‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 16 sur 62 · Tome xv · texte numérisé non relu

Tome xv

ii4 i.snnr

«^trc vc. qu^il est , le plus f|if il est poftsihlc , sans passer les bornes de la vraisemblance cl les forces de la natnre. SI Burrlnis pouvait âtre plus vertueux , Narcisse plus scélérat, Ch'opatre, dans RrtJoffune, plus ambitieuse, Ariane plus tendre, Orosmanc plus amoureux, ils ne le seraient pas assez. De la force des «caractères naît la chaleur des sentimens , et de là celle de Taelion.

L'action et ses qualités, comme la vraisemblance y \es untléf/j V intérêt j \i: pat/iét/fjue. la moralité; ses partiel essentielles, Vexposilion j Y intrigue ^ le dénouement; ses divisions et ses repos , les actes et les entr'acies ; sa moyens, les mœurs, les situations , les répoliitionê j\t» reconnaissances , ont leurs articles sépards : on peut les voir ù leur plaœ. i

Il ne me reste plus rpfà tirer, de Tessence de la tragé' { die et de la diirérence de ses deux systèmes, quelques in- '* duclions relatives au langage et ù la représentation* |

J'en ai assez dit sur le style dans les articles relatifs! cette partie essentielle de Part; je me bornerai ici â deux questions intéressantes. L*une , pourquoi la tragiSdie anr ciennc est plus en action qu en paroles ; et la moderne 9 M contraire , plus en paroles {|u'en action. Observez d'aboid que j'entends ici par action la pantomime théâtrale, les incidens et les tableaux , en un mot , le spectacle des yeux ; et dans ce sens là , il est vrai que la tragédie moderne est bien souvent inférieure à l\incienne. Mais h m différence n est pas toujours à l'avantage de celle-ci. U J* S des situations tranquilles pour les yeux « et très-pathéti- % ques pour l'anic : c'est de l'action sans mouTement ; et au 9 contraire, il arrive souvent, dans les pièces à incidenSy que sur la scËne tout paratt agité , et que , dans les espriU

DE l'encyclopédie. "hS

et daDs les coeurs , tout est tranquille : c'est du tneuve-* ment sans action. Quant à la profusion des paroles qu'on nous reproche, il est encore vrai que nous donnons quelquefois trop à l'éloquence poétique , en faisant parler nos personnages lorsqu'ils ne devraient que sentir. Mais aussi ne faut-il pas croire que le langage des passions se réduise â des sens suspendus^ à des mots entrecoupés, à d'éter** nelles réticences. Dans le trouble et l'égarement , dans les accès d'une passion , ou dans le choc rapide et violent de ievoi passions opposées , ces mouvemens interrompus sont naturels et à leur place; mais tant que l'âme se possède et peut se rendre compte à elle-même des sentimens dont elle est remplie , non-seulement la passion permet les développemens^ mais elle en exige, pour être vivement et fidèlement peinte. Lorsqu'Orosmane attend Zaïre pour la poignarder , il ne doit dire que quelques mots terribles : lorsque Phèdre apprend que Thésée est vivant et qu'il arrive , un silence morne serait l'expression la plus vraie de l'horreur dont elle est saisie ; c'est dans ses yeux qu'on devrait voir la résolution de mourir. Mais lorsfk'Orosmane , se possédant encore , croit venir accabler Zure de ses reproches et de son froid mépris ; lorsque Phèdre annonce à Œnone qu'elle a une rivale : ce serait méconnattre la nature , que de trouver qu'ils parlent trop ; à pkisibrte raison dans des situations moins violentes^ dé longs cBscours sont-ils bien placés. Le théâtre' ancien Vià rien de pareil à la scène d'Auguste avec Ginna ; et tant pis pour le théâtre ancien. C'est par ces développemens du «eiitiment et de la pensée , lorsqu'ils , sont à leur place , que nos belles tragédies ont tant d'avantage à la lecture tor toutes celles qui ne sont qu'en mouvemens et en ta-

