‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 22 sur 62 · Tome xv. la · texte numérisé non relu

Tome xv. la

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jirriêfe du jeune OcUii^ius à Jtomr. Il <^taît fiU (Yim nénùimr apifcU Cuïiui Octaviufi y qui avnit exerce la pr<;-* lure; et (VAceie, fille de Julie ^ mpaxt de Vj'Mlt, qui nvriit iiifi maride en premières noces h Accius nallius, et enstiik k Marctia I'lilli[q)i]s« Conrime Octavius iravait pas encore ilix-liuit ans, O-sar Tavait envoyf^ à Apollonie, ville sur les côles «riCpire, jK>ur y aciiever ses i^iudcs et ses exercices. Il i\y avait pas six mois qu^H était dans celte ville, lorsqu*il apprit que son grand-oncle avait étd assassine! dans le sénat. Sc;s parens et èc% amis voulant opposer s<m nom h la puissance d'Antoine, lui mandèrent de venir i Rome pour y jouir du privilège de son adoption , et la faire autoriser par le préteur.

Alt bruit de sa marclie, les soldats vétérans auxquelf César, après la (in des guerres civiles, avait donné des terres dans Tltalie, accoururepl lui offrir leurs service! $ on lui ap|)ortait de Targent de tous les côtés; et quand il approcha dcRonus la plupart des magistrats, Icsofriciers de guerre , toutes les créatures du dictateur, et le peuple en foule, sortirent au devant de lui.

Le jeune Octavius prit le nom de Cé&ar, vendit soD patrimoine, paya une partie des legs portés par le teste* ment de son grand-oncle , et jeta avec un silence profond les fondemens de la perte d'Antoine. Il se voyait soutenu du grand nom de (A'.tar, qui seul lui donnerait bientôt di's légions et des arnu'es à ses ordres ; d*un antre côt^f Citéron, pour perdre Antoine, son ennemi partieulieTfl prit le niiiuvais parti «le travailler ù félévation d'Oct**j vins , et au lieu de faire oublier au peuple César^ il le loQ remit devant Ir^ yeux. Octavius se conduisit avec CioW ton eu liommc Iiabilc; il le ilatta, le consulta, le loua|d|

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iemploya tous ces artifices dont la vanité ne se défie jamais. Prenant en même tems son intérêt pour règle de sa conduite , tantôt il ménagea politiquement Antoine , et tantôt le sénat , attendant toujours à se détei'miner d'après les conjonctures favorables.

n est certain qu'Antoine ne craignait pas moins Octavius que Brutus et Cassius 5 mais il fut obligé de dissimuler, et de garder beaucoup de mesures avec le premier, à cause de l'attachement que lui portaient le peuple , les officiers et les soldats qui avaient servi dans les armées du dictateur ; de là toutes les réunions apparentes qu'ils eurent l'un avec l'autre n'étaient, pour ainsi dire, qu'une matière d'infidélité nouvelle : tous deux ne cherchèrent long-tems qu'à se détruire ^ chacun aspirant à demeurer seul à la tète du parti opposé à celui des conjurés.

Antoine tenant assiégé Décimus Brutus dans Modène * et refusant de lever le siège ^ le sénat, irrité de sa rébel-* lion, ordonna à Hirlius et à Pansa, consuls, ainsi qu'à Octavius, de marcher au secours de Décimus. Le combat fut long : Antoine fut défait, et les deux consuls y périrent. Cependant , le sénat songeant à abaisser Octave , fier du grand nom dont il avait hérité, et du consulat qu'il avait obtenu, mit Décimus Brutus à la tcte des troupes de la république.

Union cTOctauiiis , cTjénioine et de Lépidus. Ce fut alors qu'Octavius, extrêmement picjué de cette injure^ qui bridait son ambition , songea sérieusement à se réconcilier avec Antoine , quand l'occasion s'en présenterait ; mais il attendit politiquement à se déterminer qu'il fût sûr du parti qu'embrasseraient Lépidus et Plancus. Antoine gagna les soldats de Lépidus , qui le reçurent la nuit dans

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leur camp et le reconnurent pour leur gén<;raL Plancus toujours esclave des évdnemens , se d<^clara contre le s^hia et (K)Titrc Dc'ciniuâ Brutus. Antoine repassa les Alpes à I t£te de dix-sept l(^gions , arrêta Brutus dans les déûlës de montagnes voisines d'Aqnilée , et lui fit couper la t£te.

Cette mort fut le motif, ou plutôt le prétexte delaréu nion entre Octave et Antoine; ils s'y trouvèrent enfit «également disposes l'un et Fautre. Antoine venait d'éprouver devant Modène ce que pouvait encore le nom d< la r<?publi({uey et comme il désespérait alors de s'emparei seul de la souveraine puissance, il résolut de la partagei avec son rival. Octave, de son côté, craignait que s'il différait plus long-tems à se raccommoder avec Antoine, ce chef de parti ne se joignît à la fin aux conjurés, comme il Fei avait menacé , et que leurs forces réunies ne rétablissenl l'autorité de la république ; ainsi la paix fut aisée à fair< entre deux ennemis qui trouvaient un intérêt égal à h rapprocher. Des amis communs les firent convenir d'niK entrevue; la conférence se tint dans une petite lledâerte <|uc forme proche de Modène la rivière de Panaro.

Formation du second triumvirat» Les deux armée campèrent sur ses bords , chacune de son côté , et on avait fait des ponts de communication qui y aboutissaient, e1 sur lescjuels on avait mis des corps-de-garde. Lépidus , élant dans l'armée d'Antoine, se trouva naturellement i cette entrevue ; et quoiqu'il n'eût plus que le nom de gé' néral et les apparences du commandement, Antoine e1 Octave , toujours en garde l'un contre l'autre , n'étaient pas fâchés qu'an tiers, qui ne leur pouvait ôtre suspect intervint dans les difTérends (|ui pourraient naître entri eux.

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Ainsi Lëpidus eatra le premier d^^s Tîle , pour reconnaître s'ils y pouvaient passer en sûreté. Telle était la malheureuse condition des hommes ambitieux , qui, dans leur réunion même , conservaient encore une défiance réciproque. Lépidus leur ayant fait le signal dont on était convenu , les deux généraux passèrent dans l'île , chacun de son côté. Ils s'embrassèrent d^abord , et , sans entrer dans aucune explication sur le passé, ils s'avancèrent pour conférer , vers l'endroit le plus élevé de l'île , et d'où ils pouvaient être également vus par leurs gardes et même par les deux armé(ss..

Ils s'assirent eux trois seuls. Octave , en qualité de consul, prit la place la plus honorable. Us examinèrent quelle forme de gouvernement ils donneraient à la république , et sous quel titre ils pourraient partager l'autorité souveraine et retenir leurs armées ,~ pour maintenir leur puissance. La conférence dura trois jours; on ne sait point le détail de ce qui s'y passa : il parut seulement par la suite , qu'ils étaient convenus qu'Octave abdiquerait le consulat et le remettrait , pour le reste de l'année , à Ventidius , un des lieutenans d'Antoine : mais qu'Octave, Antoine , Lépidus , sous le titre de triumpirs , s'empareraient de l'autorité souveraine pour cinq ans ; ils bornèrent leur autorité à ce peu d'années , pour ne pas se déclarer d'abord trop ouvertement les tyrans de leur patrie.

Partage de Vempire entre les triumvirs. Ces triumvirs partagèrent ensuite entre eux les provinces, les légions et l'argent même de la république; et ils firent , dit Plutarque, ce partage de tout l'empire, comme si c'eût été leur patrimoine.

