TOM£ XV
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puiBsance mofiêtrueufe, il mit aux fers Artabase^ roi d^Af^ ménie^ qu'il avait Taincu par surprise ^ le conduisit en triomphe dans Alexandrie ^ et fit di^capiter Antigone , roi des Juifs.
Dans la fureur de sa passion pour Cl^opAtre , il Ini donna la Phdnicic, la Basse-Syrie , Ftle de Cypre^ une partie de la Sicile, l'Arabie-Heureuse , en un mot^ pro- TÎnccs sur provinces et royaumes sur royaumes, sans s'embarrasser des volontés du sénat et du peuple romain.
Les profusions extravagantes de ses fiâtes épuisaient les revenus de Tempire , le mettaient hors d'état d^entrctenir les armées , et Tobligeaient de vexer , par de nouveanx impôts 9 les peuples soumis à son gouvernement.
Cléopfttre sut si bien encliatuer sa valeur féroce, qu'elle tint tous ses talens militaires assujettis à Tamour qu'ellelui inspira. Un seul de ses regards imposteurs , un seul ac-^ cent de sa voix enchanteresse, suffisait pour l'abattre i ses pieds. Cependant elle n'était plus dans sa première jeu« nesse; mais elle avait trouvé le secret de conserver sa beauté. Sa magnificence extraordinaira plaisait aux yeux d'Antoine, et son esprit souple se portait à toutes sortes de caractères avec tant de facilité, qu'elle ne manquait ^ jumais de séduire quand elle l'entreprenait. Elle a vaitd^'s'J autrefois subjugué César , et Ton dit encore que le fib ^ aine du grand Pompée soupira long-tems pour ses appast
Elle ne craignit qu'un moment la jeunesse , les channei j et le mérite d'Octavîe , dans son voyage dTÉgypte ; et c^ail J alors quelle crut n'avoir rien de trop, pour faire desoD amant un mari infidèle. Elle prodigua ses richesses, ou en présens pour les amis d'Antoine, et pour ceux qu} avaient quelque pouvoir sur son esprit, ou en espion» f
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)oar découvrir les sentimens de son cœur , et ses démar* îhes les plus cachées. Eufin ^ les délices d'Egypte l'empor* fèrent sur Rome , et les prestiges de son art triomphèrent de la vertu d'Oclavie*
Après son départ , l'amour d'Antoine pour Cléopâtre prit de nouvelles forces, et il se persuada qu'elle avait pour lui les mêmes sentimens* Il ignorait le commerce secret qu'elle entretenait avec Délius* Les soupçons, peutêtre bien fondés , qu'il avait conçus dans le séjour qu'ils fireot à Samos , s'évanouirent , et l^adresse de Cléopâtre eflaca de son esprit toutes ces idées importunes. U ne jugea plus de ses sentimens que par les plaisirs qu'elle lui faisait goûter , et de sa reconnaissance , que par les tendresses qu'elle lui marquait»
Cet amour aveugle rendit son nom et sa valeur inutiles» Il fut le prétexte de la guerre d Octî^ve , qui arracha à Antoine plusieurs de ses plus illustres partisans, parce qu'on était persuadé à Rome , que s'il devenait le maître ^ il transporterait en Egypte le siège de l'empire , et tout le inonde conclut à le dépouiller de ses dignités.
Lés troupes d'Octave s'embarquent > et s avancent en diligence. Cléopâtre équipe une armée navale, pompeuse a en fut jamais, qu'elle unit à celle d^Antoine, pour soutenir cette guerre, dont elle est, dit*elle, la seule Cause. Elle étale tous les trésors qu'elle possède , et les destine à l'entretien des troupes. La bataille d'Âctium se donne; il y avait sur les rivages plus de deux cent mille liommes , les armes à la main, attentifs à cette tragédie* On combattait sur le golfe de Larta , avec chaleur de part et d'autre , quand on vit soixante bâtimens de la reine d'Egypte , équipés avec magnificence , cingler à toutes
Yoilea Ters le Pélopclhèse. Elle fuit , -et entraîne Ant avec elle. Il est da moins certain que dans la suite el trahit. Peut-être que par cet esprit de coquetterie im cerable des femmes, elle avait forme le dessein de me à ses pieds un troisième maître du monde.
