‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 4 sur 62 · J3 L^I'RIT · texte numérisé non relu

J3 L^I'RIT

que baly ia yiolence est assurément le plus iouiile et le iDOÎiis propre à remplir œlai qa on se propote : en eSel, poor atteindre on bol qnel qu'il soit , il iàut au moins a*assorer de la nature et de la couTenanœ des mojensqœ Ton a choisis; rien n'est plus sensible; tonte cause dmt avoir en soi un rapport nécessaire arec reflet qu*on ca attend ; en sorte qu on puisse voir cet effet dans sa cause» et le succès dans les moyens ; ainsi, pour a^r sur dei corps, pour les mouToir, les diriger, on emploiera dei forces physiques ; mais pour agir sur des esprits , poor les flà:hlr , les déterminer , il en faudra d'un autre genre; des raisonnemens, par exemple , des preures , des moti&; ce n est point avec des syll<^ismes que tous tenterez dV battre un rempart , ou de ruiner une forteresse ; et ce B*est point avec le fer et le feu que tous détruire! dei erreurs , ou redresserez de faux jugemcns. Quel est donc le but des persécuteurs? De couTertir ceux qu'ils tour* mentent; de changer leurs idées et leurs sentimens pour leur en inspirer de contraires ; en un mot , de leur donner VLue autre conscience , un autre entendement. Mais qud rapport y a«t-il entre des tortures et des opinions? Ce qui me paraît clair, évident, me paraîtra- t-il (aux dans les souffrances ? Une proposition que je vois comme absurde et contradictoire, sera-t-elle claire pour moi sur un échafaud? Est-ce, encore une fois, avec le fer et le feu que la vérité perce et se communique ? Des preuves, des raisonnemens peuvent me convaincre et me persua* der; montrez-moi donc ainsi le faux de mes opinions, et j'y renoncerai naturellement et sans efforts; mais vos tourmcns ne feront jamais ce que vos rabons n^ont pu faire.

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Pour rendre ce raisonnement plus sensible , qu'on nous permette d'introduire un de ces infortunés ^ qui , prêt à mourir pour la foi , parle ainsi à ses persécuteurs : Oh ! mes frères , qu'exigez -vous de moi? comment puls-je vous satisfaire? Est-il en mon pouvoir de renoncer à mes seii" timens ^ à mes opinions , pour m'affecter des vôtres ? de changer , de refondre l'entendement que Dieu m'a donné, devoir par d'autres yeux que les miens, et d'être un autre que moi? Quand ma bouche exprimerait cet aveu que vous désirez, dépendrait-il de moi que mon cœur fût d'accord avec elle, et ce parjure forcé de quel prix seraitil à vos yeux ? Vous-mêmes , qui me persécutez, pourriezvous jamais vous résoudre à renier votre croyance ? Ne feriez-vous pas aussi votre gloire de cette constance qui vous irrite et qui vous arme contre moi ? Pourquoi voulezvous donc me forcer, par une inconséquence barbare, à mentir contre moi-même , et à mé rendre coupable d'une lâcheté qui vous ferait horreur ?

Par quel étrange aveuglement renversez-vous pour moi seul toutes les lois divines et humaines? Vous tourmentez les autres coupables pour tirer d'eux la vérité , et vous me tourmentez pour m'arracher des mensonges; vous voulez que je vous dise ce que je ne suis pas , et vous ne voulez pas que je vous dise ce que je suis. Si la douleur me faisait nier les sentimens que je professe, vous approuveriez mon désaveu , quelque suspect qu'il vous dût être ; vous punissez ma sincérité, vous récompenseriez mon apostasie 5 vous me jugez indigne de vous, parce que je suis de bonne foi : n'est-ce donc qu'en cessant de l'être que je puis mériter ma grâce ? Disciples d'un maître qui iie prêcha que la vérité, croyez-vous augmenter sa gloire,

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en lui (lonnniit pour acIoraU'urs des hypocrîles et des par^ jures ? Si cV*ftt le metisouge que j'embrasse et que je défends , il a pour idoî toutes les apparences de la yérilé ^ Dieu f qui connaît mon cœur , voit bien qu'il n'est point complice des (?garcraens de mon esprit , et que dans mes intentions j c'est la ▼«^rité que j^ionore , môme en combattant contre elle.

Eh! quel autre int(?rét« quel autre motif pourrait m'a* nimcr ? Si je m'expose a tout souffrir, à perdre tout ce que j'ai de plus cher pour suivre des sentiraens dont Terreur m'est connue j je ne suis qu'un insensé « un fn-* rieux , plus digne de votre pitié que de votre haine; mais si je m'expose à tout souffrir , si je brave les tourmens et la mort pour conserver ce qui m'est plus précieux que la . vie 9 les droits de ma conscience et de ma liberté, que voyez-vous dans ma persévérance qui mérite votre indignation? Mes sentimens^ dites- vous , sont les plus dangereux , les plus condamnables ; mais u'avez-vous que le fer et le feu pour m^cu convaincre et me ramener ? Quel étrange moyen de persuasion que des bûchers et des échafauds I La vérité même serait méconnue sous cet aspect f hélas ! ce n'est point ainsi qu'elle exerce sur noujf son empire , elle a des armes plus victorieuses ; mais celles que vous employez ne prouvent que votre impuissance : s'il est vrai que mon sort vous touche, que vous déplories mes erreurs , pourquoi précipiter ma ruine , que j'aurai» prévenue peut-être? pourquoi me ravir un tems que Dieu m'accorde pour m'éclairer? Prétendez-vous lui plaire en empiétant sur ses droits, en prévenant sa justice? et pensez- vous honorer un Dieu de paix et de charité , en lui offrant vos frères en holocauste, et en lui élevant des

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trophées de leurs cadavres ? » Telles seraient en substance les expressions que la douleur et le sentiment arracheraient à cet infortune , si les flammes qui l'environnent lai permettaient d'achever.

