‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 14 sur 62 · Tome xv · texte numérisé non relu

Tome xv

f)B r.fti»Rrr

iUKur liumaiti. Qiu; Ton compare hn r/ilc.i les pluA paiâlon-' mh (lu ilifîAtrfî gnrc , «ivcclcft rAlcAclc; Nc^roti , irOrosmane (le KliadairiMtc, avec le/» rAlen de ClifoiiAlre dans /tocJe;fiuruf ^ de Koxaric dnns Bajazet, dllermione dans Andmnuitiiiii^ d*Al7/ire et de Sf'miramU ; que roncompari la PlwilnnYV*ur%\nAfi avec celle deilacinr, Y fitectre àcSo' |iluH:le avec celle de Voltain;, avec ce rAle qui a 6\£ K triomphe de la néMAym Cîlairon ; dans le grec, on verra de c(»ul(furs fortes, mais entiênrs, sans reflets et san« dcfmi teintes; dans le franc^iis , mille nuanci;s qui, loin d^aflTai lilir la |>einlure, ne la rendent que plus vivante, plus vari^ et plus senkiliK;. C'est le grand avanUige que nous avon tir/; d(;la petitesse de nos tli(:Atres;et ceux qui se proposera de les agrandir ne savent pas \v. tort qu ils veulent faire i Tart i\\ï |K>ifle et h cA\x\ de Factcfun

DfiH nuram H dcn vurmdtro.H. Si Ton a bien conçu \t sysU^me des anciens, on si*ra pitu surpris qu'Aristotc ait sulMirdonnc; les mœurs A Faction, et ne les ait pas même regardées cr^mme n^c(»ssain*s A la tragédie. Que niomme en p^ril ne fût pas mâchant; que le malheureux, poursuivi par son mauvais sort, ne Feût pas mirriti:; c*cn âait VkfiiiKfi* [lour frtre un objet de terreur et de compassion*

Mais lorsrju'il a fallu que les hommes entre euxsciii' sent leurs destins eu%-mAmes; leurs qualiti^^, leurs incli^ nations, leurs affections, leur naturel , enfin leurs canc^ t/;res (d bnirs mœurs, ont (\A \i% ressorts de Taction théâtrale.

Dans la Iraffédin , il y a deux sortes de c:aract/;rcs : Ici uns àév(mi*A h la haine Av.% spectateurs; et dans ccux-U le naturel , Thabituel , l'actuel , tout peut litre mauvais ; la vices les plus bas, les crimes les plus noirs, les sentiment

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les plus dénaturés , les perfidies les plus atroces et les plus lâches trahisons ; toutes ces horreurs , ennoblies cûnune elles peuvent Têtre , forment le caractère d'un Atrée , d'un Narcisse, d'une Qéopâtre ; et dans le tableau dramatique, ces figures ont leur beauté.

Un méchant homme , quelque malheureux qu'il soit ^ n'inspirera point la pitié ; mais il inspirera la terreur de deux manières , et les voici : Dans le cours de l'action , il fera trembler pour l'homme innocent ou vertueux dont il méditera la perte ; et au dénouement si le méchant triomphe^ on frémira, comme dans Mahomet^ de se livrer à ses pareils. Si , au contraire ^ c^est lui qui succombe et s'il est puni , comme dans Rodogune, on frémira de lui ressembler. « Si les Furies poursuivaient Néron pour avoir fait périr sa mère, dit Castelvetro , cela n'exciterait ni pitié ni crainte ; mais qu'elles poursuivent Oreste pour avoir obéi au Dieu qui l'a forcé au crime, cela est terrible et digne de pitié. » Castelvetro a raison dans son sens. D'kbord, il est absolument vrai que Néron n'exciterait point la pitié: il est encore vrai qu'il n'exciterait pas la même espèce de crainte que nous fait éprouver Oreste, celle que devait inspirer aux hommes l'iniquité bizarre de la destinée et des Dieux. Mais Néron , poursuivi par les Furies , remptirait de terreur les cœurs dénaturés , et de cette terreur qu'inspirent des Dieux )ustes, qui poursuivent le parricide jusque sur le trône du monde , et qui , pour le punir, déchaînent les enfers. Il est donc de l'inténét des niœurs , comme de l'intérêt de l'art, qu'on rende les méchans, sur la scène , aussi odieux qu'ils peuvent l'être.