iiTi r.Hi'iuT

lilc.iiix. Isa troiftitlif vftt Jliitr /Htnr rlrtt représentée^ noOf «lisent vvwx t|iii iir havnit pas rcrirr ou (luI ne savent pi Jirr. On prut leur rrpontlrr que si les esprits sont éclaira ni nif^nie teins qu'ils sont rnius, si après que rillusion et IVinotinu théâtrale ont ecssé, le spectateur sVu va la tête 1 pleine de grandes elit>s4'S grandement exprimées, la trii;édie n*en vaut pas moins. Ou peut leur ré|K>ndre i|uc i'inna ^ Ivh J lururts ^ Phi'ihf ^ IhilannicuH ^ X aire ri Mahitmrt ne pertient rien à être représentés , quoi- «pi'ils .soient faits aussi pour être lus; et que le Cid nen eut que plus titr gloire , lorsipraprès lui avoir donii^ tant de larmes à la reprrM'iitation , ttuit le monde lesnt par eo'ur.

I /autre question est de savoir pour(|uoi , dès son ori* f>inr, et eliez tous les peuples du nmude» la tragédie i |iarlé en vers.

Il est liien sur ipie de tous les (>enrcs de poésie, le fllraniatiipn* est eelui qui |mrait le mieux pouvoir se passer «le eet ornement aeee.s.solre , par lu raison que , dans la chaleur du dialoj^ue et de raeliiku , Tame est assez émuef ou |Nir la vivacité du eomique, ou par la véhémence da trafique, pour ne rien désirer de plus; et pourvu qu Toreille m; soit point oUV'usée , e*eti est assez : un sentixnent plus eher i|ue eelui de la mélodie nous occupe dam ce moment. Aassi voit-on (pu; la comédie réussit en proie comme eu vers ; et tians les sci'ues eomicfues de Vjiçart ou du liourgcoi» ^entilltonime^ on ne pense pas m&ne que ce dialogue si naturellement ét^ril, ait jamais pu ^i^ trc autrement. On voit de même que , dans les trB^ gédies vraiment pathétiques et mal versifiées, comiM' //ir«i ce dcfiiut iicst pas apcreu; et je ne doute pu qOi

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f/ïès, écrite en excellente prose, n'eût réussi de mème^' Les anciens avaient reconnu que la poésie dramatique exigeait un langage plus naturel que le poëme lyrique et 'épopée , et ils avaient pris pour la scène celui de leurs rers dont le rliy thme approchait le plus de la prose. Ceux |ai , comme moi , ont le malheur de ne Kre Euripide et Bophocle que dans de faibles traductions , sentent trè&- >ien que le charme et l'effet des scènes touchantes ou tercibles ne tenaient point à l'harmonie du vers; et une prose romme était celle de Platon ou d'Isocrate, de Thucydide >u de Démosthène , eût très-bien pu y suppléer.

Pourquoi donc tous les poètes grecs s'étaient-ils accorlés à écrire en vers la tragédie ? L'usage reçu , l'habitude> lin goût de prédilection pour cette cadence régulière, la ^acilîté delà langue à s'y prêter, l'analogie à conserver entre la scène récitée et le chœur qui était chanté , la mélopée ou la déclamation théâtrale , qui était elle-même une espèce de chant , seraient des raisons suffisantes de celte préférence que la tragédie avait donnée aux vers sur la prose : mais la comédie , le plus libre détour les poèmes y le plus approchant de la nature , n'aurait-elle pas dû s'en tenir au langage le plus naturel ? Dans les bauffonneries d'Aristophane , dans ces farces grossières , il serait bien étnpge qu'on eût cherché le plaisir délicat de la cadence et )de la mesure*

La poésie dramatique en général avait donc quelque autre avantage à s-'imposer la contrainte an vers; et cet avantage était commun à l'oreille et à la mémoire : c'était pour l'une et pour l'autre un besoin plutôt qu'un plaisir. La plus grande incommodité des grands théâtres est ïa JSfficolté d'entendre ce qui est prononcé â«» si loin r la:

Il8 l'Jil'HIT

bouche Jcs IUHMJIIC9 en )K>rli--v<(ix , lI Ivs vhisks d'iiir»! i qu'on avait |>)ai:4.'!i de iiiiiuifTir à n'Ilf'cliir lu «on , prouvcni le niai par h rt-môdr. Or , U-a vers, doiil lu ini^surc at connue Ltauxc|u<;ls rurcillt; cït liubiluiîc, tlonticnl la fâcîlitt! du su[>jd(îvr ci: que l'un n'entend pas . ou de corriger ce que l'on mlciid iniil. I^; .seul espace du mot l'indique, et l'iiuditi'ur ri'ni|ilit Ir vidu dcn Bons ([ui lui sont <?cliap- |k's, II en est de nii^me [Htur lu m(!ni(iii'e. Ainsi, soit [lOUt entendre les jkifoIvs , suit pouF les retenir , la marclic régulière des vers était d'un grand secours { et cela suul l'eût fait pn-fcrer à la prose.

