TUTOIEMENT
ÏUTOIBMENT, { BelUt-LettreM. Paéiie. ) Fac^- 1er A (jucl({u'un k la lecondc pcraonrit; du air polltesae veut que dan* notre lari|;uc oii fuNiii' la jicrwnne à qui l'on adrcaae lu purolii élai' multiple, et qu'on lui dîac ikiim uu lieu de ti •ingularit4quir«!pond& celle de (lire //uu4,( •oit qu'un , lonque celui (|ui parle rsl uu vn\r jMTwnnp conrtHiiic, en d'ignlti' , td rju'el lolcDDcI de «n volonti! ou de «un aiiloritd;
prit nniMuncc clic/, lea empi^rour* ru< e*t mcoro rt^jcrv^ aux pcraotincH en dig' linu a^Muea i le vouv est d'avenu d'u et iudilpetltulde cnlrtr lea personne» (^
- l'uuc ovct l'autre, veulent BC
DE l'encyclopédie. 21 J
« Le tutoiement^ dit Fontenelle ( me de Pierre Cor- %eiHe ) > ne choque pas les bonnes mœurs y il ne choque jae la politesse et la vraie galanterie ; il faut que la familiarité qu'on a avec ce qu'on aime y soit toujours respectueuse; mais aussi il est quelquefois permis au respect 3'ètre un peu familier. On se tutoyait anciennement dans le tragique même , aussi-bien que dans le comique ; et cet usage ne finit que dans V-Morace de Corneille, où Curiace H Camille le pratiquent encore. Natiurellement le comique I dû pousser cela un peu plus loin , et à cet égard le :utoiement n'expire que dans le Menteur* »
Je ne suis pas tout-à-fait de Tavis de Fontenelle. Le lutoiement d'égal à égal, et dans une situation tranquille, ;st sans doute une familiarité ; mais ^ soit dans le tra- ;ique^ soit dans le comique, cette familiarité sera toujours lécente , non-seulement du frère à la sœur , de l'ami à 'ami, mais encore de l'amant à la maltresse, lorsque l'inlocence, la simplicité, la franchise des mœurs l'autorilera, comme dans le langage des villageois, des peuples igrestes ou sauvages , ou même peu civilisés , et dont les nœurs sont âpres et austères : Alzire et Zamore se tutoient, et il n'y a rien d'indécent. C'est peut-être la même raison , ou plutôt un sentiment exquis de la vérité des mœurs 9 qui a engagé Corneille à donner cette nuance de familiarité au langage de Curiace et de Camille.
En général , toutes les fois que la familiarité douce nWa l'air que de Tinnocence et de l'ingénuité, le tutoiement sera permis. Il l'est de même dans tous les mouvemens d'une tendresse vive ou d'une passion violente.
OaOSHAllB À EAÎAB.
({ael caprice étonnant que je ne conçois pas 1
9i8 csrniT
Vont m'aîmet F Eh poorqnoî ? out forcet-fouff enidl^ik
A déchirer le cœur d'un amaot ti fidèle f
Je me coooaiftait mal ; oui » daot mon déteipoîr ,
J*aTaîf cru sur moi-même avoir ploa de pouYoîr.
Va , mon cœur est bien loio d'un pouvoir ai funeste.
Zêtt^f que famaif la fengeancect^lefte
Ne donne à ton amant , enchaîné tout ta loi »
La force d'oublier l'amour qu'il a pour toi 1
Qui , moi? que tur mon trône une autre fut placée!
Non , je n'en eut jamait la fatale penfée ;
Pardonne à mon courroux, à met teot interditt.
Cet dédaint alTectët , et ti bien démentit ;
G'ett le tcul dëplaîtir que jamait dant ta rie
Le ciel aura voulu que ta tendreiae ettuie.
Je t'aimerai toujourt. ... Hait , d'où >ient que ton coBor »,
En partageant met feux , différait mon bonheur f
Parle , était-ce un caprice f Ettnre crainte d'un maître »
D'un toudan , qui , pour toi , veut renoncer à l'être f
Serait-ce un artifice f Epargne-toi ce aoia ;
L'art n'est point bit pour toi , tu n'en at pat betoin %
Qu'il ne touille jamait le taint norad qui nout lie ;
L'art le plut innocent tient de la perfidie ,
Je n'en connut jamait ; et met tent dêchirét »
Pleint d'un amour ai Tcai. • • •
lAiat.