Mais les caractères auxquels on veut concilier la bienveillance et la commisération f doivent avoir un fonds de

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bontd qui nous attacbc. Us peuvent être criminels, jamaif vicieux ni méchani.

Il faut donc bien discerner entre les inclination^ habituelles et les aflTeclions accidentelles du cœur humain , celles qui se concilient avec la bonté d ame, celles dont le personnage intt-ressant peut s'applaudir, celles qu'il peut se pardonner , celles qu'il doit désavouer et se reprocher à lui-même : car c'est surtout i Tëquité du juge intérieur que Ton reconnaît la bonté morale.

Ainsi les qualités essentielles du caractire intéressant, sont la droiture, la sensibilité, la candeur, la noblesse, et mieux encore la grandeur d'âme. Si la passion qui le domine le rend injuste^ il doit s'en accuser; s'il dissimule, ce ne doit être que malgré lui et en rougissant; s'il est forcé de paraître ingrat , il doit en avoir honte et s'en faire un crime. Son caractère actuel peut être la faiblesse , jamais la fausseté; l'ambition, jamais l'envie; la haine, jamais la calomnie , et encore moins la trahison ; le ressentiment, la vengeance, jamais la dureté, la Ificheté, ni la noirceur; la violence, l'emportement, jamais la cruauté froide , tranquille , et réfléchie. Sa colère ne doit être qu'une sensibilité révoltée par Icxcès de l'injure ; qu'une fierté blessée par l'indignité de l'ofiense ; qu'un vif ressentiment du mal fait à lui-même ou à ce qu'il a de plus cher ; qu'un mouvement d'indignation contre l'orgueil qui Thumilie, l'ingratitude qui l'aigrit, la force injuste qui l'opprime, le crime, en un mot, qui Tirrite, on le vice impudent qui lui est odieux : les fureurs de sa jalousie ne doivent être que les transports d'un amour violent qui se croit outragé. Ainsi toutes ses passions dotvenl porter avec elles une sorte d'excuse et d'apologie , qui le

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fasse plaindre d'ea être U victime , et qui efiipéche de le

haïr;

C'est en cela qu'on bous accuse de rendre tes passions aimableis^ et il est vrai que nous les parons, mais comme des victimes , pour apprendre à les immoler. H ne s^agil pas de le& Satire haïr , mais de les faire craindre ; c'est rat** Irait qui en fait le danger; pOiUr en prévenir la séduction ^ il faut donc les peindre avec tous leurs charmes. On tenterait en vain de rendre odieux des seiitimens dont un bon naturel e9t bien souvent la cause. Le. ressentiment des injures , la colère ^ Faïkibition y l'amour , les faiblesses du sang, le désir de la gloire , peuvent être funestes dans leurs effets, quoique intéressans dans leur cause. C'est ayee ce mélange de bien et de mal qu'il faut qu'on les voie sur le théâtre ; car c'est ainsi qu'on les verra dans la nature ; et ce n'est que pav la ressemblance que l'exemple en est, eifrajfaBt. Plus le personnage est intéressant, plus sonmalheur sera terrible ^ sa bonté , ses vertus elles-mêmes n'en feront que mieux sentir le danger de la passion qui l'a perdu ; et plus la cau^e de son malheur est excusable par notre faiblesse , plus nous voyons, de près le bord du précipice oik il est tombé..

Cette constitution de la fable , du côté des moeurs , est à la fois si utile et si intéressante , si analogue à la nature et k tous les principes de l'art , qu'elle semble avoir dû se présenter d'abord aux inventeurs de la tragédie ; et ceux qui entendent ëiter depuis si long-tems les anciens commenos modèles , doivent trouver bien étrange ce que j'ai osé avancer, que le Uiéâtre des Grecs ne fut jamais celui des, passions.

