‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 25 sur 62 · TYRAN · texte numérisé non relu

TYRAN

lYRAN. (^Politique et Morale.) Par le mot rupavvoç, les Grecs désignaient un citoyen qui s'était emparé de l'autorité souv eraine dans un état libre j lors même qu'il le gouyemait suivant les lois de la justice et de l'équité; aujourd'hui , par tyran , l'on entend, non -seulement un usurpateur du pouvoir souverain, mais même un souverain Intime y qui abuse de son pouvoir pour violer les lois > pour opprimer ses peuples , et pour faire de ses sujets les -. îictimes de ses passions et de ses volontés injustes ^ qu'il substitue aux lois.

De tous les fléaux |qui af&igent l'humanité , il n'en est point de plus funeste qu'un tyran 'y uniquement occupé du soin de satisfaire ses passions et celles des indignes ministres de son pouvoir, il ne regarde ses sujets que eomme de vils esclaves, comme des êtres d'une espèce ^inférieure, uniquement destinés à assouvir ses caprices , et contre lesquels tout lui semble permis ; lorsque l'orgueil et la flatterie l'ont rempli de ces idées , il ne connaît de lois que celles qu'il impose ; ces lois bizarres , dictées par son intérêt et ses fantaisies , sont injustes et varient suivant les mouvemens de son cœur. Dans l'impossibilité

9l4 MPRIT

liorome vain, fourbe, avare, et qui ne posi<?da!t aucune vertu : nullam virtutibuê tam longam fortunes induK gentiam merilus. La fortune FiSleva , et le soutint quelque tems dans le haut poste de triumvir , sans aucun tn<?rite de sa part ; mais aussi cette mÊnie fortune lui fit éprouver ses revers , et le remit dans l'état d'opprobre oà il passa les dernières années de sa vie. Il avait été trois fois consul, savoir Tan 708, 709 et 71 5 de Borne.

Des qu'il fut revêtu de cotte énorme puissance , que lui donna le rang superbe de triumvir , qu*il avait joint à la charge de grand^pontife , tant de pouvoir et de dignités l'étourdirent • Cet étourdissemcnt s*arrriit encore lorsque les deux autres triumvirs le fixèrent h Borne pour y commander à toute ritalie, au peuple, et au sénat, qui distribuait ses ordres dans les provinces : cependant , il aurait dû comprendre qu'on ne le laissait à Rome que par son peu de capacité [>our la guerre.

Aussi, quand les deux autres triumvirs, après la bataille de Piiilippes , se partagèrent de nouveau le monde , ils ne lui donnèrent que très-peu de part à Tautorité; et tandis qu'Antoine prit TOrient, Octave Tltalie et le reste de l'empire, Lépidus fut obligé de se rontenler de son gouvernement des Espagiies; et comme toutes les troupes étaient dévouées à ses collègues , il Crillait qu'il partit seu- "lemcnt avec quelques légions destinées pour sa province*

Bientôt après. Octave ayant sur les bras, en Sicile, les restes du parti de Pompée, Lépidus le tira de peine avec plusieurs légions qu'il lui amena, et qui décidèrent de la victoire. Le succès tourna la tète dé cet homme vain; il montra peu dVgards pour son collègue , et lui iil dire de se retirer de Sicile où il n'avait plus rien a faire»

DE l'encyclopédie, 3l5

Octave, qui trouvait toujours ies ressources dans ses ruses, dissimula cette injure, et gagna par tant de récompenses et de promesses plusieurs chefs de l'armée de Lépide , qu'ils abandonnèrent leur général , et le livrèrent entre ses mains.

Conduit à la tente d'Auguste , il oublia son nom , sa naissance et son rang. Il lui demanda lâchement la vie avec la conservation de ses biens. Auguste n'osa pas lui refuser sa prière , de peur d'irriter toute une armée dont il avait besoin de gagner les cœurs. Mais quand il eut assuré son autorité, il dépouilla Lépidus du pontificat» Le reste de la vie de ce triumvir se passa dans l'obscurité ; et sans doute bien tristement , puisqu'il se voyait le liialheureux objet de l'indulgence hautaine d'un ancien collègue. Cependant on est bien aise de l'humiliotion d'un homme qui avait été un des plus méchans citoyens de la république , sans honneur et sans âme , toujours le premier à commencer les troubles , et formant sans cesse des projets, où il était obligé de s'associer de plus habiles gens qae lui.

Conclusion. Voilà le portrait des trois hommes par lesquels la république fut abattue , et personne ne la rétablit» Malheureusement Brutus , à la journée de Philippes , se crut trop tôt sans ressource pour relever la liberté de la patrie. Il se considéra dans cet état , comme n'ayant pourappui que sa seule vertu , dont la pratique lui devenait si funeste. « Vertu, s'écria-t-il ,. que j'ai toujours suivie,, et pour laquelle î'ai tout quitté , parens, amis, biens, plaisirs et dignités ; tu n'es qu'un vain fantôme sans force et «ans pouvoir. Le crime a l'avantage sur toi , et désormais est-il quelque mortel qui doive s'attacher à ton inutilo

9 i6 E0PR1T

puissance? )» jEn distnt ces iiiots, il se jeU sur U pointf de son épéc , et se perça le cœnr.

Vitamquêjcum gemilu fugit in£gnata $ub umbrai.

L'article du triumvirat , qu'on vient de lire , et que fai tiré de plusieurs exœllens ouvrages, pouvait être beaucoup plus court ; mais je me flatte qu'il ne pcattn |)as trop \oxï^ à ceux q ui daigneront considérer que c^eit le morceau le plus intéressant de Tbistoire romaine* AttMi les anciens l'ont-ils traité avec amour et prédilection*

Le C/teualier DB Jaucoubt*

Page 1