Antoine retint pour lui les Gaules, à l'exception de la

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])roviiicc qui cotinne aux I^yri'iuV» , cl «|ui fui onlrr a L«'- ])i(lu!i avec les Espagnes. ()i:tavc eut pour su part TAIrique, lu Sicile y la Sanlaij;ne ci les autres îles.

I/Asie, occupée parles conjurés, nVntra point dans ce partage ; mais Octave et Antoine convinrent (prils joîndruieut incessamment leurs forces pour les en cliasMT; i[U*ils se mettraient cliacuu à la trtc de vin^l levions, rt que liépidus , avec trois antres , resterait en Italie et dansUome, pour y maintenir 1(*ur autorité, (les deux collègues ne lui donnèrent point de part dans la guerre <prils allaient entreprendre , parce iprils connaissaient son peu de valeur et de capacité. Ils ne ra.s.soeièrent au triumvirat (pu: ponr lui laisser en leur absence, comme eu dépôt > Tautorité souveraine, Lien persuadés (prils«e défd.Taient plus aisément de lui ipie d'un autre généruK s'il leur devenait inlidèle ou inutile.

lU drcHHcnt un roU; ila pnmril/i et dtf nu'onipciiHn, Leur ambition était salislaite par ce partage ; mais ils laissaient ù Home cl dans le hénat des cnneniis cachés^ rt des républicains tonjours zélés pour la liberté; il.s résolurent, avant que de cpiitter Pltalie, (Tinniioler à leur sûreté et de proscrire les plus riebes et les pins précieux citoyens; ils en dressèrent un rôle. (!b;.que tiinntviry comprit &iis ennemis particuliers, cl 1(!S ennemis de .ses créatures : ils poussèrent riidiumanité exécrable iusr|irù K*ubandonner Tun a l'autre leurs propres jiarens et même les plus procbes. Lépidus sacrifia (Tabord sans peine sou Il ère i &(i^ deux collègues ; Antoine, de son e/;té , abandonna u Octavius le propre l'rère de sa mère; et celui-ci consentit (prAnloiuc fit mourir Cicéron , quoique c-^* graud bomme Tcùt souleuu de sou crédit contre Antoiu^

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même. On mît dans ce rôle funeste Thoranîus , tuteur d'Octave 9 celui-là même qui l'avait élevé avec tant de soin. Plotius, désigné consul , frère dePlancus, un des lieutenans d'Antoine , et Quintus , son collègue au consulat , furent couchés sur la liste , quoique ce dernier fût beau-père d'Asinius Pollio, partisan zélé du triumvirat •, ainsi tous les droits les plus sacrés de la nature et de la reconnaissance furent violés par ces trois scélérats. ^^

On disposa des récompenses , et cet article était important pour retenir les troupes dans leur devoir. Il fut donc arrêté qu^on abandonnerait aux soldats , en propriclé , les terres et les maisons de dix-huit des meilleures villes de l'Italie, qui furent choisies par les triumvirs, selon qu'ils avaient des sujets d'aversion contre ces misérables cités; les plus grandes étaient Gapoue^ Reggium,s Venuse , Bénévent, Nocère, Rimini et Yibone : tout cela fut réglé sans contestation.

Ils imitent Marins et Sylla dans leurs proscriptions. Pour exécuter leurs vengeances avec éclat, ils imitèrent la manière dont Marins et Sylla en avaient usé. Elle consistait à écrire en grosses lettres , sur un tableau y le nom des condamnés , et on affichait ce tableau dans la place publique; c'est ce qu'on dii^^i^X^ proscription. De ce moment chacun pouvait tuer les proscrits ; et comme leur tète était à fort haut prix , il était bien difficile qu'ils passent échapper à des soldats animés par l'intérêt. Cesterribles articles étant signés, Octave sortit pour les fiéclarer aux troupes ,'qui en témoignèrent une extrême joie f ^lors les soldats des trois armées se mêlèrent et se traitèrent réciproquement.

Ainsi fut conclu cet exécrable iriunwirat^ dont les

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agites furent si funestes; cl pour vu faln* |MiMcr la mrmoirc jU8({uVi la po.strritc: , llit (irenl Imtln* di! lu monnaie* « uù on voyait y (Vun vMv.^ V\îw\^v crAntoiiic : Man: .inloine^ vmpt*nur auguttUi , triumxfir^ v\ au revers ^ trois nmiiii qui se tenaient , les huches des consuls , et |>our devise : le nul ut duffenre humain.

Les triumvirs ayant ainfii «Itahli leur autorité , drcAM> rent le nMe des autres personnels qui devnitmt périr pur leurs ordres ; et hien tpie la haine y eût grande part, Tintérôt y trouva aussi su place. Ils avaient hesoin de beaucoup d'urgent pour soutc^nir la (guerre contre Hrutus cl Casslus^ qui trouvaient de puissantes ressotn'ces dans les richesses de TAsie et dans lassistanee d(*s prine(!s d*Urient ; au Heu que ceux * ci n'avaient que risuro|x; ])oureuXy sur-tout Tltulie épuisée par la longueur dc*« guerres civiles. Ils établirent de grands imp^)ts sur le sel et sur les autres marchandises ; mais comme (;ela ne suittsait pas, ils proscrivirent, ainsi (pie je Tai dit , plusieurs des [)lus riches de Home, afin de protiler de leur confis** cation.

JJâcrtU de celle pnmTiption. Lcî décret de la proscription commençait en ces termes: « Marcus Lépidus, Mar* eus Antonius et Octavius (jésar , élus pour la réformutioii de la république. Si la générosité de Jules (îésar ne l'avait obligé à pardonner ii des perdchrs et à leunu:corder , outre la vie dont ils étaient Indignes^ des honneurs et des cliargeiy ({u'ils ne méritaient pus, apn':s avoir été pris lesurmes à la main contre sa pcrsorme , il n*aurait pas péri si cruellement par leur trahison ; et nous ne serions pas forcés d'user des voies de rigueur contre ceux qui nous ont déclarés cnncmiâ de la patrie. Muis les cutrcpriscfl détectable»

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qu'ils ont machinées contre nous, la perfidie horrible dont ils ont usé à Tégard de César, et la connaissance que nous avons de leur méchanceté et de leur obstination dans des sentimens si odieux, nous obligent à prévenir les maux qui nous en pourraient arriver, »

Le reste contenait une justification du procédé des triumvirs , fondée sur les avantages que Jules César avait acquis aux Romains par ses victoires , l'ingratitude de ses bienfaits^ en un mot la nécessité de punir les ennemis , qui pourraient , par leurs artifices , rejeter la ville de Rome dans les malheurs de la division, durant qu'Octave et Antoine seraient occupés contre Brutus et Cassius ; on appuyait cette justification par l'exemple d^ Sylla.

Après avoir imploré l'assistance des dieux, ils concluaient ainsi : « Que personne ne soit assez hardi pour recevoir, receler ou faire sauver aucun des proscrits , sous quelque prétexte que ce soit , ni lui donner argent ou autre secours , ni avoir aucune intelligence avec eux, sous peine d'être mis en leur rang, sans espérance d'aucune grâce. Quiconque apportera la tête d'un proscrit, aura deux mille écus , si c'est un homme libre ; et s'il est esclave , il aura la liberté et mille écus. L'esclave qui tuera son propre maître , aura , outre cela , le droit de bourgeoisie. On donnera la même récompense à ceux qui nous déclareront le lieu où un proscrit se sera retiré ; et le nom du dénonciateur ne sera couché sur aucun registre ni autre mémoire, afin que personne n'en ait connaissance.»