On s^autorise de leur exemple pour nous reprocher

d*avoir fait de Tamoiir la passion domiuante île la scène tragique. CroiUon de lK)nnc foi qu^un caractère comme celai d'Hennîone n'eût pas été bcan à Atliènes amime à Paris? Mais qui Faurait joué? qui Taurait enlenda? Ce ûax et ce reflux de passions contraires, le d^pit, la 6erté, Famour, la jalousie et la Tengeance, leurs acœns, leurs traits, leur langage, tout se serait perdu sous le masque on dans Féloignement. Voilà pourquoi la peinture de Tamour et des passions qu il engendre leur était interdite; et s'ils n'en ont pas fait usage, il nen est pas moins Trai que, de toutes les passions actÎTes, Famonr est la plus théâtrale, la plus intéressante, la plus féconde en taUeanx pathétiques , la plus utile à Toir dans se» redoataUes

n faut convenir qu'en peignant Tamour arec tous ses dangers . on le peint ayec tons ses charme»; et test par la qu'on rend les malheureux qu'il a séduits plus dignes de pitié que de haine : mais c'est aussi par la qu'on tend cette passion redoutable • autant qu'elle est intéressante. D iaut que lliomme <ache. non-seulement qu'elle Yé&rej mais par quels d*: tours elle peut Vé&itT : c'est aux fleurs qui couvrent le pié^e qu ii doit Se recono^ître; lattrait favertit du djaser.

Si l'homme passionn*.- qui Wiï loi-mihDe son malheur^ pent ctre intén^?.ajit . i plus forte raisoD rhomme Tertueox. Mjîs m la vertu m^n>' ^1 c^ose dn malheur, quel iaténêt pe*ît-îl en naître .' i * L'mtérêt de L hienTeillanGe et de radmîntkîn . qiLind Ir: n^kihear est absolument tolont^îre . c^rani': celai «î-c [«^ira*: iSLk-^ jjt^out que de tels sa-^-ets ne senicnt jslî ii5^- trt£:p<ês. i« L'intérêt de la pîlie caêlée d.àdm?rît:*Mi et î'èCkD<sr , qaknd rhomme de

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bien » malheureux par son choix , n'a pu se dispeusex^ de l'être , comme Brulus , Régulus et Galon. Et si l'alternative est telle que, sans honte, l'homme n'ait pu éviter son malheur, il est, pour la vertu, dans l'ordre des maux nécessaires^. telle est la situation de Rodrigue, et c'est par là qu'elle est si touchante.

Le pathétique des mœurs , chez les anciens , consistait^ non pas dans les passions actives ^ causes du crime et du malheur , mais dans des affections qui rendaient le crime involontaire plus horrible pour celui qui l'avait commis , et le malheur plus accablant. Ces sentimens, que j'appellerai passifs y sont ceux de l'humanité , de Tamitié , de la nature. Les anciens les ont exprimés avec beaucoup de force , de chaleur et de vérité , parce qu'ils en étaient remplis* Le nom de pîélé y qu'ils leur donnaient, exprime l'idée de sainteté qu'ils y avaient attachée.

On ne lit pas sans émotion ce que disait l'un des plus grands hommes , Epaminondas, que de toutes ses prospérités , celle qui lui avait donné le plus de joie , était d'avoir gagné la bataille de Leuctres du vivant de ses père cl mcre. L'héroïsme de l'amitié et de la piété filiale était Ikmilier parmi eux. L'amour paternel et maternel n'était pas moins passionné. C'étaient les trésors de leur théâtre. Les modernes, chose étonnante, les avaient négligés ces trésors précieux, jusqu'à Voltaire : c'est lui qui le premier a répandu dans la tragédie cet intérêt si doux de la touchante humanité; c'est lui qui, sur la scène ^ a fait uu sentiment religieux de la bienfaisance universelle; c'est lui qui a mis dans les sujets modernes toutes les tendresses Ju sang ; et quel pathétique il en a tiré ! Mérope et Jocaste , il est vrai^ comme Andromaquc^ Hécube , et Cly-

