ECRITURE
JC/CRITTTRE. ( Hist. anc.y Gramm. et Arts, ) Nous la définirons avec Brebœuf :
Cet art ingëaieux De peindre la parole et de parler aux yeux , Et par des traits divers de figures tracées.
Donner de la couleur et du corps aux pensées.
La méthode de donner de la couleur /du corps, ou pour parler plus simplement, une sorte d'existence aux pensées 9 dit Zilia (cette Péruvienne pleine d'esprit, si connue par ses ouvrages), se fait en traçant avec une plume* de petites figures que l'on appelle lettres , sur une matière blanche et mince que Ton nomme papier. Ces figures ont des noms^ et ces noms mêlés ensemble, représentent les sons des paroles.
Développons, avec Warburthon , l'origine de cet art, admirable, ses différentes sortes, et ses changemens progressifs , jusqu'à l'invention d'un alphabet. C'est un beau
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sujet philo5opbIqii£, dout c^pe&diiBt les )>on»es de eet article ne me penpeU^ot «le prendre <]ue I0 fleur.
Nou3 avons deux inaaière^ de commuaiqiAer nés idiies ; la premiare, à l'aide de# sous ; b ^condey par le moyen de3 figures. £0 effet » l'occa^Qu de perpétuer m>5 penséei et de les fairje coQuajitre aui^ persoup^s éloignées, se pré^ sente souvent; et comme les sons ne s'étendent pas audelà du moment et du lieu où ils sont proférés , on a iaveaié leê figures et les caractères , après avoir imaginé les sons, afin que nos idées pussent participer à Fétendue et à la durée.
Cette manière de communiquer nos idées par des marques et par des figures, a consisté d'abord à dessiner tout naturellement h^ images des choses; ainsi , poiir exprimer l'idée d'un homme ou d'un cheval , on ^ représenté la forme de l'un ou de l'autre. Le premier essai de l'écriture a été, comme on voit, une simple peinture; on a au peindre avant que de savoir écrire.
Nous en trouvons ches^ lesMexicaiusnue pretive remarquable. Ils n'employaient pas d'autre méthode que cette écriture en peinture , pour conserver leurs lois et leurs histoires. ( /^ fe Voyage autour du monde ^ de Gemelli Carreri^ T Histoire naturelle et morale des Indes j du P. Âeosta % les Voyages de Thévenot, et d'autres ouvrages.)
n reste encore aujourd^ui im modèle très curieux de cette éeriture en peinture des Indiens , composé par un Mexicain et par lui expliqué dans sa langue , après que les Espagnols lui eurent appris les lettres. Cette explication a été ensuite traduite en espagnol , et de cette langue en anglais, Purghas a fait graver Touvrage , qui est ime k»toîre de t'empiredu Mexique > et y a joint TexpUcation. Je
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crois que Texeoiplaire original est à la bibliothèque daix)i.
Voilà la première m^Lhode , et en môme tems la plus simple y qui s «st 43ifiecie à tons les koinflies pour perpétuer leurs id4e8.
Mais des iacoarénieBS qui résultaient de l'^nomie gros^ seur des vojumes dans de pareik ouvrages, portèi%fit bientàt -les vatiOQS plus ingénieuses et plus ci'vili^ces à ijnaginer des méiiiodes plus courtes. La plus célèbre .de tocvtes est eelle que les JÉgypiiens ont inventée , à 'laquelle cm a donné le nom d^ hiéroglyphique. Par son moyen , Fécriture qui n était qu une simple peîcfture chez le Mexicains , devint en Egypte peinture et caractère ^ ce qui cons-« tttue proprement l'hiéroglyphe.
Tel fut le premier degré de perfection qu'acquit cette méthode grossière ^ conserver les idées des hommes. On s'en est servi de trois manières, qui , à consulter la nature de la chose , prouvent qu elles n'ont été trouvées que par degrés , et dans trois iems différens.
