‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 17 sur 62 · KAI'RIT · texte numérisé non relu

KAI'RIT

portion ilu peuple ( les vlnllarih , le« iniiies f(im«, lei femmes , les filles, «leloii lii iliviiiité iloni otiliiisail UfiHi;), M* pnrlageaîi en ilrux riin^, pour rlmntiff alternative, mcrnt les (Uirrreiis roupleU, jur»i|uVi re (pu; YhymïUi (lit (!ni. Il y en avait où Ivh deux ranf;s rrunis, et m^metout le peuple chanliiit rnscniMe, ee qui lîiisait quelque vif rit'ti'. iMai.H eonime rVtait toujours du chant , il y r^gniit une sorte de xncjnotonie , cpji , h la fin , endormait les •«« sifttans.

Pour jeUfr plus de vnrl<^ii;, on erut qu'il ne serait |jti hors de pro[K>s d'introduire un arteur qui l'tt quelque r^ cit. O? futHie^pisqui eis;iya cette; nouveaut<^, San acteur, qui apparennnent raconta ci al^ird IfS actions qu*ou attri^ hue a liacchus, plut à tous les spectati'urs; mais liientAtk po<ite prit des sujets (:tran^ers à vai Dicu^ ies«|uifLi furent approuvas du plus grand uomhrc. Knfin , ce nScit fut di« vImS en plusieurs parties , |>our a)uin*r plusieurs Cois le chant et augmenter le plaisir de la variéU^,

Mais omme il it'y avait qu'un S4'ul acteur , ix'la ne Sttf' fisait [>â«; il en fallait un second | H;ur constituer le drame et faire ce qu'on ap|>elle</^i^>;^£/// : f:<q>end«fit le premwr jias était fait, et c'«rtait heauu/up*

E^rhyle profita de Touvertuie qu'avaitdouri^Tbespil, et forma tout d'un coup le drame héroïque ou La tragédie» Il y mit deux acieurs au lieu d'un ; il leur fit eiitrepreo^m une action dans laquelle il ir^nh^MjriH tout ce qui pouvait lui convenir de l'action épique; il y mit expaaition, nœud , efforts , dmouement , payions et intérêt : ih qu'il avait baisi Tidée de mettre IVpiqu/e en spectacle^ k reste devait venir aisf.'merjt ; il donuia à «es acieurs des ct^ ractèrcs, des mceuro , une 43ocution f»nvenaLle$ et le

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tbœar , qui , dans Forigine , avait étë la base du spectacle, n'en fut plus que Taccessoire, et ne servît que d'intermède à Faction , de même qu'autrefois l'action lui en à?ait servi.

L'admiration était la passion produite par IVpopée. Pour sentir que la terreur et la pitié étaient celles qui convenaient à la tragédie, ce fut assez de comparer une pièce où ces passions se trouvassent , avec quelque autre pièce qui produisît l'horreur , la frayeur , la haine ou l'admiration seulement ; la moindre réflexion sur le sentiment éprouvé y et même sans cela , les larmes et les applaudissemens des spectateurs , suffirent aux premiers poètes tragiques , pour leur faire connaître quels étaient les sujets vraiment faits pour leur art , et auxquels ils devaient donner la préférence; et probablement Eschyle en fit l'obsenration dès la première fois que le cas se présenta.

Voilà quelle fut l'origine et la naissance de la tragédie*^ voyons ses progrès et les différens états par où elle a passé 9 ensuivant le goût et le génie des auteurs et des peuples.

Eschyle donne à la tragédie un air gigantesque, des traits durs , orne démarche fougueuse ; c'était la tragédie naissante , bien conformée dans toutes ses parties , mais encofe destituée de celte politesse que l'art et le tems ajoutent aux inventions nouvelles : il fallait la ramener à un certain vrai que les poètes sont obligés de suivre jusque dans leurs fictions. Ce fut le partage de Sophocle.