Antoine abandcmnë, trahi, désespéré, résolut, & Fex pie de Timon, de se séquestrer de tout commerce ave hommes. L'Ile d'Anlirrhodos , située en face du port i lexandrie , lui parut favorable à ce dessein , il y fit ék une jetée , qui avançait considérablement dans la i sur cette jetée il bâtit un palais , qu'il nommait son ti nium z le rapport qu'il trouvait entre l'ingratitude < avait éprouvée de la part de ses amis , et celle qu€ Athénien en avait aussi soufferte, lui avait, disait donné de l'inclination pour sa personne , et du goût { le genre de vie qu'il avait mené. Il ne l'imita cepent que pendant peu de tems ; il sortit de cette retraite i autant de légèreté qu'il y était entré 5 il alla rejoindi Cléopâtre à Alexandrie , résolu de faire de nouveaux forts pour balancer encore la fortune d'Octave: tel son aveuglement , qu'il vit perdre ses dernières espâ ces , sans pouvoir haïr le principe de son malheur.
Tant de capitaines , et tant de rois qu'il avait agrai ou faits ^ lui manquèrent ; et comme si la générosité a été liée à la servitude , une troupe de gladiateurs et d affranchis , Eros et Lucilius lui conservèrent une fid^ héroïque. Dans ce triste état, on lui fait un faux rapi de la mort de Cléopâtre ; il le croit , perd tout couri se trouble, et conjure Eros de le tuer : cet affranchi j sédé d'une funeste douleur , se poignarde lui-même jette en mourant le poignard à son maître , qui s'en sa
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s^en frappe et tombe à son tour. Un de ses gens arrive dans l'instant de cette catastrophe , bande sa plaie , et lui apprend que Cléopâtre vivait encore.
Il se fait porter au pied de la tour où elle ëtait enfer* mée* Ce fut un spectacle touchant de voir le maître de tant de nations , un des premiers capitaines de son siècle , illustre par ses faits d'armes et par ses victoires, expirant , porté par des gladiateurs et élevé dans un panier au haut de la tour d'où Cléopâtre lui tendait les bras, à la vue de toute la ville d'Alexandrie , dont les cris et les larmes exprimaient la douleur et l'étonnement.
Cléopâtre , en se réfugiant dans cette tour , avait fait semer d'avance le bruit de sa mort y. bien résolue de se tuer y soit qu'elle se reprochât d'avoir perdu un homme qui lui avait pendant dix ans sacrifié l'empire du monde y ou qu'elle vit ses projets démentis. Quoi qu'il en soit, le triste état d'Antoine lui fit verser un torrent de larmes. u Ne pleurez point , madame , lui dit-il , je meurs content entre les bras de l'unique personne que j'adore. » TeUe fut , à l'âge de cinquante-trois ans ^ la fin d'un homme ambitieux , qui avait désolé la terre , et que perdirent les ^remens de Tamour. J'ai peu de choses à dire du troi-» sième triumvir.
Caractère de Lépidus, Lépidus ( Marcus-iEmilius } sortait de la maison iEmilia , la plus illustre entre les patriciennes ; c^est celle qu'on citait ordinairement pour la q)lendeur y et pour la quantité des triomphes et des dig^ités. Ainsi Lépide portait un grand nom^ considéré dans le sénat ^ et très-honoré dans la république y mais il le ternit honteusement par ses vices et par ses crimes.
C'était un esprit borné ^ ambitieux^ sans courage ^ un
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liorome vain , fourbe, avare, et qui ne poM<?dait aucune vertu : nullam virtutibuê tam longamfortunœ induU gentiam meritwi. La fortune Tëleva , et le soutint quelque tems dans le haut poste de triumvir , sans aucun mérite de sa part ; mais aussi cette mÊme fortune lui fit éprouver ÈtB revers , et le remit dans l'état d'opprobre oà il passa les dernières années de sa vie. Il avait été trois fois consul, savoir Tan 708, 709 et 7i5 de Rome.