Quoi qu'il en soit 9 plus on approfondit le système des intolérans , et plus on en sent la faiblesse et l'injustice : du moins auraient-ils un prétexte , si des hommages foi^^ ces, qu'à l'instant le cœur désavoue 9 pouvaient plaire au Créateur ; mais si la seule intention fait le prix du sacrifice, et si le culte intérieur est surtout celui qu'il demande , de quel œil cet Etre infini doit-il voir des téméraires qui osent attenter à ses droits , et profaner son plus bel ouvrage , en tyrannisant des cœurs dont il est jaloux ? D n'est aucun roi sur la terre qui daignât accepter un encens que la main seule offrirait , et l'on ne rougit pas d'exiger pour Dieu cet indigne encens; car enfin tels sont les succès si vantés des persécuteurs , de faire des hypocrites ou des martyrs , des lâches ou des héros ; l'âme faible et pusillanime qui s'effarouche à l'aspect des tourmens , abjure en frémissant sa croyance , et déteste l'auteur de son crime ; l'âme généreuse , au contraire , qui sait contempler d'un œil sec le supplice quon lui prépare « demeure ferme cit inaltérable, regarde avec pitié les persécuteurs, et vole au trépas comme au triomphe ; l'expérience n'est que trop pour nous ; quand le fanatisme a fait couler des flots de sang sur la terre , n'a-t on pas vu des martyrs sans nombre s'indigner et se roidir contre les obstacles? et à l'égard des conversions forcées, ne les viton pas aussitôt disparaître avec le péril , l'effet cesser avec la cause, et celui qui céda pour un tems, revoler vers les siens dès qu'il en eut le pouvoir ; pleurer avec eux sa fai-

i(> i:.si»iiir * ,

hlessr, ci rrpmidre avec transport sn lilMTlé naiorellc Non y je ne eonrois point de plus horrible bla«pk£meqt de ut dire autorisé de Dieu , en suivant de UAê princips Il est donc vrai ({ue la violence est bien plus propre confirmer dans leur religion , qu'a en détacher ceux quV |>ersécute, et à réveiller , comme on prétend^ leur coo: cience endormie. « Ce nVst |)oiiit , disait un politîqui en remplissant Tâme de ce grand objet , en Pupprochai du moment où il doit être d'une plus grande importance qu'on parvient à l'en détacher ; des lou pénales , en b de religion^ impriment de la crainte, il est vrai; nui; comme la religion a ses lois pénales , qui inspirent ausi de la crainte, entre ces deux craintes dillérentes les ftou deviennent atroces* Nous ne vouIoils point , dites-votts engager un homme à trahir sa conscience, mais seulemer l'animer par la crainte ou par l'espoir à secouer été ipxi jugés, et à distinguer la vérité de l'erreur qu'il profes» Kh ! qui pourrait , je vous |n*ie« se livrer dans les me mens criticpics , à la méditation , à l'examen que voi proposez? L'état le plus paisible , l'attention la plus soc tenue, la liberté la plus entière , suiBsent à peine pour c examen , et vous voulez qu'une âme , environnée par I horreurs du trépas , et sans cesse obsédée par les plus a freuses images, soit plus capable de reconnaître et de saifl cette vérité qu'il aurait méconnue dans des tems pli tranquille»: quelle absurdité ! c|uelle contradiction! )> Noi non, tel sera toujours le succès de ces violences , dWe mir , comme nous l'avons dit , dans leurs scntimens^ cci qui en sont les objets, par les malheurs mi^mes qu'ils lei attirent ; de les prévenir , au contraire , contre les sent mens de leurs ennemis , par la manière même dont ils I

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Rpfésentent, et de leur inspirer pour leur religion la même borreur que pour leur personne.

Qu'ils ne s'en prennent donc qu'à eux-mêmes , qui trahissent indignement la vérité , s'ils en jouissent; qui la ccmfondent avec l'imposture , en lui donnant ses armes et '^ en la montrant sous ses étendards ; cela seul ne suffirait-il pas pour donner des préjugés contre elle , et la faire méconnaître à ceux qui l'auraient peut-être embrassée? Non, ^oi qu'ils en disent , la vérité n'a besoin que d'elle-même pour se soutenir et pour captiver les esprits et les cœurs ; elle brille de son propre éclat , et ne combat qu'avec ses annes ; c^est dans son sein qu'elle puise et ses traits et sa hmière ; elle rougirait d'un secours étranger qui ne pourrait qu'obscurcir ou partager sa gloire ; sa contrainte , à elle , est dans sa propre excellence ; elle ravit , elle entraine , elle subjugue par sa beauté ; son triomphe , c'est de paraître ; sa force , d'être ce qu'elle est. Faible, au contraire, et impuissante par elle-même, l'erreur ferait peu de progrès sans la violence et la contrainte; aussi fuit-elle a?ec soin tout examen , tout éclaircissement qui ne pourrait que nuire k sa cause; c'est au milieu des ténèbres de la superstition et de l'ignorance, qu'elle aime à porter ses coups et à répandre ses dogmes impurs ; c'est alors qu'au mépris des droits de la conscience et de la raison , elle exerce impunément le despotisme de l'intolérance , et gouverne ses propres sujets avec un sceptre de fer ; si le sage ose élever sa voix, la crainte l'étouffé bientôt; et malheur à l'audacieux qui confesse la vérité au milieu de ses ennemis ! Cessez donc , persécuteurs , cessez , encore «ne fois , de défendre cette vérité avec les armes de l'im- , posture; d'enlever au christianisme la gloire de ses fon-

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