Sophocle , né heureusement pour ce genre de poésie ^ ayec un grand fonds de génie , un goût délicat , une facilité merveilleuse pour l'expression , réduisit la muse tragique aux règles de la décence et du vrai; il apprit à se contenter d'une marche noble et assurée, sans orgueil,

sans fastc^ sans cette Gertd g!gantcsc|Uc qui rst aU'deli de ce qi/ori appelle hénnque ; il sut intéresser le cœur dans toute Taclion y travailla les vers avec soin^ en un mot, il 8*cleva par son ge^nie et par son travail au point que m» ouvrages s<int devenus Texeniple du beau et le modèle de» r(*gles. CVtait aussi le modèle de Fancienne Grèce que la philosophie moderne approuve davantage. Il finit sea jours à Tage de 90 ans, daus le cours desquels il avail remporté dix-huit fois le prix sur tous ses concurrens. On dit que le d(;niicr qui lui fut adjugé pour sa dernière tragédie le fit mourir de joie. Son Olidipe est une des plus hellcs pièces qui ait jamais paru, et sur laquelle on peut juger du vrai tragique.

Euripide s'attacha d'ahord aux philosophes ; il eut pour maître Anaxngore; aussi toutes ses pièces sont-elltf remplies de maximes excellentes pour la conduite da mœurs. Socrate ne man(|uait jamais d'y assister, quaadil en donnait de nouvelles. Il est tendre, touchant, mi^ ment tragi({ue , c|uoique moins élevé et moins vigoureux que Sophocle ; il ne fut cependant couronné que cîrK{ fois; mais Texemple du poëte Ménandre, à qui on préféra sans cesse un certain IMiilémon, prouve que ce n'était pal toujours la justice ({ui distribuait les couronnes. Il mon* rut avant Sophocle : des chiens furieux le déchirèrent à Tagc de soixante et quinze ans; il composa soixante et quin7x* tragédies.

Vax général, la tragédie des (îrecs estsimple, naturelle, aisée à suivre^ peu compliriuée; Taction se prépare, f8 noue , se dév<îlo[)|)e sans effort; il semble que Part n'y ait (|U(; la UKiitidre part, vX par là m^rme c'est le chcf-d*ceuTlt de l'art et du géuie.

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Œtlîpe , dans Sophocle , paraît un homme ordinaire > ses vertus et ses vices n'ont rien qui soit d'un ordre supë« rieur, n en est de même de Créon et de Jocaste. Tirésîe parle avec fierté, mais simplement et sans enflure. Bien loin d'en faire un reproche aux Grecs, c'est un mérite rée^ iijue nous devons leur envier»

Souvent nous étalons des morceaux pompeux , des caractères d'une grandeur plus qu'humaine, pour cacher les défauts d'une pièce qui , sans cela , aurait peu de beautés. Nous habillons richement Hélène, les Grecs savaient la peindre belle ; ils avaient assez de génie pour conduire une action et l'étendre dans l'espace de cinq actes , sans y jeter rien d'étranger, et sans y laisser aucun vide; la nature leur fournissait abondamment tout ce dont ils I avaient besoin : et nous, nous sommes obligés d'employer l Tart de chercher, de faire venir une matière qui souvent résiste t et quand les choses , quoique forcées , sont à peu près assorties , nous osons dire quelquefois : « Il y a plus d'art chez nous que chez les Grecs; nous avons plus de génie qu'eux > et plus de force. »

Chaque acte est terminé par un chant lyrique, qui exprime les sentimens qu'a produits l'acte qu'on a vu, et qui dispose à ce qui suit. Racine a imité cet usage dans JEsthef* et dans Athalie.

Ce qui nous reste des tragiques Latins , n'est point digne d'entrer en comparaison avec les Grecs.