Dans nos jielitLs salles di' spectacles , la difdcuUé n'est pas si grande pour l'ureille, nuis elle est la mâmc pour la lU<^nioire,cl c'en serai tenuore assez, pour qu'on donnât U pr(?férence aux vers , dont un liéniisticlivainèue l'autre, et dont lu rime «cule nous rajtpellu lu si.tis.

Dans la conicdic où il y a cooiuium'iiiunt peu de chose

à retenir, on a ùlé dispensa d'écrire eu vers ; niais dans U tragéilie, dont les di'lails sont précieux à rrcuvîllir et îiili'ressHiis à ra])[R-ler, le vers a piiru nécessaire. On distin-

fue RiCme |)aruii les comédies celles qui uiérilaient d'ùtn

«écrites en vers , comme Ir Miaanl/im/ye , le 'JMrtufe , le;

J-'emmeaaavafitesjh Méchant, lu Métrontanie ; ci cellei qui n'auraient rien perdu à Atre écrites en prose, conme XÏCtourdi, \e Dépit amoureux , VHcoIedeafimmeë, CEcole de» maria. U en est de m£me chez les auciens : on sent qu'Aristophane et Plaute n'avaient aucun besoin de li mesure de l'ïambe : on sent que Ttfrence , et vraiKmblableneut Ménandre , sou modèle , auraient beaucoup peidi à ne pas exprimer en ven tant de détaili, si dâicat», s vrais , que l'on «inu k m n|ipeler.

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Iffais il y a une raison plus inti^rcssanle pour les po«les d'écrire en vers la tragédie , et quelquefois la comédie ; et eelte raison élaît la même pour les anciens que pour jious. Tout n'est pas également vif dans le comique; dans le tragique flouX n'est pas également passionné : il y a des tclaîrcissemensjdesdéveloppeniens, des passages inévitables d'une situation à l'autre i il y a des délibérations tranquilles, en un mot, des momens de calme, où , n'étant pas usez émue par l'intérêt de la chose , TSmu demande à être «ccupée du cbarme de l'expression , pour ne pas cesser de iouti. C'est alors que le coloris de la poésie doit enchanter l'imaginât ion , que l'harmonie du vers doit enchanter l'oreille; et c'est un avantage que Bacîne et Voltaire ont tr^s-bicu senti, et que Corneille a méconnu. Les pièces de Racine les mieux écrites sont les plus faibles du^ côlé de l'action, comme Athalie et Bérénice. Dans Volbire, comme dans Racine, les scènes, les moins pathéllipts sont celles où il a le plus soigneusement employé la œ^e des beaux vers; voyez le premier acte de Jirulu^i. TOjeï la scène de Zopire et de Mahomet ; voyez les scènes deCésar et de Cïcéron, dans Rome sauvée ; voyez de même Teiposition de Ba/azet, la grande scène de Mithridate avec ses deux fils, et celle d'Agrippine avec Ne'ron, dans K quatrième acte de Britannicus, Corneille a aussi des «àau tranquilles de la plus grande beauté; c'était même U wn triomphe : maïs observez qu'il y était porté par la j^ndeur de son objet , et que toutes les fois qu'il n'a que ^choses coQimunes à dire, il semble dédaigner le soin Je les parer et de les ennoblir. Racine et Voltaire n'ont Heu de plus soigné que ces détaib ingrats ; ils sèment des lanaamle table. Corneille ne fait jamais de si beaux vcrsj

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que lorsque la situation riuspirc et qu'elle s en passerait : dès que son sujet Taijandonne , il s^abandonne aussi luimôme et il tombe avec son sujet. Les deux autres, toutaa contraire , nes\'Ièvenl jamais si haut par Texpression, que lorsque la faiblesse de leur sujet les avertit de se soutenir et d'employer leurs propres forces. Tel est le grand avantage des vers.