La première manière consistait à employer la principale circonstance d'un sujet , pour tenir lieu du tout. Les Égyptiens voulaient-i'ls représenter deux armées rangées en bataille : les hiéroglyphes d'HorapoUo , cet admirable fragment de Tantiquité, nous apprennent quik peignaient deux mains ^ dont l'une tenait un bouclier , et Pautre un arc
La 'Seconde manière , imaginée avec plus d'art , consis*» tait à substituer l'instrument réel ou métaphorique de la chose , à la chose même. Un œil et un sceptre représentaient un monarque. Une épée peignait le cruel tyran Ochtts ; et nin vaisseau avec un pilote, désignait le gouvetnettient de l'tmivers.
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Enfin , on fil plus : pour représenter une cliose , on se servit d^unc autre où Ton voyait quelque ressemblance ou quelque analogie ; et ce fut la troisième manière d'employer cette écriture. Ainsi l'univers était représenté par un serpent roulé en forme dé cercle , et la bigarrure de ses taches désignait les étoiles.
Le premier objet de ceux qui imaginèrent la peinture hiéroglyphique , fut de conserver la mémoire des événemens, et de faire connaître les lois , les réglemens , et tout ce qui a rapport aux matières civiles. Par cette raison , on imagina des symboles relatifs aux besoins et aux productions particulières de TE^ypte. Par exemple , le grand intérêt des Egyptiens était de connaître le retour ou la durée du vent étésien , qui amoncelait les vapeurs en Ethiopie , et causait l'inondation en soufflant , sur la fin du printems ^ du nord au midi. Ils avaient ensuite intérêt de connaître le retour du vent de midi , qui aidait l'écoulement des eaux vers la Méditerranée. Mais comment peindre le vent? Ils choisirent pour cela la figure d'un oiseau ; Tépervier , qui élend ses ailes en regardant le midi , pour renouveler ses plumes au retour des chaleurs, fut le symbole du vent étésien, qui souffle du nord au sud ; et la huye , qui vient d'Ethiopie, pour trouver des vers dans le limon ^ à la suite de l'écoulement du Nil, fut le symbole du retour des vents du midi, propres à faire écouler les eaux. Ce seul exemple peut donner une idée de Vécriture symbolique des Egyptiens.
Cette écriture symbolique , premier fruit de Tastronomie , fut employée à instruire le peuple de toutes les vérités , de tous les avis et de tous les travaux nécessaires* On eut donc soin dans les commencemens de n'employer
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que les figures , dont Panalogie était le plus à portée de tout le monde ; mais cette méthode fit donner dans le rafinement , à mesure que les philosophes s'appliquèrent aux matières de spéculation* Aussitôt qu'ils crurent avoir découvert dans les choses des qualités plus abstruses ^ quelques-uns, soit par singularité ^ soit pour cacher leurs connaissances au vulgaire, se plurent à choisir pour caractères, des figures dont le rapport aux choses qu ils voulaient exprimer n'était point connu. Pendant quelque tems ils se bornèrent aux figures dont la nature offre des modèles; mais dans la suite ^ elles ne leur parurent ni suffisantes > ni assee commodes pour le grand nombre d'idées que leur imagination leur fournissait. Ils forme* rent donc leurs hiéroglyphes de l'assemblage mystérieux de choses différentes , ou de parties de divers animaux ; ce qui rendit ces figures tout-à-fait énigmatiques.
Enfin ^ l'usage d'exprimer les pensées par des figures analogues, et le dessein d'en faire quelquefois un secret et un mystère, engagea à représenter les modes mêmes des substances par des images sensibles. On exprima la franchise par un lièvre , l'impureté par un bouc sauvage , l'impudence par une mouche , la science par une fourmi^ rn un mot , on imatgina des marques symboliques pour toutes les choses qui n'ont point de forme. On se contenta dans ces occasions d'un rapport quelconque : c'est la ma^ nière dont on s'était déjà conduit, quand on donna des noms aux idées qui s'éloignent des sens.