Dés qu'il fut revêtu de cette énorme puissance , que lai donna le rang superbe de triumvir , qu'il avait joint à la charge de grand-pontife , tant de pouvoir et de dignités l'étourdirent. Cet étourdisscmcnt s'accrut encore lorsque les deux autres triumvirs le fixèrent k Rome pour y commander à toute ritalie, au peuple, et au sénat, qui dis* tribuait ses ordres dans les provinces : cependant , il aurait dû comprendre qu'on ne le laissait à Rome que par son peu de capacité pour la guerre.
Aussi, quand les deux autres triumvirs, après la bataille de Philippes , se partagèrent de nouveau le monde ^ ils ne lui donnèrent que très-peu de part à Tautorlté; et tandis qu'Antoine prit l'Orient, Octave lltalic et le reste de l'empire, Lépidus fut obligé de se contenter de son goU' vcmcmcnt des Espagnes; et comme toutes les troupes étaient dévouées à ses collègues , il fallait qu'il partit seu- "lemcnt avec quelques légions destinées pour sa province*
Bientôt après. Octave ayant sur les bras, en Sicile, les restes du parti de Pompée, Lépidus le tira de peine avec plusieurs légions qu'il lui amena , et qui décidèrent de la victoire. Le succès toiu^na la tète dé cet homme vain; il montra peu dVgards pour son collègue, et lui iil dire de se retirer de Sicile où il n'avait plus rien a fàire^
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Octave, qui trouvait toujours ies ressources dans ses ruses, dissimula cette injure , et gagna par tant de récompenses et de promesses plusieurs chefs de Parmée de Lépide, qu'ils abandonnèrent leur général , et le livrèrent entre ses mains.
Conduit à la tente d'Auguste , il oublia son nom , sa naissance et son rang. Il lui demanda lâchement la vie avec la conservation de ses biens. Auguste n'osa pas lui refuser sa prière , de peur d'irriter toute une armée dont il avait besoin de gagner les cœurs. Mais quand il eut assuré son autorité, il dépouilla Lépidus du pontificat» Le reste de la vie de ce triumvir se passa dans l'obscurité ; et sans doute bien tristement , puisqu'il se voyait le liialheureux objet de l'indulgence hautaine d'un ancien collègue. Cependant on est bien aise de l'humiliation d'un homme qui avait été un des plus méchans citoyens de la république , sans honneur et sans âme , toujours le premier à commencer les troubles , et formant sans cesse des projets, où il était obligé de s'associer de plus habiles gens ^e lui.
Conclusion. Voilà le portrait des trois hommes par lesquels la république fut abattue , et personne ne la rétablit» Malheureusement Brutus , à la journée de Philippes , se crut trop tôt sans ressource pour relever la liberté de la patrie. Il se considéra dans cet état , comme n'ayant pour appui que sa seule vertu , dont la pratique lui devenait si funeste. « Vertu, s'écria-t-il ,. que j'ai toujours suivie,, et pour laquelle ^'ai tout quitté , parens, amis, biens, plaisirs et dignités ; tu n'es qu'un vain fantôme sans force et sans pouvoir. Le crime a l'avantage sur toi , et désormais est-il quelque mortel qui doive s'attacher à ton inatilo
|Hiiwuice? » [Eq dUant eu mob , il k jeta rar lie K>D ép^ , ut w per^ le cusut.
Vitamtfue'jcum gemitufugit imUgnata lub umb
L'article du triumvirat , ifa'oa vicut de lii {'ai tiré de pliuicuri excelli-ns ouvrage*, po beaucoup plut court} mais je me flatte f|u'il r ]»■ trop lotig ù ceux qui duifjncruiit coiiaid^rei le morceau le plus inltfrcsiuiiit de l'iiialoire romi le* aucieu* l' ont-ils traiti! avec amour et pn^dilt y> C/tevalier UE Jau