Sénèque a traité le sujet d'OEdipe, après Sophocle; la fable de celui-ci est un corps proportionné et régulier : celle du poëte latin est un colosse monstrueux , plein de superfétations : on pourrait y retrancher plus de huit cents vers^ dont l'action n'a pas besoin; sa pièce est près-* Tome xv 9

i|Ur lo coiilrt |iir«l tic cvWv Av. Sopliucli* «Vun bout à IW {n\ hv |M)rto |;nr imvn* la sii^iir par Ir plitn grand de tous lo« taMraux. l-n roi (\ la porto de son palai.i, tout un peupli* ^('lui.VMUit , doA autrh «lro5sr5 |>artout dans la place puMîtpu*. clr.'^ rriii dr douleur. Srm\pir pnWnIc le roi ipii M* plaint à »a iVnunc , connue un rlu'trur Taurait fait (In trni.H i\v Si^ntSpn* ni^uu'. Sopliocio ne dit rien qui ne Mtlt nire^saire, tout est uerfelie/. lui. tout eontrihuc au uiouvement. Sénèipn' est jurtoul sureliargc^ aecaldi! d'orneniens ; e est une masse d VndH)n|K>int ipii a des couleurs vives, et nulle aetlon. Soplioele est varie naturellement; Sf^n«\pie ne |wrle ijue doraeles, ipie de sacrifices symbo* ii(pu*s, (pUMl\>n)l)res (Soipn'es. Sopliin^le a{;it plus qu'il ne parle; il ne parle niî^nie tpie ponr Taction ^ et Si^n^ue n*a^it que pour parler et liaran^;uer; Tirt'sie, JocastC» Cmni. n*ont jHnnt île earaelère ehe/ lui : OF^lipo même \\y est |HMnt touchant, i^hiand on lit Siqdioclci on est ullli^t': «pmnd on lit Sên<\pie . ot\ a horreur de ses description^^ • on est di^oùti^ et n^huti^ de ses lon(;xieurs«

IVvions tpiatorr.e siècles . et venons tout d*uu coup au (;rand llonieille. après avoir dit un mot de trois autres tragiipu^s qui le prt'cedèrcnt ilan.i cette carrière.

*/«H/r//r ( Ktienne ) , ne J^ l\n'is en i Jôi , mort en iS;?, porta le pr^nùer sur le theàta- français U Tornie de la in^fi^iit* (inTtpu\ et lit iT|uirattre le cluvur antique , dans s%'* ileux pièces de CtrvfhUtY kX de Dù/ivi : mais combien ce piHte rrsta-t-il au^ilcsVHms îles ^rauils ntaftres qu îl tâcha d'imiter/ il ny a che» lui que lHHiuc\>upde dik:lamatiou, sani aeiion , s<uis jeu , et Siui* i-è5;les,

Citrnu^t^ UoUrt ), ne A la Kertê-ttrrnanl, au Maine, en il»:*i. mort vers Tan i!m^s^ niar\*ha ïinr le» traces

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de Jodelle , mais avec plus d'ëlévaition dans ses pensées et d'ënergle dans son style. Ses tragédies firent les délices des gens de lettres de son tems , quoiqu'elles soient lan« gaissantes et sans action*

Hardy ( Alexandre) , qui vivait sous Henri IV , et qui passait pour le plus grand poète tragique de la France, ne mérita ce titre que par sa fécondité étonnante. Outre qu'il connaissait mal les rë^es de la scène et qu'il violait d'ordinaire l'unité de lieu , ses vers sont durs , et ses compositions grossières: enfin voici la grande époque du théâtre français , qui prit naissance sous Pierre Corneille.

Ce génie sublime , qu'on eut appelé tel dans les plus lieaox Jouts d'Athènes et de Rome , firanchit tout-à-coup Fespaoe immense qu'il y avait entre les essais informes de ce siècle et les productions les plus accomplies de l'art. Les stances tenaient à peu près la place des chœurs, mais Corneille à chaque pas faisait des découvertes; bientôt il n'y eut plus de stances , la scène fut occupée par le combat des passions nobles ; les intrigues, les caractères , tout eut delà vraisemblance; les unités reparurent et le poëme dramatique eut de l'action, des mouvemens, des situations^ des coups de théâtre; les événemens furent fondés, les intérêts ménagés et les scènes dialoguées.