Mais à cet avantage on oppose le charme de la vérité et du naturel y qu'on ne saurait disputer à la prose. Danè aucun paya du monde ^ dit-on, dans aucun iems , le» liommea n'ont parlé comme on les fait parler sur la scène; les vers sont un langage factice et maniérim J'en conviens ; mais est-ce la vérité toute nue qu'on cherche au théâtre? On veut qu'elle y soit embellie; et c'est cet embellissement qui en fait le charme et l'attrait. On sait qu'on va ôtre trompé, et Ton est disposé à Tûtre, pourvu que ce soit avec agrément , et le plus d'agrément possible. C'est donc ici le moment de se rappeler ce que j'ai dit de l'illusion : elle ne doit jamais être complète; et si elle l'était, le spectacle tragi(|ue serait pénible et douloureux. Les accessoires de l'action e» doivent donc tempérer Teffet : or, l'un des accessoires qui tempèrent l'illusion en mêlant le mensonge avec la vérité, c'est rarlifice du langage , artifice matériel , qui n'est sensible qu'à l'oreille, et qui n'altère point le naturel de la pensée et du sentiment : car au spectacle il faut bien observer que tout doit être vrai pour l'esprit et pour Tâme , et que le mensonge ne doit être sensible que pour Toreille et pour les yeux. Il en est donc de la forme des vers comme de la forme du théâtre; les yeux et les oreilles sont avertis par là que le spectacle est une feinte, tandis que l'esprit et Tame se

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livrent à la Trâisemblance parfaite des situations , des mœurs, des sentimens et des peintures. Quelle est donc en nous cette duplicité de perception ? C'est une énigme dont le mot est le. secret de la nature 5 mais , dans le fait y rien de plus réel.

Pai déjà fait sentir combien la différence des deux théâtres est à l'avantage du nôtre du côté de la déclamation et de l'action pantomime. Chez les anciens , les accens de la voix , l'articulation , le geste , tout devait être exagéré. Le jea du visage , qui chez nous est aussi éloquent que la parole , était perdu pour eux 5 leurs masques et leurs vêtemens étaient quelque chose de monstrueux : leur usage de faire jouer les rôles de femmes par des hommes, prouve combien toutes les finesses , toutes les délicatesses de l'imitation j leur étaient interdites par cet éloignement de la scène qui en sauvait les difformités.

C'est donc une bien vaine déclamation que les éloges prodigués à ces grands théâtres ouverts, où l'on avait, dit-on, ITionneur d'être éclairé par le ciel, chose aussi inconmiode dans la réalité que magnifique dans l'idée 5 à ces théâtres , dis* je , qu'on n'aurait pas manqué de lambrisser, s'il eût été possible, et qu'à Rome on couvrait, &ate de mieux , de voiles soutenues par des mâts et par des cordages.

Les Grecs avaient tout fait céder à la nécessité d'avoir ïii vaste amphithéâtre : voilà le vrai. Pour nous , loin de ikous plaindre d'avoir des théâtres moins vastes où la parole et l'action soient à la portée de l'oreille et des yeux , AOQs devons nous en applaudir , et tirer de cet avantage, in côté de l'acteur comme du côté du poète , tout ce qui peut contribuer au charme de l'illusion. L'acteur de Ra-

iTJ j:.si*uit

c'int* m: iloil [i.-is rire crliii liKHeliyti* ou cl'Kiiripiflt*; ti autant li: |MM*ic IraiinilH (*.sl plus (Ic^lical , |>lu> cxirrecl, |)lu5 varur, plus (in, aulanl le (:oim:(licii iloil Têtrc. Ainbi l«i tragtîJÙ! moderne, nu lieu trêlre, ciirnmc rancicnuc, uni: e.s(|ui.s.se de Michel-An^e , sera un tableau de Ha' pliael. MaUMOM'KL.

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TliM'fiiDii:. ( Puc.siei (/nuiiatif/iw. ) UepréM.*ntaiiou d'uiiraelion lu'i'o'ùpie donl r<>l>jei eut dVxciler la lerreut el laconijiavsiun.

Nous avons dans celte nialiêre deux guides célèbre», Arislote et lir ^rand (Corneille , (|ui nous éclairent et nou» montrent la route.