Quantité de leurs soldats arrivèrent à Rome avant la publication du décret, et tuèrent d'abord quatre des proscrits , les uns dans leurs logis , et les autres dans la me. Ils se mirent ensuite à courir par les maisons |et par

iBG r..si»niT

ïcH \v.tu\Av.H : rc qui caiiAa mu: frayt-ur {^riurralc. Oti ti W tcinlail qiir i\vH cri» cl dcA pleurs ; t.*t cofuiiic le décret n élait |)a4 encore puMié, rliacun be persuadait i^trc du nombre de.H coudaiiinési. (^)uelfpie.s-unft nieine tondièrcnt daiiH un hi ^ruiul déMvsjioir, (|u'iU voulaient rnvelop|MTla \ille entière daUH leur perte, en mettant le feu partout* JN'du.H, pour enipêelicT ce malheur, iit publier rpron ne cliercbait (|u'un fort petit nondire des ennemis de^ trium» i'Irfi^ et (pie tous le.*» autres navaient rien Ix craindre. \â lendemain , il (it aflicher les noms de dix -sept condamiits; mais il sVcliauda si fort à courir de tous cotés, pour tu» hurer les esprits , <|u*il eu mourut.

Les LriiunvirH firent ensuite leur entrée dans la ville cii trois diir/rretis jours. Oetavt! entra le premier, Antoine le f>e(ond,et Lépi<lus le troisième; eliacun d'eux menait uue lésion pour sa ^arde. La loi par laquelle ils s'attribuaient la même autorité que les consuls, pour Tespacc de cinq nus, (;t se déclaraient réformateurs de la république, fui publiée par Titus, tribun du peuple; et la nuit suivante, ils (ir(;nt ajouter les noms de cent trente personnes à ceux qu'ils avaient déjà proscrits.

Peu de t<*ms après, on en publia encore cent cinquante, sous prétexte qu'cm les avait oubliés. Ainsi, le iicnnbre iXiis malbeureuses victinu's s'accrut jusqu'à trois c!ents sénateurs et plus de deux mille chevaliers. Personne iiosait rci'user Icntrée de sa maison aux soldats, qui chef chaient dans les lieux les plus secrets; et la face de Rome ressemblait alors à celle iV\i\\^^ ville prise d'assaut ^ (!XpOB<^ au meurtre c;t au |)illa(;e. Musi(!urs furent tués daus cedésordre, sans litre coudanuiés. On les rccuu naissait à ciï qu ils u avaient pas la tète cuuj)ée.

DK l'encyclopédie. tSt

Peinture de ces horreurs, Salvîus , tribun du peuple , Tut lue le premier sur la table où il traitait ses amis, pour avoir abandonné Irt^p légèrement les intérêts d'Antoine , . qu'il avait d'abord soutenu contre Cicéron. Le préteur Mlnutius périt par Timprudence de ceux qui l'accompagnaient par honneur , et qui le firent découvrir. Cœpion se fit tuer les armes à la main , après une vigoureuse résistauce; et Vératinus rassembla plusieurs autres proscrits comme lui , avec lesquels il tua grand nombre de soldats , et se sauva en Sicile.

Statius, proscrit à l'âge de quatre-vingts ans, à cause de ses grands biens , les abandonna au pillage , et mit le feu à sa maison , où il se brûla. Emilius, voyant des gens armés qui couraient après un misérable, demanda qui était ce proscrit 5 un soldat qui le reconnut, répondit : c'est toi -même, et le tua sur riieure. Cilius et Dccius ayant lu leurs noms écrits dans le tableau, se mirent à fuir élourdimcnt, et attirèrent après eux des soldats qui les tuèrent, Julius se joignit à des gens qui portaient un corps mort dans la ville ; mais il fut reconnu et tué par les gardes de la porte , qui trouvèrent un porteur de plus qu'il n'y en avait d'ordinaire.

Largus, épargné par quelques soldats de sa connaissance , en rencontra d'autres qui le poursuivirent ; il se jeta dans les bras de ceux qui l'avaient sauvé, afin qu'ils gagnassent le prix qui leur appartenait. Les gens les plus illustres se cachaient , pour sauver leur vie , dans les grottes , dans les aqueducs et les souterrains. On ne trou- "îalt que sénateurs , tribuns et autres magistrats fugitifs^ cherchant des asiles de toutes parts.

On porta à Antoine la tête de Kufus, proscrit pour

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avoir refusé quelque tems auparavant de lui vendre une maison voisine de celle de Fulvie ; il dit que ce présent ap[)artenait à sa femme , et le lui envoya. D'un autre côté , la femme de Coponius , qui était fort belle, n ob« tint d'Antoine la grâce de son mari que par la dernière faveur.

Cicéron fut poursuivi dans ses terres par un certain llerennius et par un tribun militaire nommé Popiliuf Lénaj auquel il avait sauvé la vie en plaidant pour lui; ils le tuèrent dans sa litière , à Tâge de soixante-quatre ans. Ainsi fut cimenté le triumvirat par le sang d'un des plus grands hommes de la république.

En un mot , tout ce que la vengeance , la haine ou l'intérêt peuvent produire de plus tragique , parut dans les divers incidens de cette affreuse proscription. On vit des amis livrer leurs amis à l'assassinat ^ des parens leurs, parens et des esclaves leurs maîtres. On vit

Le méchant , par le prii , au crime encouragé ; Le mari, dana foa lit , par ta femme égorgé ; Le iils tout dégouttant du meurtre de aonjpère y Vi, ia tète à b main, demandant ion aalaire.

Salassus fut trahi par sa femme ; Annal is et Thauranius, tous deux préteurs , furent vendus par leurs propres fils , et Fulvius fut livré par une esclave qu'il entretenait.

Peinture de belles actions dans ce tragique épéne'ment. Mais aussi tout ce que l'attachement y l'amour et la fidélité peuvent inspirer de plus généreux , parut au milieu de tant d'horreurs. On vit des soldats compatissans respecter le mérite ; on vit des esclaves se dévouer pour leurs maîtres , et des ennemis assez généreux risquer tout

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^ur sauver la vie à leurs eùnemis. On vit des femmes porter par les campagnes leurs maris sur leurs épaules 9 et s'aller cacher avec eux dans le fond des forêts. On vit des enfans s'exposer au glaive pour leurs pères , et des pères pour leurs enfans. Enfin , on vit de si grands traits d'héroïsme , qu'il semblait que la vertu , dans cette occasion , voulait triompher sur le crime.

Les femmes de Lentulus , d'Apuléius , d'Antichus , se cadièrent dans des lieux déserts avec leurs maris, sans vouloir jamais les abandonner.

Gomme Reginus sortait de la ville, déguisé en charbonnier , sa femme le suivant en litière , un soldat arrête la voiture; Reginus revient sur ses pas, pour prier cet homme de respecter cette dame. Le soldat, qui avait servi sous lui , le reconnut : « Sauvez-vous , lui dit-il , mon général ; je vous appellerai toujours ainsi , et je vous respecterai toujours dans quelque misérable état que je vous voie. »

Ligarius se noya , désespéré de n'avoir pu secourir son frère qu'il vit tuer devant ses yeux ; et la tendresse de père fot funeste à Blavus , qui revint se faire massacrer pour tacher de sauver son fils.

Àrianus et Métellus échappèrent au fer des assassins par les soins et le courage de leurs enfans. Oppius , qui avait sauvé son père , infirme , en le portant de lieu en lieu sur ses épaules, en fut récompensé par le peuple, qui le nomma édile ; et comme il n'avait pas assez de bien pour fournit' à la dépense des jeux , non-seulement tous les ouvriers lui donnèrent généreusement leurs peines et leur salaire , mais la plupart de ceux qui assistèrent à ces spectacles y lui firent tant de présens , qu'ils l'enrichirent.

