‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 33 sur 62 · VALEUR · texte numérisé non relu

VALEUR

V ALEUR. ( Morale. ) C'est ce sentiment que l'enthouàame de la gloire et de la soif de la renommée enfantent y qui non content de faire affronter le danger sans le craio» dre , le £siit même chërir et chercher.

C'est, ce déïîre de l'héroïsme qui , dans les derniers siècles , forma ces preux chevaliers , héros chers à l'humarnité j qui semblaient s'être appropriés la cause de tous les faibles de l'univers.

C'est cette délicatesse généreuse que l'ombre d'un outrage enflamme > et dont rieu ne peut désarmer la vengeance que l'idée d'une vengeance trop facile.

Bien différente de cette susceptibilité pointilleuse y trouvant l'insulte dans un mot à double sens^ quand la peur ou la faiblesse le prononce , mais dont un regard fixe abaisse en terre la vue arrogante , semblable à l'épervier ^ai déchire la colombe et que l'aigle fait fuir.

La valeur n'est pas cette intrépidité aveugle et momentanée que produit le désespoir de la passion , valeur qu'un poltron peut avoir , et qui par conséquent n'en est pas une; tels sont ces corps infirmes à qui Je transport de la fièvre donne seule de la vivacité , et qui n'ont jamais de force sans convulsions*

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La valeur n'est pas ce flegme iiialtrrablc , cette espèce d'insensibilité , d'oubli courageux de son existence , à qui la douleur la plus aiguë et la plus soudaine ne peut arracher aucun cri , ni causer une émotion sensible : triomphe rare et sublime que l'habitude la plus longue, la plus réfléchie et la mieux secondée par une âme vigoureuse , remporte difficilement sur la nature.

La valeur est encore moins cette force extraordinaire que donne la vue d'un danger inévitable , dernier effort d'un être qui défend sa vie ; sentiment inséparable de l'existence , commun , comme elle , à la Ceiiblesse , à la force , à la fenmie , i l'eniant , seul courage vraiment naturel à l'homme né timide. Â votre aspect^ que fait le sauvage votre frère? il fuit. Osez le poursuivre et l'attaquer dans sa grotte, vous apprendrez ce qtie fait &ire Famour de la vie.

Sans spectateurs pour l'applaudir, ou an moins sans es- ))oir d'être applaudi un jour, il n'y a point de valeur. De toutes les vertus factices , c'est sans doute la plus noble et 1.1 plus brillante que jamais pût créer Tamour -propre; mais enfln c'est une vertu factice.

C'est un germe heureux que la nature met en nous , mais qui ne peut éclore , si l'éducation et les mœurs du pays ne le fécondent.

Voulez -vous rendre une nation valeureuse ? que toute action de valeur y soit récompensée. Mais quelle doit être cette récompense? L'éloge et la célébrité. Faites construire des chars de triomphe pour ceux qui auront triomphé 9 un grand cirque pour que les spectateurs , les rivaux et les applaudissemens soient nombreux; gardez -vous surtout de payer avec de l'or ce que l'honneur seul peut et

DE t^ÈNCYCLO-PÉniE. ^q5

nt acquitter. Celui qui songe à être riche , n'est ni ne ra iamais valeureux. Qu'avez-vous besoin d*or ? Un lauer récompense un hëros.

n s'agissait au siège de*** de reconnaître un poipt d'at*que ; le péril était presque inévitable ; cent louîs étaient tsurés à celui qui pourrait en revenir ; plusieurs braves^ étaient déjà restés ; un jeune homme se présente; on le oit partir à regret 5 il reste long-tems; on le croit tué;lais il revient , et fait également admirer Texactitude et ; sang-froid de son récit. Les cent louis lui sont offerts ; 0U8 vous moquez de moi , mon général , répondit-il alors ^ a-t-on là pour de l'argent? Le bel exemple!

Que Ton parcoure , dans les fastes de l'histoire , lessièsles de l'ancienne chevalerie , où tout , jusqu'aux jeux de amour , avait un air martial , où les couleurs et les chiffres de la maîtresse ornaient toujours le bouclier de l'anant, où la barrière des tournois ouvrait un nouveau (hemin à k gloire , où;. le vainqueur, aux yeux de la nation entière 9 recevait la couronne des naains de la beauté; qu'à ces jours d'honneur l'on compare ces temfi d'afpathie et d'indolence , où nos guerriers ne soulevaient pas les lances que maniaient leurs pères , on verra à quel point les mœurs et l'éducation influent sur la valeur.

La valeur aime autant la gloire qu'elle déteste le carnage; cède-t-on à ses armes , ses armes cessent de frapper ; ce n'est point du sang qu'elle demande, c'est de l'honneur ; et toujours- son vaincu lui devient cher y 9UP*tout ^'il a été difficile à vaincre.

Du temsdu paganisme elle fit les Dieux; depuis elle c«éa les premiers nobles.

C'est à elle seule que semble appartenir la pompe fas-r

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tueuse des armoiries , ces casques pauachcfs qui les cou* rounent, ces faisceaux d'armes qui servent de support am écussons; ces livrées qui distinguaient les chefs de b milée , et toutes ces décorations guerrières qu elle seule ne dépare pas.

Ces superbes privilèges , aujourd'hui si méprisés et li confondus , ne sont pas le seul apanage de la valeur ; elle possède un droit plus doux et plus flatteur encore , le droit de plaire. Le valeureux fut toujours le héros de l'amour; c'est à lui que la nature a particulièrement accordé des j forces pour la défense de ce sexe adoré , qui trouve ki siennes dans sa faiblesse ; c'est lui que ce sexe charmant aime sur-tout à couronner comme son vainqueur.