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tcmncslrcy sont prises du thcutre ancien ; mais les caractères lie Brutiis, de (jrsar, de Lusignan, d^Alvarès, de Kopire* d*Idainc , de Semiramis, ne sont pris (|uc dans la nature* C'est dans ce {;rand secret de la tragédie, presque oublié depuis Euripide, i|ui a valu à Voltaire Thonneur d'iHre mis à côte de Corneille et de llacine^ ou plutôt la gloire d'être élevé au-dessus d*eux^ eonimc ayant mieux connu ou plus l'ortcuient remué les grands ressorts du cœur humain.

Ce genre de patliétiiiue se concilie également avec les deux systèmes. Mais une nouvelle diitcrencc de Fun à l'autre , c'est la liberté que nous avons, et que les anciens n'avaient pas , de prendre l'action tragique dans la vie obs(uro et privée. La crainte des dieux et la haine des rois étaient les deux objets de la trofrédie ancienne; et à cet intérêt religieux et politique se joignait Fintérct national , le plaisir qu avaient les peuples de la Orèce à voir retracer sur leur théâtre les événcmens de leur histoire fabuleuse : or^ de cette histoire rien nVtait conservé que les aventures des rois ou des héros. Aristote exprimait donc le vœu des spectateurs , en demandant que Ton choisit pour la tragédie , parmi Icb hommes d*un rang illustre et d'une grande réputation, queb|ue homme d'une fortune éclatante , qui fut devenu malheureux : l'exemple en était plus célèbre, plus terrible, plus pitoyable, et plus directement relatif au but que l'on se proposait. Mais nous, qui n'avons presque jamais aucun intérêt national QU sujet de la tragédie^ nous qui ne voulons qu'intimider les hommes par les exemples du danger et du malheur des

sions; n'est-oc que dans les rois que nous pouvons îzemples eflrayans ?

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Sans donie la dignité des personnages donnant plus de poids à l'exemple 9 il est avantageux pour la moralité de prendre au moins des noms fameux. D'ailleurs , le sort d'un héros , d'un monarque , donne plus d'importance à l'action théâtrale , et il en résulte, pour le spectacle , plus de pompe et de majesté. Quant à ce qu'on a dit, que l'élévation des personnes fait que leur sort nous touche moins ; que les revers qui les menacent ne menacent point le commun des hommes , et que plus leur fortune excite l'envie, moins leur malheur excite la pitié ; c'est ce qu'on peut au moins révoquer en doute. Mérope , Hécube ^ Clytemnestre , Brutùs , Orosmane, Ântiochus, sont, par leur rang, fort élevés au-dessus du peuple qu'ils attendrissent ; ' et nous pleurons, nous frémissons pour eux, comme s'ils . étaient nos égaux. Un roi dans le bonheur , est pour nous un roi ; dans le malheur , il est pour nous un homme , et même d'autant plus à plaindre , qu'il était plus heureux, ; et que chacun de nous se mettant à sa place, sent tout le poids du coup qui l'a frappé.

Le but de la tragédie est, selon nous, de corriger les mœurs, en les imitant par une action qui serve d'exemple : or, que la victime de la passion soit illustre, que sa ruine Mnt éclatante, la leçon n'en est pas moins générale. La mèmecatlse qui répand la désolation dans un Etat, peut la répmdre dans une famille. L'amour , la haine , l'ambition ,1a jalousie et la vengeance empoisonnent les sources du bonbeur domestique, comme celles du bonheur public. D j a partout des hommes colères comme Achille, des mè^ les&ciles comme Hécube, des amantes faibles comme Inès , et crédules comme Ariane , ou emportées comme Her- Xmnt'y des amans capables de tout dans la jalousie, comme