Cet homme rare était né pour créer la poésie théâtrale si dlc ne l'eût pas été avant lui. Il réunit toutes les partics; le tendre , le touchant , le terrible , le grand , le sublime; mais ce qui domine sur toutes ces qualités, et qui les embrasse chez lui , c'est la grandeur et la hardiesse. C'est le génie qui fait tout en lui , qui a créé les choses et les expressions ; il a partout une majesté , une force , une magnificence , qu aucun de nos poètes n'a surpassée»

Avec ccn graticlft avantages , il iic devait pas s'attendre k dci concurrent ; il nVn a |>eut-£ln: pas encore eu sur notre tlicatre, pour Ihrnmnie; mais il nVn a |mis ^t^dc intime du cMv. des su<!ers. (/ne étude réfléchie des senti* xneiM des hommes qu'il fallait émouvoir, vint inspirer ua nouveau genre à Kacine , lorif|ue O^rneillc commençait a vieillir. Ce premier avait, pour ainsi dire, rapproché les passions des anciens, des usages de sa nation; Racine, plus naturel, mit au jour des pièces toutes françaises; guidé par cet instinct national (pii avait fait applaudir les romances, la cour d'amour, les carrousels, les tournois ca l'honneur des dames, les galanteries respectueuses de nos pères, il donna dcB tableaux délicats de la vérité de la passion qu'il crut la plus puissante sur l'âme des spectateurs pour lesquels il écrivait.

Corneille avait ce|Krndaiit connu ce genrc^ et sembla n(^ vouloir pas y donner son altaelif; ; mais Racine, nu avec la délicatesse des passions^ un goût exquis, nourri delà lecture des beoux modèles de la Gr(:cc, accommoda la tragédie aux mœurs de son siècle'et de son pays* L'élévation de Corneille était un modèle où beaucoup de gens ne pouvaient arriver. IVailleurs ce poêle avait des défauts; il y avait che% lui de vieux mots, des discours quelquefois embarrassés, des endroits (|ui sentaient le déclama» teur. Racine eut le talent d'éviter ces petites fâutci : tour jours élégant, toujours exact , il joignit le plus grand art au génie , et se servait quelquefois de Tun pour remplacer Taulre : cherchant moins à élever TAme qu'à la remuer i il parut plus aimable, plus commode, et plus à la portée de tout spectateur. Corneille est , comme quelqu'un l'a dit, un aigle qui s'élève au-dessus des nues, qui regarde

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fixement le soleîl , qui se plaît au milîeti des éclairs et de la foudre. Racine est une colombe quî gdmit dans des bosquets de myrihe, au milieu des roses. Il n'y a personne quî n'aime Racine; mais il n'est pas accorde à tout le monde d'admirer Corneille autant qu'il le mdrite.

L'histoire de la tragédie française ne finit point ici ; mais c'est à la postérité qu'il appartiendra de la continuer.

Les Anglais avaient déjà un théâtre, aussi-bien que les Espagnols , quand les Français n'avaient encore que des i tréteaux : Shahespear ( Guillaume ) florissait à peu près dans le tems de Lopez de Véga. Il créa le théâtre anglais par un génîe plein de naturel , de force et de fécondité , sans aucune connaissance des règles : on trouve dans ce grand génîe le fonds inépuisable d'une imagination pathétique et sublime, fantasque et pittoresque, sombre et gaie^ une variété prodigieuse de caractères , tous si bien contrastéis y qu'ils ne tiennent pas un seul discours que Ion pût transporter de l'un à l'autre 5 talens personnels à Shakespear, et dans lesquels il surpasse tous les poètes du monde. Il y a de si belles scènes , des morceaux si grands et si terribles, répandus dans s^s pièces tragiques^ dailleurs monstrueuses , qu'elles ont toujours été jouées avec succès. U était si bien né avec toutes les semences de la poésie , qu'on peut le comparer à la pierre enchâssée dans Panneau de Pyrrhus qui , à ce que nous dit Pline , représentait la figure d'Apollon , avec les neuf muses ,

' dans ces veines que la nature y avait tracées elle-même ^

i sans aucun secours de l'art.

Non-seulement il est le chef des poètes dramatiques anglais , mais il passe toujours pour le plus excellent 5. il

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n'eut ni modelés , ni rivaux, les deux sources de Yémui^ lion , les deux principaux aiguillons du gtSnie. La magni-' ficence ou F^Squipage d*un héros ne peut donner à Bmtof la maîesti; qu'il reçoit de quelques lignes de Shakespear; doué d'une imagination également forte et riche , il peint tout ce qu'il voit , et embellit presfjue tout ce qu'il peint Dans les tableaux de l'Albane, les Amours de la suite de Vénus ne sont pas représentés avec pi us de grâces , que Shakespear en donne à ceux qui font le cortège de Qëopâtre , dans la description de la pompe avec laquelle cette reine se présente à Antoine sur les bords du Cydnus.

