VALEUR
V ALEUR. ( Morale. ) C'est ce sentiment que l'enthouàame de la gloire et de la soif de la renommée enfantent y qui non content de faire affronter le danger sans le craio» dre , le £siit même chërir et chercher.
C'est, ce déïîre de l'héroïsme qui , dans les derniers siècles , forma ces preux chevaliers , héros chers à l'humarnité j qui semblaient s'être appropriés la cause de tous les faibles de l'univers.
C'est cette délicatesse généreuse que l'ombre d'un outrage enflamme > et dont rieu ne peut désarmer la vengeance que l'idée d'une vengeance trop facile.
Bien différente de cette susceptibilité pointilleuse y trouvant l'insulte dans un mot à double sens^ quand la peur ou la faiblesse le prononce , mais dont un regard fixe abaisse en terre la vue arrogante , semblable à l'épervier ^ai déchire la colombe et que l'aigle fait fuir.
La valeur n'est pas cette intrépidité aveugle et momentanée que produit le désespoir de la passion , valeur qu'un poltron peut avoir , et qui par conséquent n'en est pas une; tels sont ces corps infirmes à qui Je transport de la fièvre donne seule de la vivacité , et qui n'ont jamais de force sans convulsions*
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La valeur n'est pas ce flegme iiialtrrablc , cette espèce d'insensibilité , d'oubli courageux de son existence , à qui la douleur la plus aiguë et la plus soudaine ne peut arracher aucun cri , ni causer une émotion sensible : triomphe rare et sublime que l'habitude la plus longue, la plus réfléchie et la mieux secondée par une âme vigoureuse , remporte difficilement sur la nature.
La valeur est encore moins cette force extraordinaire que donne la vue d'un danger inévitable , dernier effort d'un être qui défend sa vie ; sentiment inséparable de l'existence , commun , comme elle , à la Ceiiblesse , à la force , à la fenmie , i l'eniant , seul courage vraiment naturel à l'homme né timide. Â votre aspect^ que fait le sauvage votre frère? il fuit. Osez le poursuivre et l'attaquer dans sa grotte, vous apprendrez ce qtie fait &ire Famour de la vie.
Sans spectateurs pour l'applaudir, ou an moins sans es- ))oir d'être applaudi un jour, il n'y a point de valeur. De toutes les vertus factices , c'est sans doute la plus noble et 1.1 plus brillante que jamais pût créer Tamour -propre; mais enfln c'est une vertu factice.
C'est un germe heureux que la nature met en nous , mais qui ne peut éclore , si l'éducation et les mœurs du pays ne le fécondent.
Voulez -vous rendre une nation valeureuse ? que toute action de valeur y soit récompensée. Mais quelle doit être cette récompense? L'éloge et la célébrité. Faites construire des chars de triomphe pour ceux qui auront triomphé 9 un grand cirque pour que les spectateurs , les rivaux et les applaudissemens soient nombreux; gardez -vous surtout de payer avec de l'or ce que l'honneur seul peut et
DE t^ÈNCYCLO-PÉniE. ^q5
nt acquitter. Celui qui songe à être riche , n'est ni ne ra iamais valeureux. Qu'avez-vous besoin d*or ? Un lauer récompense un hëros.
n s'agissait au siège de*** de reconnaître un poipt d'at*que ; le péril était presque inévitable ; cent louîs étaient tsurés à celui qui pourrait en revenir ; plusieurs braves^ étaient déjà restés ; un jeune homme se présente; on le oit partir à regret 5 il reste long-tems; on le croit tué;lais il revient , et fait également admirer Texactitude et ; sang-froid de son récit. Les cent louis lui sont offerts ; 0U8 vous moquez de moi , mon général , répondit-il alors ^ a-t-on là pour de l'argent? Le bel exemple!
Que Ton parcoure , dans les fastes de l'histoire , lessièsles de l'ancienne chevalerie , où tout , jusqu'aux jeux de amour , avait un air martial , où les couleurs et les chiffres de la maîtresse ornaient toujours le bouclier de l'anant, où la barrière des tournois ouvrait un nouveau (hemin à k gloire , où;. le vainqueur, aux yeux de la nation entière 9 recevait la couronne des naains de la beauté; qu'à ces jours d'honneur l'on compare ces temfi d'afpathie et d'indolence , où nos guerriers ne soulevaient pas les lances que maniaient leurs pères , on verra à quel point les mœurs et l'éducation influent sur la valeur.
La valeur aime autant la gloire qu'elle déteste le carnage; cède-t-on à ses armes , ses armes cessent de frapper ; ce n'est point du sang qu'elle demande, c'est de l'honneur ; et toujours- son vaincu lui devient cher y 9UP*tout ^'il a été difficile à vaincre.
Du temsdu paganisme elle fit les Dieux; depuis elle c«éa les premiers nobles.
C'est à elle seule que semble appartenir la pompe fas-r
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tueuse des armoiries , ces casques pauachcfs qui les cou* rounent, ces faisceaux d'armes qui servent de support am écussons; ces livrées qui distinguaient les chefs de b milée , et toutes ces décorations guerrières qu elle seule ne dépare pas.
Ces superbes privilèges , aujourd'hui si méprisés et li confondus , ne sont pas le seul apanage de la valeur ; elle possède un droit plus doux et plus flatteur encore , le droit de plaire. Le valeureux fut toujours le héros de l'amour; c'est à lui que la nature a particulièrement accordé des j forces pour la défense de ce sexe adoré , qui trouve ki siennes dans sa faiblesse ; c'est lui que ce sexe charmant aime sur-tout à couronner comme son vainqueur.