Le premier ;*«':' nt |>our principal objet dans sa pocli- <[UL*, d'expli(|awr la nature et les règles de la tra|((klic, suit son (^énie pbilosopliique; il ne considère que ïetr sence des êtres et les propriélé» r|ui en découlent. Tout est plein chez lui de dérmitioiLs et de divisions.

De son côté, Pierre Corneille, ayant examiné Jart peudant quarante ans^ et examiné en pbilosoplie ce<|ui pouvait y plaire ou y déplaire , ayant percé, |>ar Tessor de son génie, les obstacli.'s dr plusieurs matières robelleif et observé en métapbysieien la route qu'il s'était frayée et les moyens par où il avait réussi ; enfin, ayant mis au t:reuset de la pratique toutes ses réflexions et les observations <le ceux qui étaient vcrnus avant lui , il mérite bien (|u*on respecte ses idée«i et ses décisions, ne fussent-elles pas toujours d'accord avec celles d'zVristole. Cclui-ci» après tout, ua connu que le tliéâlre d'Atbènes; et s'il est vrai (|iu: les génies les |dus liardis, dans leurs spéculations sur les arlsy ne vont guère au-delà des Uiodèlcs même»

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que les artistes inventeurs leur ont fournis , le philosoplie grec n a dû donner que le beau id(^al du théâtre athénien.

D'un autre côté , cependant , s'il est de fait que lorsqu'on noureau genre , comme une sorte de phénomène , parait dans la littérature , et qu'il a frappé vivement les esprits j il est bientôt porté à sa perfection , par l'ardeur des rivaux que la gloire aiguillonne ; on pourrait croire que la tragédie était déjà parfaite chez les poètes grecs, ({ui ont servi de modèle aux règles d'Âristote , et que les autres , qui sont venus après , n'ont pu y ajouter que des laffinemens capables d'abâtardir ce genre ^ en voulant lui donner un air de nouveauté.

Enfin , une dernière raison qui peut diminuer l'autorite du poëte français , c'est que lui-même était auteur , çtona observé que tous ceux qui ont donné des règles après avoir fait des ouvrages , quelque courage qu'ils aient I ea, n'ont été, quoi qu'on en puisse dire, que des législateurs timides. Semblables au père dont parle Horace , ou i l'amant d'Âgna, ils prennent quelquefois les défauts mimes pour des agrémens; ou s'ils les reconnaissent pour deadé&uts^ ils n'en parlent qu'en les désignant par des noms qui approchent fort de ceux de la vertu.

Qnoi qu'il en soit , je me borne à dire que la tragédie estlavfprésentation d'une action héroïque. Elle est hétoïque, si elle est l'effet de l'âme portée à un degré d'hézoSmie extraordinaire jusqu'à un certain point. L'hé- Hmae est un courage , une valeur , une générosité , qui ot au-dessus des âmes vulgaires. C'est Héraclius qui veut iwavir pous Martian 5 c'est Pulchérie qui dit à l'usurpatcv Phocas , avec une fierté digne de sa naissance :

Tjran , descends ^ix trône , et fais place à ton maître.

i'j4 i:.si'iiir

léVH viriïi l'iitmil iliiii.^ Tiilri' ilr rvi lirro'iHiiK* iloiil noui |iHi-|(Mi«i. I.'ii htitiiiiitr pi'Ul li^'.ini'i* un !NiTi*ii dr huit piriU ; fil* iii^iiifï un |Mirt(* jM'ul li' |jf'iii(lri? , fiinun ciiiiune un liiTiin, «lu inoînn rotiunt? un lionnnir cl *unr rni«uli: ei» triinnlinaiiT, ri, fii Ion ni«* |mi inrl rc: irrinif, c;ti (|Uirlf|ue Mirli; lnToii|iii:, n.irrir (uri-ii ;;riiri'al U'.h vin'S tumi hiiruib- «|ui'!^ i|iiiinil ilioiit |MMii' |iriiM-i|»r (|ii(ilf|U(:f|lialili' qui iftU|i- |M>ir inir liaidirniir ri uiir Iri'Uirtr peu ronnnune» ; IcUs ril la liarilif*iM' dr (îalîliiiii , la iorn; dtî M«'(l«'t', rinlrtf|»i« iliti' «If (ilrii|iriti-f flans Htn/tr'Nnt;