Ce qui lui manque, c'est le choix. Quelquefois enlisant ^s pièces f on est surpris de la sublimité de ce vaite : génie 9 mais il ne laisse pas subsister Tadmiration. A def ' portraits où régnent toute l'élévation et toute la noblesse J de Raphaël , succèdent de misérables tableaux dignes de 1 peintres de taverne.

Comme il importe à ceux qui voudront imiter les maîtres de la scène tragique de bien connaître le but de . la tragédie^ et de ne pas se méprendre sur le choix des : hUJeU et des perboiuiages (|ui lui conviennent , ils ne se- , ront [>as fâchés de tnmvcfr ici la-dessus quelques conseils de Tabbé Dubos , parce i|u'ils sont propres â éclairer dans cette route épineuse. Nous finirons par discuter avec loi si l'amour est l'essence de la tragédie.

Ce qui nous engage â nous arrêter avec complaisance sur ce genre de poëme auquel préside Melpomène, c'est qu'il afrecte bien plus que la comédie. Il est certain que les hoiriîncs (;ii ^«'néral ne mmi pas autant émus par l'action théâtrale, (|uils ne sont pas aussi livrés au spectacle durant la représentation des comédies, que durant celle

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de3 txagëdifis. Ceux qui font leur amusement de la poésie dramatique , parlent plus souvent et avec plus d afiectioa des tragédies que des comédies qu'ils ont vues; ils savent un plus grand nombre de vers des pièces de Corneille et de Racine n que de celles de Molière. Enfin , le public préfère lé rendez-vous qu'on lui donne pour le divertir en le faisant pleurer , à celui qu^on lui présente pour le divertir en le faisant rire.

La tragédie , suivant la signification qu'on donnait à ce. mot f est l'imitation de la vie et des discours des héros ^ sujets, par leur élévation, aux passions et aux catastrophes^ comme à revêtir les vertus les plus sublimes. Le poè'te tragique nous fait voir les hommes en proie aux plus grandes agitations. Ce sont des Dieux injustes , mais tout -puissans , qui demandent qu'on égorge aux pieds de leurs autels Une jeune princesse innocente. C'est le grand Pompée , le vainqueur de tant de nations et la terreur des rois d'Orient 9 massacré par de vils esclaves.

Nous ne reconnaissons pas nos amis dans les persour nages du poëte tragique y mais leurs passions sont plus impétueuses ; et comme lesilois ne sont pour ces passions qu'un frein très-faible , elles ont bien d^autres suites que les passions des personnages du poêle comique. Ainsi U terreur et la pîtié , que la peinture des événemcns tragiques excite dans notre âme , nous occupent plus que le rire et le mépris que les incidens des comédies produisent en nous.

Le but de la tragédie étant d'exciter la terreur et la compassion , il faut d'abord que le poëte tragique nou5 lasse voir des personnages également aimables et eslimaT bics ^ et qu'cnsuilc il nou$ les représente dans un état mal-

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heureux. Commencez par me faire estimer ceux pour lesquels vous voulez m'iiitéresser. Inspin.'Z-moi de la v<?nération pour les personnages cleslint's à faire couler mes larmes.