Vout me détetpéres.
Vouf m'ètet cher , tant doute > et ma tendrette extréoM- JËtt le comble det maux pour ce coeur qui root aime. ,
oaosiiAxx. '
O del I explîqaea-Tout. Quoi l toujours me troubler ?
C^t exemple (ait voir bien sensiblement par tjoA i mouvemens de Tâme on peut passer ayec bienséance da ^ ^x>tis au tti , et du tu au rous ; mais ce qui est naturel et décent dans le caractère d'Orosmane, ne le serait pas dan» i celui de Zaïre, parce qu^il n*est que tendre, et qu*il n^esl ^ point passionné. Tant que la passion d*Uemiione est ooik- ^
DE l'encyclopédie, flig
amte^ elle dit voua, en parlant à Pyrrhus :
Du vieux pore d'Hector la valeur abattue » Aux pieds de sa famille expirante à sa vue , Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que l'âge avait glacé ; Dans des ruisseaux de sang Troye ardente plongée; De votre propre main Poliiène égorgée , Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous* Que peut-on refuser à ces généreux coups ?
aïs dès que son Indignation , son amour et sa douleur latent y Hermione s'oublie , le tutoiement est placé :
Je ne t'ai point aimé , cruel ! Qu'ai-je donc fait f
J'ai dédaigné , pour toi , les vœux de tous nos princes ;
Je t'ai cherché moi-même au fond de tes provinces ;
J'y suis encor , maigre tes inûdélitës ,
£t malgré tous mes Grecs, honteux de mes bontés.. •
Biais , Seigneur , s'il le faut , si le ciel en colère
Këserve à d'autres yeux la gloire de vous plaire, etc.
Une singularité remarquable dans l'usage du tutoie- 3nt y c'est qu'il est moins permis dans le comique que ns le tragique ; et la raison en est que le sérieux de lui-ci écarte davantage l'idée d'une liberté indécente. )ur que deux amans se tutoient dans une scène comique, faut qu'ils soient d'une condition où les bienséances ne ient pas connues , ou que leur innocence et leur candeur it si marquée , qu'elle donne son caractère à leur fami-irité.
Une autre bizarrerie de l'usage , est de permettre le loiement , du moins en poésie , dans l'extrême opposé la familiarité : c'est ainsi qu^en parlant à Dieu et aux is on les tutoie y soit à l'imitation des anciens y soit
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parce que le respect qu'ils impriment est trop an-deuin du soupçon , et que le caractère en est trop marqué pour ne pas clis|)enscr d'une vaine formule.
Grand Dieu y les jugemens lont remplb d'iqmté, . Grand roi , cette de Taincre , oo Je cette d'écrire.
Les deux caractères extrêmes du tutoiement se font sentir dans ces deux ëpitres de Voltaire :
Fbiiit , qu'ett deTeou le temt » elo»
Tu m'appellet à toi , tatte et puittant géoie , etc.
Dans l'une, il est l'excès de la familiarité; dans l'autre r Texccs du respect et le langage de l'apothéose.
A propos de l'usage , qui dans notre langue veut qu'oik mette le pluriel à la place du singulier , )e demandem pourquoi , dans un écrit qui est l'ouvrage d'im seul homme, l'auteur, en parlant de lui-même ^ se croit oblige de dire nous ? Ce n'est certainement pas pour donner • ce qu'il avance une sorte d'autorité qui ait pins de volamn et de poids; c'est au contraire une formule à laquelle (m attache une idée de modestie. Mais sur quoi porte cetti idée? Nou8 croyons , nous ne pensons pas , nous a4f0fA prouvé^ etc. Est-ce dire autre chose quey^ crois , je fà pense pas , j'ai proupé ? U est vraisemblable que cH usage s'est introduit par des ouvrages de société , où 11 travail était commun et l'opinion collective ; et que diiÉ la suite , pour donner à leur style plus de gravité , qudp ques écrivains ont suivi cet exemple. Mais lorsqu'ui homme, en se nommant, propose ses idées comme venaii de lui , la formule du nous est au moins inutile ; et II preuve que dans l'usage et dans l'opinion ^ le pers<xiM
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^a singulier n'est pas un trait de vanité y c'est qu'en parlant ou en opinant ^ jamais orateur , ni sacré , ni profane ^ neVest avisé de dire nous.
Marmontel.