Jfirilin <ltJl M;ij hitlui :ifi\ Mrrvîrf:*» flf? M;% C'M:l;ivfr%, ffuî coiiil);i1tin:nl pour Ifr flrCrtirlrr. I.'ti ;i(rr«'irH:lii poj^^n:inl« le c:orrirri.iii<l;itit tU: tjux f|iii vcriuif tit flVgor^jirr Min fr^Urc;, cl M: tua An uwnitr |io)^^rianl.

l/.'iv«riitfjr<: t\t: ll^^tilJ<l OU tir Hi:<ilio t:hi Mirrin'tiJiiiti:. Il iiv:iii ;iii1if'(oii| f;iit iii:irr|iif'r «Tun firr f:li;iiifl If; front «luri ili; MrA ctclavi:"!, pour iVlrir fruTui. C)i:t rM:l'iv#; dirrouvrit ^.'iMH pf'iuf: If: lii-u ou il l'i.iit cat.lir ^ v\ vint Vy XttfUSff* \\t:*i\\m hc i.rui |)f:r«lii , in:il-. r('u:l;iv«r le nniuni : « (Iroivlu, (lil.-il , mon in;iitn:, f|uc r-fri r;ir;if.trti:« ilont tu ti fn;irf|U(^ mon iit)U\ , n'uni f.iit phn imprr';jori ftur inoa /mn: t*u*- !«•% iMf-nf.'iili fjUï: j ;ii riMn (l<: toi flfrpuM t:(: U:ms-* |j?;; Il l«: i.oudui'.it fl.'inH un iiulrc li(ru plu^i hecro.ij t-iïj nourrit iioi(;n«:uv'Ui<:nt , cm virillmt />ain% rir^M; :i h;i rnmf-N v;itton ; i:f'pf'n(l'int , conini'f 'le» MilM»t«i vînrimt à pat^ plu^ifrurt (oi<i pnr> (h; cft (m'Iroit , l<!ur« filliri:f> i:t vcriuei i:;iusf;n:nt mille Cra^'fMjrA :i rf:^r:l:iV(:« Il suivit nti jour txi hiAAuih , <'X prit Vi hirn /iOn tcm», qu'il tu^i ;i leur vue un liiliountur : les m/M^iU (.outurent â lui romniC â un «iv na^'^in ; nii-iift il li:ur dit , xtu^ *.v. ('(froncer Irrr, que cVuU Aoa m;i^tr(: tt'^tiui, pro')':Mt p;ir l*:". loi',, qu'il venait heureunement de tuer, moiun encore pour I;j réeompeu'»!; ^ que Miur f.e ven/er de^ ni.'irrpie'» inf/irue» rpriU voyaient ftur Aon fiout. Ain»i , r<»>piit , le eri/ue et rin-roiinie m; n'uuirent d.int un ^inqJe e,el;ive , et ^on ni.jUre fut viUV«'«

Mi.in la ^'ruideur d*Ame de?» fr>c:l;ive4 d'Appion et de Mf^iint (ut han:i taelie : iK ne dévou«':rent (;én^reui««niciit$ et Mriiri'ut tuer tou^ Icrf» deux, Tun diini une litière, el Taulre ftur un lit, avee l4r-> li.ihit > de leur.t inaiheA.

l/inia^ûnation (rlf^onde inventai foule') MttXvu de inovem pour /eh.fpper a la mort. i'onq)oniuji rev«*lit rhaliit d^-'

prêteur , babilla ses esclaves en licteurs , contrefit le seing des triumi^irs , et prit un vaisseau pour passer en Cilicie. Un autre sénateur, se fit raser, changea de nom, leva une petite école, et y enseigna publiquement tant que dura la proscription , sans que personne vînt à soupçonner qu'un maître d'école fût un illustre proscrit,

L'cimable et belle Octaviesaisissait, de son côté, toutes les occasions possibles d'arracher quelques victimes à la barbarie du triumvirat. La femme de Vinius , compris dans la proscription , après avoir examiné les moyens de la sauver, l'enferma dans un coffre qu'elle fit porter à la maison d'un de ses affranchis , et répandit si bien le bruit qu'il était mort, que tout le monde en fut persuadé. Mais comme cette ressource ne calmait point ses al larmes , elle saisit l'occasion qu'un de ses parens devait donner des jeux au peuple , et ayant mis Octavie dans ses intérêts, elle la pria d'obtenir de son frère, qu'il se trouvât seul des triumvirs au spectacle. Les choses ainsi disposées , cette (lame vint sur le théâtre, se jette aux pieds d'Octavius, lui déclare son artifice , et fait porter en sa présence le coffre même, d'où son mari sortit tout tremblant. Tandis que tous les spectateurs imploraient la clémence "du triumvir^ Octavie donna des louanges à cette action avec tant de grâce et d'adresse , que son frère applaudissant à l'amo'ur héroïque de cette dame, accorda la vie à son mari. Octavie n'en demeura pas là , elle loua si fort le courage de l'affranchi , qui recevant ce dépôt avait couru risque de périr lui-môme, qu'elle engagea son frère à le récompenser , en le mettant au rang des chevaliers romains.

Triomphe de Lépidus. Sur la fin des exécutions du

ly'i KAPRIT

triumvirat , Ii<*pl(1iu n nviwi ilc vouloir triompher qiicA pciiplcA i\\ui M:fl licuU'fiHn^ avaient Aoumiii c );iH*. Ija publication ilc rc triomplit* |K>rtait ces n!fnarrpi,'il>l('A: « A touA ceuxcpti honoreront notr ph<: par i\vn mirrificrA, Av.% hrAtins puhlics, et au niouAtrationn de joie , milut rt )K>nne fortune* A < flc conduiront iiutrrnirnty nialhrur et proAcriptit pnit A*ini.'if;in(Tqui:la joie fut univrrAiflle, tant h riait faraude; la crrrrnonic de ce triomphe fut par phiH de Aacriiicrs et de feMtin.H, ipril n*en avai paru dariA aucune fice^i.itioii Mindilahle, ni mtix loute.H réunicA enAend)le.

laxr cxDrbitante nur Ivh hommen. AprèA In la fuite dcA proAcritA , on mit en vente Ica hicti niallieur(!ux, cVAt-ii-dire, ImirH imrnnuhlcH ^ car l>leA avaient été pilléA; niaiA outre qu il y eut pet nAAcx haA pour ruiner des familles désoléi^ , per voulait paraître riche en acquérant dimA un temu «;ereux \ cepcfidant Ica trinmvirti inAaiiahlcui, pr de lever pour la (guerre d'Ahie et de Sicile j la m deux centA mille lalenA, environ cpiarantc-deux Aterliiij;»; et pour y parvenir ils tournèrent la proi en une tixe exorhitante, sur pluA de dinix ce hommcA, tant romainn qu'étran{;erN.

l\ixc Hur IdM ilatnrn ronuùnvH. Ha c^unprir cette taxe(|uator/(! C4:ntA dcN pluA riehe.H damcA < nièrcA, (IIlcA, parentcA ou alliéeA de leurn enneni alliaiieeM éiai(!nt tirécA de loi I. loin. I^a plupar dameA, accablée» |)ar rette nouvelle in justice ^ vi reprcAcntcr 1<;a eonArrpienr.eA à Ki niênî et ai d'Octave, qui les éroutèrent (avorablement.

PE l'encyclopédie. igS

d'Antoine en usa de même , Fulvie seule rejeta leur requête. Elles prirent le parti de se rendre au palais des tnumpirs^ où'd'abord elles furent repoussées par les gardes : mais elles insistèrent avec tant de fermeté, et le peuple les soutint si hautement , que les triumvirs se virent contraints de leur accorder une audience publique. Alors Hortensia 9 fille du célèbre Hortensîus* le rival de Gicéron en éloquence , prit la parole au nom de toutes.