Il est donc n(jcessaire que les personnages de la tragédie ne m(?ritent point d*etre malheureux 9 ou du moins d être aussi malheureux qu'ils le sont. Si leurs fautes sont de , véritahles crimes , il ne faut pas que ces crimes aient vie commis volontairement. Ol'idipe ne serait plus un principal personnage de traffédic^ .s'il avait su dans le tems de son combat , qu'il tirait Tcpce contre son propre pèrct

Les malheurs de» scélérats sont peu propres à nous toucher; ils sont un juste su|)plice dont Timilation ue j saurait exciter en nous ni terreur, ni compassion véritable. Leur supplice, si nous le voyons n-ellement, exciterait bien en nous une compassion machinale; mais comme IVmolion ([ue les iniilalions produisent, n'est pas aussi tyranniquc que celle que l'objet nn^nie exciterait, l'idée des crimes qu'un personnage de tragédie a commis, nous emprche de sentir pour lui une pareille comjKission. Il i ne lui arrive rien dans la catastrophe que nous ne lui ayions souhaité plusieurs fois durant le cours de la piêccy 1 et nous applaudissons alors au ciel qui justiGe cnCn sa 1 lenteur à punir. 1

Il ne faut pas néanmoins défendre d'introduire des pcr^ . sonnages scélérats dans la tragédie, pourvu que le principal intérêt de la pièce ne tombe pas sur eux. Le dessein de 4 ce poème est bien d'exciter en nous la terreur et la cornpassion pour quelques-uns de sqs [lersonnages, mais non pas pour tous ses personnages. Ainsi , le poêle , pour arrl- "d certainement à son but, peut bien allumer en

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lous d'autres passions, qui nous préparent à sentir plus ivement encore les deux qui doivent dominer sur la cène tragique , je veux dire la compassion et la terreur, j'indignation que nous concevons contre Narcisse, aug- Dente la compassion et la terreur où nous jettent les malleurs de Britannîcus, L'Ii erreur qu'inspire le discours l'OEnone, nous rend plus sensible à la malheureuse lestinée de Phèdre.

On peut donc nous mettre des personnages scélérats HT la scène tragique , ainsi qu'on met les bourreaux dans le tableau qui représente le martyre d'un saint. Mais ^mme on blâmerait le peintre qui peindrait aimables des iiommes auxquels il fait faire une action odieuse; de môme ïn blâmerait le poète qui donnerait à des personnages scélérats des qualités capables de leur concilier la bienveillance du spectateur. Peindre le vice en beau , ce serait Jler contre le grand but de la tragédie , qui doit être le purger les passions, en mettant sous nos yeux les fyuremens où elles nous conduisent, et les périls dans lesquels elles nous précipitent.

Les poè'tes dramatiques, dignes d'écrire pour le théâtre, ttttt toujours regardé Fobligation d'inspirer la haine du Wce, et l'amour de la vertu, comme la première obligation de leur art. Quand je dis que la tragédie doit purger

pasnons, j'entends parler seulement des passions vî-

ises et préjudiciables à la société, et on le comprend aussi. Une tragédie qui donnerait du dégoût des

ttoni utiles à la société , telles que sont l'amout de la e, l'amour de la gloire , la crainte du déshonneur ,

», serait aussi vicieuse qu'une tragédie qui rendrait le aimable.

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Ne faites jamais chausser le colliurne à des liomines iaféricurs a plusieurs de ceux avec qui nous vivons ; autrement vous seriez aussi blâmable que si vous aviez fait ce que Quintilien appelle , donner le rôle d'Hercule à jouer à un enfant'. peraonani Herculia et coihurnoa aptare infantibua.

Non-seulement il faut que le caractère des principau personnages soit intcressant , mais il est nécessaire que les accidens qui leur arrivent soient tels, qu'ils puissent affliger tragiquement des personnes raisonnables , et jeter daoi j la crainte un homme courageux, lin prince de quarante! ans qu'on nous représente au désespoir, et dans la dispo-'i sition d'attenter sur lui-même , parce que sa gloire et seit intérêts Tobligcnt à se séparer d*une femme dont il eil amoureux et aimé depuis douze ans , ne nous rend compatissans à son malheur ; nous ne saurions le plaiodf^ durant cinq actes.