lof) rAvnvT

Orosmatic rt niia(1anii.slc, cl furieux psir exccA d amour. Mais c'cht faire injure au aeur liuiiiaiu el mécounallrv la iialure, que île croire (juellc ail besoin de titres pour nous émouvoir. Les noms saerrs dami, de perc» d'à* mant, d'é|)oux , de ùU , de mère, de frère, de sœur, d*honune enfin , avec des mœurs iutdressantes ; voilà les qiuilités |>aUiétif]ues« Qu^importe (|uelest le rang, le nom, la naissance du malheureux que sa complaisance [K>ur d'indignes amis et la séduction de rexemple ont engagé «lans les pièges du jeu , et qui gémit dans les prisons, dévoré de remords et de honte? Si vcius demandez quel il est, je vous réponds : Il fut honune de bien , et pour soa supplice il est époux et [>ère; sa femme, qu'il aime et dont il est aimé , languit , réduite à Textréuie indigcucey et ne peut donner c|ue des larmes à sas enfansqui demandent du pain. Cherchez dans Thistoire des héros une sir tuation plus touchante, plus morale, en un mot, plui tragique; et au moment où ce malheureux s'empoisonnef au moment où, après sV;tre empoisonné, il apprend que le ciel venait a son secours, dans ce moment douloureux et terrible où , à Thorreur de mourir , se joint le regret d*avoir pu vivre heureux , dites- moi ce (pii m;inque a ce sujc:t pour ^Ire digne île la tni^rdicf 1 /extraordinaire, le merveilleux , me dire/.-vous. Kl ne le voyez- vous [>as ce merveilleux époiivaiilable , dans le passage rapide de riioiineur a l'opprobre, de l'innocence au crime, du doui lepos au désespoir, en un mot, dans Texc^ès du inallicur :illli'é par une faiblesse? (^)uelKr comparaison de Ucçer* Icy avec yltludia ^ du coté de la ponq>e et de la majesté du théâtre! mai.*) au.s.si «{uclle comparaison du c6té dit pathétique el de lu moralilc ?

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; On a donné à Paris cette pièce anglaise , et le soulève-

ment des joueurs a été général contre le succès qu^elle â eu. Les femmes disaient^ cela est horrible^ les hommes, cer^estpaa un joueur. Non , ce n'est pas un joueur consommé 5 c'est un joueur qui commence à l'être, comme 1DUS avez commencé , par complaisance , sans passion , lans voir le danger de céder à l'exemple. Il s'est engagé pas à pas, il a pe^rdu plus qu'il ne voulait; le regret, joint iTespérance , l'a fait courir après son argent^ façon de parler aussi commune que l'imprudence qu'elle exprime : iioavelle perte , nouveaux regrets , nouvelle ardeur de regagner : enfin la gravité du mal lui a fait risquer le plus tiolent remède , et en voulant se tirer de l'abîme, il y est lombé jusqu'au fond. Gela est horrible , sans doute; mais [cela est très naturel, et peut-être aussi très-commun; et si ce n'est pas à la passion invétérée du jeu que cet exemple peut être salutaire , c'est du moins à la passion naissante, et qui, faible encore et timide, n'a pas aliéné la Maison. Ce ne sera pas un remède; ce sera un préservatif.

' La tragédie populaire a donc ses avantages, comme, (héroïque a les siens : mais il ne faut pas dissimuler une utilité exclusivement propre à celle-ci du côté des mœurs. Les rois ont de la peine à concevoir que les malheurs de la vie commune soient un exemple effrayant pour eux* : Us ne se reconnaissent que dans leurs pareils : il leur faut donc une tragédie qui soit propre à la royauté; et celle-ci est pour eux une leçon d'autant plus précieuse , que c'est presque la seule qu'ils daignent recevoir : l'attrait du plaisir les y engage ; et comme elle n'est pas directe , elle ne peut les offenser. Us se trouvent comme invisibles