Jusque là l'animal ou la chose qui servait à représenter, avait été dessinée au naturel ; mais lorsque l'étude de la philosophie, qui avait occasionné l'écriture symbolique,' eut porté les savans d'E§^ypte à écrire sur beaucoup d«
sù^jets , ce ^es6^>n , a jant itop mtiXiifMé les Tekiliies , pa-^ rui ennii^ei». On se servH doibc par âegrë d'un alrtr« i(araClère, qae notts pouvons appekr Y écriture coumnlé de» hiéroglyphes y \\ ressemblaif aux caraelères cimon; et après avoir été formé du settl eonkmr de la figure 9 9 devint » la kmg»e mie sorte d<e vnzrtfoe*
L'eiFel naturel que produisit eette éerîture co«ira»ke « fut de' diminuer beaucoup Fattenlioo qnt'on donnaîl au Symbole , et de lai fixer à la chose signifiée ; per ce moyen ^ Fctude de l'écriture symbolique se trouta fort abrégée^ puis(|u^il n'y avait alors presque autre chose à faire qu i se rappeler le pouvoir de la marque symbotî-» qfue } au lieu qu'auparavant il fallait être instruit des propriétés de la clrose Ofl de l'animal qui élaât employé comme symbole; en un mot, cela réduisit cette sorte d'écrituFO à Tékart ou est présentement celle iies Chinois^ Ce caractère eovrant tsA proprement celai que les antiens ont appelé hiérographique ^ et que l'on a emyployé , p«r s«ceessi«m de tems ^ dams les ouvrages qui traitavent des mêmes sujets que les ancien» hiéroglyphes. On trouve des e:iemples de ces cararctôres hiérc^raphiques dans queU que» anciens nvonumens^ on en voit presque h fcms \t% compartiment de la table isiaqucy dans les intervvlles qut se rencontrent entre les phn grandes figure» humaines*
L'écriture était dans cet état , et n'avait pas le moindre y«fyport tfvec l'écrilure actuelle^ Les caractères d6n% o« s'était sicrvi , représentaient de» o&^ets ^ celle dont nous vou» oérvoQS', ropfëseBte des son(5 9 c'isat \m art nouveau. Un génie heureux ( otfi prétend que oe fut le secrétaire d'un des premiers ro's de TEgypte , appelé ïhoH ^ Tboot^ ou Thot ) sentit qur le discours , quelque varié et quelque
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^iDAâti (|tf'il ptiiiéé être potir les lAée^j n'cfst pourtant Composa (jne d'un as^a petit nombre de sans, et (jtt'il fié ^'â-gîssait (|ue de leur assigner k chacun un Caractère représentatif, n abandonna donc Fëcriture représentative deê êtres , qui ne potivait s'étendre à l'infini , pour ^'en tenir k une combinaison , qui , quoique très-bonne ( cefie dés aoBs)^ produisit cependant le même effet.
9i on y réfléchît ( dit Duclos , le premier qui ait feit «es obseryations, cpii ne sont pas moins justes que délicates), on verra que cet art ayant été une fois eonçu^ dut être formé presque en même tems'; et c'est ce qui relève Ift gloire de l'inventeur. En effet , après avoir eu le génie d'apercevoir qUe les sons d'une langue pouvaient se décomposer et se distinguer, l'énumération dut en èité bieMôt faite ; il était bien plus facile de comptei^tt^us les «ona d'une langue, que de découvrir qu'ils pouvaient se compter^ L'un est un coup de génie ; l'autre un simple effet de lattention. Peut-être n^y a-t-il jamais eU d'alphabet complet , que celui de l'inventeur de l'écriture. Il est bien vraisemblable que s'il n'y etrt pas alors autant de caractères qu'il nous en faudrait aujourd'hui, c'est que ïà langue de l'inventeur n'en exigeait pas davantage. L'ortbographe n'a été parfaite qu'à la naissance de l'écriture.