<( Les dames , dit-elle, que vous voyez ici , Seigneurs , pour implorer votre justice et vos bontés, n'y paraissent qu'après avoir suivi les voies qui leur étaient marquées par la bienséance. Nous avons recherché la protection de vos mères et de vos femmes ; mais nos respects n'ont pas été agréables à Fulvie. C'est ce qui nous a obligé de faire éclater nos plaintes en public contre les règles qui sont prescrites à notre sexe, et que nous avons jus^ qu'ici observées rigoureusement. Vous nous avez privées de nos pères et de nos enfans , de nos frères et de nos maris. Vous prétendiez en avoir été outragés ; ce sont des siqets qu'il ne nous appartient pas d'approfondir. Mais quelle injure avez-vous reçu des femmes , pour leur ôter leurs biens? Il faut aussi les proscrire, si on les croit coupables. Cependant aucune de notre sexe ne vous a déclarés ennemis de la patrie. Nous n'avons ni pillé vos fortunes , ni suborné vos soldats. Nous n'avons point assem^ blé de troupes contre les vôtres , ni formé d'oppositions tnx honneurs et aux charges que vous prétendiez obtenir. Et puisque les femmes n'ont point eu de part à ces ac- ;tious qui vous offensent, l'équité ne veut pas qu'elles ^tuaient à la peine que vous leur imposez. L'empire, les dignités, les honneurs, ne sont pas faits pour elles. Au- Tome xv. i5

1 94 rsPBIT

cunc ne prétend î\ gouverner la n'puWîqne, d noire ambition ne lui attire point les maux dont elle est aceabV«. Quelle raison pourrait donc nous obliger à donner nos biens pour des entreprises où nous n'avons [>oint d'intërét ?

» La guerre 9 continua-t-elle , a élevé cette ville au point de gloire où nous la voyons; cependant il n'y a point d'exemple que les femmes y aient jamais contribu(?. C'est un privilège accordé k notre sexe, par la nature mfime, qui nous exempte de cette profession. Il est vrai que durant la guerre de Cartilage, nos mères assistèrent la république qui était alors dans le dernier péril* CcpciH dant ni leurs maisons, ni leurs terres , ni leurs meubles, ne furent vendus pour ce sujet. Quelques bagues et quelques pierreries fournirent ce secours , et ce ne fut point^ la contrainte , les peinesnila violence qui les y obligèrent 9 mais un pur mouvement de générosité. Que craignez-voQf à présent pour Rome, qui est notre commune patrie? Quel danger pressant la menace? Si les Gaulois ou lei Earthes l'attaquent, nous n'avons pas moins de zèle poOT ses intérêts que nos mères ; mais nous ne devons pas dOlia mêler des guerres civiles. César ni Pompée ne nous y ont jamais obligées; Marins et Cinna ne l'ont jamais proposé^ ni Syllamème, qui le premier établit la tyrannie. )»

Ce discours plein d'éloquence et de vérité confondil les triumvirs , et les obligea de congédier les dames 10maines, en leur promettant d'avoir égard à leur reqnfitd Le bruit des battcmens de mains qu'ils entendirent A toutes parts fut si grand , que craignant une émeute f/S nérale s'ils ne tenaient parole, ils modérèrent leur liste quatre cents dames, du nombre de celles dont ils ovai

DE l'encyclopédie. igS

le moins à redouter le crédit. Mais leurs soldats exécutèrent la levée des autres taxes avec tant de violences, qu'un des triumvirs même eut bien de la peine à réprimer leurs désordres.

Défaite de Brutus et de Cassius. Enfin le triumvirat^ enrichi par ses horribles vexations , diminua le nombre et la puissance des gens de bien. La république ne subsistait plus que dans le camp de Brutus et de Gassius , et en Sicile auprès de Sextus , le dernier des fils du grand Pompée.

Octave et Marc-Antoine ne craignant plus rien de Rome y suivirent leurs projets et passèrent en Asie , où ils trouvèrent leurs ennemis dans ces lieux où l'on combattit trois fois pourTempire du monde. Les deux armées étaient campées proche de la ville de Philippes y située sur les confins de la Macédoine de la Thrace* Après différentes escarmouches , le jour parut qui devait décider de la forinné et de la destinée des Romains.

Je n'entrerai point dans le détail d'une action qui a été

décrite par divers historiens ; en voici l'événement. La

liberté fut ensevelie dans les plaines de Philippes avec

[ Brutus et Gassius , les chefs de leur parti; Brutus défit

^ à la vérité les troupes d'Octave ; mais Antoine triompha.

du corps que commandait Gassius. Ge général , croyant

•on coU^ue aussi malheureux que lui , obligea un de ses

affranchis de le tuer; et Brutus ^ ayant voulu tenter une

leconde fois le sort des armes , perdit la bataille , et se tua

lui-même y pour ne pas tomber vif entre les mains de ses

ennemis.

U est certain que Brutus et Gassius se tuèrent avec une

ccipitation qui n est pas excusable j et l'on ne peut lire

196 BSPRIT

cet endroit de leur vieysans avoir pitié delà republique ^ qui fut ainsi abandonnée. Caton s^était donné la mort a la un de la tragédie; ceux-ci la commencèrent en quelque façon par leur mort.

Après le décès de ces deux grands hommes , les triumr viré établirent leur empire sur les ruines de la république* Mais dans de si grands succès , Octave n'avait contribué à la cause commune que par des projets , dont il cacba toujours à ses deux collègues les motifs les plus secrets. Il n'eut point de honte ^ la veille du combat y d abandonner le corps qu'il commandait; et déserteur de sa propre armée 9 il alla se cacher dans le bagage , pendant qu'on était aux mains. Peut-être qu il se flattait que les périls ordinaires dans les batailles et le courage d'Antoine^ le déferaient d'un collègue ambitieux; eu sorte que sans s'exposer, il recueillerait le fruit de la victoire. Mais c'est iâire trop d'honneur & son esprit aux dépens de sa Iftcheté. Ce qui prouve qu'il n'agit en cette occasion que par la vive impression de la peur , c'est qu'on sait toutes les railleries qu'il eut depuis a essuyer de la part d'Antoine.

Défaite de Sextua Pompée. Il ne restait des dâ>ris de la république que le jeune Pompée , qui s'était emparé de l'ile de Sicile , d'où il faisait des incursions sur les côtes dltalie. Il était question de le déposséder d'une retraite qui en servait encore à plusieurs illustres proscrits , dont le but était de relever le parti de la liberté. Mécène rénsnt à tirer d'Antoine les vassaux qu'il possédait , quoique oe triumuir eût un grand intérêt à maintenir le jeune Pom-« péc dans une île 9 qui lui servait comme de barrière contre Tambition toujours redoutable de son rival. Sa flotte étant Ibrmce 9 et confiée au commandement d'Agrippa , cet ha?

bile capitaine se met en mer , va chercher l'ennemi , bat ks lieutenans de Pompée , le défait lui* même en plusieurs occasions , et le chasse enfin de cette île.

Octave dépouille Lépidus de Vautorité. Octave alors victorieux de tous les républicains , par l'épée et la bra* voure d'un soldat de fortune qui lui était dévoué , crut qu'il était tems de rompre avec ses collègues ^ pour régner seuU II les attaqua l'un après l'autre. La perte de Lépidus ne lui coûta que quelques intrigues. Ce triumvir , peu estimé de ses soldats , s'en vit abandonné au milieu de sou camp. Octave s'en empara par ses négociations secrètes , et. sous différens prétextes il dépouilla son collègue de, Pautorité souveraine. On vit depuis ce triumvir jéduit à mener une vie privée et malheureuse.