Les excès des passions où le poëte fait tomber son hér< tout ce qu'il lui fait dire , afin de bien persuader les s tateurs que l'intérieur de ce personnage est dans l'agi tion la plus affreuse , ne sert qu à le dégrader davan Ou nous rend le héros indifférent en voulant ren l'action intéressante. L'usage de ce qui se passe dans monde, et l'expérience de nos amis, au défaut de la n6i nous apprennent qu'une passion contente s'use teU en douze années^ qu'elle devient une simple habitude héros obligé par sa gloire et par Tintérèt de son autoriU à rompre cette habitude , n'en doit pas être assez pour devenir un personnage tragique ; il cesse d'avoiij dignité re<iuisc aux personnages de la tragédie ^ A alllicliun va jusqu'au désespoir. Un tel malheur ne

DE L'BîyCYCLOPÉDlE; l5g

ralt l'abattre j s'il a un peu de cette fermeté sans laquelle on ne saurait être , je ne dis pas un héros , mais même un homme vertueux. La gloire, dira-t-on, l'emporte à la fin; et Titus, de qui l'on voit bien que vous voulez parler , renvoie Bérénice chez elle.

Mais ce n'est pas là justifier Titus , c'est faire tort à la réputation qu'il a laissée ; c'est aller contre les lois de la vraisemblance et du pathétique véritable, que de lui donner , même contre le témoignage de l'histoire , un caractère si mou et si efféminé. Aussi , quoique Bérénice soit une pièce très - méthodique et parfaitement bien écrite , le public ne la revoit pas avec le même goût qu'il lit Phèdre et Andromaque. Racine avait mal choisi son sujet , et pour dire plus exactement la vérité , il avait eu la faiblesse de s'engager à le traiter, sur les instances d'une grande princesse.

De ces réflexions sur le rôle peu convenable que Racine fait jouer à Titus , il ne s'en suit pas que nous proscrivions l'amour, de la tragédie. On ne saurait blâmer les poètes de choisir pour sujet de leurs imitations les effets des passions qui sont les plus générales et que tous les hommes ressentent ordinairement. Or, de toutes les passions, celle de l'amour est la plus générale; il n'est prescjue personne qui n'ait eu le malheur de la sentir, du moins ime fois en sa vie. C'en est assez pour s'intéresser avec affection aux pièces de ceux qu'elle tyrannise.

Nos poètes ne pourraient donc être blâmés de donner part à l'amour dans les intrigues de la pièce, s'ils le faisaient avec plus de retenue. Mais ils ont poussé trop loin la complaisance pour le goût de leur siècle , ou , pour mieux dire , ils ont eux-mêmes fomenté ce goût avec trop

l4o KrtlMUT

ilr* Mcliirti^. Kii rpuvhérinHHtii \tn uni mir If** aiitrM^ iU ont < fiiil iiiif* ruvlh* fif? la <»(:/;iii; lrft(;if|iii; ; f|u*(m tiou« piMi; U: i

Hariiiif A riiifi pliH (riimotir ilitfin »t% \ûh^ti%^^nÊ Oirndlk lioilntii , tntViiilLiril à rrcoticilirr M>n uini nvM: If* t^kHift Am/iiid , lui |Mitt» Im tni(.'/flir rh; /V//'////*, cUy l« purt ik raiitriir, H lui rti i\i'twttu\u Hini ftvin. ArnnuJ« «pWnk MViiif lu 1*1 [lirri*, lui flit : il n'y n virn a rrpri'tirlri} «is rrarnct/Tu AvVUtuUv^ mail |iour(|uoi a 1 il Ifiit \l\\nth\yii> uttummuti CévUv i:rilif|ni' oui \n «MMilc |»ifut*^lri« ipnrn | hi i »«i* fiiri <:onln; i'HI«r iri('/(iii« ; ri luutiMir , ipii Mt IVluit fuite ik lui-inAin«f, f»<* junliflfiit m diftuit : <|U*auniiifiit p«?ri<^ Irif pHifo riialtnrn ifuii lli|i|)olyl<* rnnifilri di; toutr* k^ ff'UiiucD? (juMIi'i mauvai^'H |ilaii»aiit<Ti«r« i/aurai<*rti'fl« |M jrtf^rn Aur If? lilu ilf? 'rii<1*r<;?