Quoiqu'il en soit, toutes les espèces d^écritutes hiéroglyphiques quand il fallait s'en servir dans les affaires publiques , pour envoyer les ordres du roi aux généraux d'armée et aux gouverneurs • des province^ éloignées , étaient sujètes à l'inconvénient inévitable d^étre imparfftitenient et obscurément entendues. Thoôt , en faisant servir les lettres à (exprimer des mots , et non dés choses , évita tous ks ineonvéniens 9t préjudiciables dans ces oc-
cafiioBS , et Fécrivain rendit ses inslructîoiis avec la plus grande clarté et la plus grande précision* Cette méthode eut encore cet avantage , que , comme le gouvernement chercha sans doute à tenir l'invention secrète , les lettres d'état furent pendant un tems portées avec toute la sûreté de nos chiffres modernes. C'est ainsi que l'écriture en lettres , appropriée d'abord à un pareil usage, prit le nom d*épistolique : du moins je n'imagine pas, avec Waiburthon y qu'on puisse donner une meiUeure raison de c^te dénomination.
Le lecteur aperçoit à présent que l'opinion commune , qui veut que ce soit la première écriture hiéroglyphique , et non pas la première écriture en lettres , qui ait été inventée pour le secret , est précisément opposée à la vé* rite ; oe^jui n'empêche pas que dans la suite elles n'aient changé naturellement leur usage. Les lettres sont devenues l'écriture commune , et les hiéroglyphes devinrent une écriture secrète et mystérieuse»
En effet, une écriture qui en représentant les sons de la voix, peut exprimer toutes les pensées et les objets que nous avons coutume de désigner par ces sons, parut si simple et si féconde, qu'elle fit une fortune rapide. Elle se répandît partout ; elle devint l'écriture courante , et fit négliger la symbolique , dont on perdit peu à peu l'usage dans la société, de manière qu'on eu oublia la signification.
Cependant , malgré tou4 les avantages des lettrés , les Égyptiens , long-tems après qu'elles eurent été trouvées « conservèrent encore l'usage des hiéroglyphes : c'est que toute la science de ce peuple se trouvait confiée à cette sorte d'écriture. La véjiération qu'on avait pour les faom-
mes, passa aux caractères dont les sa vans perpétuèrent Fusage ; mais ceux qui ignoraient les sciences ^ ne furent pas tentes de se servir de cette écriture* Tout ce que put sur eux lautorité des savans , fut de leur faire regarder ces caractères avec respect 9 et comme des choses propres à embellir les monumens publics, où l'on continua de le^ employer; peut-être même les prêtres égyptiens voyaientils avec plaisir que peu à peu ils se trouvaient seuls avoiv la clef d'une écriture qui conservait les secrets de la reli-* gion. Voilà ce qui a donné lieu à Terreur de ceux qui se sont imaginé que les hiéroglyphes renfermaient les plus grands mystères.
On voit par ces détails comment il est arrivé que C6 qui devait son origine à la nécessité , a été dans la suite du tems employé au secret, et enfin cultivé pour Fornement. Mais , par un effet de la vicissitude continuelle des choses , ces mêmes figures , qui avaient d'abord été inventées pour la clarté , et puis converties en mystères ^ ont repris à la longue leur premier usage. Dans les siècles florissans de la Grèce et de Rome ^ elles étaient employées sur les monu-> mens et sur les médailles, comme le moyen le plus propre à faire connaître la pensée ; de sorte que le même symbole qui cachait en Egypte ime sagesse profonde , était entendu par le simple en Grèce et à Rome.
Tandis que ces deux nations savantes déchiffraient cc^ symboles à merveille, le peuple d'Egypte en oubliait la signification ; et les trouvant consacrés dans les monumens publics y dans les lieux des assemblées de religion , et dans le cérémonial des fêtes qui ne changeaient point , il s^arrèta stupidement aux figures qu'il avait «ous les yeui^. N'ai* lant pas plus loin que la figure symbolique^ il en manqua