U défait ensuite Antoine à /Ictium , et reste seul maître de V empire. Antoine , adoré de ses soldats , maître de la meilleure partie de l'Asie et de l'Egypte entière , et qui avait de puissans rois dans son parti et dans son alliance , donna plus de peine à Octave. Mais sa perte vint de ce qui devait faire sa principale ressource. Ce grand capitaine enivré d'une passion violente pour Cléopâtre , reine d'Egypte y imagina qu'il trouverait en Orient , autant de forces contre son collègue , en cas de rupture , qu'il rencontrait de charmes dans le commerce qu'il entretenait avec cette princesse. Cet excès de confiance lui fit n^liger le soin de Rome et de l'Italie , le centre de Fempire $ son rival s'en prévalut , et y établit son autorité.

La jalousie du gouvernement , si naturelle entre des puissances ^ales en dignité, les brouilla souvent; tantôt Octavie , femme d^Ântoine et sœur d'Octave , et tantôt des amis communs les réconcilièrent : mais à la fin ils prl-

] 1)0 r.&i»iUT

mit les ariiu\s l'un contre Tautre; on e*n vint aux nminf ^ vi lu butuille navale (|uî fe donna près crArtininy iléenLi de IVnipire du ni«>nde entre cvé i\n\x edlrbres rivaux. Octave vielorienx poursuivit Antoine juM|ues dans Ttr l^ypte, et le rilduisit ù so tuer lui-même. Par sa mort, et Tubdication forette de Lc^pidus, qui avait préc«Sdt3 de six aiiB la bataille d*Aeiiuni, Oelave se vit au eoinblc de ses dâiirs y seul maître et seul souverain. Il i^tablit une nouvelle nionarebie sur les ruines de la liberlc^ , et vint à bout de la rendre 'supportable h craneiens n^publicains. Les historiens, (|ui ont (Wit presque tous, du tenisctsous lempire de ce prince , Tout conddcS de louanges et d'adolution; mais c'est sur les faits , c'est sur les actions deia vie (|u il faut le juger.

Caractère itAugUHtv. Auguste (puisque la flatteries consacra ce nom & Octave ) citait d'une naissance médiocre y par ropport A la grandeur où II est parvenu; son père citait & |>eine chevalier romain; mais sa m/ire Accicdtant iille de Julio, sœur de Jules-Césur, lui acquit Tadoption de ce dictateur.

Sa toille était au-dessous de la médiocre, et pour réparer ce défaut naturel , il portait des souliers fort hauts* 0 avait d'ailleurs la (igure agréable , les sourcils joints , les dents peu serrées et rouillées , les yeux vifs et diflSctIaii aoutenir, quoi qu'il ailectût dans ses regards une douceur concîertée.

Il élult incommodé d'une faiblesse à la cuisse gauche» qui l(i faisait tant soit peu boiter de ce côté. Il pAlissait et rougissait aisément , rJiaiigeant ù sa volonté de Cpuleuf et de maintien; ce qui Ta fait eonq)arer ingénieusement pur uu de ses successeurs ( Tcmpereur Julieu ) au camé*

DE l'encyclopédie. igg

léoa , qui se rend propres toutes les couleurs qui lui sont présentées*

Son génie était audacieux , capable des plus grandes entreprises ; et porté à les conduire avec beaucoup d'adresse et d'application. Pénétrant , toujours attentif aux affidres, on voit dans ses desseins un esprit de suite, et qui savait distribuer dans des tems convenables l'exécution de ses projets. Fin politique , il crut dès sa jeunesse , que c'était beaucoup gagner que de savoir perdre à propos^ Tantôt ami d'Antoine , et tantôt son ennemi ; son intérêt fut constamment la règle de sa conduite , attendant toujours à se déterminer d'après les conjonctures favora-bles. Il tâchait de couvrir ses vices et ses défauts, par l'art infini qu'il avait de se donner les vertus qui lui manquaient.

Profond dans la connaissance de sa nation, il eut assez de souplesse dans l'esprit , de manège dans toutes ses démarches, et de modération feinte dans le caractère, pour subjuguer les Romains. Il y réussit , en leur persuadant qu'ils étaient libres , ou du moins à la veille de l'être. Il fit semblant de vouloir se démettre de l'empire, demanda tous les dix ans qu'on le déchargeât de* ce poids , et le porta toujours. C'est par ces sortes de finesses qu'il se fai^^ sait encore donner ce qu'il ne croyait pas assez avoir acquis. Tous ses réglemens visaient à l'établissement de la monarchie , et tous ceux de Sylla , au milieu de ses vio-» lences, tendaient à une certaine forme de république. Sylla ^ homjne emporté , menait violemment les Romains i la liberté; Auguste^ rusé tyran , les conduisait doucement à la servitude»

Cependant la crainte qu'il eut avec raison d'être re-

gjàvdé pour tel , Temp^ha de se faire appeler Romuliu ; et soigneux d'imiter qu'on pensât qu'il usurpait la puisaance d'un roi y il n en affecta point le faste*

n choisit pour successeur ^ je ne sais par quel motif, un des plus médians hommes du monde; mais se regardant comme un magistrat qui feint d'être en place malgré lui-même 9 il ne commanda point; il pria la nation, il postula , qu'au moins on lui donnât pour collègue , sup* posé qu'il le méritât, un fils capable de soulager sa vieillesse 9 un fils qui faisait toute sa consolation. Travaillant toujours à faire respecter les lois dont il était le maftre, il voulut que l'élection de Tibère fût l'ouvrage du peuple et du sénat, comme la sienne, disait-il, l'avait été* .Tibère lui fut donc associé l'an de Rome 766, et de Jésus-Christ la douzième.

Il donna plusieurs lois bonnes, mauvaises, dures, injustes* n opposa les lois civiles aux cérémonies impures de la religion. Il fut le premier qui , par des raisons particulières y autorisa les fidéicommis. Il attacha aux libelles la peine du crime de lèse-majesté. Il établit que les esclaves de ceux qui auraient conspiré , seraient vendus au public , afin qu'ils pussent déposer contre leurs maîtres* Vous voyez par là les soins attentifs qu'il prend pour luimême.

Il sut remettre l'abondance dans la capitale , et tâcha de gagner la populace par des jeux , des spectacles et des largesses, souvent médiocres, mais bien ménagées. Apprenant que certaines lois qu'il avait données effarouchaient le peuple , il ne les cassa pas , mais , pour en détourner les réflexions ^ il rappela Pylade , que les factions avaient chassé.

DE l'eNCYCLOTÉDIIî:. 201

Il fit passer sans succès iËlius Gallus d'EgypIe en Arabie , pour s'emparer du pays ; mais les marches , le climat ^ la Êiim, la soif, les maladies , perdirent l'armée; on né^ gocia avec les Arabes , comme les autres peuples avaient fait 9 et le temple de Janus (ut fermé de nouveau.

Mécénas, son favori, content d'une vie délicieuse, et désirant de faire goûter le gouvernement d'Auguste , s'attacba tous ceux qui pouvaient servir à sa gloire : poètes, orateurs , historiens , il les comblait de caresses et de bienfaits, et les produisait à son maître : on exaltait chez lui les louanges de ce prince; Horace et Virgile les répandaient par les charmes de la poésie.

D'un autre côté, Auguste, disposant de tous les revé^ nus de l'état, bâtit des temples dans Rome, et l'embellit de beautés si magnifiques, qu'il méritait par là d'en être l'édile. Mais c'est le maître du monde que je dois ici caractériser.

Lorsque les troupes avaient les armes à la main , il craignait leur révolte, et les ménageait. Lorsqu'il fut en paix , il craignit les conjurations , et toutes les entreprises lui parurent suspectes. Ayant toujours devant les yeux le destin de César, il s'éloigna de sa conduite, pour éviter son sort; il refusa le nom de dictateur, ne parla que de la dignité du sénat, et de son respect pour la république ; mais en même tems il portait ime cuirasse sous sa robe, et ne permettait à aucun sénateur de s'approcher de lui , que seul , et après avoir été fouillé.