loR rHPiUT

«liiiM Ac% coiira tHmng^res , rt pvc^aens h ce qui le piiie «lans \vn Xvms les |)1ub recnlA* Ctnï lA cpic Itt vériliS leur |mrlc uvrc uiir iiolile liariliesne; c*eât là qu*on plaide avec iuuraj;e lu oaiisie rie riiutnaiiit^, que tous les droits sont mis dans la balance, que Iou.h \v» dt*vûirs sûkit prescrits vi tuu.4 les pouvoirs Hmitt^s ; cVst \\ cpie tous les pr^ugés d*une éducation corruptrice sont tH>ranli^s par les maximes de la nature et de lu raiiion ; cViît là que rorgneil est confondu « la vaine gloire liuniilitV ; cV.Ht là que le despotiàmo impérieux voit ses écueils , et l'ambition ses naulV()i;es; cVst là cpie le.i penehuns favoris d* un prince sont repris sans nit*nngenient , et cliAtii^s dans ses |Mireils; c'est là qu il sent tout le danger des niouvenieus imp<!tueui d*une Ame à qui tout et^de, de ces niouvemens dont un seul fait le malheur de tout un peuple^ quelquefois la ruine ou la honte d'un roi ; e e»t là rpfil voit ce qoe ja* mais on n*a asé lui faire entendre , (|ue ses faiblesses sont des erimes , et av% paHjiious des ih'aux ; cVftt là qu'il ap« prend qu'il est homnu* , (|u'il peut avoir besoin de la pîtltf ties hommes, et tpi*il aura tuuiour» hcMMu de leur amour; cVmI enfin là (pril ^olt s^ins masque le mensonge , Tintrii;ue , Tadulatlon et les ressorts caches de tons les mouve* mens qui s'exécutent dans sa cour. Aiiui « ]vir un reiiver* >ement assez sinî;uUer, la cour d'un roi est pour lui nn «peelaole , et la tn\s[èilie est le di'velop|>ement dn méca< lùsme i|ui le produit : Tillusiou i*st daus le palais y et Is r vi'i'lté sur la sct^ne. !

(Ve>t ee (pli donnera toujours à la tragêtlie hêroVc^ue fune grande prét'minence : car il y a milli* ta4X>us de rêpfi» * mer le naturel d'un peuple , et rien de plu^ rai^ que Itt f moyens d'instruire et de former les rois. i

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Chez Les Grecs la tragédie létait Datipnalc^ et, à t,ous ^rds , elle eût perdu à oe poiS Tétre; chez ^ous, elle e3t universelle , comme l'empire des passions. Mais comm,e die peut Être prise daps FhistoirjÇ de tous )e$ pays et djsr tous les âges , peut-elle être sjiussi de pure jpveùtioi^ ? Bnunoi tient pour la négative. « Un sujet d'imagination y dit-il, préviendrait le spectateur incrédule, ^t l'empé-^ dierait de concourir à se laissejr Uromper^ » ,Ças(elvelro pense comme Brumoi , et il est encore pl^s iséyère ; car il nen coûte rien à ces messieurs d'^ppam^rif |ç génie et l'art.

Mais Arislote, leur oracle, décide forpeljen^ent que ioot peut être d'invention , et les jT^its et les personnage! : soyons de son avis : la pratique du théâtre le confirme , et la raison le persuade epcore plus. Ui^ fait n^est pas connu dans l'histoire; et qu'importç? Avop^-nous tous les lieux, tous les siècles préseos? t\. qui de nou^ «Inquiète de savoir où le poète a pris ce tableau qui le toodie, ce caractère qui l'enchante? On siérait plus fondé i craindre qu'en attribuant à un personnage illustre ce <|Qi ne lui est point arrivé , on np fi|t ÇQpime démenti par le silence de l'bistpire ; i^ais si les convenances y sont l>ien observées, chacun de pous suppose que ce|.te circonstance d'une vie célèbre lui est échappée; et dès qu'elle «accorde avec ce qui lui est connu des lieux , des tems H des personnages , il ne demande plus rien.

De la composition de la fable. Un ou deux pef sonnâmes vertueux^ ou bons, ou mêlés de vices et de y^tus, qui , Hialheureux constamment , succombent, ou qui, par quelque accident imprévu ^ échappent ^u danger qui les ikienacait; voilà les fables les plus renomipéçs chez les

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