , mais pour apprendre à ces rois qu'étant hommes, ils sont égaux à des hommes. Leurs principes humains et modérés n'exigèrent donc point de leurs souverains qu'ils se comportassent en dieux , et ces souverains n'exigèrent point non plus de ces peuples sensés , ni ce sublime dont les mortels sont peu capables , ni cet avilissement qui les révolte ou qui les dégrade. Le gouvernement monarchique prit la terre pour ce qu'elle est et les hommes pour ce qu'ils sont) elle les y laissa, jouir des droits et des prîvi-
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}éges all9.oh4is j^Jeur .naîâsance.y à leur état et à ]fi,ur {sl^ |Culté;ilj8DtretiDt dans chacun d'eua^ des «entimens dlbonneiK f ,guî 4p^t llbarmonie ,et la contenance de tout le cprp5tppliiiq^e; et.qe.quifait enFrfi son plus.paiifait ëloge, c^est qaen soutenant ce noble oifgucil de^HiuTnaniiéfâl a sUviourner à Tavantage de la société les {passions iiumaineSy si (iiuestes à toutes les autoes législations , qui ont moins chercbé à les conduire qua les détcuire ou à les exalter : constitution admirable., digne de tous nos respects et de tout notre amour ! Ghaque coi^ps, cbaque société, cbaque particulier même y doit voir une position dautant plus constante et d'autant plus beureuse , que cette position n'est pqint. établie sur de faux .principes 9 ni fondée sur des mobiles ou. des motifs .chimériques, mais sur Ja raison et sur le caractère des choses d'ici-bas. iCe «qu il y a rmème de plus estimable dans ce gouvernement., .c'est qu'il n'a point été la suite d'une législation particuliève ni d'un système ,médité, mais Je fruit lent etitacdif .de la raison d^gée de ses préjugés antiques.
Il aété Touvrage de la nature, qui doit^tre à bon titre r^airdée comme la législatrice et comii^ -1^ Joi'fondamen- ^le de.cej; heureux et sage.gouvernenjent!: o est «elle aeuk gui a donné une législation capable de sulvce dans ses progrès le génie du genre humain, et d'élever l'esprit de cdmque. gouvernement à mesure que l'esprit de dbaque na« lion s'éclair^ et s'élève : , équilibre sans lequel ces deia eiçprits cherchaient en vain leur repos et leur sai?eté.
Nous n'entrerops point dans le détail tdes di-i^psiiés .gu'ont. entre elles les monarchies présentes de J'£iicQpef ^i des ,év.énemeiis qui , depuis dix à douze siècles , iOU jix,çjhL\X yçe^ vmaitiojoi^. Xta^s tout , l'^esparit prîiaitif est
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toujours le inème; s'il a été quelquefois altéré ou changé , c'^ïst parce que les antiques préventions des climats oA «lies soiit venues s'établir , ont cherehé à les subjuguer dans ces âges d'ignorance et de superstitions qui plongèrent pour un teneiâ dans le sommeil le bon sens des natiiMts européennes , et même ta religion la plus sainte.
Ce fut sous cette ténébreuse époque que ces mêmes préjugés théocratiques , qui avaient infecté les anciens goavememens» entreprirent de s'assujettir aussi les monarchies Bouv^dles, et que, sous mille formes différentes , ils en furent tantôt les fléauK et tantôt les corruptem^a. Mais à quoi sert de rappeler un Age dont nous détestons aujourd'hui la mémoire, et dont nous méprisons les faux principes ? qu'il nous serve seulanent à montrer que les monarchies n'ont pu être troublées que par des vices étrangers sortis du sein de la nature calme et paisible. Elles n'ont eu de rapport avec les théocraties, filles de fausses terreurs^ que par les maux qu'elles en ont reçu. Seules capables de remplir l'objet de la science du gouvernement, qui est de maintenir les hommes en société et de faire le bonheur du monde , les monarchies y réussiront totqoors en rappelant leur esprit primitif pour éloigner leê faux «ystèmes ; en s'appuyant sur une police immuable et sur des lois inaltérables , afin d'y trouver leur sûreté et celle de la société, et en plaçant entre la raison et l^umanité , comme en une bonne et sûre garde , les pré* jugés théocratiques , s'il y en a qui subsistent encore. Du r€ste, e'estle progrès des connaissances qui^ en agissant sur les -puissances et sur la raison publique, continuera de leur apprendre ce qu'il importe pour le vrai bien de la société ; c'est à ce seul progrès , qui commande d'uae fa-
çon invisiblii et victorieuse k tout ee qui pense dana la nature, qu'il est rëservé d'être le législateur de tous le» hommes f et de porter insensiblement et sans effort des lumières nouvelles dans le monde politique , comme il est porté tous les jours dans le monde savant.
ISous croirions avoir omis la plus intéressante de nos observations , et avoir manqué à leur donner le degré d'authenticité dont elles peuvent être susceptibles, si après avoir suivi et examiné l'origine et les principes des divers gouvernemens , nous ne finissions point par faire remarquer et admirer quelle a été Ja sagacité d'un des grands hommes de nos jours, qui, sans avoir considéré l'origine particulière de ces gouvernemens , qu'il aurait cependant encore mieux vus que nous, a commencé par où nous venons de finir , et a prescrit néanmoins à chacun d'eux son mobile convenable et ses lois. Nous avons vu que les repu* bliques avaient pris pour modèle l'âge d'or de la théocra« tie , c'est-à-dire le ciel même ; c'est la vertu , dit Montesquieu^ qui doit être le mobile du gouvernement républicain. Nous avons vu que le despotisme n'avait cherché qu'à représenter le monarque exterminateur de la théocratie des nations; c'est la crainte, a dit encore Montesquieu^ qui doit être le mobile du despotisme. C'est Y honneur, a dit enfin ce législateur de notre âge , qui doit être le mobile de la monarchie ; et nous avons reconnu en effet que c'est ce gouvernement raisonnable fait pour la terre , qui laissant à l'homme tout le sentiment de son état et de son existence, doit être soutenu et conservé par l'honneur , qui n'est autre chose que le sentiment que nous avons tous de la dignité de notre nature Quoi qu'aient donc pu dire la passion et l'ignorance contre les
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principes du sublime auteur de V Esprit des lois , ils sont aussi vrais que sa sagacité a été grande pour les découvrir et exk suivre les effets, sans en avoir cherche l'origine. Tel est le privilège du gënie, d'être seul capable de connaître le vrai d'un grand tout, lors même que ce tout lui est inconnu ^ ou qu'il n'en considère qu'une partie.
M. Boulanger.