Incapable de soutenir de sang-froid la vue du moindre péril , il ne montra de courage que dans les conseils , et partout où il ne fallait pas payer de sa personne. '

Toutes les victoires qui relevèrent à l'empire du monde,

302 KHi'iirr

furent rouYragc iVautrui. Celle de IMiilippes CAt iluc ao âeul Antoine ; celle d'Aclium j auMÎ-bien que la dâaîte de Sexiuf Pompée 9 sont Touvrage d' Agrippa* Auguste êe servit de cet officier , parce qu'il était incapable de lui donner de lombragCy et de se faire cbef de parti.

J^endant un coml>at naval , il n'osa jamais voir les flottes en bataille : couchiS dans son vaisseau , et les yeux touméi vers le ciel ^ comme un homme éperdu , il ne monta sur le tillac qu après qu*on lui eut annoncé que les ennemis avaient pris la fuite.

Je crois, dit Monti;squieu , qu'Auguste est le seul de tous lf!S capitaines romains qui ait gagné l'affection des soldats, en leur donnant sans cesse des marques d'une lâcheté naturelle* Dans ce tcms là , les soldats faisaient plus Ae cas de la libéralité de leur général que de son courage. Peut-être mÊme que ce fut un bonheur pour lui de n'avoir point eu cette valeur qui peut donner l'empire, et que cela m£me l'y porta : on le craignit moins. Il n'est pas impossible cpic les choses qui le déshonorèrent le plus, aient été celles c|ui le servirent le mieux. S'il avait d'abord montré une grande âme , tout le monde se serait méfié de lui; et s'il eût eu de la hardiesse , il n'aurait pas donné à Antoine le tems de faire toutes les extravagances qui le perdirent.

Les gens lâches sont ordinairement cruels ; c'était auiii le caractère d'Auguste. Sans parler des horreurs de la proscription , où il eut la plus grande part, et dont mime il prolongea le cours, )e trouve dans l'histoire, qu'il exerça seul cent actions plus cruelles les unes que les autres, et (|ui ne peuvent èlre excusées par la nécessité des tems ou pur lexcmplc de ses collègues.

DE l'eNCYCLOP/îDIE. 2o5

Apres la bataille de Philippes, dans laquelle il ne paya pas de sa personne, il mit en usage des horreurs bien étranges envers de malheureux prisonniers qui lui furent présentés. L'un d'eux , qui ne requérait de lui que la se* pulture, en reçut cette réponse consolante : « que les oiseaux le mettraient bientôt en état de n'en avoir pas besoin. »

Il fit égorger un père et un fils sur ce qu'ils révisaient de combattre ensemble , et dans le tems qu'ils lui deman* daient la grâce l'un de l'autre de la manière du monde la ^us touchante. Aussi , quand on conduisit les autres prisomiiers oichainés devant Antoine et lui, ils saluèrent tous Antoine j lui marquèrent leur estime^ et l'appelèrent empereur; au lieu qu'ils chargèrent Auguste de reproches, d'injures et de railleries amères*.

Le sacoagement de Péruge , prise sur Lucius Antonius , fait fi:^mir l'humanité. Auguste abandonna à ses soldats le pillage de cette ville , quoiqu'elle eût capitulé ; les violences y furent si grandes , que les historiens les plus flatteurs^ ne pouvant les déguiser, ea ont rejeté la faute sur la fureur des soldats victorieux ; mais au moins ne sontils pas coupables de la mort des trois cents qui composaient le sénat de cette ville, et qu'Auguste fit égorger de sang-froid^ Comme ils lui eurent été présentés enchaînés y ils lui demandèrent leur grâce , pour être restés dans le parti d'un homme auquel ils avaient les plus grandes obligations y et qui d'ailleurs avait été long-tems son ami et son allié ; il leur répondit , q)ous mourrez tous : immé-* diatement après cette réponse , aussi barbare que laconique , ils furent exécutés.

On dit qu'après le décès d'Antoine , il fit tuer son fils

2o4 KSPlllT

Âniyllus^ qui sViiiit rt^fuj^îu duiis le mnusoldc que Cl«?opâtre avait vlev^ à son père.

Dans les premières anntSes de son règne , Manqua , Ignalius Rufus, M. Lépidus, fils de son ancien collègue ^ et tant d*autres furent du nombre de ses victimes. Il fit exécuter Procillus y son affranchi , qui avait éié très-avant dans ses secrets , sous le prétexte de ses liaisons avec des femmes de qualité. En un mot , on comptait peu de jours qui ne fussent marqués , par Tordre de ce monstre y de la mort de quelque personne considérable. Comme les coni* pirations renaissaient sans cesse , qu'on me permette le terme , du sang et de la cendre de ceux quHl immolait , il pouvait bien se tenir à lui-même le discours que Comeills met dans sa bouche :

Bentre en tolmdme , Ootafe. ...

Quoi I tu TOUS qu'on t'épargne , et n'ai rien épargné f Songe aux fleuvei de sang où ton brM a'eit baigné , De combien ont rougi lei champa de Maoédoine , Combien on a verié la défaite d'Antoine g Combien celle de Sexto ; et revoit tout d'un tema Péruge au lein noyée » et tout lea babitani. liemeta daoi ton eiprit , aprè« tant do carnage > Do tci proicriptîoni lea aanglantea imagei > Où toi-mfime dca tient devenu le bourreau > Au tein de ton tuteur enfonçât le couteau.

( Ciima , aot. IV i lo. i. )

Il est vrai que ce prince , après tant d'exécutions , prit le parti de pardonner à Cinna $ mais ce fut par les conseib de Livie ; et peut-être craîgnit-il dans Cinna le nom ds son aïeul maternel , le grand Pompée ^ dont les partisans cachés duus Rome , étaient nombreux et puissans.

Je cherche des vertus dans Auguste , et je ne lui trouve que des crifiAcs ^ des défauts ^ des vices , des ruses et des

DK i/ENCYCLOPÉDIE. 2o5

)assesses. Ne croyons pas cependant les accusations d'An- .oine , qui lui reprocha que son adoption avait été la récompense de ses impudicités* Je n'ajoute pas plus de foi à l'ëpitre txd Octapium y qu'on attribue à Cicéron , ou il est dit que la servitude de Rome est le prix d'une prostitution : Avdiet C. Marins impudico domino parère nos^ qui ne militem voluit nisi pudicum ; Audiet Brutns €um populum^ quem ipse primo ^ postquam progenies ejus^ â regibus liberapit, pro turpi stupro datum in iervitutem^ etc. Mais ce qui semble plus fort, est le témoignage de Suétone, qui rapporte que depuis César, il avait servi de Ganimède à Hirtius, le même qui fut consul avec Pansa ; c'est pourquoi le peuple romain entendit aveq tant de plaisir ce vers récité sur le théâtre :

Videsne ut cynœdus orbem dîgito temperel?

On doit mettre au rang de ses artifices les propositions d'accommodement qu'il fit faire à Cléopâtrc pour la trahir et la mener à Rome en triomphe. Dangereux pour toutes sortes de commerces , et en même tems capable des plus bas artifices , il faisait l'amoureux des femmes des sénateurs, dans le dessein d'arracher déciles le secret de leurs maris*

Plein d'une vanité désordonnée , il se fit décerner des hoDneurs divins. Il voulait passer pour fils et pour favori d'Apollon, se faisant peindre sous la figure de ce dieu ; et dans ses festins comme dans ses statues, il en prenait Phabit et tout l'équipage ; c'est ce que les Romains nommaient les mensonges impies d'Auguste , impia Augusti mendacia. Quelqu'un dit là dessus , que s'il était Apollon , c'était Apollon qu'on adorait dans un quartier de la ville, sous le nom de tortor^ le bourreau.