Non contente d'ennoblir toutes les idées et tous les penchans, la valeur étend également ses bienfaits sur le moral et sur le physique de ses héros ; c'est d'elle sur- tout que l'on tient cette démarche imposante et facile, cette aisance qui, pare la beauté, ou prête à la disgrâce un charme qui la fait oublier , cette sécurité qui peint l'assurance intérieure 9 ce regard ferme sans rudesse que rien n'abaisse que ce qu'il est honnête de redouter ; et la grandeur d'âme et la sensibilité que toujours elle annonce, est encore un attrait de plus dont toute autre âme sensible peut mal aisément se défendre.
n serait impossible de définir tous les caractères de la Taleur, selon ceux des êtres divers que peut échauffer cette vertu ; mais de même que l'on peut donner un if» définitif au mot physionomie , malgré la variété des pby^ sionomies , de même peut-on fixer le sens du moi valeur, malgré toutes ces modifications.
Pour y parvenir encore mieux , Ton va comparer l<^^ t
DE l'encyclopédie, 297^
mots irapoure , courage et valeur , que l'on a toujours tort de confondre.
Le mot vaillance parait d'abord dîevoir être compris dans c^ parallèle; mais, dans le fait, c'est un mot qui a vieilli , et que valeur a remplace ; son harmonie et son Bombre le fait cependant employer encore dans la poésie.
Le courage est dans tous les évënemens de la vie; la Irapoure n'est qu'à la guerre la valeur partout où il y a un péril à affronter , et de la gloire à acquérir.
Après avoir monté vingt fois le premier à l'assaut , le brave peut trembler dans une forêt battue de l'orage, fuir à la vue d'un phosphore enflammé, ou craindre les esprits; le courage ne croit point à ces rêves de la superstition et de l'ignorance ; la valeur peut croire aux revenans, mais alqra elle se bat contre le fantôme.
La bravoure se contente de vaincre l'obstacle qui lui est offert ; le ccTurage raisonne les moyens de le détruire ; la valeur le cherche et son élan le brise , s'il est possible.
La bravoure veut être guidée , le courage fait comman* der et même obéir ; la valeur fait combattre.
Le brave blessé s'enorguillit de l'être ; le courageux rassemble les forces que lui laisse encore sa blessure pour servir sa patrie ; le valeureux songe moins à la vie qu'il va perdre qu'à la gloire qui lui échappe.
La bravoure victorieuse fait retentir l'arène de ses cris guerriers ; le courage triomphant oublie son succès , pour profiter de ses avantages ; la valeur couronnée soupire après un nouveau combat.
Une défaite peut ébranler la bravoure; le courage sait vaincre et être vaincu sans être défait; un échec désole la valeur sans la décourager.
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L'exemple influe sur la bravoure; plus d'un solilai nW devenu brave qu'en prenant le nom de grenadier ; l'exemple ne rend point valeureux quand on ne l'est pas^ mais les témoins doublent la valeur \ le courage n'a besoin ni de tdmoins ni d'exemples.
L'amour de la patrie et la santé rendent braves; les r é' jflexions , les connaissances , la philosophie , ie malheur , et plus encore la voix d'une conscience pure, rendent courageux ; la vanité noble et l'espoir de la gloire produisent la poleun
Les trois cents Lacédémoniens des Tbermopyles ( celui quiéchappa même) furent brapee: Sorrate buvant la cigne, Kégulns retournant à Carthage, Titus «'arrachant des bras de Bérénice en plenrs ou pardonnant à Sextus «fvrentcoO' rageux : Hercule terrassant les monstres, Persée délivrant Andromède, Achille courant aux remparts de Troye^ sûr d'y périr , étonnèrent les siècles passés par leur valeur*
De nos jours ^ que l'on parcoure les Ceistes trop mal conservés, et cent fois trop peu publiés de nos régimens^ l'on trouvera de dignes rivaux des braves de Lacédémone ; l'urenne et Gatinat furent courageux; Condé fut valeur reux et l'est encore.
Le parallèle de la bravoure avec le courage et la valeur ^ doit finir en quittant le champ de bataille. Comparons i présent le courage et la valeur dans d'autres circonstances (le la vie.
Le valeureux peut manquer de courage; le courageux est toujours maître d'avoir de la valeur.
La valeur sert au guerrier qui va (combattre; le courage à tous les êtres qui , jouissant de Tcxistence, sont sujets a toutes les calamités qui Taccompaguent.
DE l'encyclopédie. 29g
rous servirait la valeur , amant que Ton a trahi , ové que le sort prive d'un fils, père plus à plainit le fils n'est pas vertueux? O fils désolé qui allez s père et sans mère , ami dont l^ami craint la vévieillards qui allez mourir , infortunés ! c'est du que vous avez besoin !
re les passions que peut la valeur sans courage? leur esclave y et le courage est leur maître* aleur outragée se venge avec édat , tandis que le pardonne en silence.
l'une maîtresse perfide le cpurage combat l'amour , [ue la valeur combat le rival.
ileur brave les horreurs de la mort ; le courage nd brave la mort et la vie.
i Ton peut conclure que la bravoure est le devoir dat ; le courage et la vertu du âàge , du héros ; r , celle du vrai chevalier.
M. DE Pezay.
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