l/af:tifiii vs{ lirioif|Uf iiii |i»r rlli'-niAuir, ou pur le i:aluviriv (11? v.vnx (|iii la l'ont. I'.ll«* l'-il lirroïi|Uc; par elleuitiuv , ipiaud rllr a un f;i'aii(l nbji-t , minniiï rutKjuUitîon «ruii tiniir, lit piiniiioii d'un l^iaii. Klli; v%i litWnpa* [MT If <:arat:trri* tlir mi\ ipii la l'oiil , ipiaiiil lu? MUit «Ifil roU y flffi pi'inci'i qui a*r;iisi'iil« nu roiitri: qui on n^iU i)iunà rniIrrpriM* l'.it iTun itii , t-llr fiVIrvr , A*riinol)lil |iflr la ^;raii«lrui' (li* la pcrviinii! ipii af/il. I^Miaiid irll» c%i COIiUo un Kiip rllc fiVininldll par la {^l'amliMir de celui cpi*un al' laipnr.

I<a picniirir ipialilrdr l'atiiou 1raf;tfpitM*Nl.dnnc:<piMle finit li(-rniipif. Main v.r uv\\ |»oiiil itsw/. : l'Ilc* doil Airocil* t'ttrt' de natui'i* à rxcitrr la tt'rrrnr ri la pitir; cvsi C(*i|lÛ l'ail la tliUri-i'uri» vl ipii la i'i*nd priipiTUirnl lrn^ii|Ui*.

I.Vpfiprr traite une* ai'linn lirrniipir au.iti-liicu que k //v/^' /'<//#'! nia il .inn |irin«'ip;d liul t'tanl d\;xt:ilt*r lu terreur v\ radniiralion , rllr ni) ri'nnif Ti^nu* t|ue pour IVIever |NîU ù pi:u. I''.llc nr niniiaîl piiiiil vva M'vmisM'.ti vinlenleHCicei tri'tmnnviuvuit au lliiTilrc , qui Inunnil It* vrui trii|^i(|iie«

l«N (îrrci* lui Ir Ixrrrfan il«* liui-i les art.H; c:Vsl pur Cfm« «lupieui i:lu'/. l'Ili* ipi'il laul allrr rlirrt'hrr l'origine de la [KidMe druiuuiiipiCi la*Ji (îiec» , uralu plujiurl avec un ff:-

DE l'encyclopédie. I26

nie heureux ^ ayant le goût naturel à tous les hommes de Toir des choses extraordinaires , étant dans cette espèce d mquiétude qui accompagne ceux qui ont des besoins et (fuî cherchent à les remplir , durent faire beaucoup de tentatives pour trouver le dramatique. Ce ne fut cependant pas à leur génie ni à leurs recherches qu'ils en furent redevables.

Tout le monde convient que les fêtes de Bacchus en occasionnèrent la naissance. Le Dieu de la vendange et de la joie avait des fctes , que tous ses adorateurs célébraient a l'envi , les habitans de la campagne et ceux qui demeuraient dans les villes. On lui sacrifiait un bouc , et , pendant le sacrifice , le peuple et les prêtres chantaient en diœur 9 à la gloire de ce Dieu , des hymnes que la qualité de la victime fit nommer tragédie ou chant du bouc , Tpor/oç CD^rj. Ces chants ne se renfermaient pas seulement dans les temples ; on les promenait dans les bourgades. On traînait un homme travesti en Silène , monté sur un ine, et on le suivait en chantant et en dansant. D'autres , barbouillés de lie , se perchaient sur des charrettes et fredonnaient, le verre à la main, les louanges du Dieu des : bmreurs. Dans cette esquisse grossière , on voit une joie \ licencieuse , mêlée de culte et de religion : on y voit du sérieux et du folâtre , des chants religieux et des airs badiiques, des danses et des spectacles. C'est de ce chaos que sortit la poésie dramatique.

Ces hymnes n'étaient qu'un chant lyrique , tel qu'on le voit décrit dans Y Enéide, où Virgile a, selon toute apparence y peint les sacrifices du roi Evandre , d'après FJdéc qu'on avait de son tems des chœurs des anciens. Une

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