•joG i.f>r»iiT

Cet Apollon romain vinii siipcTAtitimx h Ycxdm» ïl A)0uUiîi foi aux songes ci aux pntsagc;» les plus rulicoliss; il craignait si fort le tonnerre , ({U*il éleva un temple i Jupiter tonnant 9 près du capitole ; ci comme ce temple ne le rassurait pas encore 9 il s'allait cacher sous des voûtes a la moindre tempi^te ; et par surcroit de pr<:cautioD, il portait sur lui une i>eau de veau marin 9 [>our se garantir des eflTets de la foudre.

Il mourut à Mole en (^ampanie , Tan de Rome ^6y, \a jour de sa mort, il se d(:nias(|ua lui^mAme^en demandant k hcê amis , s'il avait bien joue son rôle dans le monde s EcquUl iU vUlerelur munum vitcx commode iranse" ffûme? On lui répondit sans doute par des témoignagff d'admiration et de douleur ; mais il aurait dû savoir que ■ la poésie dramatique met sur la scène des personnages de ; son ordre, comme on mettrait un bourreau cartliaginoiâ î dans un tableau qui reprc^senterait la mort de R^nltis* ' i^assons au caractère du second triumvir ^ j'entends de Marc Antoine* ^

Caractère d Antoine» Il était fils de Marc-Âatoinc le \ Crétiquc, et de Jolie , de la mais<m des Jules ; sa fiumllef quoique plébéienne, tenait un rang distingué parmi lei meilleures de Home. Son aïeul était le fameux Marc-An^ :i toine l'orateur, qui fut la victime des vengeances de Ma- | rius. Ija mère d^Antoine épousa en secondes noces Cof" ; nelius Lentulus^ homme de grande c|ualité, cjue CicéroB ^ fit mourir, parce qu'il était un des chefs de la conjuratios de Catilina. Gîtte mort tragique alluma dans le ccetu* de sa femme une mortelle haine contre Cicéron, et lui inH pira des seiiiinu;ns de vengeana;, auxquels elle fit partie ciper Antoine : cVâI là, fSixun doute, une des premièrei

DE l'encyclopédie. 20 7

canses de rmîmilié cruelle qui dura toujours entre ces deux hommes , et qui fut si fatale à Cicéron.

Marc- Antoine avait une figure agréable, la taille belle , le front large , le nez aqnilin , beaucoup de barbe et de force de tempérament , exprimée sur tous les traits de sa figure.

Plein de valeur et de courage, il se fit connaître de bonne heure par son génie et par ses exploits militaires. Etant encore jeune « il commanda nn corps de cavalerie dans l'année de Gabinius , contre les Juifs ; et Josephe nous apprend que dans celle contre Alexandre , fils d'Aristobi^, il effaça tous ceux qui combattaient avec lui. Ce fut dans ce pays-là qu'il forma son style sur le goût asiatique , qui avait beaucoup de conformité avec sa vie bruyante.

n étalait un faste immense dans ses dépenses , une folle vanité dans ses discours, du caprice dans son ambition démesurée , et de la brutalité dans ses débauches. Plus guerrier que politique , familier avec le soldat , habile à s'en £aiir€ aimer , prodigue de ses richesses pour ses plaisirs, ardent à s'emparer de celles d'àntrui , aussi prompt à récompenser qu'à punir , aussi gai quand on le raillait que quand il raillait les autres.

Fécond en ressources militaires, il réussit dans la plus grande détresse où il se soit trouvé , à gagner les chefs de Tannée de Lépidus; il entra dans son camp , se saisit de hi , l'appela son père , et lui laissa le titre de général.

Il savait plus souffrir que personne la faim , la soif, et les inconmioditcs des saisons ; il devenait supérieur à luimême dans l'adversité, et les malheurs le rendirent semblable à liiomme de bien.

'J0& BSPRIT

Ijorsqu'il eut r^^padié sa seconde fenmie, il f^attaAi 1 ]a com&licnDe Cyihdrisy affranchie de Volumniiis, qill menait publiquement dans une litière ouverte » et la finsait voyager avec lui dans un char tratnë par det liflwi cVtait la mode de son siècle , quoIrpiUl ait plu à CieAM dVnrichir de ce tableau particulier la plus belle de tes philippiques. FeJiebatur in esêedo tribunus plebU^Uc' iorea laureati antecedebantj inUr quoê apertd lecUcd mima portabatury quam ex oppidiê municipales ÏUh mines Jionesti obidam necessario prodeuntes ^ non ndo illo et mimico nomine^ sed Fblumniam consaluiabanU sequebatur rheda cum leonibus, comités neqmssinU} rejecla mater amicam impurijilii tanquam nutum se^ quebatur. (Pbilipp. 3.)

Mais laissant à part l'attachement passager d^Antoioe pour Cy th(?risy pour peu qu'on examine sa vie, on avouera que c'^Stait un homme sans dâicatesse, sans principes et sans mœurs, également livré au luxe et & la débandiez abîmé de dettes et rongé d'ambition. Il s'attacha politi-qucment à César, qui le reçut très-bien, le coimaisflant pour un excellent officier ; il lui confia les postes les plus importans, et ne cessa pas même de l'employer, quoiqull eût mauvaise opinion de son âme, et qu'il sût que ses d^ bordemens en tous genres étaient excessifs. Il est vrai qu'il se vit une fois obligé de lui donner un grand sujet ds mortification, en permettant qu'on l'assignât, et qu'on saisit Beè biens pour le paiement du palais de Pompée, dont il s'était rendu adjudicataire , sans vouloir en payer un denier.

Antoine fut si pir|iié du ju(;rincnt de César, qu'étant à Murbonnc, il forma avccTrtbouiuslc dessein de le tuer.

DB L'ENCTOLOPÉDIE. 309

QiiElpiore ce qui les empêcha d'exëcuter ce projet , ni si Cttûr en eut connaissance : ce qu'il y a de certain , c'est ^Antoine rentra dans ses bonnes grâces, qu'il fut son collègue dans son cinquième consulat , et qu'alors il servit de tout son pouvoir^ dans la fête des Lupercales ^ le dénr secret qu'avait le dictateur d'être déclaré roi : cependant , vers le tems de la conspiration, on ne doutait guère qu'il ne fût prêt à le sacrifier , dans l'espérance de remplir sa place; au lieu que les conjurés , en tuant ce tylan voulaient abolir la tyrannie. Ils crurent même qu'il fallait immoler Antoine avec César ; mais Brutus s'y opposa par principe de justice 9 car il n'avait jamais eu pour lui la moindre estime , comme il paraît dans cet endroit d*une de ses lettres à Atlicus , où il lui dit : Quamvis vir dt bonus j ut scribisy Antonius^ quod nunquam exis"

timapL

Sextus Pompée, fils du grand Pompée , avait des raisons personnelles pour penser comme Brutus de la probité d'Antoine. On raconte que dans une trêve qu'il fit avec lui et avec Octave, ils se donnèrent tous trois consécutivement à manger : quand le jour de Pompée vint, Antoine toujours railleur, lui demanda en quel endroit il les recevrait? Dans mes carines , répondit Sextus , in ca^ Jwis meis : ce mot équivoque signifiait son 'vaisseau et les carines de Rome , où était bâtie la maison de son père, dont Antoine avait été dépossédé , après s'en être indignement emparé.

Transportons-nous avec lui en Orient , où il s'avisa de disposer en despote, suivant la fougue de ses caprices, des Elats et delà vie des rois^ dépouillant les uns, en nommant d'autres en leur place 5 et pour donner des marques de sa

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