Du tnoihfi HaciiK; routiaid^aii un faulit; tnnU lu plupart lUi t'.i*ux qui Dont Vf'iiUH (lr|iuif) vH ainmhK? \hhîUî9 IrotH vaut fpril citait plud farilr cl<r Tinnlrr par or* ttuAfOîU hU hU'n i|Ur par l(*« autrr« , ont rncon; ('l<1 plu« loin i|Uiï lui tlnuH la niauvaif)(? rout<s

ilimiîttr U* ç^itUi i\t: fiiiri? mouvoir par rumotir loii# k^ rt*Mtn\ti t\t' la lrn^thllt*j un pai (^t<1 Itt (.'/)Ut fl«'« anciiifMf U n<i «Hffa point pirut- Ain? \v f.M)6t dr non intvi^iix. Lu poité* rilr pourra lionr MAmirr TahuD <pir no« po^Hi** trjigiqiMI ont l'ait «lit Irur ««prit, rt Irn riimur^r un jour iVurrrir ilonn<t l<; rara<:t/;ri; Ai* Tircii i;t il<; IMiil/rniï, «riiroir («ft l'airr? touti*ff (*lio«r« pour Tamour, & difi pi!r»on»d|^ illubliTD, l'i ipji vivaient dann d<;« %i<^<:l«t« où Tidi^i; <|il*M avait du rarart/'f!' d'un fjrand hommi;, n'admittUiit pM 1^ nK'Ian^'/; Av. panrillro faildi;fiM;M. I''JI(; r«f)iri?ndrii nQ% jKliHl» U'uvoir l'ait d'une intrii^uc' ainuiuciue Id caïuc Jm totu ks»

DE l'encyclopédie. j41

mouvemens qui arrivèrent à Rome f quand il s'y forma une conjuralion pour le rappel des Tarquins ; comme d'a- Toir représente les jeunes gens de ce tems-Ià si polis , et même si timides devant leurs maîtresses, eux dont les mcBurs sont connues suffisamment par le récit que fait Tite-Live des aventures de Lucrèce.

Tous ceux qui noiis ont peint Brutus, Arminius et d'autres personnages illustres par un courage inflexible , si tendres et si galans , n'ont pas copié la nature dans leurs imitations , et ont oublié la sage leçon qu'a donnée Des-' préau^i; dans le troisième f haut de l'Art poétique , où il

décide si judicieusement qu'il faut conserver à ses per*

«onnages leur caractère national.

Gardes donc de donner , ainsi que dans délie , L'air et l'esprit français à l'antiqae Italie ; £t sous le nom romain faisant notre portrait , Feindre Caton galant , et Brutus dameret.

La même raison qui doit engager les poètes à ne pas introduire l'amour dans toutes leurs tragédies^ doit peutêlre les engager aussi à choisir leur héros dans des tems éloignés d'une certaine distance du nôtre. Il est plus facile de nous inspirer de la vénération pour des hommes qui ne nous sont connus que par l'histoire , que pour ceux qui ont Técu dans des tems si peu éloignés du nôtre , qu'une traditioii encore récente nous instruit exactement des partîcolariiés de leur vie. Le poète tragique , dira-t-on , laura bien supprimer les petitesses capables d'avilir ses liéros. Sans doute il n'y manquera pas; mais l'auditeur dea souvient ; il les redit lorsque le héros a vécu dans un tems si voisin du sien, que la tradition Ta instruit de ses i-^titesses.

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n eut vriii cpic 1rs poifict grecs ont mis sur kitr sci des sottTcrains qui Tefiaicni ilc tncmrir, et qoelqud même des princes vivsns : mais ce n^iHait pM pour lâire des luSros, Ils se pro|K>s«ieni de plaire à leur patf en rendant odieux le gouTernement d^un seul ; et i^i un moyen dy réussir , que de {leindre les rois avec caractère vicieux. C est par un motif semblable qu'c king'tems repriSsenté avec succès sur un théâtre vcnsin nAtre, le fameux si<?ge de I^'jde que les Espagnols fif par les ordres de Philippe II f et qu^îls furent obligéi k'ver en i/>78. Oimme Mel[Kimène se plaît & parer persminagi» de couronnes et de sceptres, il arriva d ci*s tems dliorreurs et de persécutions , «piVlle dio dans iMdte pièce dramatique , (K>ur sa victime, un pri contre Ic^piel tous les spectateurs étaicmt révoltés*

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