Non contente d'ennoblir toutes les idées et tous les penchans, la valeur étend également ses bienfaits sur le moral et sur le physique de ses héros ; c'est d'elle sur- tout que l'on tient cette démarche imposante et facile, cette aisance qui, pare la beauté, ou prête à la disgrâce un charme qui la fait oublier , cette sécurité qui peint l'assurance intérieure 9 ce regard ferme sans rudesse que rien n'abaisse que ce qu'il est honnête de redouter ; et la grandeur d'âme et la sensibilité que toujours elle annonce, est encore un attrait de plus dont toute autre âme sensible peut mal aisément se défendre.

n serait impossible de définir tous les caractères de la Taleur, selon ceux des êtres divers que peut échauffer cette vertu ; mais de même que l'on peut donner un if» définitif au mot physionomie , malgré la variété des pby^ sionomies , de même peut-on fixer le sens du moi valeur, malgré toutes ces modifications.

Pour y parvenir encore mieux , Ton va comparer l<^^ t

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mots irapoure , courage et valeur , que l'on a toujours tort de confondre.

Le mot vaillance parait d'abord dîevoir être compris dans c^ parallèle; mais, dans le fait, c'est un mot qui a vieilli , et que valeur a remplace ; son harmonie et son Bombre le fait cependant employer encore dans la poésie.

Le courage est dans tous les évënemens de la vie; la Irapoure n'est qu'à la guerre la valeur partout où il y a un péril à affronter , et de la gloire à acquérir.

Après avoir monté vingt fois le premier à l'assaut , le brave peut trembler dans une forêt battue de l'orage, fuir à la vue d'un phosphore enflammé, ou craindre les esprits; le courage ne croit point à ces rêves de la superstition et de l'ignorance ; la valeur peut croire aux revenans, mais alqra elle se bat contre le fantôme.

La bravoure se contente de vaincre l'obstacle qui lui est offert ; le ccTurage raisonne les moyens de le détruire ; la valeur le cherche et son élan le brise , s'il est possible.

La bravoure veut être guidée , le courage fait comman* der et même obéir ; la valeur fait combattre.

Le brave blessé s'enorguillit de l'être ; le courageux rassemble les forces que lui laisse encore sa blessure pour servir sa patrie ; le valeureux songe moins à la vie qu'il va perdre qu'à la gloire qui lui échappe.

La bravoure victorieuse fait retentir l'arène de ses cris guerriers ; le courage triomphant oublie son succès , pour profiter de ses avantages ; la valeur couronnée soupire après un nouveau combat.

Une défaite peut ébranler la bravoure; le courage sait vaincre et être vaincu sans être défait; un échec désole la valeur sans la décourager.

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L'exemple influe sur la bravoure; plus d'un solilai nW devenu brave qu'en prenant le nom de grenadier ; l'exemple ne rend point valeureux quand on ne l'est pas^ mais les témoins doublent la valeur \ le courage n'a besoin ni de tdmoins ni d'exemples.

L'amour de la patrie et la santé rendent braves; les r é' jflexions , les connaissances , la philosophie , ie malheur , et plus encore la voix d'une conscience pure, rendent courageux ; la vanité noble et l'espoir de la gloire produisent la poleun

Les trois cents Lacédémoniens des Tbermopyles ( celui quiéchappa même) furent brapee: Sorrate buvant la cigne, Kégulns retournant à Carthage, Titus «'arrachant des bras de Bérénice en plenrs ou pardonnant à Sextus «fvrentcoO' rageux : Hercule terrassant les monstres, Persée délivrant Andromède, Achille courant aux remparts de Troye^ sûr d'y périr , étonnèrent les siècles passés par leur valeur*

De nos jours ^ que l'on parcoure les Ceistes trop mal conservés, et cent fois trop peu publiés de nos régimens^ l'on trouvera de dignes rivaux des braves de Lacédémone ; l'urenne et Gatinat furent courageux; Condé fut valeur reux et l'est encore.

Le parallèle de la bravoure avec le courage et la valeur ^ doit finir en quittant le champ de bataille. Comparons i présent le courage et la valeur dans d'autres circonstances (le la vie.

Le valeureux peut manquer de courage; le courageux est toujours maître d'avoir de la valeur.

La valeur sert au guerrier qui va (combattre; le courage à tous les êtres qui , jouissant de Tcxistence, sont sujets a toutes les calamités qui Taccompaguent.

DE l'encyclopédie. 29g

rous servirait la valeur , amant que Ton a trahi , ové que le sort prive d'un fils, père plus à plainit le fils n'est pas vertueux? O fils désolé qui allez s père et sans mère , ami dont l^ami craint la vévieillards qui allez mourir , infortunés ! c'est du que vous avez besoin !

re les passions que peut la valeur sans courage? leur esclave y et le courage est leur maître* aleur outragée se venge avec édat , tandis que le pardonne en silence.

l'une maîtresse perfide le cpurage combat l'amour , [ue la valeur combat le rival.

ileur brave les horreurs de la mort ; le courage nd brave la mort et la vie.

i Ton peut conclure que la bravoure est le devoir dat ; le courage et la vertu du âàge , du héros ; r , celle du vrai chevalier.

M. DE Pezay.

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